lundi, 24 janvier 2005
LES RESPONSABLES POLITIQUES DEBLOGUENT SUR LE NET
C’était il y a un peu plus de deux mois. Stephen Bunard au téléphone, fondateur et rédacteur en chef de Europeplusnet, le magazine de société sur l’Europe. Question : « Serais-tu tenté de faire un article sur les blogs consacrés à l’Europe ? » Le même jour, Daniel Riot, ouvrait son propre blog et me faisait découvrir Blogspirit. Heureux hasard. Quelques jours plus tard et de nombreuses heures passées au téléphone et à surfer sur la toile, sortait «Les Européens bloguent à part», petit état des lieux sur la question avec pour principal constat le fait que si les weblogs européens restent marginaux, ceux-ci paraissent en pleine expansion. Dix semaines plus tard, le taux de natalité blogueste se confirme. Pas encore de babyboom mais un réel intérêt, europhile ou eurosceptique. EuropaBlues, Programme Parthénon, Socrates Europe, Europe Blogs, blog éphémère à deux voix d’Olivier Duhamel et Paul Allies, 1984, blog de Benoît Hamon, député européen… n’en sont que quelques exemples parmi les plus récents. Plus ou moins riches en intérêt, en originalité (1984 pourrait être sur ce plan une belle surprise), tous ont néanmoins une chose essentielle en commun : chacun véhicule une volonté de débattre, de s’ouvrir, d’entamer et de poursuivre le dialogue européen. Bref de communiquer.
Mais voilà – il y a toujours un mais – le blog a aussi ses faux usagers, ses partisans malhonnêtes. Les amis du oui en sont une triste illustration. L’idée de départ était pourtant belle : réunir des personnalités comme Hans-Gert Poettering, Inigo Méndez de Vigo, Jacques Barrot, Jean-Pierre Raffarin, Pierre Lequiller, Jose Manuel Barroso, Wilfried Martens ou Wolfgang Schäuble sur une même plateforme. Les faire dialoguer avec le citoyen. Lui expliquer pourquoi, selon eux, le oui au projet de constitution devait l’emporter. Bref de recréer du lien politique, de rétablir des passerelles entre les élus, dirigeants et l’homme de la rue si cher à Valéry Giscard d’Estaing. Un bien beau projet… mort-né. Car, pour peu qu’il existe, le pont est à péage. Dans le meilleur des cas, les commentaires ou questions posées n’appellent qu’une réponse d’un tiers. Jamais de l’auteur, trop occupé – visiblement – à diriger le monde. Alain Juppé passerait presque – en comparaison – pour un Jedi du Net, prêt à voler au secours de tout blogueur en manque de correspondance… Non, Les amis du oui n’est qu’un triste amas de belles déclarations d’intentions, de beaux discours institutionnels. Il n’est en fait qu’un énième outil de (mauvaise) communication politique. Seul intérêt, la mise en lumière de la bêtise des luttes partisanes au travers du message suivant : « Je m'aperçois que vous faites figurer sur votre site celui du Ouisocialiste sans avoir été, au préalable, consulté. Je souhaiterai que le site ‘ouisocialiste.net’ ne figure plus sur votre site des ‘amis du Oui’. Je vous en remercie par avance. [signé :] contact@ouisocialiste.net ». Non mais sans blague, c’est vrai : de quel droit se permettent-ils de mélanger le oui de droite avec celui de gauche ! Faudrait quand même pas confondre la communication bleue avec la communication rose.
La communication, c’est justement le truc de la suédoise Margot Wallström, commissaire européen aux relations institutionnelles et à la communication. Elle aussi a ouvert son blog, le 13 janvier. Une première à ce niveau de hiérarchie. Car Margot est également vice présidente de l’exécutif bruxellois. Une conjonction d’éléments bien suffisante pour susciter l’intérêt. A ceci près que la belle suédoise ne nous apprend que peu de choses sur l’Europe. Certes, après lecture, on apprend que, jeudi 20 janvier, elle s’est levée comme à son habitude pour entamer un jogging de 45 minutes à 6h00, en compagnie de son mari. Que « les seules créatures visibles étaient un renard, deux chats et un livreur de journaux ». Que courir la « tue » mais que toutes ces souffrances ne sont pas vaines dès lors qu’elles lui permettent de garder la forme. Plus glamour, Margot nous explique lundi 17 janvier qu’un des ses amis lui a rapporté un cadeau d’Inde. Un sac en papier recyclé. L’émerveillement est à son comble. Oui, il est possible de faire un sac sans dépecer une vache ou jouer à Crocodile Dundee. Le plus fou dans l’histoire est que le cadeau n’était pas le sac mais le châle qu’il contenait. Dingue ! Bon, maintenant pour ceux qui aimeraient en savoir un peu plus sur les « vraies » coulisses de la Commission, il faudra repasser. Hormis le fait que Margot a appris à prendre la pose devant les photographes et que son « staff is fantastic », le butin est maigre. Pis, la commissaire à la Communication ne communique pas. Du moins pas dans le sens de ce qu’impose un blog, les commentaires étant fermés. Bon, bien sûr, elle promet d’y remédier (« les fonctions interactives de ce blog sont en construction »…) mais quand on y réfléchit, ce n’est pas gagné. J’ai en partie tenté l’expérience. Rassemblant tout ce qu’il me restait de (fausse) naïveté (c’est fou comme elle part vite !) j’ai laissé un petit mot sur l’espace «contact me». Une simple demande/proposition, signée en tant que journaliste (c’est plus simple en général…). Huit jours après, j’attends toujours la réponse… Par curiosité, je me suis amusé à ouvrir mon Petit Robert. Juste pour voir quel était l’antonyme du mot «communication». La réponse est éloquente : «autisme».
Par Christophe Nonnenmacher – journaliste à l’Européenne de Bruxelles
08:55 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Europe








