dimanche, 28 janvier 2007

FORUM DE PARIS : LA FIN DE LA POLITIQUE EUROPEENNE DE L'AUTRUCHE?

medium_PAR_CHRISTOPHE_NONNENMACHER.28.jpgMercredi 17 janvier. 12h30. Rendez-vous était donné au Fouquet’s sur les Champs Elysées. Au deuxième étage, petit salon privé, table agréablement dressée. Là, quelques blogueurs réunis à l’initiative de l’agence Euro RSGC : Koz, Eolas, Eurotrib, Publius, les Euros du village, Europeus. Mouais. J’entends déjà les critiques : «Euro RSCG ? Ca y est, les mecs ont pris le melon et se lemeurisent». Rassurez-vous, cette pensée nous a aussi traversé l’esprit. Mais bon, Euro RSCG n’est pas tout. Pas grand chose même. Non pas que cela ne fasse pas plaisir d’être contacté par eux, mais là n’était pas l’élément déclencheur de notre venue. Croyez-le ou non, mais se farcir neuf heures aller-retour de train (inconfortable) ne se fait pas sans bon motif… Ne parlons même pas des tarifs SNCF… Non, la véritable raison de notre venue est à rechercher ailleurs : dans le client de l’agence, le Forum de Paris, représenté lors du déjeuner pas son président, Albert Malet et deux autres de ses piliers : Jean-Paul Fitoussi, économiste, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques – OFCE, et Elie Barnavi, historien, conseiller scientifique du Musée de l’Europe de Bruxelles et ancien ambassadeur d’Israël en France.

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dimanche, 03 septembre 2006

LE CONSEIL DE L'EUROPE OUVRE SES PORTES

medium_AGENDA_PICTO.jpgA l'occasion des Journées européennes du patrimoine, le Palais de l'Europe et le Palais des droits de l'homme à Strasbourg seront ouverts au public le dimanche 17 septembre de 9h à 18h. Diverses expositions et projections seront présentées à cette occasion et des animations et jeux organisés tout au long de la journée dans les deux bâtiments. Autour du thème central «Le Conseil de l’Europe: la passion de l’être humain, la passion du droit, la passion de la démocratie», les visiteurs auront accès aux expositions et animations suivantes

dimanche, 27 août 2006

DU BARCAMP ALSACE A UN EU BARCAMP ?

medium_PAR_CHRISTOPHE_NONNENMACHER.5.jpgFascinante expérience que celle d’aujourd’hui. Après Paris (BarCampParis3), Strasbourg accueillait son premier BarCamp Alsace. L’idée, organiser une sorte de brainstorming collectif avec des gens venus d’horizons différents, ne se connaissant pour la plupart ni d’Eve ni d’Adam. Une chose, je l’avoue, qui m’était encore inconnue il y a dix jours. Concrètement, les participants s’inscrivent sur un wiki. Une fois sur place, chacun se fend d’un petit speech du type «j’ai arrêté de boire il y x années», à ceci près qu’il s’agit ici de se présenter et, dans la mesure du possible, d'expliquer le pourquoi de sa présence : ce que l’on attend de cette journée, les thèmes que l’on souhaite aborder, qu’il s’agisse des usages ou des développement à venir du podcast, de son désir de créer un wiktionnaire (dictionnaire pour les nuls en langage web 2.0 – un outil qui, en passant, ne me serait pas inutile de consulter…), ou de notre relation à l’information avec l’éternel débat «blogs versus médias traditionnels»). Cette étape passée, ceux désirant organiser une session de travail s’inscrivent sur un tableau blanc. Les autres, choisissent les ateliers auxquels ils souhaitent participer.

