samedi, 01 janvier 2005

L'ANNEE DE TOUS LES DANGERS

Projet constitutionnel, élargissement à l’Est, premier Parlement à vingt-cinq, premier bras de fer entre les eurodéputés et la nouvelle Commission, ouverture des négociations avec Ankara… L’année 2004 n’aura, loin s’en faut, pas manqué de saveur. Elle devait être celle de tous les dangers, elle fut à quelques détails près celle de toutes les espérances. Celle de voir l’Union d’ici peu parler d’une seule voix sur la scène politique internationale De se porter garante des droits fondamentaux des citoyens. De jouer le rôle de passeur entre l’occident et l’orient. D’être ce que les Etats-Unis de George W. Bush ne sont plus – et n’ont peut-être jamais été : ouverte sur le monde et fière de ses différences. Une belle année en somme. A ceci près que, passé ce constat idyllique, enjolivé par l’engouement européen pour la Révolution orange en Ukraine, force est de constater que 2004 n’aura peut-être pas été un aussi bon cru que ne le laisse penser ce premier regard. Car si le pire a été évité, nombreux sont les souverainistes radicaux qui se sont vus portés au Parlement en juillet dernier. UKIP, le parti nationaliste britannique, pour ne citer que lui, n’y aura pas manqué son entrée, fort du soutien de vieilles stars déchues du petit écran et d’un discours sinistrement bien huilé. Peurs et fantasmes n’auront pas explosés au grand jour durant cette année, mais ils n’auront pas manqué d’y trouver un véritable début d’écho populaire. Car si l’Europe fascine, elle ne manque pas non plus d’inquiéter une partie croissante de l’opinion publique. Les nombreux mouvements de grève, organisés par les pompiers français, les infirmiers belges, les agriculteurs polonais ou les enseignants allemands n’en sont qu’un petit témoignage.

La véritable question, elle, n’a toujours pas été tranchée. Quelle est la direction du voyage européen ? L’Union sera-t-elle inévitablement fédérale ? Ultra-libérale ? Anti-sociale ? Puissante dans le discours et faible dans ses actes internationaux ? Est-elle véritablement capable de définir une politique monétaire cohérente face au dollar ? Rien. Aucune piste sérieuse et concrète. Et c’est bien là tout le problème. Lorsque l’on demande pourquoi était-il nécessaire d’élargir l’Union à l’Est, deux réponses reviennent inlassablement : pour la paix continentale et pour ouvrir de nouveaux marchés. Est-ce vraiment suffisant ? Les dix nouveaux entrants ont leur place au sein de l’Union. C’est indéniable. La diversité n’est pas source de faiblesse mais de force. Mais ensuite : quel projet concret leur proposons-nous ? Un avenir meilleur ? Soit. Mais dans combien de temps ? Pourtant meilleur élève de la promotion 2004, la Hongrie aura selon les experts besoin de vingt à vingt-cinq ans pour se mettre au niveau des Quinze. En attendant, ses citoyens feront ceinture. La perspective est belle mais il faudra trouver un projet cohérent à vendre aux populations concernées pour qu’elles ne regrettent pas leur choix européen et ne soient tentées de réveiller de vieilles et tristes connaissances.

2004 aura aussi eu son lot de souffrances. De la tragédie de Madrid, le 11 mars, qui fit 191 morts et 1800 blessés, à celle plus récente du Tsunami qui s’est abattu sur les côtes de l'océan Indien. Plus de 120 000 victimes estimées à ce jour. Quel rapport avec l’Europe ? Deux choses : si une coopération judiciaire digne de ce nom existait au sein de l’Union, les attentats de Madrid auraient peut-être pu être évités. Si l’Union avait su dépêcher une réelle force de d’intervention rapide en Indonésie et autre Sri Lanka, peut-être le bilan aurait-il été moins lourd. Reste qu’on ne le saura jamais. Et puis, comme dans tout bilan, 2004 aura aussi eu son lot d’oubliés, dont Ingrid Betancourt, toujours retenue en otage d’un conflit assassin entre les Farcs et la présidence colombienne, et sur lequel, malgré de beaux accords commerciaux, l’Union ne semble avoir prise. Ou, plus sinistre encore, la Tchétchénie dont on préfèrerait à choisir ne plus jamais entendre parler faute de véritablement y comprendre quelque chose. Ce que l’on ne voit pas n’existe pas. C’est bien plus commode.

