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jeudi, 10 mars 2005

TURQUIE, FRANCE, UNION EUROPEENNE. LE TEMPS DE L’INCOMPREHENSION

Au cours de ces trente dernières années, je n’ai jamais cessé de militer en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Porte-parole de la francophonie au sein du parlement d’Ankara, mes fonctions successives m’ont conduit, dès 1984, à nouer de nombreux rapports avec les présidents François Mitterrand et Jacques Chirac, ainsi qu’avec un grand nombre d’hommes politiques français. Des contacts privilégiés, réguliers et personnels. Mais aujourd’hui, force est de constater, avec amertume et stupéfaction, que les choses ont changé en France. Que sa classe politique, en particulier, remet désormais et sans cesse en cause le «principe de l’adhésion de la Turquie». Pourquoi si tard, après autant d’années ? Pourquoi maintenant? Revenons en arrière. De 1984 à 2003, je ne me souviens pas d’avoir eu un seul écho de déclarations mettant en cause l’adhésion de la Turquie, tant au niveau institutionnel (Conseil de l’Europe, Parlement européen, ex-RPR et UDF, parlement français...) qu’au niveau du débat politique français, exception faite des personnalités membres de partis ou mouvements politiques d’extrême droite. La Turquie qui a fait, lors des cinq dernières années, d’énormes progrès en terme de droits de l’homme et démocratiques, n’a jamais été, à cette époque, fustigée pour ses déficiences en ce domaine. Depuis Charles de Gaulle, aucun chef d’état français, y compris Valéry Giscard d’Estaing, n’a, au cours de son mandat, fait objection à cette volonté et aspiration légitime du peuple turc de rejoindre l’Union. Bien au contraire, plusieurs chefs d'état ont confirmé, sans équivoque, la vocation européenne de la Turquie!

Cette vocation n’est pas nouvelle. Dès 1958, La Turquie s’adresse au Marché Commun. Signe en 1963 l’Accord d’Association qui prévoit ouvertement l’adhésion et introduit en 1987 une demande d’adhésion directe. La réponse donnée est alors un oui conditionné au «respect des droits de l’homme» et à l’établissement d’une «meilleure démocratie». A l’époque, les critères de Copenhague n’avaient pas encore été formulés. En 1995 est signée l’union douanière, accueillie favorablement par la France, troisième partenaire commercial de la Turquie. Aucun débat contradictoire, susceptible de mettre en cause cette étape décisive vers une intégration pleine et entière de la Turquie n’eut lieu. Ni à l’Assemblée nationale, ni au Sénat français, ni au sein des partis politiques ou de la presse. Enfin, à Helsinki, en 1999, le verdict de l’Union tomba. Sans aucune ambiguïté : «La Turquie sera traitée au même titre et sur un pied d’égalité» avec les autres candidats à l’adhésion, pour autant qu’elle satisfasse aux exigences des critères de Copenhague. Là encore, aucune opposition notable de la part des partis politiques et de la presse française ne fut à relever.

Avons-nous fait preuve de naïveté en croyant que les chefs d’Etats français, directement élus par le peuple français représentent la France ? Devons-nous penser qu’en matière de politique internationale, les engagements pris par les chefs d’Etat ne font plus autorité sur la politique française ? Serait-ce le cas si Nicolas Sarkozy entrait prochainement à l’Elysée ? Je ne le pense pas et je n’y crois pas. Pour moi, la France est et restera un Etat de droit respectant les politiques et engagements de ses dirigeants. Mais je dois admettre que je suis choqué, éhonté en tant que francophone de Turquie de lire certains écrits et articles et d’entendre certaines déclarations de politiciens et de représentants de la presse française. Aucune recherche. Aucun rationalisme. Aucune connaissance. Aucune information correcte n’en transpire. La position en défaveur de l’adhésion de la Turquie qui en ressort n’est basée que sur des préjugées, des formules clichées. A croire que tous se sont accordés pour rejeter toute information sérieuse et correcte. Que l’objectivité leur fait peur. Sans doute, sont-ils heureux dans le monde de désinformation totale qu’ils se sont crées.

Quand je regarde Nicolas Sarkozy sur la chaîne francophone TV5, accessible en Turquie via les réseau câblé de Turk Telekom, je constate non seulement que la quasi-totalité de ses arguments sont faux mais, plus grave encore, qu'il trompe le peuple français par ses dires! Il en est de même pour l’édito du 6 décembre dernier de Denis Jeamrar publié dans l’Express International. A écouter certains politiciens et lire certains journalistes français, on risque de se demander quand viendra la nuit de cristal pour les Turcs vivant en France ! C’est peut-être cette vague anti-turque ou turcophobie qui a encouragé Jean-Marie Le Pen à dire «qu’en fait, les nazis n’étaient pas si mauvais que ça ! »… Les divers dirigeants de l’UMP et de l’UDF ne se rendent pas compte que leurs déclarations frisent le racisme. En conclusion, une petite proposition. Que les politiciens français et certaines personnalités journalistiques françaises, ayant des doutes sur l’adhésion de mon pays ainsi que sur ses capacités à se réformer et à transposer l’acquis communautaire, effectuent une visite en Turquie. Afin de mieux de mieux connaître cet Etat qui semble tant les troubler. Et de s’en faire une idée plus juste et bien plus en rapport avec la réalité.

Par Bülent Akarcali, ancien ministre turc

Commentaires

Bonjour,

Pour etre un francais d'origine turc et dit "intégré" je cris un grand ouf quand je lis ce discours qui me rassure et me conforte dans mon idée ou je commancé a croire que j'était paranoiaque. En effet je confirme que depuis que la france a "découvert" la turquie j'ai droit a au moins 15 remarques anti turques ou blagues de mauvais gout par jour et ceux ci dans une entreprise francaise leader mondial dans son domaine (luxe). Je n'ose imaginé ce que subissent les turcs ou les personnes d'origine turcs travaillant dans des milieux moins soutenus.
Je voudrais remercier M Akarci pour son discours.

Bonne journée

Ecrit par : BD | jeudi, 10 mars 2005

Je ne pense pas que les femmes qui ont défilé en Début de semaines et que les brigades anti émeutes ont dispersé à coup de pieds dans la tete considèrent les réticenses des pays de l'UE comme des "préjugés".

Puisque vous ête "Porte-parole de la francophonie au sein du parlement d’Ankara", pouvez vous SVP faire une demande écrite à ce parlement pour reconnaitre le génocide arménien, nous verrons après ce qu'il adviendra de vous.

Niez vous que chaque année, le premier ministre Turc rend hommage au responsable du génocide arménien (je ne mer appelle plus de son nom il a été tué dans les années 20 par un nationaliste arménien).

Pouvez vous nous expliquer pourquoi Youri Djorkaeff ne jouait pas avec l'équipe de France quand celle ci allait en Turquie ?

Vous qui connaissez Chirac, pouvez vous nous expliquer pourquoi il n'a pas reçu la femme du premier ministre Turc (sans doute parce que le port du voile aurait choqué l'opinion publique).

Que pensez vous des crimes d'honneur (et de grâce ne mettez pas cela en parallèle avec les faits divers que l'on retrouve occasionnellement dans tous les pays).

Que pensez vous du rapport de la commission chargé d'étudier l'entrée de la Turquie qui conclut que 50% des femmes turques subissent des violences ou des pressions familiales ?

Que pensez vous du fait que les filles du premier ministre fassent leurs études aux USA parce que là bas, elles peuvent porter le voile ?

