mardi, 07 décembre 2004
MAIS QUE FAIT... LA PRESSE?
Les journaux francophones sur l’Europe vont de lancements en naufrages. Qui se souvient de L’Européen, cet ambitieux newsmagazine lancé dans les années quatre-vingt-dix par Christine Ockrent ? Malgré la célébrité de sa fondatrice, il n’a pas su convaincre un public suffisant. Plus proches de nous, les arrêts successifs de La Semaine de l’Europe (en 2002) et de La Quinzaine européenne (en 2003) en disent long sur le manque de persévérance des groupes de presse – ces oligopoles – dans un marché qui ne demande pourtant qu’à se développer. Actuellement, une poignée de publications francophones dédiées à l’Europe sont nouvellement présentes en kiosque ou en librairie. Mais pour combien de temps ?
Alors que de plus en plus de décisions se prennent au niveau de l’Union, les médias généralistes, de leur côté, semblent toujours privilégier le débat national au débat européen. Que retiendra le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur de la polémique interne au parti socialiste français par rapport à la constitution européenne ? Que des têtes du PS ont valsé ? Indéniablement. Que le « oui » a gagné? La belle affaire ! Est-ce pour autant que ledit lecteur aura compris les tenants et les aboutissants du texte constitutionnel ? Non, bien sûr. Sait-il mieux aujourd’hui quels nouveaux principes apporteront une avancée (ou un recul) dans le fonctionnement institutionnel de l’Union ? Certainement pas.
Pourquoi ? Parce que du Fabius, du Hollande, du Strauss-Kahn ou du Aubry, on nous en sert (presque) tous les jours aux infos. Tout le monde commence à connaître. Tout le monde retient. Mais pour ce qui est de la Commission, du Conseil, du Parlement européen, l’affaire est tout autre, au point qu’il n’est pas exagéré de parler de victoire quand le lecteur sait précisément à quoi font référence ces termes. Quant au nom des personnalités à la tête de l’Union, n’en parlons pas…
Pour se justifier, on sous-entend que l’Europe est compliquée, bureaucratique, donc peu vendeuse. Peut-être. Mais le propre du journalisme n’est-il pas d’expliquer une information arrivée « brute » ? Et de vulgariser le système institutionnel ? Après tout, les journalistes réussissent à expliciter le fonctionnement de leur pays ; pourquoi ne parviendraient-ils pas à faire de même avec l’Union européenne ?
Messieurs les patrons de presse, que vous commettiez l’erreur de ne pas – plus – vous risquer dans la presse européenne, soit. Mais que vos journaux généralistes couvrent aussi peu l’actualité européenne, n’est pas une erreur, c’est une faute.
10:35 Publié dans ANTONIO LAGALA , SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








