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lundi, 06 décembre 2004
LES MOUTONS NOIRS RESTENT MAIS LE LOUP VEILLE
Jeudi 18 novembre au soir, Jose Manuel Barroso pouvait enfin souffler. Après trois semaines de bras de fer avec le Parlement, le nouveau président désigné de la Commission obtenait – enfin –, avec le soutien de 449 eurodéputés, l’adoubement de son équipe. Mais que ce fut dur ! Et ce n’est sans doute pas fini…
Déjà invité à se soumettre au test parlementaire le 27 octobre dernier, l’ancien premier ministre portugais avait alors dû faire marche arrière, la perspective de voir l’ancien eurodéputé italien Rocco Buttiglione, homophobe et fervent partisan d’une égalité hommes-femmes digne des récits les plus sordides du XIXème siècle, rejoindre la commission de la Justice de la Sécurité et des Libertés, soulevant alors l’ire des élus européens et menaçant par ricochet de désavouer d’entrée l’ensemble de la nouvelle Commission.
Particulièrement remonté, l’ancien journaliste vedette français Jean-Marie Cavada, aujourd’hui membre du groupe libéral et démocrate du Parlement, ne mâchait d’ailleurs pas ses mots : « L’homosexualité discriminatoire de M. Buttiglione et sa conception des femmes reléguées à la procréation – comme si ce n’était pas l’affaire de deux personnes – sont choquantes et le disqualifient à ce poste. Avec de telles conceptions, comment ensuite prôner l’égalité entre hommes et femmes dans le travail ! » Trois semaines plus tard, exit donc Buttiglione, remplacé pour l’occasion par l’ancien ministre italien des affaire étrangères Franco Frattini.
Egalement décrié, le Hongrois Laszlo Kovacs qui, si l’on en croit encore les propos du même Jean-Marie Cavada, « ne fait aucune distinction entre une centrale électrique, hydroélectrique et nucléaire », passe, après une seconde audition jugée « plus convaincante » par les eurodéputés, de l’Energie à la Fiscalité et à l’Union douanière.
Véritable brouillamini politique, ce très médiatique jeu de chaises musicales s’apparente indéniablement à une victoire sur le long terme d’une assemblée que l’on disait fragilisée et sans grande influence. Or, force est de constater que si certains « moutons noirs » de la première heure ont survécu à l’épreuve du feu imposée par le Parlement, ce dernier a très clairement défini la ligne jaune à ne pas franchir.
En charge de la DG concurrence, la Néerlandaise Neelie Kroes, soupçonnée de liens trop prononcées avec les milieux d’affaire et de n’être rien d’autre qu’une « machine à fabriquer des conflits d'intérêt », garde son fauteuil mais fait déjà l’objet d’une vigilance particulière. Egalement sous observation, le Français Jacques Barrot, commissaire aux transports, auquel les parlementaires reprochent vivement de ne pas avoir fait état de ses antécédents judiciaires, quand bien même aurait-il été amnistié dans l’affaire du financement de son ancien parti, le Centre des démocrates sociaux (CDS).
Adoubée, la Commission Barroso pourrait ne pas tenir compte de ces reproches. A ceci près qu’en montrant les dents au cours de ces dernières semaines, les eurodéputés sont parvenus à faire passer un message essentiel : « Le Parlement n’est pas qu’une simple caisse enregistreuse et ne manquera de ressortir la hache de guerre si besoin est… ». Principale arme avancée, une simple résolution demandant à ce que l’institution législative puisse révoquer ultérieurement les commissaires non plus uniquement dans leur ensemble, comme le prévoient les textes communautaire, mais individuellement. Trois semaines en arrière, cette déclaration de bonnes intentions en aurait fait sourire plus d’un, président de la Commission et chefs d’Etat et de gouvernement en tête. Aujourd’hui, la donne est tout autre : s’il était amené à demandé la tête de l’un des moutons noirs de la Commission et qu’il ne l’obtenait pas, il s’en faudrait de peu pour que le Parlement ne révoque en bloc une Commission qui ne doit sa nomination qu’à l’indulgence du jury populaire. Barroso le sait et les eurodéputés ne manqueront pas de lui rappeler si besoin était.
En clair, les rapports de pouvoir changent. Au profit du Parlement ? Incontestablement. Au détriment de la Commission ? Pas vraiment. S’ils la jouent finement, le président Barroso et ses collègues pourront même revendiquer une légitimité démocratique plus grande que ce ne fut le cas par le passé. En réalité, les grands perdants sont les vingt-cinq gouvernements nationaux qui, même s’ils ont pour l’essentiel sauvé les apparences, auront été contraints, au cours de ces semaines cruciales, d’admettre que la logique gouvernementale empreinte de suffisance aurait à l’avenir à composer avec les desideratas des élus du… peuple européen. Ce qui, dans la perspective – même lointaine - du taux de participation aux prochaines élections européennes, est déjà en soi une retombée positive de ce bras de fer.
23:55 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER, RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









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