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

J'allais oublier (tout le monde a oublié d'ailleurs) : comment expliquez vous qu'il y a un peu plus d'un an une centaine de prisoniier a préféré s'imoler par le feu que de subir les mauvais traitement dans les prisons Turques ?

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

Christophe,

Tu demarres fort sur la question Turque avec un tel plaidoyer !

On est en droit d'attendre un peu plus d'objectivité ! J'aimerais quand même que tu donnes la parole a une personnalité de même rang hostile à l'entrée de la Turquie

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

Enfin, Mr Akarcali, sans être un partisan de Le Pen, la citation que vous mettez entre guillemets et qui n'est absoluemnt pas celle qu'il a faite ne m'incite pas à croire ce que vous dites sur Sarko ou sur l'edito de l'Express !

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

Christophe, j'aime bien ta catégorie intitulée "élargissement".

en ce qui concerne la turquie, j'aurais bien envie de "filer" la métaphore.

Mais , bon , tu me censurerais !

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

La turquie reconnait les massacres, mais mettez vous ca dasn votre petite tete de francais, vous etes vraiment imbecile, inculte, ignorant.... Vous traitez les turcs comme des criminels sans proces, merci le pays des droits de l'homme. Les Armeniens n'ont aucune preuves, est ce que vous avez deja entendu u armenien presenté des preuves a la tv. Tout ce qu'ils savent dire c'est : on a tué 1millions et demi d'armenien" ok d'accord, mais les preuves elles sont ou ? On s'est tous que les armeniens d'europe n'ont rien a faire de l'armenie qui est considéré comme le 4e pays le plus pauvre du monde, pourquoi n'aident ils pas leur population ? tout ce qu'il cherche c'est d'etre remunerer par les dommages et interet que la turquie versera
La Turquie est prete a reconnaitre le genocide armenien, si il y en a eu un, declare Erdgan et Baykal (ce dernier etant leader de l'opposition) : un message a été envoyé au premier ministre armenien pour que les deux pays mette tout en oeuvre pour ouvrir leurs archives et aident le plus possible l'unesco et les historiens qui travailleront sur ce sujet. Cependant la reponse des amréniens est clair : "on n'ouvrira pas nos archives ! les historiens ont fait leur travail dans leur passé, il y a eu genocide un pojt c'est tout !"
Etrange quand meme que les armeniens aient peur, auraient ils quelque chose a cacher ?

Ecrit par : yucel | jeudi, 10 mars 2005

Finger, BD

Finger,

Pour les opposants, certains on été contactés, dont un français, député européen. La question turque est une question sensible car passionnelle. Qu'ils soient en faveur du oui ou du non à la Turquie, les intervenants sont choisis pour leur connaissance du terrain. J'espère que la réponse de la personne contactée sera positive. Maintenant, si tu attends de Villiers, tu ne le trouveras pas sur Europeus, son discours ne relevant que du fantasme. On peut être contre l'entrée de la Turquie et avoir des arguments cohérents. ce sont ceux-là qui m'intéressent.

Pour ce qui est du texte de Bülent Akarceli, je partage le point de vue qui y est exprimé. la première fois que je suis allé en Turquie, j'étais encore étudiant. cela peut paraître idiot mais j'avais presque peur d'y aller, me demandant ce que j'allais faire dans ce pays où toutes les femmes étaient voilées, où l'armée dirigeait le pays à coups de bâton, où les droits civiques étaient bafouées, etc.. Bref, Midnight Express en presque pire. La première chose qu'il m'ait été donné de voir en sortant de l'aéroport fut une concentration d'enseignes internationales, une société somme toute guère éloignée de la nôtre et parfois bien plus moderne que la France. Alors bien sûr, des problèmes existent. Un ami peintre avait été quelques années auparavant emprisonné fautre d'être communiste. Certaines femmes souffrent encore de comportements patriarcaux inadmissibles. Tu peux te retrouver (en tout cas, il y a encore 5 ans de cela) avec des coupures d'eau intempestives dans certains quartiers (je l'ai vécu et je dois avouer que c'est assez moyen au réveil) mais ces maux ne sont pas propres à la Turquie. Ils existent également en France. Je crois l'avoir déjà mentionné mais, dans l'hexagone, 1/10 souffre de violences conjugales! Effarant.

Sur le Kurdistan, ou le sud est anatollien pour reprendre la terminologie turque, le problème est bien plus complexe aussi qu'il n'y paraît. En dehors du problème turco-kurde en existe aussi un kurdo-kurde, via les guerres seigneuriales de petits chefs de guerre.

Pour ce qui est de l'Arménie, il faudra du temps. La Turquie a commencé à faire son devoir de mémoire. N'oublie pas que les manuels scolaires turcs ont longtemps mentionné le fait qu'à l'époque, il faisait froid, très froid... Mais les choses évoluent. Le débat n'est plus tabou. Ce n'est peut-être pas encore assez mais le chemin parcouru est déjà immense depuis 5 ans. Combien de temps a-t-il fallu à la France pour faire son introspection sur Vichy? Combien lui faudra-t-il encore pour le faire sur la guerre d'Algérie. Longtemps certainement. Quant aux Arméniens, leur histoire est également compliquée.

Enfin, sur la classe politique, oui, quelque chose me met également mal à l'aise. Des personnes comme Sarkozy ont une vraie responsabilité publique. Bien évidemment, il est parfois plus facile de prendre des raccourcis mais peut-être seraient-ils bon qu'ils soient bien pesés.

BD,

Ton histoire me touche sincèrement. Et j'en reviens à ce que je disais à Finger sur la responsabilité publique. Pour vivre dans une région à forte comunauté turque, je ne peux que constater qu'elle est un modèle d'intégration (même si je déteste ce mot). Le fait qu'elle se retrouve au milieu d'un climat passionnel et parfois haineux me choque et me rappelle inversement, et dans un autre contexte, la conduite tout aussi détestable des partisans du MHP en Turquie à l'encontre de personnes considérées comme de "mauvais patriotes". Le débat sur la Turquie, j'aimerai bien qu'on le pose honnêtement sur la table, en posant des questions simples. Que nos dirigeants - à l'exception de Chirac, pour une fois en accord avec ses idées - nous disent pourquoi maintenant? Si leur position serait identique si l'opinion publique (leur électorat) était favorable à l'entrée de ce pays dans l'Union. Jusqu'où le fait que la Turquie pèse lourdement sur le plan démographique et qu'elle est un pays de confession musulmane n'est pas (officiellement) un problème, etc.., etc.. Peut-être le débat serait-il moins emprunt de fantasmes et pourrait-il être replacé sur des bases un peu plus "saines". Aujourd'hui, les dés sont pipés faute de courage politique, tout du moins de capacité de certains leaders politiques à assumer leurs sentiments profonds. Les Turcs sont majoritairement de confession musulmane et alors? Cela les rend t-il plus idiots, plus fermés, moins capables, moins tolérants que nous? Bien sûr que non. Je pense d'ailleurs qu'à bien des égards ils ont su montré qu'Islam et renforcement de l'Etat de droit n'étaient pas incohérent. D'ailleurs n'ont-ils pas donné, si ma mémoire ne me trompe pas, bien avant la France le droit de vote aux femmes?