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dimanche, 02 juillet 2006

LA GEOPOLITIQUE DU PETROLE EN DEBAT

medium_PAR_EMMANUEL_DUPUY.2.jpgDepuis les années 1930, on entend dire souvent que le pétrole c’est 10% d’économie et 90% de politique. Le choc pétrolier du début des années 1970, plusieurs guerres livrées pour et par le pétrole, ainsi que le prix du brut qui «flambe» depuis 2004, notamment sous la pression de tensions géopolitiques, semblent confirmer cette formule. Le baril a même dépassé le prix record de 70 dollars, mettant ainsi en exergue les enjeux considérables et les tensions sur les marchés pétroliers. Cette géopolitique des hydrocarbures révèle le poids déterminant sur la scène internationale des acteurs traditionnels, compagnies et pays producteurs, mais aussi des nouveaux venus dans le club des grands pays consommateurs. Plus que jamais, les grands enjeux de la sécurité des approvisionnements et des infrastructures sont déterminants. Car les menaces terroristes s’ajoutent désormais aux capacités incertaines des différents acteurs à répondre à la demande croissante pour cette énergie qui fait tourner le monde depuis plus d’un siècle.

 

Philippe Sébille-Lopez, consultant spécialiste en géopolitique et en analyse risque pays au sein du cabinet Géopolia qu’il a fondé, livre un texte éclairant d’un regard global sur l’évolution des relations internationales à travers ces géopolitiques du pétrole, qui peuvent expliquer et/ou préfigurer bien des conflits. L’intérêt majeur de cet ouvrage unique en son genre réside dans le lien subtil que l’auteur, fin connaisseur de ces questions, nous propose d’analyser entre une description fine des enjeux planétaires de puissances et affirmations politiques régionales, et leur poursuite à travers un tour du monde des zones majeures de production, le long de ces «routes du pétrole» où se déroulent de grandes manœuvres, plus stratégiques que jamais entre acteurs étatiques, compagnies pétrolières transnationales et intérêts politiques et financiers mondialisés.

 

Les enjeux en cours, du Venezuela à la Russie, de la Caspienne au golfe arabo-persique, de la Méditerranée au golfe de Guinée, qui intègrent bien sûr les Etats-Unis et la Chine, dépassent en effet, largement les seules conséquences immédiates au plan économique liée à la flambée des cours. Ils se prolongent avec la sécurité des approvisionnements à partir des zones de production, jusqu’aux grands pays consommateurs. Ces questions expliquent autant qu’elles préfigurent l’instabilité politique et militaire croissante qui agite certaines zones de la planète.

La fin inévitable de la manne pétrolière requiert aussi une réflexion prospective que nous propose l’auteur, au terme d’une analyse complète des rapports de forces politiques et économiques, qui oscille entre politiques étrangères officielles et diplomaties parallèles parfaitement huilées. Pressions, tensions, menaces, tractations, nouvelles alliances, ruptures et conflits potentiels : les motivations complexes de ces acteurs multiples sont ainsi parfaitement expliquées, cartes et chiffres récents à l’appui.

 

Emmanuel Dupuy est secrétaire général de l’IPSE et consultant pour le cabinet CI2S

 

Agenda :

Pour engager et approfondir, l’IPSE et le mensuel Arabies ont le plaisir de vous inviter à un dîner-débat avec Philippe Sébille-Lopez, diplômé de l’Institut Français de Géopolitique,

Consultant Fondateur du Cabinet Conseil Géopolia.

Date : Mercredi 12 juillet 2006 à partir de 19h30

Lieu : Restaurant : Le Mâchon, 16 rue Commines – 75003 PARIS

Métro : Filles du Calvaire - Ligne 8

 

A lire :

Le Pétrole dans les Relations Internationales

«Géopolitiques du pétrole», Philippe Sébille-Lopez, Editions Armand Colin, janvier 2006, 479 pages, 27 euros

 

samedi, 20 mai 2006

LA TURQUIE, CARREFOUR DE L’EUROPE ?

