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jeudi, 27 janvier 2005

AUSCHWITZ? ENCORE!

Auschwitz ? Encore ! Oui : Encore ! Encore et toujours. Parce que la question de Hans Jonas : «Dieu après Auschwitz ?» reste sans réponse. Comme celle, essentielle et existentielle, qu’elle sous-tend : «Et l’Homme après Auschwitz ?». Oui : Encore et toujours. Parce le constat de Pierre Legendre reste la première obsession fondatrice de la construction européenne : «Hitler a été vaincu par les armes, non par les arguments». Oui : Encore et toujours. Parce que «l’état de droit» ne garantit pas les droits. Et parce que les Droits de l’Homme constituent une arboriculture qui exige des soins constants, vigilants, attentifs. «Auschwitz ? Encore !» Ce cri des blasés de l’Inhumanité était déjà poussé en… 1946, rappelle Annette Wieviorka dans son excellent «Auschwitz, 60 ans après» (publié chez Robert Laffon) Le seul nom, souvent mal prononcé, donne le dégoût, le rejet. «C’est un mot qu’on crache, qu’on a envie de vomir». La honte, l’impuissance, le macabre. Et la peur. L’instrumentalisation aussi, l’exploitation politique, la récupération. Auschwitz ? Lequel ? Celui de quelle réalité, de quelle mémoire, de quelle vision de l’Histoire et …de l’avenir ? Auschwitz redeviendra-t-il un lieu «lisible» après les cérémonies du soixantième anniversaire non de la «libération» des camps mais de leur «ouverture» ? Tous les discours devront être soigneusement pesés. L’indicible ne supporte pas le faux lyrisme, l’art oratoire qui ne vient pas du fond de l’âme. Nous sommes à l’opposé de ce qui fait la mode dominante d’aujourd’hui :cette «insignifiance» dont Castoriadis avait si bien décelé la montée en puissance…

Dans ce contexte de «super-spectacle commémorial», trois personnages font dans l’actualité une irruption vomitive. Bruno Gollnisch: cet universitaire euro-député (double titre donc double honte pour ceux qui respecte les institutions) n’a pas l’excuse de la bêtise. Il rejoue la partition des «révisionnistes» , des «négationnistes» au nom du droit des historiens de se et de nous raconter des histoires. Au nom surtout de pouvoir (sans le dire bien sûr) rouvrir les vannes de l’antisémitisme sans le filtre qu’impose socialement (et pénalement) des faits «gênants» qui ne poussaient pas les antisémites de la fin du XIX et du début du XXième siècles à d’hypocrites auto-censures. Les choses sont ainsi faites ou plutôt orchestrées que ce commentaire pourrait nous valoir un procès en diffamation. N’insistons donc pas… «Il y a pire que l’oubli de l’Histoire», redirait Jacques Juillard : «Il y a les manipulations de l’Histoire». Et la pire des injustices, la plus insupportable, est celle qu’on commet au nom du …droit. Quand, pour reprendre une formule de Pascal Diener, «le mot juridique en arrive à désigner le contraire du droit».

Timothy Koogle, l’ex-patron de Yahoo : La cour d'appel de Paris a examiné mercredi 19 janvier les poursuites pour «apologie de crimes contre l'humanité» engagées par des associations de défense des droits de l'Homme contre ce «brillant gestionnaire» auquel elles reprochent la vente en ligne d'objets à caractère nazi. En février 2003, le tribunal correctionnel de Paris avait relaxé Thimothy Koogle et la société américaine Yahoo Inc. des poursuites. Comme le parquet de Paris n'a pas fait appel de cette relaxe, la cour d'appel ne pourra pas revenir sur cette décision. Elle peut simplement accorder des dommages et intérêts aux parties civiles, si elle estime malgré tout que le délit est constitué. L'arrêt a été mis en délibéré au 16 mars. Mais justice sera-t-elle faite ? C’est fou comme «l’esprit des lois» est bafoué en permanence par les travers du droit…Par ses incohérences et se trous. Vielle question des concepts d’apparence et de réalité : c’est la philosophie du droit qu’il faut remettre à l’ordre du jour dans nos universités. Là comme ailleurs on se fige sur les outils en négligeant la finalité. Pourtant comme l’écrit fort bien Chantal Cutajar dans «La société écran, essais sur sa notion et son régime juridique» (editions L.G.D.J, 1998), «c’est en s’interrogeant sur l’essence du droit lui-même et sa finalité», qu’on pourra sortir des «pathologies juridiques»…

Le prince Harry fait la Une : Pauvre famille royale… Tout dégénère…Le prince britannique Harry a suscité l'indignation en se rendant à une soirée déguisé en nazi. Sang royal n’immunise contre rien : Honni soit qui mal y pense. Contrecoup plutôt sain : Le commissaire européen chargé de la Justice, Franco Frattini, est favorable à une interdiction d'utiliser les symboles nazis. Il s'est dit prêt à aborder cette question lors du sommet des ministres de la Justice, prévu le 27 janvier. «Il pourrait être intéressant d'envisager une interdiction totale, au niveau européen», a dit son porte-parole, Friso Roscam Abbing. «Le commissaire Frattini partage le sentiment général d'opprobre sur l'usage de la croix gammée et d'autres symboles nazis». Il est temps de se souvenir que l’Europe du XXIème est fondée sur un «grand vide» : ceux des morts dus au nazisme (et au stalinisme, d’ailleurs). Plusieurs députés européens allemands ont plaidé pour l'interdiction de ces symboles après le scandale. Le socialiste Helmut Kuhne a qualifié le jeune prince, troisième dans la ligne de succession, d’»idiot royal». L'Allemagne a déjà interdit de tels symboles. En France, on l’oublie trop, une législation existe déjà mais qui l’applique ? Là encore, il faut marteler que les manifestations de racisme, d’antisémitisme et d’incitation à la haine raciale constitue des délits. Et que leurs condamnations doivent dépasser la seule morale et les seules émotions. Encore faut-il, bien sûr, que les gardiens et les acteurs des droits aient un souci éthique du droit, ce qui implique deux approfondissements : ceux du droit de l’éthique et de l’éthique du droit. Une question de philosophie politique inépuisable. Et un devoir d’Europe.

Daniel Riot - directeur de la rédaction européenne de France 3 - chronique également puliée dans l'Européenne de Bruxelles

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