Re Finger,

C'est peut-être ça l'objectivité, pour peu qu'elle existe vraiment. Ne pas voir les choses uniquement en blanc ou en noir. La Turquie a des défauts, encore du chemin à faire. On est d'accord. Mais elle récemment fait de véritables pas en avant. S'est très souvent rangé à nos côtés aux dépens des Américains. Nous a parfois même devancé dans certaines réformes. Peut-être serait-il aussi bon de le reconnaître.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | jeudi, 10 mars 2005

Christophe,

Honnêtement je sens que tu aimes ce pays et je ne pense pas que tu sois objectif.

Le fait que Mc Do et Coca soient présent à la sortie de l'aéroport n'est pas un gage de quoi que ce soit pour moi. crois tu que je considère la Turquie comme un pays arriéré ?

Je déplore que tu ne répondes a aucune des questions concrètes que je pose.

Les avancées que tu cites (parfois antérieures aux mêmes avancées en France) sont l'heritage du Kemalisme, avec lequel la Turquie prend ses distances actuellement.

Je deplore que tu ne repondes pas au post precedent ta reponse. Bien entendu je n'en fais pas un argument, mais comment auraient tu réagis s'il s'etait agit du mot juif à la place du mot Arménien ?

Enfin, si la France a mis du temps à reconaitre la responsabilité de Vichy, je ne pense pas qu'elle soit responsable d'un genocide. L'Allemagne, elle a reconnu le genocide juif.

La France a condamné des resposables de Vichy (même si certains sont passés à travers) et je ne crois pas que l'ont fete ensemble l'anniversaire de la mort de Pétain.

Il faut quand même garder le sens des proportions quand on use des comparaisons.

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

Finger,

Ce que j'essaie d'expliquer, encore une fois, est qu'il est parfois bon de regarder les choses telles qu'elles sont. Je ne nie pas les problèmes turcs. Ce que je dis est qu'il est à mon sens nécessaire que la Turquie reconnaisse le génocide arménien. Mais cela ne se fait pas en deux mois. cela prend du temps. On ne défait pas un héritage nationaliste en quelques jours. Mais, au moins, le débat aujourd'hui existe. Concernant les Arméniens en Turquie, il ne faut pas non plus imaginer qu'ils sont à la marge de la société. J'en connais certains bien actifs dans le paysage politique turc.

Ce qui me pose problème est l'image que l'on a aujourd'hui de la Turquie. A en croire certaines personnes - je ne parles pas de toi, on a déjà discuté de tes objections et, même si on est en désaccord sur ce point, je les respecte parce qu'elles sont honnêtes - ce pays serait une dictarure militaire, fondamentaliiste, voire les deux. Le problème est que la peur de l'islamisme turc vient du fait que l'on a à sa tête un parti musulman. Pourtant, ce parti est, sur le plan religieux, bien moins dangereux que le MHP, longtemps allié au DYP de Tansu Ciller et Desmirel. Quel autre parti a, jusqu'à présent autant réformé -positivement - ce pays en aussi peu de temps? On attendait beaucoup d'Ecevit et du DSP, il y a quelques années. Pour quel résultat...? Ce qui m'inquiète profonndément est que l'on trouvera toujours quelque chose à redire à la Turquie, serait-elle bien plus avancée que nous d'ici quelques années.

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | jeudi, 10 mars 2005

Je crois que l'on ne va pas reussir a dialoguer là dessus Christophe.

Loin de moi l'idée de dire que la Turquie est une dictature !

Mais pourquoi toi ou ton intervenant ne repondez pas factuellement à mes questions ?

Ca va beaucoup plus loin que de ne pas reconnaitre le genocide, c'est aller jusqu'a le commemorer !

Franchement je suis etonné des digressions que tu fais, au passage. Il y a des armeniens qui ont des responsabilités ? Oui et alors ? Il y a des juifs en Allemagne, pardonnerait on aux allemands pour autant de fêter la mort d'Hitler ?

Et comment peux tu garder le silence face au post de Yucel ?

Ecrit par : finger | jeudi, 10 mars 2005

Pour la question ouverte de Finger:
"Que pensez vous des crimes d'honneur (et de grâce ne mettez pas cela en parallèle avec les faits divers que l'on retrouve occasionnellement dans tous les pays)."

Je souhaitais préciser que le crime d'honneur était toléré jusqu'en 1975 en Italie et l'adultère était pénalisé jusqu'en 1997 en Autriche... a priori ces pays on fait un pas *en avant* et au vue de l'Histoire de la Turquie (changement d'alphabet, etc...) il me semble que l'on peut être relativement optimiste sur leur motivation à s'adapter aux fondamentaux européens, bien que sorti d'Istanbul et Ankara il s'agisse d'un travail de titan.

Mon optimisme va au delà du pouvoir actuel Turc en place, l'AKP, qui de toute évidence ne joue pas carte sur table mais à tout de même su faire la part entre religion et politique n'est peut être l'interlocuteur souhaité en 63... et du fait de sa popularité dans les provinces autres qu'Istanbul et Ankara a de beaux jours devant soi.

Quand à l'éternelle question Arménienne, il me semble que l'exemple des Sudète nous montre q'un dialogue est possible au sein de l'Europe.

L'Allemagne a reconnu le génocide Juif dans la foulée de la guerre (et encore l'implication de la Weimar l'a été dans le milieu des années 70, et dans la douleur), soit quasiment dans la même génération, aujourd'hui on demande à la troisième génération de s'expliquer sur le génocide Arménien, croyez vous que celà possible ? c'est une question ouverte, car n'étant ni Turc ni Arménien, je n'ai pas de recul et je ne sais pas ce que celà signifirait pour moi par exemple de reconnaitre des massacres Français, si ce n'est reconnaitre que mes aïeux (au sens large ;-)) ont sacrément déconné.

Ecrit par : Nobela | jeudi, 10 mars 2005

Finger,

Si je n'ai pas répondu aux premières questions, cela est simplement dû au fait qu'elles ne m'étaient pas adressées. Je pense que Bülent Akarcali saura bien mieux y répondre que moi (j'espère rapidement). Je ne sais d'ailleurs quoi te répondre sur la plupart d'entre elles. Maintenant pour les reprendre:

1/ "Niez vous que chaque année, le premier ministre Turc rend hommage au responsable du génocide arménien (je ne mer appelle plus de son nom il a été tué dans les années 20 par un nationaliste arménien)": j'avoue que je suis un peu perdu. Si tu pouvais être un peu plus précis sur ce point, cela m'aiderait.

2/ "Pouvez vous nous expliquer pourquoi Youri Djorkaeff ne jouait pas avec l'équipe de France quand celle ci allait en Turquie ?" Peut-être pour montrer son désaccord avec le refus jusqu'à présent montré par la Turquie de reconnaître le génocide, Youri étant d'origine arménienne.

3/ "Vous qui connaissez Chirac, pouvez vous nous expliquer pourquoi il n'a pas reçu la femme du premier ministre Turc (sans doute parce que le port du voile aurait choqué l'opinion publique)": je ne suis pour ma part pas intime avec Chirac et ne puis donc te révéler le fond de sa pensée.

3/ "Que pensez vous des crimes d'honneur (et de grâce ne mettez pas cela en parallèle avec les faits divers que l'on retrouve occasionnellement dans tous les pays)": à titre personnel, désastreux mais les choses évoluent.

4/ Que pensez vous du rapport de la commission chargé d'étudier l'entrée de la Turquie qui conclut que 50% des femmes turques subissent des violences ou des pressions familiales ?" J'ai un vrai souci avec ce point. De quel Turquie parle-t-on? De la côte ouest, largement occidentalisée ou de l'anatolie centrale et orientale. Ce n'est pas une réponse de normand. C'est juste que les us et coutumes sont différents entre Izmir et Gazientep par exemple. Cette question vaut aussi pour le point 3.