La Turquie fascine autant qu’elle inquiète. La promesse d’une adhésion future à l’Union européenne a ravivé les passions séculaires d’un débat qui, pour être constructif se doit d’être juste et équilibré. Parfois, hélas !, ce dernier a pris les habits d’une confrontation idéologique figée où, pour certains, l’Occident devrait se fermer à l’Orient et vice-versa, la religion musulmane s’affronter intrinsèquement aux valeurs judéo-chrétiennes, l’humanisme étant définitivement miné par l’intégrisme. A cela s’ajoute l’épineuse question de la géographie et le jeu des alliances stratégiques et militaires qui fondent des interrogations forcément complexes sur la société turque actuelle. Loin des polémiques et n’éludant rien l’ampleur des formidables défis et des obstacles posés par l’ouverture des pourparlers d’adhésion en octobre 2005, encore faut-il appréhender ce débat sereinement en s'appuyant sur les réalités sociologique, historique, économique, géographique, religieuse, démographique et bien évidemment géopolitique, qui définissent les termes de ce débat stratégique qui engage l’Europe sur sa propre identité, ses valeurs et la portée de son projet politique.

 

Aussi, pour mieux comprendre l’enjeu turc, s’agit-il de concevoir, en premier lieu, le continuum qui lie l’Empire romain d’Orient à la République kémaliste en passant par la domination ottomane, qui fait de la Turquie une «région intermédiaire», carrefour autant symbolique que territorial de l’Eurasie, entre mixité des influences culturelles et religieuses. A cela s’ajoute une réalité stratégique gage de stabilité régionale, eu égard notamment à l’indispensable besoin de sécurité des approvisionnements énergétiques, que de la maîtrise des ressources rares (en premier lieu desquels aquifères), la lutte contre les proliférations et la gestion des flux migratoires. Dès lors, après avoir préalablement évoqué les questions qui conditionnent le débat sur l’adhésion turque à l’espace et politique européen, depuis 1963, entre réalités et interprétations de l’argument géographique, de la prise en compte des éléments historiques, institutionnels, culturels, religieux, de l’exigence démocratique et des enjeux chiffrés du poids démographique, faut-il encore poser les bonnes questions. De ce point de vue, le dépassement du débat sur «l’européanité» de la Turquie pour mieux s’interroger sur nos propres valeurs, qui verraient la laïcité et l’universalisme être implicitement mis en cause par une certaine forme de régression communautariste et de repli sur une identité commune européenne hésitante car marquée justement par sa diversité, doit-il être pris en compte.

 

Une fois le décor planté en vue d’un processus d’adhésion à plus ou moins longue échéance - d’ici sans doute une dizaine d’années - reste t-il aussi à dessiner précisément les contours de cette société turque méconnue et fantasmée, cependant marquée par un indéniable potentiel économique, une puissance militaire vitale à la stabilité régionale et un patriotisme légitimité par une conception assumée de la Puissance - d’autant plus légitime qu’elle transcende l’ensemble de la société turque, contrairement à bien des pays européens... Car, un des éléments essentiels qui conditionne ce débat est celui déterminant du temps. En effet, le regard que l’on porte aujourd’hui sur la candidature turque, avec ses ornières, ne sera vraisemblablement pas le même que celui d’une Turquie qui devra évoluer et se réformer au gré de l’assimilation de l’acquis communautaire. Ce qui ne sera pas un long fleuve tranquille. L’enjeu turc serait-il ainsi le miroir - pas si déformant que cela - de nos propres difficultés à concevoir collectivement le contenu, le calendrier comme les frontières du projet européen - au sens propre autant que figuré ? Il s'agira ainsi de se poser les bonnes questions ayant trait à la place de la Turquie dans une Europe qui se sera de toutes manières déjà élargie d’ici 2015 et qui dépend ainsi indiscutablement de notre propre capacité à choisir entre l’option de l’Europe politique, acteur stratégique international et celle de l’espace économique, vaste zone de libre échange. Ce débat stratégique qui se doit d’être contradictoire, dépassionné et argumenté sera lancé le jeudi 8 juin, autour de Sylvie Goulard et Didier Billion, sereinement sans faux semblants ni caricatures...

