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lundi, 07 mars 2005

UNION EUROPEENNE : OU COMMENCE LA PROPAGANDE ?

On connaissait les alter-mondialistes. Pourquoi pas? Qui ne rêve pas d'un autre monde, meilleur? On découvre avec Fabius, Emmanuelli, les communistes, les leaders d'extrême-gauche, quelques écologistes les alter-européistes, ceux qui disent «non» à la Constitution au nom d'une Autre Europe… rarement définie. Voici les alter-journalistes ou les alter-censeurs, comme on voudra: ceux qui tracent d'autres frontières entre information et propagande, ceux pour qui expliquer la Constitution revient à faire de la propagande en faveur du Oui?

La pétition récemment lancée contre la présentation tronquée de la Constitution européenne dans un spot radio du gouvernement sur le référendum relève de cette alter-censure qui est d'abord une alter-lecture, je veux dire d'une lecture altérée... Avez-vous suivi? Je résume... Un collectif d'associations a lancé une pétition accusant le ministère délégué aux affaires européennes d'avoir transformé en «propagande» sa campagne de publicité pour le référendum sur la Constitution européenne. Dans une «lettre ouverte au CSA, à Radio France et au ministère de la Propagande», le collectif - composé notamment des associations Acrimed (Action Critique Médias), Attac, l'Union de familles laïques, l'Observatoire français des médias et des syndicats FSU, SNJ-CGT, Sud spectacle et SNRT CGT de Radio France - s'insurge en effet de la diffusion d'un spot publicitaire présentant une «version tronquée» d'un article de la Constitution.

Soulignant que le ministère délégué aux affaires européennes s'était pourtant engagé à faire respecter la «neutralité» de la campagne de communication du gouvernement, la lettre ouverte s'en prend au premier texte diffusé et portant sur l'article 47 du projet de traité. Le message «gouvernemental» affirme : «Article 47 : Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, peuvent inviter la Commission à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire.» Le «collectif», lui, rappelle l'intégralité de l'article et les conditions qu'il pose, soulignant en gras les morceaux de phrases supprimées : «Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application de la Constitution ». «A qui fera-t-on croire que la présentation tronquée de cet article, destiné à mettre en valeur une «avancée démocratique» sans en avoir précisé les limites, relève de la pure et simple information ?, s'interrogent les associations. Celles-ci demandent en conséquence à Dominique Baudis, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel «garant de l’équilibre de l’information et de l’honnêteté des contenus, ce qu’il entend faire pour les surveiller effectivement». La lettre ouverte interpelle également Jean-Paul Cluzel, président de Radio France à qui il est demandé «ce qu’il entend faire pour refuser de diffuser des messages aussi contestables ou, au moins, pour les compléter afin de contrecarrer la propagande». Enfin, les signataires demandent à Claudie Haigneré, ministre déléguée aux Affaires européennes, ce qu’elle «entend faire pour rappeler à ses services ce qui distingue l’information civique d’une campagne électorale à sens unique».

Faut-il vraiment ne parler de la Constitution qu'en la citant intégralement? Faut-il revoir la définition du spot, du clip, de la brève... ? Faut-il mettre les points sur le «i» ? En quoi les «coupures» faussent-elles le sens de l’article en question? «Ressortissants d’un nombre significatif d’États membres» : comment peut-on imaginer qu'un million de personnes d'un seul Etat membre puisse faire cette proposition ? Cela va à l'encontre de la notion même d'Europe, où toutes les décisions sont prises soit à l'unanimité soit à la majorité qualifiée des Etats membres ce que tout le monde sait aujourd'hui. Comment ce qui est vrai des Etats ne le serait pas des citoyens européens ? De plus, aucun seuil minimal n'est fixé. «Peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions» : qui a le pouvoir de prendre des décisions hors de son champ de compétence ? C'est un truisme. «A soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application de la Constitution» : à quelles autres fins peut-on penser ? Imagine-t-on une Constitution qui prévoirait la possibilité de son propre viol? Question subsidiaire? Pourquoi un tel souci d'exactitude, un tel pointillisme, une telle exigence maniaco-obsessionnelle ne sont-ils pas illustrés davantage dans les «fiches» et autres «argumentaires» qui fleurissent sur les innombrables sites qui prônent le «non»?

