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mardi, 07 décembre 2004
LES EURODISTRICTS DOIVENT ETRE UN LABORATOIRE DE DEMOCRATIE EUROPEENNE
La coopération franco-allemande se porte-t-elle si mal? Non. Certainement pas. A titre d’exemple, la seule aire géographique couvrant la Communauté urbaine de Strasbourg (France) et l’Ortenaukreis (Allemagne) - prévue comme zone pilote pour les futurs eurodistricts, accueille actuellement 156 projets Interreg en cours. Nul doute que la coopération y est intense et fonctionne bien.
Pourquoi alors mettre en œuvre des Eurodistricts? Lorsque le Chancelier allemand Gerhard Schröder et le Président français Jacques Chirac signent la Déclaration Commune du Traité de l’Elysée, le 22. janvier 2003, tous deux entendent faciliter la mise en place d’un tout autre type de collectivité territoriale. Comme ils s’appliqueront à l’expliquer par la suite, les eurodistricts sont destinés à devenir des «laboratoires d’expériences» pour «les nouvelles formes de coopération et pour y accueillir les institutions européennes». Et qui dit «laboratoire d’expériences» dit également «innovation». L’idée développée ici par les deux chefs d’Etat et de gouvernement n’est donc pas de donner une nouvelle forme administrative à une coopération déjà en cours, mais bien d’inventer de nouvelles formes de coopération.
Et c’est ainsi que naît quelque chose de tout á fait extraordinaire: un instrument qui peut permettre d’établir un nouveau rapport entre les mondes politique, administratif et citoyen. Klaus Brodbeck, président du Landrat de l’Ortenau confirme : «L’Eurodistrict ne peut développer tout son potentiel qu’à la condition qu’il repose sur trois piliers: la politique, l’administration et la société civile.» A une époque où les élections communales sont boudées par 40 à 60 % de l’électorat, il est grand temps de mettre en œuvre des processus permettant de surmonter ce
clivage entre les instances et les citoyens. L’Eurodistrict est le moyen idéal pour y parvenir. La raison en est simple: dans un périmètre réduit (CUS-Ortenau, soit environ. 800 000 habitants), de nouvelles procédures et de nouveaux systèmes peuvent être testés sans aucun risque. Si le test n’est pas satisfaisant, si l’innovation n’est pas concluante, tant pis : on y met fin en quelques jours, sans dégât aucun. S’il est une réussite, l’expérience peut être prolongée jusqu’à ce qu’on sache si elle peut également s’appliquer à d’autres niveaux. C’est là tout l’intérêt d’un «laboratoire d’expériences», tant au plan régional qu’européen. Pour une raison bien concrète au moins : c’est dans ces eurodistricts qu’une partie de l’avenir de l’Europe se prépare. C’est ici qu’y sera donnée une large part des impulsions qui décideront de notre qualité de vie future. C’est ici que la politique locale et européenne de proximité peut prendre une nouvelle dimension. C’est ici que peut (re)naître une véritable coopération entre le citoyen et les instances. Mais pour cela, nul ne suffit d’interpeller la société civile, de l’appeler à plus de responsabilité et d’engagement… Ce qu’il faut est intégrer – enfin- le citoyen dans le processus politique local. Car c’est uniquement par ce biais que commencera un rapprochement entre ces mondes si différents et pourtant si proches.
La rive franco-allemande a été choisie comme zone d’expérimentation. Comme modèle pour les autres régions européennes. C’est une chance précieuse. Actuellement, pas moins de quarante-deux d’entre elles préparent déjà des eurodistricts. L’Europe entière, de Barcelone à Varsovie, regarde le long de la frontière rhénane. Attend des résultats… pour prendre exemple sur ses avancées. Ce rôle moteur, la région de Strasbourg – pourtant capitale parlementaire de l’Union – peine à l’assumer. Il est grand temps que cela change. D’autres, sinon, ne manqueront pas de prendre le relais, à l’instar les eurodistricts Sud (Fribourg, Emmendingen, Colmar, Mulhouse, Séléstat, Erstein), PAMINA (Karlsruhe, Wissembourg, Lauterbourg) et SarreMoselle (Sarrebruck, Forbach), tous en développement le long du Rhin. Le symbole ne manquerait d’ailleurs pas d’ironie : « Strasbourg l’Européenne », capitale européenne des droits de l’homme et du citoyen, dépassée dans sa vocation humaniste par plus « petit » qu’elle. La force de ces trois autres eurodistricts ? Une même volonté d’innover, de montrer l’exemple. Tous, à la différence de Strasbourg, ont compris une chose essentielle. Pour que le projet avance, pour que l’expérience fonctionne, il est fondamental de commencer par dépolitiser le dossier. De dépasser les petites querelles intestines. De se mettre ensuite autour d’une table pour discuter d’initiatives concrètes. Et, surtout, de veiller à ce qu’existe, dès le départ, une véritable communication et coopération entre les différents eurodistricts, pour éviter de se retrouver avec de nouvelles frontières au sein d’une seule et même région. Les organisations citoyennes peuvent très bien assumer ce rôle d’interface. Au moins dans un premier temps, avant que les eurodistricts n’aient chacun trouvé leur vitesse de croisière. Appelée à plus de responsabilité et d’engagement, la société civile est prête à assumer son rôle dans cette aventure formidable. Mais est-ce vrai pour l’ensemble de la classe politique et administrative. A eux, maintenant, de le démontrer.
12:55 Publié dans EURODISTRICT, KAI LITTMANN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









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