 

Emmanuel Dupuy est secrétaire général de l’Institut de prospective et de sécurité en Europe

 

En savoir plus : Autour de la conférence "Turquie, carrefour de l'Europe ?", co-organisée par l'Institut Prospective et Sécurité de l'Europe (IPSE) et l'Institut de Préparation à l'Administration et à la Gestion (IPAG), le jeudi 8 juin 2006, à partir de 19H00, dans l'amphithéâtre de l'IPAG (184, Boulevard Saint-Germain - 75006 PARIS) autour de Sylvie GOULARD (CERI) et Didier BILLION (IRIS).

 

Formulaire d’inscription

mardi, 14 mars 2006

DE LA DIFFICULTE DE CONTRER LE TERRORISME ET LE CRIME ORGANISE

Quelques semaines à peine après le vote de nouvelles lois antiterroristes du 23 janvier 2006 et à la veille de la parution du premier Livre Blanc sur le terrorisme, le lundi 06 mars, l’Institut de Prospective et pour la Sécurité en Europe (IPSE) et le Cabinet d’Ingénierie Stratégique pour la Sécurité (CI2S) proposaient, dans les locaux du Centre Georges Gorse, à Boulogne-Billancourt, une conférence au cours de laquelle intervenait Xavier Raufer, auteur de La Camorra – une mafia urbaine, paru aux éditions de la table Ronde. Le débat, qui a réuni plus près de 150 personnes, a été présenté par Christine Bruneau, adjointe au Maire de Boulogne-Billancourt, par ailleurs universitaire à Paris II, qui a rendu possible la tenue de ce débat. La thématique choisie, La lutte contre le terrorisme et le crime organisé s’arrête-t-elle aux frontières, relevait d’une interrogation quant aux avancées réalisées depuis quelques années dans ce domaine, et d’une volonté : mettre en exergue les pesanteurs qui entravent des coopérations pourtant prometteuses. En quelques questions, le débat était posé : Si la coopération entre services est déjà relativement délicate dans un contexte national, qu’est on en droit d’attendre et d’espérer au niveau international ? Comment l’Europe s’organise t- elle face à une menace qui n’a jamais été aussi grande que depuis les tensions suscitées par la publication des caricatures de Mahomet ? Existe-il une prise de conscience assez forte sur le plan international pour envisager des parades, tant dans un cadre préventif que curatif ?

 

De l’avis de Xavier Raufer, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé doit se faire avec un regard froid, clinique et, qu’en aucune façon, l’observateur ne doit se laisser aller à l’émotion. Autre précision : toute étude doit se faire sur le «long terme», concerner des travaux qui parfaitement maîtrisés sans pour autant se livrer à des actions de «renseignement». De son propos, deux réflexions sont plus particulièrement à retenir :

 

Le diagnostic n’est pas aisé à réaliser dès lors que la problématique (que celle-ci concerne le terrorisme ou les sociétés criminelles) nous est souvent présentée à travers le prisme déformant de l’information. En effet, les sociétés de l’information telles que l’on les connaît ne sont pas obligatoirement les meilleurs vecteurs d’information de l’être humain. En effet, celles-ci répondent à des modèles retenus (avec la primauté et l’imposition d’idées au nom de la morale, des notions de beau, de mal, …), des exigences spécifiques. De plus, la société d’information complexifie la nature du danger. En fait, ce qui est dangereux est ce que l’on n’a pas vu, l’inquiétude venant souvent trop tard et ne permettant pas de résoudre un problème. Mais il est vrai aussi que le simple quidam «ne croit que ce qui est mentionné dans le journal». De plus, il considère que «les médias sont le reflet de ce que nous sommes» ;


 

La nature de la menace : Il convient de prendre ici plus particulièrement en compte le terrorisme et le crime organisé. En ce qui concerne le premier, pour l’heure, c’est plus particulièrement une «forme fanatisée» de la partie virulente et minoritaire de l’Islam (ce que l’on appelle en sociologie, un «résidus»). Pour le crime organisé, les choses sont plus complexes et sont généralement identiques pour tous les pays à quelques exceptions près, comme en Irlande.


