mercredi, 29 décembre 2004
LAISSONS LES REGIONS VOLER DE LEURS PROPRES AILES !
L’Union sait-elle écouter, entendre ses régions et ses citoyens ? A en croire le récent rapport commandé par Gallup Europe sur les stratégies de communication mises à destination du public par la Commission, rien n’est moins sûr. Parlementaires européens, hauts fonctionnaires, anciens dirigeant politiques, consultants, journalistes ne mâchent pas leurs mots. « Vous pouvez expliquez lors d’une réunion publique que l’Europe est un facteur de stabilité économique et de paix mais, quand les gens rentrent chez eux, ils n’établissent pas le lien. Ils le savent mais ils ne le vivent plus », déplore l’eurodéputé belge Jean-Luc Dehaenne. Et Giuliano Amato, ancien premier ministre italien de poursuivre : « Une institution qui est uniquement perçue comme une structure régulant la taille des pommes ne peut s’attirer le moindre soutien émotionnel ». A l’heure de la ratification du projet constituant, l’Union semble, à en croire la centaine d’acteurs européens mêlant leur voix au deux vice-présidents de la Convention sur l’avenir de l’Union, avoir une sérieuse difficulté à résoudre : renouer un lien particulièrement distendu avec des citoyens de plus en plus sceptiques sur un projet communautaire dont ils peinent à percevoir les bénéfices et à comprendre les contradictions.
Car, à y regarder de plus près, par quel autre adjectif désigner aujourd’hui l’approche stratégique de la Commission sur la politique de développement des aéroports régionaux si ce n’est par celui de « contradictoire » ? Adoptée en mars 2000, la Stratégie de Lisbonne se voulait pourtant claire. Il s’agissait de permettre à l’Union de se positionner à l’horizon 2010 comme l'économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde. Pour ce faire, tant la stimulation de la création d'emplois et la mise en place de politiques sociales et environnementales assurant le développement durable et la cohésion sociale devait être encouragée. Non pas simplement dans le discours mais aussi – et surtout - dans les faits. Un message particulièrement bien reçu par les régions dont certaines – encore enclavées géographiquement – prenaient le pari de se restructurer en misant sur le développement aérien. Pise, Strasbourg, Gérone ou autres Charleroi n’en sont que quelques exemples. L’aide à l’implantation de low costs sur des niches géographiques délaissées par les compagnies traditionnelles, s’avérait sur ce point être un formidable outil d’émancipation économique, tant sur le plan de l’industrie touristique que de la clientèle d’affaire et universitaire. Mieux, certains demandeurs d’emploi profitaient de cette nouvelle opportunité pour élargir leur champ de recherche et décrocher des entretiens d’embauche dans des régions périphériques nouvellement desservies par ces opérateurs, et jusqu’alors inaccessibles financièrement au regard de leurs revenus mensuels. Verdict de la Commission, les aides pratiquées contreviennent aux règles concurrentielles européennes, pour peu qu’elles émanent d’aéroports publics.
Plus inquiétant encore est la réaction extrêmement tardive des principaux acteurs concernés, dont le Comité des régions qui ne prendra position sur ce dossier que le 17 juin dernier soit six mois après l’Assemblée des régions d’Europe (ARE), alors seule organisation transrégionale à tirer la sonnette d’alarme qui rappelait via Otto Hoes, le président de son groupe de travail Aviation régionale que « les connexions aériennes interrégionales sont aujourd’hui aussi indispensables que les chemins de fer, les routes et les voies navigables. Nombre d’analyses scientifiques montrent, en effet, que posséder un aéroport est une condition essentielle pour chaque région pour être acteur dans un monde global. Dès lors, l’approche de la Commission paraît trop étroite lorsqu’elle envisage la question uniquement sous l’angle de la distorsion de marché commun ». En somme, précisait alors l’ARE, la position de Bruxelles va à l’encontre même du principe d’intérêt général communautaire et de la politique de développement de réseaux transeuropéens de transport, avec pour effet ricochet d’empêcher certaines collectivités de redresser leur économie locale et de les faire dépendre indéfiniment des aides structurelles pour le aider à garder un semblant de vitalité. Une stratégie non seulement extrêmement coûteuse au regard du budget communautaire mais une fois encore en parfaite contradiction avec les objectifs assignés par la stratégie de Lisbonne. Le rôle que jouera dans ce dossier la Commission Barroso nouvellement élue en novembre sera donc essentiel. Car de sa capacité à écouter les Européens, dépendra très certainement l’avenir économique et social de très nombreuses personnes. Bien plus qu’un levier de pression en faveur des compagnies low cost, la prise en compte de la problématique des aéroports régionaux sera l’un des dossiers vitaux de l’Europe de demain. Le 27 octobre dernier, José Manuel Durao Barroso a appris à ses dépens que seule l’écoute et la prise en compte de l’intérêt général lui permettrait de mener à bien la mission que lui imposent ses nouvelles fonctions de président de la Commission. Cette nouvelle ère de dialogue ouverte par le Parlement européen devra maintenant s’ouvrir aux régions, premiers relais de la pertinence des décisions communautaires auprès des citoyens.
Par Christophe Nonnenmacher – journaliste à l’Européenne de Bruxelles
14:20 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER, RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe









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