2005 démarrera donc sur ces bases un peu bancales. Trop peut-être. L’année de tous les dangers sera peut-être bien pour cette fois. Nul besoin de s’appeler Elisabeth Tessier pour s’en convaincre. L’Union devra en effet faire bien plus que d’envoyer des observateurs pour les élections irakiennes et palestiniennes pour gagner en crédibilité proche-orientale. C’est le prix à payer si l’on ne veut pas être un observateur impuissant des tristes affaires de ce monde. 2005 pourrait être l’heure de ce choix. Plus proche de nous, les Vingt-cinq auront, au cours de la présidence luxembourgeoise qui débute aujourd’hui, à s’accorder sur un pacte de stabilité dont nul ne se satisfait vraiment et sur la définition du budget communautaire 2007-2013. Décider si oui ou non les objectifs fixés à Lisbonne doivent définitivement s’apparenter à une farce ou se donner les moyens de les atteindre. Mais plus que tout, ils devront convaincre. Convaincre que cette constitution européenne est bonne, tout du moins bien moins mauvaise que certains voudraient le faire croire. Bien sûr, le texte n’est pas parfait, l’absurdité de l’organigramme diplomatique qui y est dépeint en est un parfait exemple. Mais le projet ne garantit-il pas certains droits fondamentaux que le Traité CE ne reconnaissait pas jusqu’alors ? Ne donne-t-il pas droit aux citoyens de saisir la Commission sur un dossier ? Ne préfigure-t-il pas de certaines avancées comme la mise en place d’un parquet européen ? Ne met-il pas de garde-fous contre une ingérence de la politique commerciale dans la gestion des services publics éducatifs et culturels ? Ces éléments devront être pris en compte au moment des votes.

Et puis, la Turquie, bien sûr. Ce méchant Etat musulman dont le seul objectif est de souiller nos sœurs et nos mères. Là encore, un peu de bon sens ne ferait pas de mal. Sur certains points, les (actuels) Européens auraient beaucoup à apprendre des Turcs. Mais si un détonateur était à choisir parmi tous ceux proposés pour l’année à venir, parions qu’il sera à deux têtes : roumaine et bulgare. En avril prochain, ces deux Etats signeront leur traité d’adhésion à l’Union... Avec cette tragique image de mendiants qui leur colle chez nous à la peau. En pleine campagne référendaire. Pile au milieu des invectives entre pro et anti-Turcs. Sans qu’on ne connaisse encore avec certitude le mode de fonctionnement de cette Union en devenir. Les europhobes s’en réjouiront. En joueront et en rejoueront. Dans douze mois, l’Europe fera ses comptes. Verra si elle a été en mesure de passer son certificat d’entrée dans l’âge mûr. De décrocher son permis de conduire. En cas de réussite, l’exploit ne sera pas mince, rouler en état d’ébriété à vingt-cinq dans une Twingo, en prenant trois autostoppeurs «indésirés» sur une route minée, n’étant pas donné à tout le monde.

Par Christophe Nonnenmacher – journaliste à l’Européenne de Bruxelles

Commentaires

Saturday, January 01, 2005
No longer the only one...

It's time to face it. The US is no longer the world's only super-power. In fact, it soon may be only one among four or five.

Christophe Nonnenmacher writes of Europe's expanding role in the world: [Cette anneé devait être]... "celle de voir l’Union d’ici peu parler d’une seule voix sur la scène politique internationale De se porter garante des droits fondamentaux des citoyens. De jouer le rôle de passeur entre l’occident et l’orient. D’être ce que les Etats-Unis de George W. Bush ne sont plus – et n’ont peut-être jamais été : ouverte sur le monde et fière de ses différences. Une belle année en somme. "

("This year should be that which sees the Union more or less speak with one sole voice on the scene of international politics. To play the role of middle-man between the west and the east. To be that which the US and George W. Bush are no longer-- and maybe never were: open to the world and proud of its differences. A good year in sum.")

The proof is the US's obvious capitulation this past week on disaster relief. I don't believe much of the 350 million will be paid, but the US has clearly given up all moral authority in the world, which leaves us open to being teased, badgered, and out-bidden by any country which chooses to do it. They are right to do it.

And it is right to be passed by those countries in the world that show they value freedom, economic viability, diversity and progress, values the United States once defined...

The danger is the kickback from red america as they learn to accept their new place in the world. These things never turn out well, for anyone.

Ecrit par : Ryan Onstott | dimanche, 02 janvier 2005

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