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samedi, 29 janvier 2005

LA FRANCE ET LA GRANDE-BRETAGNE NE SONT PAS EQUIVALENTES AU RHODES ISLAND ET AU MASSACHUSSETTS

La souveraineté ne se proclame pas : elle se gagne. Et l’amour de la France ne se prouve pas par de chansons de troubadours ou des chants de pleureuses. Comment peut-on à la fois se dire «souverainistes» et se montrer défaitiste ? L’un de ceux qui excellent en cet art de dénigrer ce qu’il aime, de célébrer la France en doutant des Français, c’est bien sûr le vicomte Philippe de Villiers, qui a tout misé sur «l’Europe bouc émissaire» pour asseoir sa notoriété. Ses slogans feraient sourire s’ils n’entraînaient pas des votes d’adhésion et ne contribuaient pas à polluer la confiance des Français en eux-mêmes et en l’avenir. «Je sens la société qui glisse (...). J’ai sur le cœur le sentiment du dégoût devant un pays qui se délite, s’enfonce dans la mélasse» se plaît-il à dire. Quelle France regrette-t-il ? A quelle Europe rêve-t-il ? A celle qui fut si peu chrétienne quand la chrétienté l’unifiait ? Le mythe du péché originel et celui du paradis terrestre nous condamnent-ils à broyer du noir en permanence, à idéaliser un passé pourtant riche en tragédies, en malheurs, en situations innommables. Pour ces nostalgiques, non seulement aujourd’hui est exécrable, mais demain s’annonce pire encore. «Faîtes des enfants» tout de même. Jean-Louis Bourlanges avait raison de poser la question : «Le diable est-il européen ?» Les nostalgies (faussement) masochistes de De Villiers rejoignent les fantasmes et les réflexes de tous ceux qui fuient les critiques constructives (si nécessaires) sur les fonctionnement de l’Union et sur les améliorations à apporter, en s’accrochant à des pétitions de principe sur l’unification européenne en tant que telle. C’est cela, déjà, qui avait faussé le débat autour de Maastricht. Le passé en rose, l’avenir en noir ; ce non à l’Europe, vive la France !

Sur ce front, Chevènement et Pasqua, même combat…Avec l’ombre déformée de De Gaulle en arrière-plan… Faut-il polémiquer ? Certains «cris d’alarme» sont franchement désopilants. Celui de Jean-Claude Barreau, par exemple : «La France va-t-elle disparaître ?» Un titre choc. Provocateur. Ce n’est d’ailleurs pas une provocation : c’est un contresens. C’est si l’Europe ne réussit pas à forger son unité que la France va disparaître. Submergée par la globalisation qui est déculturation, perte d’identité. Barreau ne se reconnaît pas dans le drapeau européen : «Avec son fond bleu, il fait songer à une bannière d’enfant de Marie». Affaire de goût. Le bleu est d’azur. Et les étoiles sont d’or. Il illustre bien «l’idéologie fédérale de l’européisme» écrit-il en le comparant à la bannière étoilée américaine. Faux sens. Il n’y a pas une étoile par Etat. La France et la Grande-Bretagne ne sont pas équivalentes au Rhode Island et au Massachussetts. Les étoiles européennes sont au nombre de douze. Un nombre qui symbolise à la fois la recherche de la perfection, l’extrême diversité et la grande unité de ce continent. «Le modèle américain» n’obsédait pas Jean Monnet, contrairement à ce qu’affirme Jean-Claude Barreau qui n’en est pas à une approximation près. C’est le «modèle européen» qui l’obsédait.

Ce drapeau européen n’est d’ailleurs pas né avec le Traité de Rome. Il ne symbolise ni l’Acte Unique, ni Maastricht, ni le Traité d’Amsterdam. Il a été créé en 1954, à Strasbourg, par et pour le Conseil de l’Europe, l’institution qui est pleinement le reflet de cette Europe des nations ou des patries que Barreau feint d’appeler de ses vœux. L’Union européenne s’en est accaparé pour bien montrer son caractère de «syndicat» interétatique. Comme elle s’est d’ailleurs approprié l’hymne du Conseil de l’Europe qui est devenu l’hymne européen : L’Ode à la Joie de Beethoven. Fallait-il trouver d’autres symboles ? Peut-être. Mais le fait que Barreau s’attaque à «l’Europe de Maastricht» à travers les symboles et les repères de «l’Europe de Strasbourg» n’est pas seulement révélateur de ses lacunes et de ses ignorances. C’est fou de voir à quel point les adversaires de l’intégration européenne sont tentés, régulièrement, de réinventer ce qui existe depuis 1949 : l’Europe de la coopération intergouvernementale, l’Europe du strict respect des souverainetés nationales.

Par Daniel Riot – directeur de la rédaction européenne de France 3

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