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jeudi, 06 janvier 2005
DE LA DIFFICULTE D'ETRE BUSH EN 2005
Depuis les attaques terroristes du 11septembre 2001, les branches exécutives et législatives américaines ont pratiquement évolué de concert. Les démocrates au Congrès ont fait taire leurs dissensions afin de préserver l’intérêt national en cette période douloureuse, le Congrès a suivi les yeux fermés le président américain dans la guerre en Afghanistan et a voté l’entrée en guerre contre Saddam Hussein. Les rallonges budgétaires massives accordées à la Défense n’ont pas ébranlé outre mesure des parlementaires mus par un vibrant élan patriotique. Et l’on peut dire que l’union sacrée a perduré jusqu’aux primaires démocrates, lorsque le candidat Howard Dean a, le premier, exprimé ses doutes sur la gestion de la lutte anti-terroriste de l’administration Bush et sur la guerre en Irak. Dès lors, et tout au long de la campagne présidentielle, la retenue a peu à peu fait place à des attaques en règles entre les deux partis.
Ce qui est nouveau, en revanche, c’est qu’au sein même du parti républicain, dans les rangs des sénateurs et des représentants, l’on entende désormais des voix s’élever pour contester les options choisies par le président Bush. Comme si, d’une certaine manière, l’élection passée, et la victoire assurée, il redevenait possible de mettre fin à la trêve, si pesante depuis le 11 septembre 2001, et de revenir à au système de poids et contre-poids si cher à la démocratie américaine. Le parti républicain a gagné de l’avance au sein du Sénat, remportant 55 sièges et quatre nouveaux membres. La Chambre des Représentants de son côté, conserve une majorité républicaine assez nette (232/201- 1 poste vacant depuis la mort cette semaine de Robert Matsui, représentant démocrate de Californie), mais ne compte que trois nouveaux représentants républicains. La victoire de John Thune, dans le Dakota du Sud, sur l’illustre leader du parti démocrate Tom Daschle, au terme de l’un des duels les plus
farouches de l’élection 2004, a ébranlé le parti de l’âne et renforcé l’idée que la lutte partisane serait désormais inégale, et la partie, gagnée d’avance pour la seconde administration Bush. Pourtant, c’est un parti républicain divisé qui a vu s’achever le 108ème Congrès et qui s’apprête à aborder sous les mêmes auspices l’ouverture du 109ème Congrès en ce début janvier 2005. La rentrée 2005 s’annonce donc difficile pour le président Bush car les enjeux intérieurs et internationaux sont importants et le soutien du Congrès, essentiel.
Le président Bush s’est engagé à résorber le déficit budgétaire record, ce qui ne sera possible qu’au prix de coupes sombres dans les programmes sociaux, comme par exemple la privatisation prévue du système de sécurité sociale, puisque le gouvernement entend maintenir un budget de la sécurité élevé et souhaite poursuivre la réforme du système fiscal (avec notamment l’instauration d’une tranche unique d’imposition la flat tax). Il est à prévoir de longs débats acharnés entre des démocrates soucieux de préserver le niveau de vie de leurs électeurs et des républicains de la ligne dure qui chercheront à couper plus nettement les aides du gouvernement fédéral. George W. Bush aura par ailleurs à motiver sa demande de rallonge de 80 milliards de dollars pour février 2005 concernant les opérations militaires en Irak, à un Congrès peu amène, qui souhaite une rapide sortie de crise. Le président américain entend faire passer de nombreuses réformes lors de son second mandat, exercice généralement difficile dans l’histoire des présidents américains réélus et la fin de l’année 2004 a donné un aperçu des difficultés qui l’attendent. L’une des grandes batailles au Congrès du second semestre 2004 fut sans conteste la réforme des services de renseignement américains (Intelligence bill). Recommandée par le rapport d’enquête de la commission bipartisane sur les attentats du 11 septembre 2001, cette restructuration, étudiée depuis le mois de juillet par la chambre basse a connu maintes modifications avant d’être adoptée, vidée en partie de sa substance, par les sénateurs le 6 octobre 2004. 67 représentants républicains se sont opposés à cette loi qui prévoit la création d’un Centre national du contre-terrorisme (NCTC) avec à sa tête, un « tsar » du renseignement, directeur national supervisant les quinze agences de renseignement compétentes aux Etats-Unis. Beaucoup de républicains ont exprimé leurs doutes et désapprobation, estimant que cette restructuration constituerait un niveau supplémentaire de bureaucratie et que son efficacité était loin d’être garantie. Le président des Etats-Unis a dû apporter en personne son assurance que le nouveau super-directeur du renseignement n’interfèrerait en aucune mesure dans le champ de bataille du renseignement et doit beaucoup à Duncan Hunter, président de la commission des forces armées de la Chambre des représentants, qui s’est fortement investi pour l’adoption de cette loi.
