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vendredi, 24 décembre 2004
DES ORANGES POUR NOEL
Des lecteurs MP3, des clés USB, une grosse dose de tendresse à la télévision, le lancement réussi de la sonde européenne Huygens pour Titan, le retour des troupes britanniques d’Irak, un pouvoir d’achat retrouvé, un euro un peu moins fort, un tas de charbon pour les méchants bambins espagnols, des sous pour la fondation Santa Claus of Greenland, des voiturettes électriques Lamborghini pour les forces de police italiennes chargées de la protection du Pape… Voilà, en gros, ce que qu’espèrent trouver d’ici quelques heures la plupart des européens sous leur sapin. Bon, bien sûr, on pourrait ajouter le plein emploi, la paix dans le monde, la fin des démagogies et nationalismes de toutes sortes et la réussite des objectifs fixés par la stratégie de Lisbonne, mais bon, c’est Noël, pas une publicité pour La Poste…
Bref, avec le troisième volet cinématographique de Harry Potter, le dernier flacon de parfum signé Annick Goutal ou les « mega-stars de l’accordéon » - je sais, des êtres assez étranges peuplent ma famille… - je risque fort de faire choux blanc et me mettre en marge de l’esprit communautaire. A ceci près, que de plus en plus d’Européens – dont moi - se demandent à quoi rime tout ce cirque. Pourquoi ce jour, qui devrait être l’occasion de se retrouver paisiblement en famille ou en couple – je ne ferais pas de commentaire sur la citation d’Armistead Maupin, envoyée par un ami, rappelant que «Noël est une conspiration pour bien faire sentir aux célibataires qu'ils sont seuls»… -, se résume en fait à un véritable moment de stress. Queues interminables dans les magasins, embouteillages à n’en plus finir, taux de gaz à échappement démesurés, dindes et autres chapons carbonisés faute d’attention, et inévitables beaux-parents vous rappelant à quel point il aurait été plus prudent – et avisé - de les laisser organiser la «fête»… Tout semble désespérément être fait pour vous ruiner votre soirée et les jours à suivre, votre banquier ne tardant bien évidemment pas à vous appeler avec pour seule question : « Quelle mouche vous a piqué de croire qu’il était nécessaire de casser votre compte épargne logement pour prouver à votre bambin à quel point Monsieur Noël était satisfait de la gentillesse – même partielle – qu’il a pu vous témoigner tout au long de l’année ! ».
A dire vrai, ce moment de joie, de partage et de bonheur n’a, à quelques exceptions près, plus qu’un seul intérêt : son « après », quand débarrassé de toute ces contraintes et critiques vous vous retrouvez enfin seul, blottis contre votre chère et tendre – ou votre fidèle ours Paddington -, sous une couette chaude et moelleuse. A moins que Noël retrouve un peu de sens. Que l’on en revienne à des choses peut-être plus simples. Il n’y a pas moins d’une semaine, je lisais un article décrivant les Noëls anciens, où le simple plaisir de se retrouver autour d’une table, en famille ou avec des amis perdus de longue date, suffisait à égailler une veillée. Pour cadeaux, pas de lecteurs MP3, de DVD et autres produits high-tech mais juste quelques gâteaux et agrumes. Des oranges paraît-il. Ces fruits au même nom que la vague colorée qui a envahi l’Ukraine ces dernières semaines. Qui avait réveillé Strasbourg en 2001, lors des élections municipales où, lassés de l’immobilisme ambiant des partis traditionnels, un mouvement de citoyens, dont nul ne sait vraiment s’ils étaient de droite ou de gauche, lançait une liste avec de véritables projets pour la ville et ses habitants. Cette même couleur fut récemment reprise par la rédaction européenne de Tiscali, qui demandait à ses lecteurs, en soutien à la démocratie en Ukraine et dans le monde, de colorer leurs sapins en orange. Je ne suis pas sûr que l’initiative puisse véritablement influer sur le cours des événements mais – bien qu’un peu opportuniste – elle ne manque pas de charme. Peut-être tout simplement parce que, par moments, on aurait simplement envie qu’il y ait un peu plus d’agrumes dans nos petits souliers. Par idéalisme, sûrement, mais aussi parce que c’est peut-être ça l’esprit de Noël : se souvenir qu’il y a bien plus important à défendre que sa place dans une file de caisse.
Par Christophe Nonnenmacher - journaliste à l'Européenne de Bruxelles
20:10 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER, RELATIONS EXTERIEURES, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Une petite réflexion en lisant ce post je pense qu'autour des blogs il y aura de plus d'initiatives citoyennes :
Les jeunes électeurs (moins de 35 ans) ne sont plus devant la télé, il sont sur internet.
Le blog est peut être le média qui permetta de fédérer ces électeurs (absent des débats et absent des bureaux de votes) qui feront la différence.
