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mercredi, 08 décembre 2004
LETTRE OUVERTE AUX PARTISANS DU OUI (2)
Les moyens de ses ambitions : En finir avec le tabou budgétaire, avec «l'Europe pingre»
Ma proposition de préparer dès maintenant des «Etats généraux de l’Europe constituée» a suscité bien des sourires… «Tu parles, Ta Constitution, on ne sait même pas si elle sera ratifiée. Sur les Vingt-cinq, il y en a bien deux ou trois qui diront «non». Et alors? Raison de plus pour préparer l’après-épreuve des ratifications … Il faut que le «oui d’exigence» prôné comble certains vides laissés par la Constitution et envisage dès maintenant les chantiers ouverts par la Constitution. D’ailleurs, l’un des problèmes-clefs n’est pas lié à la Constitution : c’est celui du financement de l’Union. Un sujet tabou. Qui doit faire l’objet de vrais débats. Comment afficher des ambitions sans s’en donner les moyens de les réaliser ?
Heureusement aucun plafond n’est, constitutionnellement, fixé aux «ressources propres» et des ouvertures sont aménagées pour d’autres ressources. Mais rien, pas même une simple déclaration d’intentions, ne nourrit l’espoir de faire une révolution mentale indispensable : l’Europe ne doit pas être perçue comme une dépense, mais comme un investissement rentable, une source d’économies (d’échelle mais aussi de rationalisation), un outil multiplicateur d’effets positifs, quantitatifs et qualitatifs. Pour être forte, puissante et prospère, l’Europe doit avoir des institutions fortes et des moyens d’actions puissants. Ce n’est pas «l’Europe, combien de divisions ?», pour s’inspirer de la question stupide de Staline à propos du pape, c’est : «l’Europe, quels moyens d’action ?». Cela se mesure en euro. Les gouvernements des Etats membres ont collectivement tort de nourrir, en les suivant, les réflexes démagogiques sur ce que l’eurodéputé français Jean-Louis Bourlanges (ADLE) appelle «l’Europe pingre». La rigueur budgétaire indispensable, le besoin de réduire les dépenses publiques, l’impérative nécessité d’en finir avec les spirales des déficits qui nous font vivre à crédit d’une façon indigne sur le dos de nos enfants, les difficultés de mettre au point nationalement et internationalement des systèmes fiscaux plus justes ne doivent pas être synonymes d’avarice au niveau européen.
Il faut (par respect de la vérité) démolir un certain nombre d’idées fausses érigées en mythes du style «l’Europe coûte cher». «La contribution nette de la France à l’Union est inférieure à 20 euros par habitant et par an», rappelle Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. Nous sommes très loin des 2870 euros que la collectivité nationale prélève en impôts directs et indirects sur chaque Français… De plus, cette notion de «contributeur net» devrait être revue : elle ne tient pas compte des effets indirects et inquantifiables de la construction européenne. Elle ne tient surtout pas compte de ce que coûterait une «non-Europe» ni de ce que coûte l’inachèvement de Europe unie, les dérogations sectorielles trop généreusement accordées, le temps perdu par les lenteurs de l’édification européenne pour cause de «discutailleries» inter-gouvernementales…
Ce qu’on appelle la «loi du juste retour» et dont les Anglais profitent d’une manière éhontée depuis que Margaret Thatcher a obtenu un «chèque «annuel dont tire encore parti Tony Blair est une loi de l’impasse européenne». De la démolition de l’Union. C’est elle qui a fait étouffer l’EURATOM (au moins autant que les réticences de Gaulle). C’est elle qui, sous les pressions des populistes et des démagogues, contribue à développer les égoïsmes nationaux destructeurs et à consolider «l’Europe bouc-émissaire», cette Europe cultivée comme une «contrainte», une empêcheuse de gouverner en rond. «L’Europe-souk» des discussions de marchands de tapis et d’épiciers peu soucieux de servir l’intérêt général et d’inscrire leurs actions dans la durée. C’est cette «pingrerie» qui explique que les plans de Delors sur les grands travaux, par exemple, soient restés lettres mortes. C’est en raison de cette mesquinerie budgétaire que des politiques communes déterminantes pour le développement de «l’Europe concrète», de «l’Europe des citoyens», de «l’Europe du futur» n’ont pas l’ampleur qu’elles devraient : échanges de jeunes, programmes Erasmus et Leonardo, recherche et innovation technologique, rénovation urbaine etc...C’est ce qui explique que l’excellente «stratégie de Lisbonne» est suivie de résultats aussi décevant Tout le monde réclame «plus d’Europe» dans tous les secteurs d’activités. Ce sont ces réflexes de faux économes avaricieux qui empêchent les pays membres de se guérir, par des stratégies coordonnées et des moyens mis en commun, des avaries structurelles qui rendent impossible la société de «bien-être» promise dans la Constitution.