5/"Que pensez vous du fait que les filles du premier ministre fassent leurs études aux USA parce que là bas, elles peuvent porter le voile ?" Cela ne me choque pas. En plus les conditions universitaires y sont meilleures qu'en France. Cela participe à mon sens malheureusement du bon sens. Pourquoi s'en priver si on peut financer des études aux Etats-Unis.

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | jeudi, 10 mars 2005

PS Finger

J'avais oublié ta question sur Yucel. J'ai peut-être eu tort de ne pas répondre à ce post. Maintenant, je t'ai déjà raconté l'histoire: 'Il faisait froid, très froid..." Triste, affligeant, les mots me manquent. Que veux-tu répondre à cela...

De manière générale, comme tu l'as dit la Turquie est un pays qui m'est cher pour diverses raisons. Je ne le cache d'ailleurs pas. Maintenant, certaines choses sont indéfendable. le négationisme en est une. Mais Yucel n'est pas la Turquie à lui tout seul. Au risque de me répéter, les choses évoluent. Le jour où il sera question d'une adhésion ferme de ce pays à l'Union n'est pas encore arrivé. D'ici là, donnons aux Turcs la chance et le temps de nous montrer qu'ils sauront relever le défi de l'élargissement. Ce ne sera pas facile et je rejoins Nobela sur ce point, sorti de la côte ouest (Istanbul et Izmir en particulier - Ankara n'ayant à mon sens pas encore atteint leur niveau) beaucoup reste à faire. Mais les Turcs, s'ils le veulent vraiment, en sont sans aucun doute capables. Et, pour en revenir à l'actuaité, je suis bien plus inquiet, pour l'instant, de la perspective de voir adhérer, d'ici quelques semaines, la Roumanie et la Bulgarie (surtout) à l'Union. Cela me paraît en effet un peu précipité.

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | jeudi, 10 mars 2005

Je suıs abasourdi par le manque d'objectivité de ce M. Fınger, il est effectıvement facile de lıster tous les défauts d'un pays en oubliant toutes ses qualités, intellectuellement la démarche me semble extremement limitée. Je peux pour tous les pays de l'UE actuelle et pour la Roumanie et la Bulgarie tenir un dıscours aussi peu objectıf (Extrême droite en Autrıche, enfants mısérables en Roumanie, commerce des femmes en Bulgarie, traıtement dans les commisariats françaıs limite droit de l'homme...).
Je préfére l'ıntervention de M. Akarcali qui parle avec son coeur et non avec sa haine, même sı cela n'est pas tout a fait objectıf.
Malheureusement en France (et seulement en France) cette haine déborde...

Ecrit par : NE | vendredi, 11 mars 2005

Et ce qui me fait rire, c'est que les mêmes qui gèrent ce blog, ont soutenu la journée de la femme. Pour agiter un chiffon rouge, sans Kemal Attaturk, un nationaliste "poujadiste", elles voteriant tjs pas en Turquie !

A lire, cette belle depêche AFP

"Turquie: manif de femmes violemment réprimée



Violente répression d'une manifestation à Istanbul pour la Journée internationale des femmes, 6 mars 2005 - F2
L'UE a réprouvé lundi la violente répression d'une manifestation de femmes dimanche à Istanbul


Selon des images diffusées par NTV, l'intervention policière a été musclée: les forces de l'ordre ont frappé les femmes à coups des matraques et gaz irritants et ont traîné les 63 personnes arrêtées dans des bus.

L'UE s'est déclarée "choquée" par cette intervention contre un rassemblement convoqué pour la Journée internationale des femmes.

Des représentants de la "troïka" européenne en visite à Ankara lundi ont réprouvé la violence avec laquelle la manifestation a été réprimée. Ils ont condamné fermement l'"usage disproportionné de la force" par la police turque et se sont dits "choqués par les images de la police frappant des femmes et des jeunes gens manifestant à l'occasion de la Journée internationale des femmes".

Le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gul a annoncé qu'une enquête avait été ouverte pour examiner le comportement de la police au cours de cet incident.

"Ce n'est pas bon pour la perception de la Turquie en Europe, ce n'est pas bon pour le peuple turc non plus", a commenté le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn avant d'affirmer sa satisfaction à l'annonce de l'ouverture d'une enquête.

Les femmes font partie du paysage politique turc depuis 1934, quand elles ont obtenu le droit de vote sous le régime de Mustafa Kemal Ataturk, fondateur de la Turquie moderne.

En milieu urbain, de nombreuses femmes se sont émancipées. Mais la majorité des femmes turques restent soumises aux traditions patriarcales et les violences contre les femmes restent un problème important dans un pays qui a reçu le feu vert à l'ouverture de négociations d'adhésion à l'Union européenne.3

Ecrit par : Alsator | vendredi, 11 mars 2005

Turquie, Europe, où commence la propagande ?????

Ce blog est de plus en plus une annexe de la permanence du PS Strasbourgeois et de ses "permanents " bobos et penseurs !

Ecrit par : Nathalie | vendredi, 11 mars 2005

Merci Christophe pour ta réponse, (notamment sur le post de Yucel) sans laquelle, je te l'avoue, je ne serais plus venu sur ce blog, tant il m'a choqué.

J'avoue aussi ne pas comprendre ta "mise en perspective" de la question Kurde, ou la phrase insidueuse sur les arméniens toujours présents en Turquie (et alors, on devrait remercier les Turcs d'en avoir épargné quelques uns ?).

Je ne crois pas que ce blog soit une annexe du PS strasbourgeois (sans quoi mes visites seraint plus "musclées". Christophe a toujours fait preuve de tempérance et d'objectivité. Sauf peut etre sur la question Turque. Je pense, sans te connaitre que tu es ou que tu as été "sentimentalement" lié à la Turquie, et pour connaitre ce sentiment avec un autre pays, il est dur de garder sa neutralité dans ses conditions.

Dire qu'il existe des Turquie est une évidence, mais si on intègre ce pays, on intègrera aussi l'Anatatolie. Et je pense que focaliser sur Istambul, c'est cela ne pas être objectif.

Tu dis laissons sa chance à la Turquie, soit. Mais relis le post de Mr Akarcali. Il nous reproche déjà de faire "marche arrière". Qu'en sera t il dans 15 ans.

Toi même tu as dit dans un commentaire précédent que "si la Turquie faisait le chemin nous serions gonflés de refuser son entrée par vois référendaire". Il sera facile dans 10 ou 15 ans aux partisans de l'entrée de la Turquie d'oublier la première partie de la phrase, en focalisant sur le chemin parcouru et pas sur celui qu'il reste à faire.

Quant à NE (Haine ?) qui fustige mon manque d'objectivité et qui s'apprete je suppose à me traiter de raciste de nazi ... je lui repondrai que quand dans le concert des partisans de l'entrée de la Turquie présent sur ce blog (dont un, va jusqu'a nier un crime contre l'humanité), je pense que je ne fais que rétablir un peu l'équilibre.

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

Christophe,

Pour les questions

1) Si tu as la cassette de l'emission de FR5 avec Gallo, il y est fait référence.
2), Non ce n'est pas Y Djorkaeff qui n'a pas voulu y aller, il était menacé de mort. Certaisn journaux n'hesitant pas à relayer des menaces.
3) Si on intègre la Turquie, l'Anatolie aussi sera intégrée.
5) De l'aveu même du premier ministre c'est pour "porter le voile" que ses filles ont été aux USA. Cela prouve, me diras tu que c'est interdit dans son pays. Soit.

