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vendredi, 07 janvier 2005
KOURSK, UN SOUS-MARIN EN EAUX TROUBLES
Tout avait débuté cent jours après l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir. Le 12 août 2000. L’événement fit alors grand bruit et provoqua une véritable onde de choc dans la population russe. Ce jour-ci, le fleuron de la flotte nucléaire sous-marine russe coulait à pique. Ses 118 membres d’équipage avec. Sans possibilité d’être secourus. L’explication officielle ne tarda pas. L’explosion accidentelle d’une ancienne torpille serait à l’origine de la tragédie. La faute à pas de chance, en quelque sorte. Tout au plus à un défaut de maintenance. Reprise tel quel, l’information fera le tour du monde. Quelques jours après, une nouvelle actualité internationale balayait définitivement le Koursk. Laissait les familles des victimes à leur deuil, loin de toute exposition politique et médiatique. Coulé, le Koursk était enterré. Sauf pour quelques rares journalistes, dont Jean-Michel Carré. Réalisateur de profession, ce français ne se satisfait pas de la thèse officielle. Quelque chose clochait. Les questions sans réponse s’accumulaient. Pourquoi les marins qui avaient survécu aux explosions n’avaient-ils pas été sauvés ? Quel rôle l’Occident avait-t-il joué dans cette tragédie en envoyant une imposante armada de navires d’espionnage durant les manœuvres du Koursk ? Pourquoi, pendant plusieurs jours, Vladimir Poutine n’a-t-il fait aucune déclaration et refusé toute aide étrangère ? Pourquoi une alerte nucléaire a-t-elle été déclenchée une heure avant un tir de démonstration d’une nouvelle torpille ? Pourquoi la plupart des marins refusent-ils encore de croire à la version officielle ? Pourquoi, dès qu’un journal publie des informations contraires à la version officielle, est-il systématiquement perquisitionné par le FSB, les services secrets russes ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de commission d’enquête indépendante ? Pourquoi la presse qui dénonça le silence et les pratiques de Poutine a-t-elle été mise au pas ? Pourquoi les militaires et les hommes politiques qui avaient soutenu la version de l’implication américaine dans la tragédie ont-ils été limogés et souvent généreusement reclassés ? Pourquoi enfin a-t-il été décidé de réduire en miettes le Koursk et d’en détruire, sans même juger bon de la remonter à la surface, la partie avant où a eu lieu l’explosion ?
Un début de réponse est apporté dès le 22 août 2000. « Pendant quelques heures, un article apparaît sur le site de la Pravda… avant de disparaître définitivement, relate Jean-Michel Carré. Celui-ci expliquait de manière détaillée comment le monde venait d’éviter de justesse un conflit entre la Russie et les Etats-Unis. » C’est à ce moment que le puzzle commence à se mettre en place. Que l’on s’interroge déjà moins sur les raisons qui ont poussé, le 15 août, soit trois jours après le naufrage et suite à la première conversation téléphonique entre les présidents Clinton et Poutine, le directeur de la CIA, Georges Tenet, à se rendre personnellement et secrètement à Moscou pour la première fois. « Pendant la semaine qui suit le drame, de nombreuses conversations téléphoniques se poursuivront entre les deux présidents, poursuit Jean-Michel Carré. Une dette russe envers les Américains est annulée, un nouveau prêt est accepté… [Dans la foulée], Bill Clinton décide d’arrêter le programme de bouclier anti-missiles. » Le fait que rien n’ait été dit sur l’arrestation de l’homme d’affaires américain Edmond Pope, sur ordre de Poutine, quelques jours après son élection, n’est peut-être pas sans relation avec ce concert diplomatique. Car l’homme d’affaires n’était pas des plus banals. « Ancien membre des services secrets de l’US Navy, il fut appréhendé alors qu’il venait d’acheter des plans de la torpille Schkval à son inventeur Anatoli Babkine, précise Jean-Michel Carré : une torpille dont les Américains essayent de percer le secret depuis des années et qui atteint la vitesse phénoménale de 500 km/h sous l’eau ( !), et dont la possession par la Flotte chinoise risquerait de remettre en question la suprématie américaine en Asie du Sud-Est… Etrangement, un autre fait ne fut pas mentionné : lors de manœuvres du Koursk, des observateurs militaires chinois étaient présents dans la zone du naufrage…
