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mercredi, 19 janvier 2005
«NE JOUEZ PAS AVEC LE FEU TURC», MONSIEUR BAYROU...
Selon l'AFP, citant un sondage CSA/SFR pour France Europe Express et France Info, le «oui» l'emporterait largement en France avec 65% des suffrages, contre 35% de non, si le référendum sur la ratification du Traité constitutionnel européen avait lieu dimanche. Faut-il s'en réjouir si l'on est partisan du «oui »? Non. Pour trois raisons. D'abord, selon cette enquête, 61% des électeurs inscrits s'abstiendraient ou voteraient blanc ou nul. Vertigineux ! Ensuite, les répartitions sociologiques confirment de vraies failles sociales. Par tranche d'âge, c'est chez les 18-24 ans (68%), les 25-34 ans (67%) et les plus de 65 ans (67%) que le «oui» fait ses meilleurs scores. Par catégorie professionnelle, le «non» est plus représenté chez les ouvriers, chez les retraités et les inactifs (36%). Par niveau d'étude, c'est chez les bac + 2 et plus (respectivement 68% et 72%) que l'on trouve le plus grand nombre de partisans du «oui ». Géographiquement, la région parisienne se distingue du reste de la France avec 74% des sondés pour le «oui », contre 26% pour le «non ». Enfin, l'électorat favorable au «oui» de l'UMP et surtout de l'UDF tend à diminuer...
A force de mélanger les débats sur la Turquie et ceux sur la Constitution, Sarko et surtout Bayrou prennent de très gros risques. Comme dit Olivier Duhamel dans son excellente chronique sur France Culture, on n'ose imaginer que secrètement, pour des raisons politiciennes, ils souhaitent sinon un «non », du moins un «oui» trop faible pour «faire plaisir» à Chirac. «Jouer avec le feu turc» ne règlera en rien la question anatolienne mais risque de menacer la perspective d'une Europe «constituée ». A la vielle du Congrès national de l’UDF, il importe de rappeler que la Constitution constituerait le meilleur bouclier contre toutes les «dénaturations» de l'Union, y compris face ou avec la Turquie. Et Bayrou perdrait le «capital homme d'Etat» qu'il accumule peu à peu en ne prônant pas clairement un «oui» enthousiaste, ce qui n'est évidemment pas un «oui» naïf ou béat...
Par Daniel Riot - directeur de la rédaction européenne de France 3
14:05 Publié dans CONSTITUTION, DANIEL RIOT, TURQUIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
DES VŒUX LOURDS DE CONSEQUENCES
19 janvier 2021. 6h30. Réveil au son de NTV Europe. « Marek Göric, président de L’ODE – l’Office des Eurodistricts – a annoncé la nuit dernière la création de l’eurodisctrict Friesland. Située aux confins des Pays-Bas et l’Allemagne du Nord, cette nouvelle zone binationale confirme un peu plus encore le succès des communautés régionales transnationales au sein de l’Union européenne », relate la chaîne d’information télévisée en Une de son édition matinale « Imaginez, alors qu’en 2003 le concept d’Eurodistrict n’était qu’une simple idée lancée par le président français Jacques Chirac et le Chancelier allemand Gerhard Schröder, soixante-quinze structures de ce type ont été créées en moins de vingt ans, se félicite Marek Göric, au micro de Tatiana Derhoff, journaliste vedette de NTV. Et c’est payant. Toutes les régions qui ont adoptés ce modèle peuvent en témoigner. Les systèmes sont plus souples, les citoyens participent directement au processus décisionnel, par le biais d’assemblées représentatives ou de consultation référendaires. Nous élisons nos propres parlements et ceux-ci sont en prise directe avec Bruxelles sur de nombreux domaine. En fait, ce que nous sommes parvenus à faire est ce que tout le monde qualifiait d’impossible il y a encore quelques années. Renouer le dialogue entre les élus et les populations. Un vent nouveau souffle sur l’Europe. »
La mine réjouit, le président de l’ODE ne l’a pas sans raison : les régions eurodistrict affichent en moyenne un insolent taux de participation électoral de 84,6 %. A la tête de l’Eurodistrict Perpignan-Barcelone, Jose Benitèz, un petit homme d’une cinquantaine d’années au fort accent catalan, peine encore à y croire. Rencontré quelques années plus tôt lors d’un colloque sur ce phénomène transrégional, il me résumait il y a peu en une phrase l’importance du travail entrepris depuis vingt ans. « Si seulement nous avions eu cette idée plus tôt… En fait c’était toi qui avais raison. » Le Forum, en tout cas, dont la présidence changea plusieurs fois de mains et dont les ramifications vont aujourd’hui jusqu’en Anatolie centrale. Mais, sur le fond, Benitèz dit vrai. Les électeurs retournent aujourd’hui aux urnes. Tout simplement parce qu’ils savent que leur voix compte, qu’elle a du poids. Qu’elle ne se résume plus à une simple carte électronique que l’on agite tous les cinq ans. Que, désormais, les décisions se prennent tout au long d’un mandat en concertation entre les instances politiques, administratives et la société civile. En fait, les eurodistricts on (ré)inventé la démocratie participative.