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

IUn autre sujet qui devrait être cher à Mme Cutajar est rarement abordé : la Turquie en tant que plaque tournante de la drogue.

Pour le coup, c'est un vrai pont entre Orient et Occident !

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

Alsator,

Cette dépêche reprend ce qui a déjà été dit:
- Sur les violences policières, je pense que chacun est d'accord pour les condamner. Plusieurs journalistes turcs ne s'en sont d'ailleurs pas privés et ont demandé que des sanctions soient prises contre les auteurs de ces actes.
- Toujours sur les violences: Faut-il condamner l'ensemble des Turcs en raison de ces violences? Non. Il n'y a pas si longtemps de cela, les brutalités de la police française (sous Pasqua par exemple) n'étaient dans un autre style pas non plus glorieuses. A-t-on dit à ce moment là que la France n'avait rien à faire dans l'Union? Non.
- Sur le différentiel entre milieu urbain dense et le reste de l'Anatolie, ce point a déjà été soulevé: un immense travail reste à faire en dehors de villes comme Istanbul ou Izmir. Personne ne le nie et c'est un vrai souci. Maintenant, peut-être serait-il aussi bon de se poser la question pour la Roumanie et la Bulgarie.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

Ben oui, tu as raison mais helas "on ne peut pas revenir en arriere", et c'est bein ce meme argument que l'on entendra dans 15 ans a propos e la Turquie.

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

Nathalie,

Je ne sais que dire sur ta remarque. Maintenant si la question turque est un sujet de politique socialiste strasbourgeoise, soit, même si je n'y vois aucun rapport. Quant aux partis en général, je fais partie de ces personnes qui se fichent éperdument de savoir si les gens ont une étiquette socialiste, UMP, vert ou UDF. Tout ce que je demande à un élu est d'être compétent dans ses fonctions et d'avoir un minimum de vision pour l'avenir. Si c'est être socialiste, j'aurais au moins appris quelque chose :)

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

Finger,

Pour ce qui est des Arméniens, je t'ai juste dit qu'ils n'étaient pas aujourd'hui exclus de la vie politique et sociale turque. Ca n'enlève rien aux blessures de l'histoire.

Pour les Kurdes, j'entendais par là que le problème n'est pas que turco-kurde mais aussi kurdo-kurde. Le Kurdistan fonctionne pour partie sur la base de petits fiefs seigneuriaux avec les rivalités qui vont de paire. Cela n'enlève rien non plus au problème de base mais cette donnée ne doit pas être oubliée car importante. Chacun veut un Kurdistan pourvu qu'il en soit le (re)fondateur. Ce qui signifie que si M. X, kurde a les moyens d'unifier la région, M. Y ne le soutiendra pas et pourra même s'opposer à lui sous le simple prétexte qu'il ne s'appelle pas Y. Kafkaïen! Autre point, ces fiefs sont également pour certains "dédiés" au traffic de stupéfiants. Quant au sort des femmes, on est encore parfois très loin du modernisme.
Il n'y a rien d'insidieux là dedans, juste un rééquilibrage des choses. Le sud-est anatolien ou Kurdistan, selon la formule que l'on veut employer, a aussi ses propres maux.

Pour Max Gallo, je n'ai pas la cassette de l'émission. Maintenant, il défend une vision générale de l'Europe qui n'est pas la mienne. En fait, il est "amusant de voir" qu'avant de partir vivre à l'étranger la France me paraissait être le pays le plus fantastique au monde. Irréprochable en fait. Puis virent 8 mois d'études en Grande-Bretagne, 3 années en Allemagne et plusieurs séjours répétés et prolongés dans d'autres pays. Cela peut faire cliché mais tu apprends à être une sorte d'observateur externe de ton propre pays et, là, quelques mythes tombent au point, parfois, de te demander si en tant que Français nous sommes si bien placés pour juger les autres. Gallo, me fait penser à la vision de la France que j'avais avant de partir. Ce n'est pas un reproche, juste un sentiment.

Maintenant, si tu me pose directement la question de savoir si, aujourd'hui, je votrai oui à l'adhésion de la Turquie, pays qui m'est effectivement cher la réponse serait la suivante:
Si, à l'issu des négociations d'adhésion (d'ici 10, 15, 20 ans?), Ankara remplit tous les critères exigés, oui. Mais ce ne sera pas simple et demandera plus qu'un simple courage politique. Je ne me fais aucun souci pour la côte ouest. Pour le reste de l'Anatolie, si. Mais, à ce jour je ne peux rien présager de ce que sera demain. Ma réponse serait donc un oui de principe qui devra être confirmé par le travail accompli dans les années à venir. Mais pour cela, il faut donner du temps aux Turcs.

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

Ce n'etait pas Gallo qui parlait de cette commemoration.

Sinon, pour la sodomie ?

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

Finger,

Si tu retrouves l'événement dont il était précisément fait question, je serais curieux d'en savoir plus. Sinon, pour l'autre post, tu ne seras pas surpris de voir qu'il a disparu :)

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

Apparemment, tu es plus allergique à cela, qu'aux negations de crime contre l'humanité -)).

A+

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

En tant que femme et voyageuse, je constate que la Turquie est l'un des pires pays pour une partie des femmes, c'etait- parait-il mieux - sous attaturk ? Je n'en sais rien ...

Pour les partis, c'est marrant, il ne pourrait y avoir d'élus qui travaillent qu'aux PS/VERTS/UMP/UDF ? Quid des communistes, des régionalistes et même du FN que je n'aime pas ...

Si ces partis avaient été compétents, de plus en plus de gens ne se réfugieraient pas dans des votes extrêmes ou dans l'abstention comme moi !

Ecrit par : NATHALIE | vendredi, 11 mars 2005

Géographiquement et culturellement, la Turquie n’appartient pas au continent européen.

Seuls 10 % du territoire turc (la Thrace orientale ou Turquie d'Europe) sont situés en Europe, les 90 % restants, l'Anatolie (ou Turquie d'Asie), étant sur le continent asiatique.

En outre, tandis que les États membres de l’Union européenne sont tous enracinés dans l’héritage gréco-latin et la religion judéo-chrétienne, la Turquie est composée à 98 % de musulmans qui, eux-mêmes se divisent en différentes minorités (Kurdes, Arabes, etc.)

A l’heure où la mondialisation réveille, partout à travers le monde, de légitimes aspirations identitaires, la constitution d’une Europe intégrant la Turquie, c’est-à-dire niant ces différences fondamentales à l’instant évoquées, ne profiterait ni à l’Europe ni à la Turquie. Bien au contraire, l’adhésion créerait les conditions de ce fameux choc des civilisations tant redouté.

Les arguments géographiques (la Turquie n’est pas en Europe) et linguistiques (la langue turque est totalement différente des langues indo-européennes) sont importants mais finalement secondaires face à d’autres arguments plus politiques et culturels.

La Turquie et l’Europe appartiennent à des univers différents à tous égards. Ce seul argument suffit pour repousser l’idée de l’adhésion de la Turquie à l’Europe, si nous voulons qu’elle soit forte, unie, cohérente et efficace.

Ecrit par : NON ! | vendredi, 11 mars 2005

Réponse à "NON!"