 

Reste la question de la hiérarchisation des actes relevant du terrorisme et de la criminalité organisée. Ceci est d’autant plus vrai que la société de l’information dans laquelle nous vivons privilégie le problème qui est le plus visible plutôt que celui qui, en soi, est le plus grave (c’est notamment le cas avec le trafic de drogue en provenance des Balkans qui représente des dizaines de millions de «doses» vendues dans les pays occidentaux, qui génère des capitaux énormes permettant ainsi un réinvestissement très significatif dans certains pans entiers des économies locales ; et des flux financiers qui décrédibilisent d’autant les aides financières européennes bien évidemment beaucoup plus faibles. Ce phénomène est d’autant plus «sensible» qu’il s’accompagne, de facto, d’un contrôle politique ou administratif de certaines zones géographiques. En cela, le trafic des produits stupéfiants ou celui des armes de petits calibres sont beaucoup plus inquiétants que ne peut l’être le terrorisme. Ceux-ci ne peuvent en effet se développer que dans le cadre de sociétés criminelles fortement structurées et efficacement organisées qui, seules, peuvent garantir la fiabilité des transactions et, par là, la permanence de l’activité. Les migrations clandestines organisées autour de réseaux spécialisés sont également une autre activité qui pose des problèmes récurrents, dans la mesure où ils peuvent alimenter les sentiments xénophobes, provoquant éventuellement des phénomènes épidémiologiques, engendrant la mort de migrants clandestins parfois dans des conditions affreuses. Enfin, il convient d’évoquer un aspect particulièrement méconnu représenté par l’impact environnemental généré par la production de cocaïne, notamment avec les rejets, dans les rivières locales, d’éther préalablement utilisés pour la production du produit stupéfiant. Ces rejets détruisent les rivières en les transformant en égouts à ciel ouvert et sont souvent la cause d’apparitions de choléra et d’autres pandémies infectieuses. Cette problématique a été notamment constatée au Pérou ou dans le nord du Mexique (aux abords de la zone frontalière avec les Etats-Unis). Face à toutes ses menaces, les sociétés criminelles ont toujours l’avantage de la surprise et, comme le signale Xavier Raufer, les Etats sont souvent dans la «position du gardien de but au moment des tirs au but».

 