Il est des jours où les altérations des «alter» donnent à penser que le bon sens est bien altéré dans bien des têtes... A l'heure où on fête le centième anniversaire des naissance de Sartre et de Aron, nos «alter-élites» présentent des troubles graves qui expliquent cette «Défaite de la pensée» qui fait des ravages. Est-ce vraiment encore préférable en ce XXIième siècle qui tente de sortir des catastrophes du XXième «d'avoir tort avec Sartre que raison avec Aron»? Les Etats-Unis souffrent des «néo-cons(ervateurs)». Le vieux Continent souffrent des «euro-cons». Quand on s'en tient au texte sans en respecter ni le contexte ni l'esprit, on se disqualifie littéralement... Je vais relire l'excellente interviewe de Pierre Legendre, faite par Elisabeth Levy dans le Point sur «l'imbécillité contemporaine»: je vous conseille de la lire intégralement. C'est tellement bon un peu d'intelligence. Au fait, c'est le même Legendre qui en maints ouvrages est obsédé par une question-clef : «Comment résoudre l'énigme de ceux qui démocratiquement n'ont qu'une envie: rompre avec la démocratie»?

Par Daniel Riot – directeur de la rédaction européenne de France 3

Commentaires

Rassure moi, Dani, on a quand même le droit d'etre contre ?

Ou bien alors il faut monter des listes ou faire des croix sur les portes des partisans du non ?

Ecrit par : finger | lundi, 07 mars 2005

Bon, ça manque singulièrement d'animation ici ; je vais être obligé de faire un commentaire qui sera immédiatement censuré pour bouger un peu les esprits.

Ecrit par : finger | lundi, 07 mars 2005

Pas besoin. Ca ira comme ça... :)

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | lundi, 07 mars 2005

Bonjour à vous,

Quand le doute subsiste, il faut toujours revenir aux étymologies.

Propagande : n.f. 1792; congrégation de la propagande, 1689; trad. lat. congregatio de propaganda fide "pour propager la foi".

Tout est dit. Depuis quelques mois on assiste non pas à une étude raisonnée, argumentée d'un texte pour le moins abscons, mais à une campagne du domaine de la croyance : "Croyez en nous, votez OUI et le Paradis vous est ouvert. Votez NON et l'Enfer vous attend". Alternative un peu réductrice.

Réécoutez ces spots d'"information". Remarquez la petite musique qui les accompagne, les voix angéliques qui citent les articles. Bref non seulement le texte est tronqué avec le risque d'en changer le sens (n'en déplaise à M RIOT, je trouve cette pratique détestable sachant que 90% des gens ne liront pas le texte), mais le décorum développe une atmosphère singulièrement positive.

L'Eglise de la contre Réforme l'avait bien compris : parlez au sens des fidèles plutôt qu'à leur raison.

Que vivent Voltaire, D'Alembert et Rousseau !

Cordialement

Ecrit par : Montag | mardi, 08 mars 2005

Tu as raison Montag : le doute m'habite.

Ecrit par : finger | mardi, 08 mars 2005

D'ici le mois de mai vous allez vous amuser. J'espère qu'en France vous aurez plus de chance qu'en Espagne en ce qui concerne la divulgation du texte du Traité. Ici, bien que j'ai défendu le oui, il faut reconnaitre qu'il n'y a pas eu de débats. Rien que de la propagande et des meetings. Les débats ont été organisés localement grâce à la collaboration des universités et de certains collectifs.

Ecrit par : vegeve | mardi, 08 mars 2005

"Quand on s'en tient au texte sans en respecter ni le contexte ni l'esprit"

Daniel, si on ne tenait compte que de l'esprit du texte alors le NON l'emporterait à 80%. Qui voudrait voter pour un texte qui met la marchandise au pouvoir ?
Estime-toi heureux que l'on s'en tienne au texte lui-même.

Ecrit par : Foxapoildur | lundi, 21 mars 2005

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