« CONFLITS GELES ET OUBLIES EN EUROPE | Page d'accueil | C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS »
mercredi, 22 décembre 2004
CHYPRE N'EST PAS UNE APORIE
Une aporie c’est une difficulté logique sans issue Les philosophes masochistes en jouissent. Les plus sages les laissent pour ce qu’elles sont, comme «les grands chefs gardent un fond de sauce sur un coin de leur fourneau »…Les diplomates, eux, parlent de «problèmes insolubles », de «données incontournables », de «trous noirs géopolitiques» : il faut bien trouver des excuses à son impuissance… Depuis 1974, Chypre n’est pas une aporie diplomatique : c’est un cœur qui saigne en Méditerranée. Les Européens auraient bien tort de se résigner à laisser ce dossier dans les tiroirs. L’Histoire se venge toujours des lâchetés de ses acteurs…. Cette île, gouvernée jadis par Mgr Makarios, a été déstabilisée par
les rivalités gréco-turques et les séismes proche-orientaux. Soviétiques et «occidentaux» ont transformé l’île en porte-avions d’influences pernicieuses. Les Chypriotes, grecs et turcs, ont d’abord été des jouets d’une Histoire et d’histoires qui les dépassaient. Les Turcs d’Ankara ont fait la bêtise de tirer parti d’une période sombre du régime d’Athènes (Ah ! ces «colonels» !) pour tenter une occupation militaire. Résultats : un pays coupé en deux, Nicosie toujours traversée par un «mur », des populations déplacées, des tragédies humaines et un développement économique très inégal entre les deux parties de l’île.
La greffe anatolienne des Turcs a mal prise. Et les habiles Grecs ont su tirer un parti optimal de la ruine de Beyrouth : «le malheur des uns… ». Chypre - la grecque - a intégré l’Union... qui a sans doute eu tort de ne pas faire une condition de la réunification pacifique de l’île. Mais les débats ont été escamotés au nom d’une realpolitik qui n’est en rien fidèle à l’esprit de la construction européenne et à l’esprit du projet de Constitution. Les Chypriotes grecs ont même rejeté le dernier plan de réunification prôné par l’Onu et soutenu par l’Union : les «médiateurs» n’ont pas compris que les chocs d’intérêts attisés par les passions ne pouvaient se régler que par des liens directs et un désarmement total : 30 000 soldats turcs sont toujours sur l’île. Chypre ne pourra jamais connaître la paix dans l’unité en restant une «île de garnison ». Que les Turcs de Turquie regagnent la Turquie et qu’une base de l’Eurocorps soit installé sur cette île qui occupe une position effectivement stratégique serait symboliquement et économiquement intéressant.
Ankara vient de se dire prête à réétudier des propositions onusiennes : c’est un impératif. Mais l’Onu ne doit être qu’un cadre. Ce sont aux Chypriotes d’abord, aux Grecs et aux Turcs, et ensuite à l’Union, de préparer le terrain à une pacification authentique. Au dernier Conseil européen, des voix «autorisées» ont comparé la «question chypriote» à l’ancienne «affaire d’Alsace-Lorraine» : européanisons davantage - et vite - Chypre pour faire évoluer les mentalités. Dans les conflits nés d’un passé mal géré, le temps ne résout rien : il pourrit. L’Europe politique doit d’abord s’affirmer en son sein. Ce qui est vrai à Chypre l’est aussi ailleurs : en Irlande du Nord, notamment. Quel lien entre les deux ? De très vieilles histoires…. La réponse est à Londres, bien sûr : les héritages de la vielle Realdiplomatie anglaise marquent toujours la planète…Heureusement le mot «cynisme» va être rayé du vocabulaire du Foreign Office. C’est le cadeau à l’Europe promis par le Père Noël…
Par Daniel Riot - directeur de la rédaction européenne de France 3
09:30 Publié dans DANIEL RIOT, ELARGISSEMENT, TURQUIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









Les commentaires sont fermés.