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lundi, 06 décembre 2004
«L’ERREUR HISTORIQUE» DES PRO-EUROPEENS DE GAUCHE QUI DISENT «NON»
«Une erreur historique», persiste à se lamenter Henri Emmanuelli… La «loyauté» affichée par Fabius sera-t-elle partagée par Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélanchon, Claude Bartelone et autres tenants du «non»au sein du PS ? J’ai toujours eu une dose d’admiration pour les militants contraints de soutenir une «ligne» qu’ils dénoncent…Comme disait Paul Valéry, «il n’y a que les huîtres et les sots qui adhèrent». Mais sans «adhésion», pas de parti : or, il en faut dans une démocratie pluraliste. En France, nos partis comme nos syndicats sont même trop faibles…Voilà une «aporie» de plus, mal vécue sans doute… Chacun réagit selon son tempérament : ma seule «carte» n’étant que de presse, je n’ai pas à juger. Les mots «lignes», «consignes», «mots d’ordre», «discipline de vote» appartiennent à un vocabulaire très subjectif. Comme «loyauté» et «fidélité» d’ailleurs : peut- être «loyal» en étant infidèle à soi-même ?
Difficulté de tracer les frontières entre «compromis» et «compromission» Il faut relire, sans doute, «Les Mains sales» de Jean-Paul Sartre : «Oui, j’ai les mains sales (…) Croyez-vous qu’on puise gouverner impunément ?».
Sujets de dissertation pour aspirant bachelier… Ce que je ne parviens pas toujours pas à comprendre, c’est le lien fait entre l’engagement en faveur d’une Europe «constituée» et l’aspiration à une «Europe de gauche»… Pour moi, elle est là, «l’erreur historique». Comment peut-on dire «non» à ce projet de Constitution au nom d’une «Europe sociale» qu’on se garde bien de définir ? La Constitution française est-elle plus de «gauche» que le projet de Constitution européenne ? Non. Elle n’a pas empêché la «gauche» de gouverner, de présider, de légiférer… Et ce n’est pas «constitutionnellement» que la «gauche» n’a pas pu répondre à toutes les espérances de ses partisans. «Changer la vie», c’est du Rimbaud, pas un discours-programme pour l’Elysée… «Faut pas rêver», pour reprendre le titre d’une excellente émission de France 3
La Constitution européenne empêcherait-elle une «gauche» européenne, devenue majoritaire, de diriger l’Union européenne ? Non…sauf, bien sûr, si le mot «gauche» recouvre des conceptions de la «vie commune» contre lesquelles s’est construite l’Union européenne. Des idéologies qui au nom de la volonté messianique de «Changer l’Homme» avilissent, asservissent, déshumanisent l’Homme. Le Marché commun n’était ni un Zollverein, ni un Reich, ni le COMECON. Peut-être ne le répète-t-on pas assez : l’Europe «unie dans sa diversité» se fait depuis 1950 contre Hitler et contre Staline, et contre tout ce qu’incarnait, représentait, était leurs idées, leurs régimes, leurs méthodes. Contre les finalités et les modalités de deux totalitarismes. Comme elle s’est faite aussi contre tous les nationalismes, les colonialisme et les impérialismes, y compris ceux qui aujourd’hui se nomment «économisme», «Hyperlibéralisme», «Supercapitalisme». On ne peut effacer cette donnée «fondatrice» d’un revers de mains en lâchant qu’Hitler était un «malade» et que Staline a «trahi» un idéal…On ne peut se dédouaner de ces deux catastrophes authentiquement «européennes» en constatant que le «monde a changé», que les «défis ne sont plus les mêmes»… On ne peut surtout pas accuser «l’Europe» d’être responsable de ce dont elle est victime par son inexistence politique, son inachèvement économique, sa mollesse institutionnelle : la dictature de la techno-science et de la géo-finance…
A la base de l’Europe «constituée», il y a le constat de Brecht : «Le Monstre est en nous». Et un choix clair : Non au «Sur-Homme» de Nietzsche (qui occupe trop les esprits) , Oui à la recherche d’une amélioration de la «condition humaine» , à une organisation sociale qui favorise l’épanouissement personnel, la perfectibilité, le rêve de Teilhard de Chardin (que les philosophes feraient bien de remettre en mode) de «l’Ultra-Humain», avec ou sans Dieu. Remettre «le principe d’humanité» au coeur de toute action, est-ce de «gauche» ou de «droite» ? Attention aux raisonnements hémiplégiques… Le «Vivre ensemble» européen repose sur une alliance de la Liberté et de la Solidarité et sur la volonté de tenter de constituer une «communauté non sacrificielle», comme pourrait dire Philippe Lacoue-Labarthe… La «paix et un progrès partagé», ce n’est pas une valeur : c’est un objectif. Et «l’économie sociale de marché», c’est la définition d’un cadre, non d’un contenu. Comme toute la Constitution. Autant je comprends le «non» de ceux qui rêvent toujours en brun, en vert-de-gris, en noir, en rouge, et qui rejettent les concepts de «libre marché, de «liberté individuelle», de «concurrence» ou , à l’inverse, font des allergies en entendant les mots «social», «égalité, «justice sociale», «lutte contre l’exclusion», autant je ne parviens pas à comprendre de refus de ceux qui se prétendent «progressistes» et qui refusent le progrès. Sans doute la «culture d’opposition» présente-t-elle quelques beaux conforts intellectuels...
Oh! Je sais…Il y a la partie III du traité soumis à ratification qui «constitutionnalise» des politiques «communautaires» que Madelin, par exemple, trouve trop «dirigiste» et que les tenants de «l’ultra-gauche» trouvent trop «libéralistes». Sur les 231 articles, seuls 25 sont nouveaux parce qu’ils constituent des progrès :les autres concernent des politiques déjà sacralisées dans des traites précédents que les Cour de justice européenne et nationales avaient déjà jugé «de valeur constitutionnelle». Pourquoi les avoir repris dans cette Constitution (ce que ne faisait pas Badinter dans son projet) ? Parce qu’il ne fallait surtout pas détricoter» ce qui avait été patiemment tissé. Alors, on aurait pu parler d’une «victoire anglaise», du triomphe de la «ligne Thatcher» …
Dans leur optique, même les tenants du «non» ont fait une erreur stratégique grossière:une reforme des institutions en France, un accroissement des contrepoids à la mondialisation, une économie de compétitivité tempérée par des préoccupations sociales plus grandes et surtout plus concrètes, une société plus harmonieuse fondée sur le "bien-être" (c'est dans la Constitution) et sur l'émulation que sur l'exploitation et l'exclusion seront plus faciles à mener dans une Europe "constituée". Si, bien sûr, on ne découvre pas la dimension européenne des problèmes quelques fois, comme par "accident"...Et si on n'aborde pas "l'Europe" en défaitiste, avec ce nihilisme masochiste qui est la marque des"vieux Européens"(même quand ils ont 20 ans). «L'Europe n'aura pas eu la politique de sa pensée », constatait Valéry en 1917. Elle ne la toujours pas parce que... sa pensée reste paralysée par l'idée du «déclin de l'occident». La tête pleine de grands discours philosophiques sur le «nihilisme européen», je n’ai plus qu’à me réfugier derrière Guy Bedos : «Lutter contre le nihilisme, c’est combattre le pessimisme des autres».
22:15 Publié dans CONSTITUTION, DANIEL RIOT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe









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