Jolie condensé d'ouverture sur le monde. Je serais curieux de connaître votre définition de ce qu'est l'Europe. Sur le fond de votre commentaire, que ce soit pour l'alphabet, la population arabe (ah, ces méchants Arabes turcs), etc.., je ne peux que vous inviter à vous rendre dans ce pays. Peut-être y découvrirez-vous deux trois choses. Si je peux avoir l'air cassant dans ce commentaire, cela ne tient qu'à une chose. Le vôtre respire la haine camouflée sous des airs d'altruisme à l'égard des Turcs. Si l'on prend l'exemple de Finger, je suis en désaccord avec lui sur la question turque. Mais il a le mérite de ne pas avoir de certitudes mais de réelles questions, louables. Je respecte sincèrement sa démarche. En ce qui vous concerne, je ne doute pas que les Turcs verront en vous un sauveur de leur identité... Merci de les aider. Je suis sûr qu'ils apprécieront tant de générosité de votre part.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

L’Europe ne peut accepter en son sein un pays dirigé par des islamistes, fussent-ils «modérés», ne faisant pas de distinction entre la sphère politique et religieuse, et prônant l’application de la charia.

Plus grave, Al Quaida est présent en Turquie et en Azerbaidjan, via la liaison avec la Tchétchénie, qui est aujourd’hui un des points névralgiques de cette organisation.

On a pu malheureusement constaté que le Gouvernement islamiste en Turquie ne constituait nullement un rempart contre un islamisme terroriste à l’occasion des deux attentats perpétrés à Istanbul en novembre 2003 contre deux synagogues (63 morts).


Le panturquisme

Au delà de la Turquie, l’espace turcophone (Turkmenistan, Ouzbekistan, etc...) représente aujourd’hui plus de 200 millions de turcophones.

La politique panturque, qui s’appuie sur la notion de peuple turc, de préférence à une nation turque, est soutenue par toutes les forces politiques turques. Elle conduit la Turquie à faciliter autant que possible les échanges avec les différentes « républiques » turcophones, dont l’Ouzbekistan. De tous les mouvements islamistes du monde musulman, le mouvement islamiste de l’Ouzbekistan est réputé comme le plus proche d’Al quaida. Il le revendique quasi-officiellement.

Il y a dans ce contexte un risque d’effet domino venu d’Asie centrale qui pourrait être considérable et terriblement problématique pour l’Europe.


La conflictualité turque

La Turquie est un pays ou la violence est encore omniprésente. C’est un pays nationaliste confronté à de nombreux irrédentismes. L’Europe n’a pas besoin de ce type de perturbations en son sein.

L’adhésion de la Turquie entraînerait l’union européenne dans les nombreux litiges dans lesquelles la Turquie se complait, de par sa nature nationaliste et militariste, pour ne pas dire belliqueuse. La Turquie a de nombreux contentieux avec ses voisins, de frontières avec la Syrie, au sujet des kurdes et de l’eau avec l’Irak, sans oublier la question de l’occupation de Chypre.

Malgré quelques avancées significatives sur les questions kurde ou chypriote, on est encore loin du compte.

Ecrit par : NON 2 | vendredi, 11 mars 2005

Sur vos remarques (NON2)

1/ Al Qaïda: si je vous suis, il faudrait en ce cas demander aux Espagnols de quitter l'Union. C'est vrai, ils n'ont pas été capables d'empêcher les attentats de Madrid. faire de même avec la France, la Grande-Bretagne où l'Allemagne où résident des cellules terroristes. En même temps, si on jette tous les pays concernés de l'Union cela aura au moins l'avantage de simplifier les débats européens vu qu'il n'y aura plus personne.

2/ "le panturquisme conduit la Turquie à faciliter autant que possible les échanges avec les différentes « républiques » turcophones..." Soit, demandons à la France et à la Belgique de quitter l'Union. Pourquoi? Parce qu'ils facilitent autant que possible les échanges avec les différentes républiques francophones de par le monde. Vous avez raison, c'est inadmissible.

3/ "La Turquie est un pays ou la violence est encore omniprésente. C’est un pays nationaliste confronté à de nombreux irrédentismes. L’Europe n’a pas besoin de ce type de perturbations en son sein". On est d'accord. Jetons les Grecs, les britanniques (Irlande du Nord) et les chypriotes grecs. Les Espagnols aussi... Réfléchissons, les Français également (faudrait pas oublier la Corse, sujet peut-être moins grave mais vu que les bombes continuent à exploser...)

4/ Chypre: relisez l'histoire, si les Turcs sont venus, ce n'est peut-être pas totalement par hasard. Maintenant, je vous l'accorde, ils n'avaient pas à rester. Reste que ce ne sont pas les chypriotes turcs qui ont refusé le dernier plan de paix proposé par l'Onu et l'Union. Mais, c'est vrai, vu qu'ils sont Turcs cela ne compte pas.

5/ Conclusion: soyez honnête et dites franchement que vous ne voulez pas des Turcs parce que leur démographie vous fait peur et que ce sont des méchants musulmans prêts à se faire sauter dans les rues de Paris. Cela aurait au moins l'avantage de nous faire gagner du temps.

6/ Post-scriptum: avant de juger des valeurs d'un pays et de sa population, commencez peut-être par y séjourner, de discuter avec les gens sur place, d'essayer de les connaître. En même temps, cela pourrait être dangereux. Vous risqueriez de revenir sur certains préjugés.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

Je ne dois pas être si mauvais debatteurs que cela (ou alors tu m'epargnes) car j'avoue qu'avec NON, tu as reponses a tout et que je suis presque pret a abonder dans ton sens.

sauf quand même sur :

4) La theorie que j'ai souvent lue selon laquelle les gentils turcs sont venus au secours de la minorité Turc de Chypre qui allait se faire massacrer est un peu tir&ée par les cheveux.

6) Si aller a l'etranger apporte incontestablement un plus, ce n'est quand même indispensable pour avoir une opinion ?

Ecrit par : finger | vendredi, 11 mars 2005

Finger,

Sur Chypre, je ne cautionne pas l'occupation turque de Chypre. Je dis juste qu'à l'origine les torts sont partagés: d'un côtés les violences contre la communauté turcophone, de l'autre l'occupation. Les deux sont condamnables. Mais elles sont deux...

Sur l'expérience étrangère, elle n'est pas nécessaire pour se forger une opinion. on est bien d'accord. Mais de là à ériger un sentiment/opinion/préjugé en dogme, il y a un pas. On en revient à un vieux débat, celui des pénibles certitudes... Qui plus est quand elles se fonde sur une méconnaissance visible du terrain.

Sinon, sur la première remarque, tu es loin d'être un mauvais débatteur. Tu pousses à la réflexion tout en restant ouvert, et j'apprécie cela. La question sur le dernier article mis en ligne (fatwa) en est un exemple. Peut-être quelqu'un saura-t-il nous éclairer sur ce point car, là, je n'ai pas de réponse.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

J'ai vécu 5 années à Ankara et Istanbul, je suis d'une mère française et d'un père alévis, je sais moi, de quoi je parle !

Tout d’abord, force est de constater que la Turquie, malgré quelques avancées avant tout symboliques, ne respecte aujourd’hui aucune des quatre conditions fixées à son adhésion.

1. Le respect des droits des minorités et l’égalité des citoyens, quelle que soit leur origine ou leur religion

Les lois turques prévoient que les chrétiens, les alévis, les juifs sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Pour accéder aux responsabilités, il est nécessaire d’embrasser la religion musulmane et d’islamiser son nom. L’appartenance religieuse est toujours inscrite sur le passeport turc.