Qui parlait d’un «Plan Marshall» pour les banlieues ? Avec les lettres et l’esprit, il y a les chiffres. Le plan Marshall, en dollars d’aujourd’hui, représente, sur trois ans seulement, plus de 97 milliards, soit 1,5 % du PNB américain de l’époque… Un «plan Marshall» était promis aussi pour les anciens pays de l’Est sortis de l’oppression coloniale de l’Empire soviétique. «L’ensemble de ce que l’Union aura dépensé pour l’élargissement depuis 1990 et de ce que nous allons dépenser jusqu’en 2006 représente un coût net de 32,1 milliards d’euro», note Jean-Dominique Giuliani. «Depuis 1990, chaque Français a consacré poins de 5 euros par an pour les nouvelles démocraties. C’est modeste». Trop modeste. Plus de générosité se serait traduite par davantage de retour sur investissements : le Plan Marshall a été aussi profitable à l’économie des Etats-Unis et à la «culture américaine»… Cette parcimonie bien mal dosée explique que le pacte de stabilité n’ait peut-être pas aussi ce qui était annoncé : un pacte de croissance. D’où l’impuissance générale face au chômage et une forte amputation des vertus de l’euro comme outil de puissance.
En plafonnant ses ressources propres (à 1,3 voire à 1% du PNB, l’Union européenne se coupe les bras. Ce réflexe de Picsou coupe l’Europe de sa plus belle de ses traditions : cette créativité devenue synonyme de «rêve américain» alors qu’elle devrait l’être de désir d’Europe, de rêve d’Europe… En cela, il est la version financière du très politique «complexe de Peter Pan» : l’Europe n’est pas vieille. Elle ne veut pas grandir ! Tous ceux qui font des comparaisons entre l’Union européenne et les USA ne doivent pas oublier que le gouvernement fédéral américain gère 20% de la richesse américaine : on est loin , très loin du 1% communautaire… Alors, «oui» à la Constitution. Sans hésitation. Mais «oui» à une Europe capable de se doter des moyens dont elle besoin. Paradoxe : pendant la dernière campagne des «européennes», seuls les communistes avaient soulevé clairement ce tabou budgétaire. Leurs arguments, en l’occurrence bons, auraient davantage de portée s’ils disaient «Oui» à la Constitution : à quoi serviraient de nouvelles ressources dans une Europe non constituée, donc en permanence menacée de dilution ? Question de bon sens. Françis Wurtz a trop d’expérience européenne pour le pas le savoir. Mais l’idéologie et le dogmatisme du «temps des illusions» colle toujours à la peau sous les «habits neufs» des communistes français. Patience : «les faits sont têtus», disait Lénine. Le «fait européen» finira par s’imposer si l’Europe est «constituée». En attendant, ce sont les partisans du «oui» qui doivent mener la «bataille des moyens». Il faut du grain à moudre dans le grand moulin de l’Union européenne ?
14:00 Publié dans CONSTITUTION , DANIEL RIOT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








