samedi, 22 janvier 2005
LAICITE OU LAICISME: LES PENDULES A L'HEURE...
Faut-il avoir peur que la «laïcité à la française»soit menacée par la construction européenne, née «beaucoup du bénitier et un peu du compas», par la pression de ceux qui voulaient imposer Dieu dans les texte de la Constitution (en oubliant que «l’être qu’on nomme n’est pas l’Etre suprême») et par le poids croissant des communautarismes, y compris dans les pays, comme la France, qui le rejettent ? Jusqu’à présent, l’Union a su se construire sur des valeurs issues du judéo-christianisme «profanisées». Et se concilier avec des régimes politico juridico religieux différents. Certains pays sont proches de la France d’avant 1905 (Allemagne, Belgique, Pays-Bas). D’autres ont des religions d’Etat (Danemark) ou officielle (Grèce) ou «établie»(Royaume Uni) ou à «position spéciale»(l’Eglise catholique en Espagne, en Irlande, au Portugal) ou à régime concordataire (Italie). La Grèce a dû renoncer à exiger la religion sur les papiers d’identité. L’Irlande a fait quelques accommodements. Et la France est restée …la France. Avec un statut concordataire en Alsace-Moselle auquel les Alsaciens sont attachés non par particularisme ou conservatisme, mais parce qu’il est bon : il ne trahit en rien ni les idéaux de la République laïque ni le dessein d’un «vivre ensemble». Il devrait même s’élargir à l’Islam voire, comme en Belgique, aux association professant l’humanisme laïque : il s’agirait là d’une affaire française, non européenne.
Chaque Etat reste pleinement souverain en la matière et sur tout ce qui en dépend : règlements scolaires, statuts des personnels et des bâtiments des cultes, liens entre les hiérarchies des églises et les autorités nationales, etc. Tous les pays respectent la liberté de conscience et la liberté de religion, conformément à la Convention européenne des droits de l’homme (Conseil de l’Europe) et à la Charte des droits fondamentaux de l’Union. Dans la Constitution, (Art .1-51), les églises et les organisations non confessionnelles sont considérées également : «reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et ces organisations». Cette cohabitation est garantie par le principe de subsidiarité, par les Traités et par le projet de Constitution. Elle a déjà eu un avantage : donner dans les faits une leçon de tolérance et de respect des uns et des autres en montrant aux uns et aux autres que tous les régimes ont leurs avantages et leurs inconvénients, notamment pour tenir compte des évolutions en cours (fortes minorités musulmanes, sécularisation croissante, multiplication de nouvelles croyances et de nouvelles sectes, difficultés matérielles des églises et des organisations philosophique, crie de la Foi et «défaite de la pensée»)
Ceux qui sont contre l’unification européenne devraient être rassurés : ce n’est pas dans l’ensemble européen que risque de se dissoudre la «laïcité à la française». Aux Français (et aux autres, chacun chez soi) de résoudre les problèmes qui s’y rattachent (voile, statut et financement des mosquées, enseignements sur les religion, définition d’une «secte», critères de reconnaissance des nouvelles église». Ceux qui sont favorables à l’unification européenne ne peuvent qu’être encouragés. Sur un sujet chargé de passions, l’unité européenne, par confrontations des expériences, renforce indirectement la laïcité authentique qui repose sur la séparation du politique et du religieux, de la liberté de conscience, qui «n’est pas inscrite dans les gênes de l’Europe»et sur la reconnaissance du fait religieux dans un esprit de dialogue, de respect mutuel, d’efforts de connaissance réciproque. Sur ce terrain là, au moins, Régis Debray le «républicaniste»ne devrait pas trop se montrer inquiet … Seuls devraient être inquiets, en fait, ceux qui ne rêvent que d’une européanisation de la laïcité à la française ou, au contraire, d’une généralisation en Europe de la conception américaine d’une laïcité déiste et individualiste de coexistence entre communautés qui s’ignorent.
En insistant sur la personne, le projet de Constitution induit ce qui n’est pas évident pour tous : l’égale dignité de tous, indépendamment des croyances des religions des écoles de pensées et la reconnaissance, de toutes les croyances qui ne détruisent pas ou n’altèrent pas les autres personnes. En cela, le personnalisme implique une laïcité du respect, susceptible de préciser la notion de tolérance, si chargée d’ambiguïtés, et de lutter contre les sectarismes et les communautarismes de repli.
Par Daniel Riot – directeur de la rédaction européenne de France 3
En savoir plus : Pourquoi la France a "mal à l'Europe" (3)
19:00 Publié dans CULTURES & RELIGIONS, DANIEL RIOT | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
J'aurais souhaité avoir votre avis sur la "priorité" d'intégration de l'Europe Ukraine versus Turquie. Intégration politique à visée pacifique pour l'Ukraine et intégration culturelle pour la Turquie ?
Merci,
Luc
Ecrit par : Luc | lundi, 24 janvier 2005
Les deux possibles "intégrations" posent d'abord des problèmes geopolitiques: quelles sont les frontières de l'Union (et non de l'Europe, ce qu'on a tort de vouloir rendre synonymes). Et des problèmes géophilosophiques, donc essentiellement culturels. La Turquie ne soulève pas que la question de l'islam, mais de l'Asie mineure. L'Ukraine soulève directement la question de la Russie. Ces deux "élargissements" par leur taille et leurs enjeux posent directement la vraie question: qu'elle est la vraie nature de l'Union? Commonwealth d'un type nouveau ou communauté politique... D'où des débats qu'ils ne faut surtout pas rendre passionnels et schématiques mais qu'il faut pousser...Il est certain que la Constitution qui est un ouitil de sauvegarde de ce qui a été réalisé et un levier du renforcement de l'Union aurait du, pu, être adoptée avant la drnière vague d'élargiseement. les débats sur les frontières de l'Union sont liés à ceux sur la nature de cette Union. En l'état ni la Turquie ni l'Ukraine ne peuvent souscrire à cette Constitution. Mais qui peur prévoir l'état de l'UNion dans 15 ou 2O ans. De toute façon, l'UNion doit repriciser sa politique à l'égard de "l'étranger proche" en général et du bassin méditerranéen en particulier. D'où l'idée de préparer dès maintenant des Etats généraux post-constitution.
Ecrit par : danielriot | lundi, 24 janvier 2005
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