Les kurdes sont toujours brimés. La seule télévision kurde émet depuis la Belgique, pays qui subit d’ailleurs régulièrement des pressions turques à ce sujet.
Leyla Zana, ex-député kurde, a été condamnée à quinze ans de prison pour s'être prononcée en kurde à la cérémonie inaugurale du Parlement turc en 1993.

Les assyro-chaldéens, les premiers chrétiens, dont de nombreux villages ont été rasés durant les opérations de répression des kurdes, ne sont même pas reconnus.

2. La résolution pacifique de la question chypriote

Cette question a connu des avancées récentes significatives, mais le processus est loin d’être achevé.

3. Le respect des droits de l’homme

Cette question a également connu des avancées récentes, mais le processus est loin d’être achevé et parait très fragile. Et l’emprise islamiste croissante sur la vie politique et sociale turque menace aujourd’hui davantage ces timides avancées que l’armée.

4. La reconnaissance du génocide arménien

On peut parler d’un véritable négationnisme turc sur le génocide arménien.

Le génocide arménien n’a toujours pas été reconnu, y compris dans les lieux de culture comme les écoles et universités. La reconnaissance des erreurs et crimes du passé est pourtant un signe essentiel de la maturité démocratique d’une société.

Il est révélateur de se poser la question de savoir pourquoi la Turquie refuse, si obstinément et contre toute évidence, de reconnaître le génocide arménien. D’un point de vue historique et politique, le génocide arménien est intimement lié à la fondation du kémalisme. La raison en est que le mythe du kémalisme et la légitimité de l’armée s’en trouveraient ébranlés. La reconnaissance du génocide arménien serait donc symbolique de la volonté de la Turquie de rompre avec son passé militariste pour se tourner résolument vers une démocratisation réelle.


- Les contre-arguments face aux arguments des pro-adhésion

La plupart des arguments présentés par les responsables favorables à l’adhésion de la Turquie peuvent être aisément retournés.


- Les « promesses » faites à la Turquie

L’Europe n’a jamais dit explicitement Oui à l’adhésion de la Turquie et n’a fait que repousser continuellement les échéances.

Les engagements pris dans le passé l’ont été vis à vis d’une Turquie kémaliste qui était sur la bonne voie. La Turquie actuelle, en voie de réislamisation, soulève de nouvelles questions et pose de nouveaux problèmes. L’Europe n’a jamais accepté l’adhésion de l’Espagne franquiste. Pourquoi devrait-elle accepter l’adhésion d’un pays co-dirigé par une armée au nationalisme panturc ombrageux et un parti islamiste ?

Nous ne devons pas céder à la stratégie de culpabilisation vis à vis de la Turquie et de l’Islam qui est à l’oeuvre. L’Europe ne doit rien à la Turquie, bien au contraire elle lui apporte 1 milliard d’euros d’aide par an. La Turquie est déjà intégrée à l’OTAN et au Conseil de l’Europe (bien qu’elle ne respecte pas les droits de l’homme). Elle n’est donc en rien rejetée.


- Le rôle de l’union européenne est-il de lutter contre le ressentiment musulman contre l’occident ?

Si oui, pourquoi cet objectif fondamental sur le plan géopolitique n’est-il pas inscrit dans le préambule de la Constitution européenne ? Il ne faut pas tout mélanger. Cet enjeu se joue à un autre niveau.

Le sacrifice de l'Union europénne est-elle réellement un service à rendre à la cause de la Paix dans le monde ?


- L’élargissement, et la puissance, sont–ils une fin en soi ?

On peut penser à l’inverse qu’avec 25 pays membres, la recherche de la cohésion est aujourd’hui un facteur plus efficace de puissance de l’Europe que l’élargissement vers des pays de plus en plus différents. En effet, plus on élargit l’Europe, plus on la dilue, plus on l’affaiblit dans sa cohésion et son fonctionnement.

Si demain la Turquie adhère à l’Europe, au nom de quoi refuser l’adhésion d’Israël, de l’Azerbaidjan, du Maroc, etc... ?


- Un contexte stratégique qui a changé
Certes la Turquie a joué un rôle positif pendant la guerre froide, mais le contexte stratégique a changé radicalement.
Aujourd'hui l'enjeu, c'est la guerre contre le terrorisme islamiste. Dans ce contexte, l'entrée de la Turquie dans l'espace de libre circulation de Schengen est une perspective inquiétante, compte tenu du fait que la Turquie partage des frontières avec la Syrie, l'Irak, l'Iran, le Caucase (Tchétchénie), etc...


görüşmek üzere

Ecrit par : NON | vendredi, 11 mars 2005

"NON" (ce serait plus simple avec un prénom... :)

Il n'a jamais été question de nier les faits auxquels vous faites allusion. Juste de dire que les choses évoluent réellement. AKP est attaqué, soit. Maintenant, j'aurais bien voulu que l'on se pose des questions similaires par rapport au MHP, bien plus dangereux à mon sens. Je pense que les Kurdes pourront en témoigner.

La question Alévi est un vrai problème en Turquie. Elle aussi doit avancer dans le bon sens. Sur cette communauté, je n'ai pas suffisamment d'informations ou de connaissances pertinentes pour m'étendre sur ce point. Par contre j'apprécierai que vous m'en teniez informé.

Sur le rôle de l'armée, je reste partagé. La première fois que je suis allé en Turquie, sa présence me paraissait incompatible avec le concept de société politique civile. Le problème est qu'elle est peut-être aujourd'hui le meilleur garant d'un non dérapage d'une frange de la classe politique (MHP, BHP, etc..) et de la laïcité. Il est curieux de voir qu'au cours de ces dernières années, tous les partis politiques turcs ont retrouvé le chemin des mosquées. Mais le doit-on uniquement à l'AKP. J'en doute. Là encore, le MHP qui associa l'appartenance religieuse à l'idéologie nationaliste n'y est pas étranger même s'il défendait un islam "intra turc" et non la Umma. Il est intéressant de voir que même les dirigeants de ÖDP se sont mis à faire le Ramadan...

Mais pour revenir sur le rôle de l'armée, sa seule présence - et je conviens que le fait de devoir en passer par là ne plaide pas en faveur de la matûrité politique de la Turquie - permet de contenir certaines personnes. Loin de moi de vouloir "boquer" sur le MHP, mais que serait-il advenu lorsqu'il était au pouvoir s'il n'avait pas été encadré? C'est à mon sens une vrai question.

Sur le génocide arménien, je le dis et le redis, cette question doit être réglée. Mais cela prend du temps. Maintenant, une fois encore, les choses avancent. Des débats, des expositions sont organisées sur le sujet. Arméniens et Turcs se sont rencontrés pour résoudre ce conflit. L'Unesco, si je ne fais pas d'erreur, a été saisie du dossier. Qui aurait imaginé cela il y a encore quelques années? Qui aurait imaginé que le livre de l'avocate Fethiye Çetin (Membre de la Commission des minorités du barreau d'Istanbul), "Ma grand-mère", soit un succès littéraire? Qui aurait imaginé que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan inaugure en décembre un Musée arménien à Istanbul? Ce n'est peut-être pas encore assez mais ces pas en avant sont déjà au regard de l'histoire turque.

Alors, oui, on peut toujours critiquer, dire que cela ne va pas assez vite. Que le sujet est encore très sensible. Mais au moins, et cela doit être souligné, on avance. Ce n'est peut-être pas encore suffisant - et on est d'accord sur ce point - mais on a vu pire en terme d'avancées.

görüşmek üzere / à bientôt

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | vendredi, 11 mars 2005

iyi akşamlar / bonsoir !