Le symbole de ce succès siège depuis novembre 2012 à Bratislava. Sous le sigle ODE, celui-ci coordonne à l’échelle européenne l’ensemble de ces structures bi, voire tri-nationales et les représente auprès de l’Union dès lors que des intérêts communs aux différentes régions concernées sont engagés. Ce choix géographique n’a pas manqué de surprendre. A l’origine, cette structure était en effet pressentie à Strasbourg, ancienne ville d’accueil du Parlement européen. Mais la municipalité alors en place n’ayant pas jugé bon de participer à la première vague de création des eurodistricts en 2005, le choix se porta finalement sur une agglomération qui s’était distinguée comme plaque tournante entre l’ancienne Europe centrale et l’Europe occidentale, à proximité des centres décisionnels que sont aujourd’hui Vienne, Budapest, Prague, Berlin et Varsovie.
Seize ans plus tard, Strasbourg végète, peine à assumer des choix politiques qu’il est désormais trop tard pour regretter. Pressenti depuis le début des années 1990, le transfert définitif du Parlement européen vers Bruxelles a été officialisé en 2012. Six ans plus tard, le Conseil de l’Europe, entamait sa lente migration vers Budapest. La Cour européenne des droits de l’homme, dont les activités étaient désormais très proches de celles de la Cour européenne de justice, plia quant à elle bagages pour Luxembourg. Conséquence directe, les représentations diplomatiques permanentes présentes dans la capitale alsacienne fermèrent progressivement leurs portes. Faute d’intérêt politique et reléguée progressivement au rang de ville dortoir depuis 2007 – date à laquelle le TGV entra en gare sans être accompagné du moindre projet de développement économique local (une autre occasion manquée) – Strasbourg vit ainsi progressivement l’ensemble de ses acquis fragilisés puis disparaître. Exode successif de ses fonctionnaires européens, transfert de l’ENA à Bruxelles depuis son changement de statut en Ecole européenne d’Administration, délocalisation de ses centres de R&D en Suisse, voire au sud de l’Europe, faute de compétences de haut rang, dépôt de bilan de l’aéroport international… La liste n’est pas exhaustive.
A l’inverse, les région limitrophes, qui avaient su saisir leur chance dès 2005 et fait parti des zones pilotes eurodistrict, ont connu un développement inversement proportionnel. Première ville à avoir créer un parlement tri national (les municipalités française de Mulhouse et suisse de Bâle étant avec elle membre de qui fut alors baptisé « Eurodistrict sud ») la ville allemande de Fribourg usa de sa nouvelle notoriété et de sa réputation déjà affirmée dans les secteurs de la recherche et de l’environnement pour accueillir quelques années plus tard la nouvelle agence européenne du développement durable et de la recherche énergétique. Plus au nord, l’Eurodistrict Pamina, dont le siège est à Karlsruhe, développa, avec l’appui financier de Paris et Berlin et suite à une motion déposée par ses habitants, un pôle scientifique et multimédia de premier ordre, dont le point d’orgue fut, en 2017, l’inauguration de Trans-e-Tech, consortium spécialisé dans la recherche sensorielle et intuitive. Résultat, le gain d’une aura internationale et 8000 emplois directs et indirects créés. Aux blocages identitaires de
la première heure et des éternelles craintes identitaires auront donc vite fait place un engouement populaire sans précédent. Chaque population resta attachée à sa culture nationale mais s’ouvrit, par un échange quotidien, à l’autre. L’apprentissage des langues fut encouragé, les écoles internationales démocratisées, les médias bilingues développés et les mouvements associatifs et politiques transnationaux généralisés. Mieux, cet élan coordonné depuis Bratislava serait, selon NTV, vu avec bienveillance depuis Bruxelles et pourrait très prochainement inspirer la nouvelle réforme des institutions communautaires.
Suivent les annonces commerciales et la météo. Froide comme à Bratislava. De quoi refermer quelques instants les yeux. Histoire de grappiller quelques minutes d’un sommeil pesant, partagé entre la satisfaction de voir les eurodistricts à leur apogée et la frustration d’être citoyen d’une ville dortoir qui paie encore le fruit de son inertie passée. Sonnerie stridente du réveil. 7h30. Navigation à vue. Direction cuisine. Mise en service de la machine à café. Rapide coup d’œil par la fenêtre. La nuit, toujours la nuit. La pluie, toujours la pluie. Appui machinal sur le bouton « on » de la radio. « Il est 7h45 sur la radio de l’info. Le rappel des actualités avec Marc Bogossian. Merci Camille. Aujourd’hui 19 janvier, le couple municipal transmettra, depuis l’école Saint Thomas de Strasbourg, ses vœux à la presse pour cette nouvelle année. Une année 2005 qu’il veut… » Deux mille quoi ?! Cinq ? (…) Long soupir. Frottement des yeux. Pensée : tout n’est peut-être pas encore perdu. Reste à se mobiliser et à souhaiter que l’anticipation politique fasse partie des vœux municipaux. Sinon, autant directement retourner en 2021.
Par Kai Littmann - président du Forum citoyen eurodistrict
07:35 Publié dans EURODISTRICT, KAI LITTMANN, PROSPECTIVE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe








