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mardi, 07 décembre 2004

LA CARTE EUROPEENNE EST-ELLE CREDIBLE EN COTE D'IVOIRE?

par_christophe_nonnenmacher_copier.jpgL’Union européenne doit-elle reprendre le flambeau en Côte d’Ivoire ? Pour l’eurodéputé démocrate-chrétien Philippe Morillon, cela ne fait aucun doute. « Les événements de Côte d'Ivoire n’auraient pas donné lieu aux procès de néo-colonialisme fait à la France si Paris avait eu ‘le réflexe Licorne’. Les accords bilatéraux, les soutiens de l'OUA et de l'Onu à cette opération n'étaient pas et ne sont pas incompatibles avec une européanisation de l'intervention des militaires français. » Suivi dans son raisonnement par l’ensemble des eurodéputés – à l’exception des nationalistes et des souverainistes – le général français gagnait une première bataille sur le dossier : jeudi 18 novembre, le Parlement de Strasbourg adoptait une résolution appelant les Etats membres de l'Union à « s'impliquer activement dans le soutien de la mission de maintien de la paix assurée par les Nations unies et la France ». En somme, si la présence de Paris et de l’Onu se justifie à Abidjan, le retour au calme dépendrait à l’en croire d’une européanisation de la coalition présente sur place. « Le fait est que nous déplorons que la volonté légitime de la France et des Nations unies de réagir et de mettre un terme aux exactions commises prennent parfois une forme arrogante et paternaliste, analyse Marie-Hélène Aubert, membre écologiste français de la commission des Affaires étrangères du Parlement. Perçue comme néo-coloniale, cette attitude alimente en en effet le fanatisme nationaliste et xénophobe. »

exergue6_copier.jpgSeule ombre au tableau, le texte voté par les eurodéputés ne dépasse pas le cadre de la simple résolution, donc des bonnes intentions. Et pour cause : défense et politique étrangères restent, dans la pratique, une prérogative exclusive des Etats membres. Certes, l’Union dispose d’un Haut représentant à la PESC et d’un commissaire aux relations extérieures mais si Paris et Londres – seuls pays membres de l’Union à disposer des moyens suffisants à lancer une opération militaire extérieure - ne s’entendent pas sur ce point, l’Europe risque, au mieux, de bricoler, voire de regarder – impuissante- la situation se dégrader. Et, en l’état, force est d’avouer que les chances d’intervention britannique en Côte d’Ivoire sont très maigres, Londres n’ayant que peu d’intérêt à s’avancer sur le terrain ivoirien alors qu’elle peine déjà à se sortir du bourbier irakien. Quant à la Belgique – l’un des rares autres Etats membres a disposer encore d’un semblant de politique africaine – celle-ci pourrait suivre et faire office de solution de « sauvetage ». Mais, là encore, un problème se pose : son image en Afrique n’y est guère plus flatteuse que celle d’une France, dont on ne sait par ailleurs si elle serait véritablement désireuse de partager son pré carré…

En fait, la seule approche « réaliste » consisterait, comme le propose le texte parlementaire, à ce que le Conseil soutienne « le déploiement de forces de paix de l'Union africaine, dans le cadre de la facilité d'appui au maintien de la paix du Fonds européen de développement (Fed) » A défaut de crédibiliser l’Europe comme acteur politique majeur dans la région, celle-ci aurait au moins le mérite de ne pas exacerber les tensions et de soutenir les Etats africains dans leur volonté de prendre le problème à bras le corps … tout en préservant une certaine visibilité européenne sur la scène régionale. Car, une autre partie d’échecs se joue déjà en coulisses. Laurent Gbagbo dissimule en effet de moins en moins ses amitiés avec Washington. Tout du moins avec les évangélistes américains, proches de George W. Bush et de…Simone Gbagbo, sa femme, dont certains lui prêtent l’intention de lui succéder. Ce rapprochement entre les deux pays pourrait à n’en point douter bouleverser les relation eurafricaines.

exergue5_copier.jpgPrincipale porte d’entrée française sur l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire joue à ce titre un rôle déterminant dans la conduite des affaires étrangères française et – par ricochet – européenne. Si Abidjan « tombe », Paris et Bruxelles y perdraient donc très vraisemblablement en influence sur la scène internationale. Mais également d’un point de vue économique. Car en cas de blocage durable du port d’Abidjan, principal point de desserte locale en matière d’approvisionnement, c’est l’ensemble de l’économie régionale qui se retrouverait menacée. A titre d’exemple, le Mali serait complètement coupé du monde, privé de toute voie d’accès pour ses acheminements en matériaux, denrées alimentaires et autres équipements nécessaires à son développement.

Contourner l’obstacle par Dakar ou par voie aérienne est possible. Mais qui en paiera le coût supplémentaire si ce n’est l’Union au travers du Fed ? A défaut, tous les efforts entrepris ces dernières années par l’Europe pour soutenir l’émancipation d’un marché local, vital à la stabilisation géopolitique de l’Afrique occidentale, auront été vains. Cette réalité, la Commission Barroso nouvellement élue ne pourra pas l’ignorer lors de la prochaine réévaluation à mi-parcours du Budget du Fed. Sauf surprise ou intervention politique efficace des Européens, nul doute que l’Union sera amenée à accorder une rallonge aux Etats limitrophes. Le malaise est d’ailleurs palpable du côté des Vingt-cinq, « emprisonnées » entre leur incapacité chronique à intervenir conjointement sur la scène diplomatique et leur souci de ne pas abandonner la France dans un conflit qui pourrait bien tourner à leur désavantage. A moins que l’Union, comme le demande le Parlement, ne décide de « de s'attaquer aux causes profondes de la crise, notamment dans le domaine économique et social » et définisse – enfin - une véritable politique d’action d’aide au développement, flexible et concertée avec l’ensemble des acteurs régionaux. Mais pour cela, faut-il encore que la situation s’apaise sur le terrain et que l’Assemblée parlementaire UE-ACP « ne se contente pas, pour reprendre les termes de Marie-Hélène Aubert, de se lamenter et de voter des résolutions en papier ».