En fait, pour lutter efficacement contre la menace, il faut l’avoir décelée et il est bien évident que les modèles de sociétés dans lesquels nous vivons ne facilitent pas cette prise de conscience. Un des exemples les plus symptomatiques est celui représenté par la mafia albanaise (présentée par Raufer «un peu comme un des dommages collatéraux de la guerre des Balkans»). Celle-ci, en quelques années, est devenue une société criminelle particulièrement active, aux activités diversifiées et intéressant une grande partie des états de l’Union, mettant en œuvre une violence hors du commun et générant des profils colossaux réinvestis dans les économies locales. De plus, le libéralisme malgré tous les avantages que lui reconnaît Xavier Raufer, est également dans l’incapacité d’interdire aux masses considérables d’argent «sale» injectées dans certaines économies de fragiliser d’autant des sociétés entières, notamment à travers des incidences sociétales et politiques. Face à ce développement d’une menace protéiforme, force est de constater que les Etats (du moins ceux de l’Union) ne disposent plus de frontières pour apporter des freins au développement de ces phénomènes. De plus, la lutte n’est pas cordonnée de manière satisfaisante dès lors qu’elle se fait en fonction de choses visibles et émotionnelles. En ce dernier domaine, Xavier Raufer traite notamment de l’absence de rôle joué par l’Union. Le dernier rapport de l’OEDT (Observatoire Européen des Drogues et de la Toximanie), qui traite entre autres du trafic de produits stupéfiants sous sa seule problématique de santé publique en est exemple. Les rapports intermédiaires confirment cette tendance. Par ailleurs, la conférence fait apparaître un besoin d’actions concrètes liées au traitement européen des phénomènes liées au crime organisé et au terrorisme, notamment dans le cadre d’une meilleure lisibilité d’Europol, d’Eurojust, qui aurait mérité une action plus concertée entre Etats européens, institutions européennes (notamment à travers un coordinateur pour la lutte anti-terroriste, méconnu et trop inactif) et organisations intergouvernementales. Enfin, l’absence de subsidiarité au niveau de l’espace européen en est une autre représentation. Pour lui, tout ce qui est mis en œuvre au niveau européen n’est pas à la hauteur des enjeux. A son avis, il n’est donc pas raisonnable de faire baisser la pression répressive à l’encontre de certaines sociétés criminelles et de ne pas prendre en compte l’«hybridation» entre certaines de celles-ci et des groupes terroristes, comme l’ETA, les FARC ou la Camorra). De plus, une lutte efficace contre le crime international passe par le règlement des procédures d’extraditions. En fait, à ses yeux, ces problèmes sont du domaine des politiques et c’est donc à ceux-ci d’apporter un règlement.

 

Thierry Costedoat est Lieutenant – Colonel (réserve opérationnelle), responsable opérationnel du Cabinet d’Ingénierie Stratégique pour la Sécurité, ancien auditeur de l’IHEDN et de l’IHESI et Stagiaire au Centre de Défense NRBC de l’Armée de Terre, ci2s.org

dimanche, 19 février 2006

CONFERENCE IPSE CI2S EUROPEUS : LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME ET LE CRIME ORGANISE S’ARRETE-T-ELLE AUX FRONTIERES ?

Les attentats de New-York et Washington, le 11 septembre 2001, puis ceux de Madrid en mars 2004 et Londres en juillet 2005, mais aussi les nombreuses victimes des attentats quotidiennement commis à travers le monde (en Colombie, en Irak, en Palestine ou au Népal …) confirment de façon prégnante que nous sommes entrés dans une nouvelle phase des relations internationales que certains qualifient de ‘’3ème guerre mondiale’’, marquée par une lutte déterminée parce que vitale contre l’hyper-terrorisme. Il est ainsi tout à fait pertinent de se demander si nous ne sommes pas entrés dans une logique d’affrontement global qui relèguerait les frontières à un autre âge. Il semble bien, en effet, que terrorisme soit devenu le vecteur principal de la menace à laquelle sont confrontés nos Etats. Il s’appuie sur une ‘’professionnalisation’’ progressive de ses acteurs, sur leur parfaite maîtrise des nouvelles technologies de communications et des médias, sur leur capacité à se déplacer et à s’organiser en réseaux - qui, lorsqu’ils sont ‘’dormants’’ peuvent être activés relativement aisément - sur la radicalisation de l’action symbolisée par le passage de l’attentat ciblé à l’attentat massacre, sur la démarche quasi-sacrificielle qui inspire la plupart de ses acteurs.

 

Dans certains territoires que l’on peut à juste titre qualifier de ‘’zones grises’’, car échappant de fait au contrôle des autorités locales et aux structures internationales, se créent et prospèrent des guérillas, des structures criminelles et terroristes, des mafias capables de développer toute une gamme d’activités multisectorielles telles que le trafic de drogue, d’armes ou de diamants, les enlèvements, la prostitution, etc. …. Ces territoires semblent avoir été sanctuarisés par des organisations dont on ne sait plus si elles ont encore un caractère politique ou au contraire des buts résolument crapuleux, ou si elles entretiennent, à dessein, une mixité voulue. Dans un contexte où le terrorisme a pris au cours des dernières années une nouvelle dimension liée au djihad qui s’appuie sur une idéologie religieuse qu’il dénature, nos sociétés doivent clairement définir ceux qu’elles combattent, sans amalgame. Pour cela, la communication revêt une importance primordiale : non seulement pour sensibiliser les citoyens aux risques ou les préparer au pire, mais aussi et surtout pour créer un consensus dans la lutte contre le terrorisme. Dans ce cadre, Xavier Raufer, expert français internationalement reconnu tant sur les questions liées à la sociologie du terrorisme que sur les phénomènes de criminalité organisée va tenter de dresser un schéma, le plus complet possible, de l’imbrication des phénomènes liant les terrorismes et les mafias. La lutte contre le terrorisme, qualifiée par certains responsables des services de sécurité outre-atlantique de ‘’guerre totale et générationnelle’’ - l’ancrant ainsi dans la durée et dans un contexte de conflit de civilisations pourtant récusé par beaucoup - et la nécessaire éradication de la criminalité organisée sont ainsi indissociables.

 

L’Institut Prospective et sécurité de l’Europe et le Cabinet d’Ingénierie Stratégique pour la sécurité, auxquels s’associe Europeus, ont ainsi choisi d’aborder cette thématique en s’interrogeant sur les avancées réalisées depuis quelques années en matière de lutte contre le terrorisme et de lutte contre le crime organisé, mais en souhaitant aussi mettre en exergue les pesanteurs qui entravent des coopérations pourtant prometteuses. Si la coopération entre services est déjà relativement délicate dans un contexte national, qu’est on en droit d’attendre et d’espérer au niveau international ? Comment l’Europe s’organise –t- elle face à une menace qui n’a jamais été aussi grande que depuis les tensions suscitées par la publication des caricatures de Mahomet ? Existe-il une prise de conscience assez forte sur le plan international pour envisager des parades, tant dans un cadre préventif que curatif ? La conférence de Xavier Raufer devrait apporter des éléments de réflexion, voire quelques réponses à ces questions. Elle devrait aussi nous rappeler la grande vulnérabilité de nos sociétés dans un contexte de :

 

- Mondialisation des échanges, où tout peut presque librement circuler sur notre planète, que ce soit les hommes, les produits ou les marchandises, l’information ou les capitaux, etc.

- Fragilité psychologique des populations occidentales qui, pour la plupart, n’ont pas connu les conséquences directes de conflits armés sur leurs territoires depuis plus de cinquante ans,

- Multiplication des trafics de toutes natures (armes, produits toxiques, argent sale, …), ce qui facilite la logistique des groupes terroristes dans l’atteinte de leurs objectifs.

 

Le récent débat quant aux possibilités d’utilisation de missiles sol – air pour abattre un avion de ligne (que celui –ci soit en vol ou au sol) témoigne de cette vulnérabilité et de la ‘’sensibilité’’ du thème qui sera abordé. Quelques semaines à peine après le vote de nouvelles lois antiterroristes en France (lois du 23 janvier 2006) et dans la perspective de la parution du premier Livre Blanc sur le terrorisme attendu prochainement, cette conférence revêt un caractère d’actualité de premier plan : lundi 6 mars - Centre Georges Gorse - 23, rue des Belles Feuilles - Boulogne-Billancour -) à partir de 18h.

 

Xavier Raufer est Directeur des Etudes au Département de Recherche sur les menaces criminelles contemporaines - Institut de Criminologie de l’Université Paris II - Panthéon-Assas dédicacera, à l’issue de la conférence et du débat, son dernier ouvrage « La Camorra – une mafia urbaine », Editions de la Table Ronde, ouvrage illustrant parfaitement le thème de la conférence faite au profit de l’IPSE et de CI2S.