George W. Bush a par ailleurs connu un cuisant échec face au Sénat ces dernières semaines en se voyant refuser la nomination de 20 juges estimés trop conservateurs. Nombreuses sont les pierre d’achoppements à venir, en particulier sur les questions de politique intérieure. Le 109ème Congrès devrait donc connaître de nouvelles tensions et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les élections présidentielles passées, les membres républicains du Congrès ne se sentent plus aussi moralement liés à l’administration. Certains, nourrissent des ambitions présidentielles propres et pourraient vouloir laisser leur empreinte dans la vie politique de ces quatre prochaines années. D’autres, se distinguent par un esprit d’indépendance très marqué, allié à de fortes convictions ancrées très à droite sur l’échiquier politique (c’est notamment le cas de Tom Coburn, nouveau sénateur de l’Oklahomma connu pour ses prises de positions ultra-conservatrices) et voient dans ce nouveau Congrès une occasion de faire passer leurs propositions « avec ou sans George W. Bush ». Ensuite, les réformes sur la sécurité sociale et la loi sur l’immigration sont loin de faire l’unanimité. La loi, promise par le candidat Bush lors de la campagne 2000, permettant aux immigrants sans papiers mais ayant un emploi aux Etats-Unis d’être régularisés et d’obtenir un visa, va à l’encontre des dispositions prises par la législation sur le contre-terrorisme et fait frémir certains républicains purs et durs qui plaident déjà pour que soient durcies les lois sur l’immigration et l’amnistie.
Egalement à prendre en considération, la nomination prochaine d’un nouveau juge à la Cour Suprême, venant remplacer William Rehnquist, l’actuel président de la Cour Suprême, constituera sans nul doute une source de conflit majeur. Les démocrates et les républicains modérés s’inquiètent en effet de l’intention du président Bush de nommer un juge très conservateur, faisant par là-même basculer l’instance judiciaire très à droite pour de nombreuses années. Certains faucons font savoir de leur côté qu’ils se battront jusqu’au bout pour qu’aucun juge « libéral » (notamment sur la question de l’avortement) ne trouve le chemin de la plus haute instance judiciaire des Etats-Unis. Autre donnée à prendre en compte, le parti démocrate ne sera pas en reste. Déroutés par la défaite de John Kerry, les démocrates sont déterminés à faire entendre leur voix et le leader de la minorité démocrate au Sénat, Harry Reid (Nevada) a fait savoir qu’il entendait bien établir son autorité sur les diverses organisations démocrates, comme le Democratic Policy Committee (DPC), le Democratic Steering Committee, et le Democratic Communications Committee et former un centre de crise (war room) contre le GOP. Enfin, le Congrès pourrait enfin reprendre les rennes face à la guerre en Irak, rappeler ses prérogatives issues de la loi sur les pouvoirs de guerre, votée en 1973 après l’enlisement de l’armée américaine au Vietnam, et demander à l’administration de rapatrier les troupes au plus vite, quand bien même la situation ne serait pas stabilisée. Il est intéressant à ce titre de noter la véritable crise de légitimité que connaît désormais le Secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld, ouvertement critiqué par les membres républicains des deux chambres et dont l’impopularité pourrait s’étendre à ceux qui l’ont soutenu jusqu’à présent, à savoir le président et surtout le vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney.
George W. Bush va donc avoir fort à faire pour ramener la sérénité au sein de son parti et du Congrès. Lors de son allocution de bienvenue aux nouveaux membres du Congrès, il a appelé les parlementaires à « garder l’esprit ouvert » et rappelé « l’importance du travail commun entre le Congrès et la Maison Blanche » en regrettant l’esprit parfois « trop partisan et trop politicien » qui règne à Washington. Le président américain aura-t-il retenu les leçons de juin 2001 et compris qu’il vaut mieux éviter d’aliéner les membres de son parti, comme ce fut le cas avec le sénateur républicain du Vermont, Jim Jeffords, qui las de ne pas être écouté s’était proclamé indépendant, faisant alors basculer la majorité sénatoriale dans le camp démocrate ? Affaire à suivre.
Par Catherine Croisier – universitaire spécialisée sur les questions américaines
08:30 Publié dans CATHERINE CROISIER, RELATIONS TRANSATLANTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe









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