Les faits énoncés par le réalisateur français suscitent le trouble. Ne manquent pas d’interpeler. Lors d’une conversation téléphonique entre Noël et l’An, Hélène Blanc, spécialiste de la Russie, nous avait déjà prévenu. « Ne ratez pas cette enquête. Vous allez être scotché ! Il faut que les gens voient ça. C’est inimaginable. » Les pièces du puzzle seront réassemblées dans quelques heures. Car de cette enquête, Jean-Michel Carré en a fait un film que France 2 diffusera ce soir à 22h30. Un livre complémentaire en sera prochainement tiré. Le vrai visage de l’administration Poutine devrait y être disséqué. Tout comme les relations troubles entretenues alors entre la Russie, la Chine et les Etats-Unis… à partir de ce qui n’aurait dû rester qu’un simple accident. De quoi certainement se coucher moins bête, mais peut-être également bien moins rassuré sur l’état du monde.
Par Christophe Nonnenmacher – journaliste à l’Européenne de Bruxelles
20:05 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER , RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Europe
Commentaires
Il est fort probable que l'hypothèse retenue avec intervention US soit dans la vérité! il était possible de sauver quelques marins par 108 mètres de fond, même durant la seconde guerre c'était possible! mais ils auraient été témoins! la raison d'état ressemble à un mauvais James Bond. On tente de montrer les russes comme des sous équipés, un peu barbares! comparés à notre esprit occidental ils sont très en retrait! alors comment font ils pour créer des armes si perfectionnées ? on ne peut que frémir quand on voit que la catastrophe du nucléaire est entre les mains de deux hommes extrêmement dangereux : Poutine et Bush . Qu'en sera t il lorsque la Chine consommera autant d'énergie que les USA (25% du monde!) ? et cela dans un quinzaine d'années! il est temps que les peuples prennent conscience§
Ecrit par : dosias daniel | jeudi, 13 janvier 2005
La thèse avancée par Jean-Michel Carré est effectivement crédible... et effrayante. Détenir une telle arme revient à maîtriser les mers sur le plan militaire. L'épisode du Koursk n'est pas moins rassurant quant à l'usage assez extraordinaire qu'en a fait Poutine. Sur ce point, en attendant la sortie du livre de Jean-Michel Carré, je ne peux que vous conseiller l'ouvrage de Hélène Blanc, chercheuse au CNRS et spécialiste de la Russie. Son livre, "KGB connexion" (ed. Hors commerce) est sur ce point lourd d'enseignements et assez passionant à parcourir. Quant à la Chine, sa consommation d'énergie - en hausse constante - ne sera pas sans impact à tout niveau: tant sur le simple plan économique qu'écologique et diplomatique, la "guerre" des ressources pétrolières, gazières et, à une autre échelle minières, ayant déjà débuté, avec Pékin pour principal acteur...
Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | jeudi, 13 janvier 2005
pour le reportage de jm carré sur le koursk allez sur un site russe de mourmansk
www . murman.ru/kurskmen les pages datent de quelques semaines aprés l'accident et avant le renflouage
vous trouverez toute l'argumentation de jm carré dont le voyage de tenet à moscou
jm carré aurait pu citer ses sources car tout y est
bonne lecture
Ecrit par : andreoli gerard | vendredi, 14 janvier 2005
Suite à votre commentaire, je viens de faire un tour sur http://www.murman.ru/kurskmem. Tous les détails y sont en effet...! Merci encore pour l'info et au plaisir de reconverser avec vous sur Europeus.
Christophe
Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 14 janvier 2005