Sinon bonne année à toi et à toute l'équipe :)
Ecrit par : ~laurent | dimanche, 26 décembre 2004
Laurent,
Les blogs ont effectivement cet intérêt. Nombreux sont les exemples américains qui l'ont prouvé, même si,au final, ça n'empêche pas certaines réélections... Maintenant, reste à savoir l'usage qui en sera fait. La télévision avait il n'y a pas si longtemps ouvert le bal. "Les gens ne veulent pas de débats, de truc sérieux. Ils veulent du divertissement". On connaît aujourd'hui le résultat avec Endemol & consorts. La presse, pour raisons économiques, (d'ailleurs je ne te cache pas qu'il est parfois assez effrayant de voir de l'intérieur la soupe que l'on nous oblige à servir pour décrocher un annonceur et par ricochets de permettre à un journal de rester en vie...), est en train de suivre la même voie. Pour preuve, à mesure que les mois passent, la taille des articles se rétrécit. Motif: le lecteur n'a pas le temps, il veut aller à l'essentiel. Résultat, une info sans saveur et sans explication réelle du contexte. Côté politiques, on est entrée - pour les mêmes raisons grotesques - dans l'ère du tout publicitaire (l'exemple de De Villiers, en France, qui nous sert sa campagne anti-Turquie depuis les européennes (la constitution n'y échappe pas) suffit à s'en convaincre: l'angle de campagne n'a rien à voir avec les échéances concernées mais ça fait parler de lui et gagner des militants...Triste mais bien réel. Reste effectivement Internet et les blogs qui permettent encore un minimum d'échange d'idées et d'opinions. Maintenant seule la pratique à moyen/long terme nous permettra de savoir si nous pouvons faire de cet espace un lieu à part où l'information, l'analyse et le débat retrouveraient un minimum de sens. Et vu les premiers commentaires postés sur Europeus, j'ai tendance à penser que c'est de l'ordre du possible... En tout cas, même si tout n'est pas encore parfait, on y travaille.
Meilleurs voeux pour 2005
Christophe
Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | dimanche, 26 décembre 2004
> "Les gens ne veulent pas de débats, de truc sérieux."
> "Ils veulent du divertissement"
Il y a une vérité dans cette phrase, mais la télé et la presse commerciale classique n'ont pas besoin de lecteur/tele spectateurs intelligents. C'est vrai comme tu le dis que la presse devient "pitoyable".
Lecteur depuis plusieurs années du monde, je souscris malheureusement à l'analyse faite par Pierre Péan et son confrère dans son réquisitoire contre le monde (comme celui qu'il avait fait sur TF1).
Je ne trouve aujourd'hui que "les echos" (en relation avec mon travail) et courrier international (qui est un hebdo) pour justifier un abonnement.
Je pense (et je ne suis pas le seul) que le modèle économique des média papier et télé va changer. Un jounaliste aujourd'hui peut publier gratuitement et avoir, grace à internet une belle audience.
COMMENT REMUNERER LE JOUNALISTE ?
> La pub type google ne nourrit pas son homme !
> Le journaliste peut vendre ses livres ? Mais je pense que c'est illusoire. Dan Gillmor qui est l'exemple du jousnaliste blogger était rémunéré jusqu'à peu par son journal.
> le journaliste blogger sera peut être rémunéré à terme par du sponsoring. Des marques éthiques voudront associer leur nom à un journal/jounalistes blogger.
Cela ne couterait pas cher et laisse potentiellement la possibilité au journaliste d'avoir plusieurs sponsors ou en changer lorsque cela devient génant.
Un jolie cadeaux pour noël 2006 ?
Laurent
Ecrit par : ~laurent | dimanche, 26 décembre 2004
Je serai assez preneur de ce type de cadeaux. Maintenant, comme tu t'en doutes, ce n'est pas aussi simple. On travaille d'ailleurs parallèlement sur d'autres projets médias avec pour question principale "comment allier plaisir journalistique (et donc du lectorat) avec stabilité financière?"...avec une mise de départ proche de zéro, dans une période où l'offre publicitaire est rare. On pourrait miser sur les ventes au numéro mais cela reste très aléatoire et on en revient au mêmes problèmes: l'imprimeur (poste le plus coûteux) et les journalistes doivent être payés au moment de la parution (nécessite donc une mise de fond importante, un journal ayant en moyenne besoin de deux à trois ans pour se faire sa place sur le marché - tant auprès des annonceurs que des lecteurs). Parallèlement, la première questions des annonceurs sera "quel est votre tirage" ou "combien de lecteurs réels pouvez-vous justifier"... On pourrait également partir avec des subventions publiques mais ce type de business plan est bien trop bancal, la réalité administrative voulant que les fonds arrivent généralement après le plantage financier du journal. Autre possibilité, partir avec des partenaires privés mais on flirte très vite avec le publirédactionnel, etc.. Les blogs pourraient être une solution alternative mais on retombera forcément dans l'un des systèmes existants. Bref, l'idéal serait de trouver un nouveau modèle économique mais reste encore à trouver lequel. Quant à Courrier et les Echos, je partage entièrement ton avis. Leur force, est de ne pas répéter ce que les autres disent mais de se démarquer d'eux en terme de contenu. Maintenant, cela fonctionne aussi parce qu'il y avait des fonds importants au départ et que des financiers croyaient encore à l'époque qu'information ne rimait pas forcément avec abrutissement... Bref, si tu as des idées dans le contexte actuel, je suis preneur...
Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | dimanche, 26 décembre 2004
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