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dimanche, 23 janvier 2005
POURQUOI JE NE VEUX PAS QUE MES ENFANTS GRANDISSENT AUX ETATS-UNIS
Voilà plus de cinq ans que l’Européenne de France que je suis vit aux Etats-Unis, volontairement, délibérément. Autant dire que je ne suis pas de ceux qui sont animés de cet «anti-américanisme» qui se manifeste tant en Europe. Autant dire aussi que je peux aujourd’hui mettre des réalités derrière ce «rêve américain» que le cinéma a tant contribué à développer dans cette même Europe. De ce pays-continent, fascinant à bien des égards, je nourris aujourd’hui un «rêve d’Europe». Pourquoi ? Parce que je ne voudrais pas que mes enfants grandissent aux Etats-Unis. Deux raisons essentielles : la sécurité sociale et l’éducation.
Voici, schématiquement, comment fonctionne le système d’assurance santé américain: Je paie $50 tous les mois pour être assurée, mais je ne serai remboursée pour mes consultations que quand j’aurai atteint, et donc déboursé, mon “déductible” (ou franchise) de $1000. Je paie donc pour une assurance qui, pour l’instant, ne me sert a rien. Ne m’assure pour rien. Il faudrait qu’il m’arrive quelque chose de grave pour que j’ai à payer les $1000 rapidement et c’est seulement alors que mon assurance commencerait à devenir une véritable assurance. Heureusement, depuis cinq ans, je n’ai été que très peu malade. Que des maux de têtes… Selon des données collectées par le Current Population Survey (CPS) de 2003 et publiées sur le site du US Census Bureau, sur une population totale de 295 millions d’américains, 43 millions n’ont pas de couverture sociale, ou 15.2% de la population. Le système de sécurité français est nettement plus efficace que celui d’outre-atlantique, Encore faut-il, évidement, que l’Europe ne renonce pas à ce qui est un réel avantage au nom d’un «économisme» qui tend à sacrifier les conditions de vie : les choses risquent de se dégrader rapidement. Vue d’ici, (des Etats-Unis), la reforme du ministre français de la santé, Philippe Douste-Blazy, qui est entrée en rigueur le 1er janvier 2005, apparaît en effet comme un premier pas vers une «américanisation» inquiétante. Les français seront moins bien remboursés s’ils ne suivent pas à la lettre les multiples et nouvelles règles qui leurs seront imposées. Ces règles sont si complexes qu’elles ne seront toutes appliquées qu’en 2007. Un des buts importants de la réforme est d’inciter les gens à consulter le même médecin traitant. Un des résultats essentiels de cette même réforme est que les médecins spécialistes pourront pratiquer des dépassements d’honoraires. Et chaque consultation coûtera un euro de plus. Discrètement mais habilement, le gouvernement essaie de rendre le système d’assurance maladie le moins efficace possible dans un effort de privatisation médicale. Ceux qui sauront comprendre et appliquer les nouvelles règles pourront se faire rembourser convenablement. Ceux qui feront de fausses manoeuvres et ne pourront se permettre de payer plus seront forcés de se rendre invulnérables. Comme aux Etats-Unis, ce sont les plus aisés qui pourront se faire soigner. Pourquoi s’inspirer des USA quand ils donnent le mauvais exemple ?
Après quatre années d’études aux Etats-Unis, il m’est possible de comparer le modèle éducatif ici (aux U.S.) et en France. Au lycée, ou high school, les élèves prennent des cours par semestre. Beaucoup n’ont jamais de cours de géographie ou durant un semestre seulement. Certains décident d’apprendre une langue étrangère mais ceux qui ne sont pas intéressés peuvent choisir de n’étudier qu’une langue pendant un seul semestre. Les cours de grammaire sont quasiment inexistants. La plupart des élèves n’écrivent plus sur du papier mais tapent sur des claviers et donc leurs fautes sont corrigées automatiquement. Les cours de maths offerts au «college» et à l’université sont équivalents à ceux des cours de lycée en France. Les examens et tests sont ce qu’il y a de plus surprenant. Ils consistent en des questions-réponses multiples pré-sélectionnées. Dans le meilleur des cas, les réponses tiennent en des textes très courts. De courts paragraphes et des «essays», ou dissertations trop rares. Avant les examens, les professeurs donnent une feuille aux élèves avec les mots clés, les définitions, les dates, les formules ou principes à bien mémoriser. Cela ne rend pas forcément les examens plus faciles car il faut prendre des notes et les apprendre mais c’est toutefois une manière étrange de préparer les élèves à leurs examens. Un peu démagogique peut-être. Les «correcteurs» ont un travail moins fastidieux qu’en France mais où sont l’apprentissage de la réflexion approfondie, la culture de l’analyse et la stimulation de la créativité. Comme chacun sait, l’environnement scolaire est ici tout à fait différent de ce que l’on voit en France. Les élèves n’ont pas à ôter leurs casquettes lorsqu’ils rentrent en classe. Certains, au «college», n’hésitent pas à mettre leurs pieds sur leur table ou une chaise. Le niveau est plus sérieux et intéressant à l’université mais cela n’empêche pas de nombreux étudiants de «surfer» sur Internet et d’envoyer des e-mails lorsqu’ils sont en cours. Certains professeurs ne disent rien. Quant aux retards, ce n’est vraiment pas un problème... Même à l’université, les classes sont plutôt petites, rarement plus de 25 élèves, souvent des petits groupes. Et pourtant, beaucoup d’élèves arrivent en retard et, encore une fois, les professeurs ne disent rien. Il faut donc un petit temps d’adaptation lorsque l’on passe du système traditionnel français aux méthodes pseudo-modernes américaines. Des méthodes qui ne contribuent guère à structurer les esprits…ce qui finit par se payer chèrement dans la société américaine.
La «vielle» Europe, qui envie tant la richesse et la compétitivité américaine, aurait bien tort de renoncer à des modes de fonctionnement qui assurent, sur la santé et l’éducation, donc dans deux secteurs essentiels, une qualité de vie que bien des Américains nous envient… Sachons équilibrer le traditionalisme et le modernisme. Persévérons dans la volonté de faire marcher de concert «compétitivité» et «solidarité». Ne sacrifions pas notre mode de vie(s) à toutes les modes «made in USA». La «vieille France» dans l’ «Europe archaïque» est peut-être en avance sur les Etats-Unis dans ce qu’on appelle la «post-modernité». Les Américains qui voyagent un peu le savent bien. Le «rêve américain» se brise parfois sur les réalités «états-uniennes».
Par Pauline Forté - journaliste free-lance (Seattle, USA)
10:05 Publié dans PAULINE FORTE, RELATIONS TRANSATLANTIQUES | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : Europe