Je suis d'origine Turque et opposé à l'entrée de la Turquie en Europe. Mes posts précédents furent sans doute colériques, mais franchement, cel constitueraient une erreur pour l'Europe de faire entrer la Turquie dans l'UE.

Recep Tayyip Erdogan pratique un double language. Il communique à la fois vers l'Ouest et à la fois en interne. Comme l'a souligné le mouvement régionaliste 'alsace d'abod', c'est aussi lui qui avait été condamné et emprisonné pour « incitation à la haine religieuse » après avoir récité en public quelques vers du poète nationaliste turc Ziya Gökalp :

« Nos mosquées sont nos casernes, nos dômes nos casques, les minarets sont nos baïonnettes et les croyants sont nos soldats » !

Qui plus est, sa femme est systématiquement voilée lorsqu'elle est en publique !

Enfin, ma communauté subit chaque jour, comme les assyro-chaldéens, le rejet de la différence religieuse !


iyi geceler c'est bonne nuit !

Ecrit par : Reyhan | vendredi, 11 mars 2005

J'ai une amie Turque (hé oui !) qui m'a présenté un alévi sans m'expliquer ce que c'était.

Pouvez vous nous en dire plus ?

Ecrit par : finger | samedi, 12 mars 2005

Christophe Nonnenmacher est épargné par les préjugés stupides qui frappent tant de nos contemporains. La preuve c'est que comme des centaines de millions d'Occidentaux, il voyage. Et non seulement il se déplace, mais il séjourne longuement comme des centaines de milliers de retraités européens installés à demeure au Maroc et en Tunisie où les prix sont doux et gens si serviables. Comme tant d'autres ausi, il porte le "fardeau de l'homme blanc". Avant hier la colonisation, hier le développement, aujourd'hui la croisade des droits de l'homme en Turquie comme ailleurs. Sa bonne foi est inattaquable.
Pensez donc, il est porteur de valeurs universalistes dont seuls les mauvais esprits font fielleusement remarquer qu'elles sont toutes occidentales et qu'elles ne sont en conséquence que la traduction boursouflée d'une identité singulière. Certes, convient-il, la Turquie ne satisfait pas encore à l'ensemble des exigences européennes en matière de démocratie, de laïcité et de tolérance. Mais elle y viendra à force de persuasion, de pression, et de chantage moral. Au besoin, peut-être même nous faudra-t il utiliser la force, mais que l'on se rassure, elle sera "humanitaire". Ne sommes-nous pas, comme nos cousins d'outre Atlantique, mais avec une civilité que leur brutalité ignore, les dépositaires d'une "destinée manifeste"qu'il nous faut à tous prix accomplir pour le salut de l'espèce humaine ? Par l'économie et les vertus du marché planètaire, par les médias,
par la force de nos arguments et par tant d'autres choses dont nous dote notre évidente supériorité technologique, la Turquie tôt ou tard sera "normalisée" et digne de son baptême européen. Mais, une question cependant me taraude. Ce jour là, Christophe aura-t-il encore le goût des voyages ?

Ecrit par : Coclès | samedi, 12 mars 2005

Coclès,

Joli résumé. Seriez vous tenté par une biographie? Bon, je sais, je suis encore un peu jeune pour ça mais votre style est vraiment bon. En plus c'est assez vendeur. Non, sincèrement.

Quant aux voyages, je pense que j'en aurais toujours le goût. S'ouvrir aux autres et chercher à comprendre en partie comment fonctionnent d'autres sociétés/pays/individus/cultures me paraît plus intéressant que de m'extasier devant le journal de 13h de TF1 en me disant qu'heureusement que la France existe pour sauver le monde et lui enseigner tous les bienfaits de la civilisation. Maintenant si "porter le fardeau de l'homme blanc" revient à dire que nous avons peut-être deux-trois choses à apprendre/découvrir des autres, oui, je le porte. Tout comme j'assume le fait de ne pas me cacher derrière un pseudo pour signer mes propos. Non pas que j'ai quelque chose contre les pseudos - ils sont monnaie courante sur Internet - mais quitte à attaquer quelqu'un autant assumer jusqu'au bout. A moins que cela ne fasse uniquement partie du fardeau de l'homme blanc et n'entre donc pas dans vos valeurs.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | samedi, 12 mars 2005

Christophe aime les voyages qui formerait la jeunesse de sa pensée. Rien de très surprenant et un genoux à terre, je salue le miracle chrétien. Oui, car il y a miracle !

Saint Christophe n'est il pas le patron des voyageurs ? Eh oui, et le voilà réincarné pour mieux servir la sainte cause. Sacré Jean-Paul 2, tu nous cachais cela, de là haut, aucun SMS ne t'avait donc prévenu.

Plus sérieusement et sans mettre en doute la pensée nonnenmacherienne, je ne peux que penser à ces hordes de bobos croisés en thailande, en inde, à goha ou ailleurs et se plaignant de la pauvreté, mais surtout de la différence ....

Le coca n'y aurait pas le même gôut, le mac do non plus. Pire en Inde, la maison blanche s'appelle Taj Mahal ....

De facto, on y trouvait peu de camenbert et l'on se jetait sur le premier restaurant où était écrit " on parle fransais".

L'aventure a ses limites.

Ces hordes voyageuses incarnent la mondialisation des échanges et des cultures mais surtout la dérive homogénisatrice de la société libéral.

On glorifie la différence mais on veut les applanir pour mieux consommer et consommer pareil, c'est bien cela le danger.

Quelque part, rien d'étonnant à ce que du bobo versaillais au tecno bruxellois, du coco voyageur au yankée, on ait comme figure de l'époque G W Bush et sa volonté d'évangéliser le planète au double-nom du Kapital et de l'Eglise

Ecrit par : Alsator | samedi, 12 mars 2005

Waouh. je suis flâté: "Pensée nonnenmacherienne" Au rythme où ça va je vais bienôt pouvoir ouvrir une école de pensée. Habermas, attention, j'arrive...

Plus sérieusement (c'est fou ce que cette expression est utilisée aujourd'hui), les hordes de bobos que tu décris existent. C'est un fait. On peut aussi appeler cela des touristes. On pourra en reparler ultérieurement. Maintenant c'est une autre question. Nul n'a parlé d'évangéliser le monde ou je ne sais quoi. Je ne vois pas pourquoi les Turcs devraient revenir sur leur culture pour entrer dans l'Union. Par contre, pour rejoindre les Vingt-cinq des règles du jeu existent en matière de droits de l'homme, juridique, sociale, etc.. Tout ce que je dis est que si la Turquie remplit ces critères qui n'ont rien à voir avec un quelconque esprit bobo ou Mac Do (mince, Mac Do aurait-il de l'esprit?) je ne vois pas pourquoi on les empêcherait d'entrer à terme dans l'Union. Et sur ce point, force est de constater que la Turquie fait ajourd'hui de nombreux efforts. C'est tout. Pour la suite, je ne suis pas Mme Irma et ne peux donc pas prédire ce que sera ce pays, la France, l'Allemagne ou l'Espagne dans 10, 15 ou 20 ans.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | samedi, 12 mars 2005

Reyhan,

La citation que tu souligne est juste. Erdogan a été condamné pour cela. Maintenant, je n'ai pas l'impression que les dérapages verbaux ont été nombreux depuis. Ce qui me surprend plus est ta référence à Alsace d'abord, pas particulièrement encline à défendre la communauté turque présente dans cette région et encore moins à refuser les dérapages verbaux. Côté double discours, ils ne sont pas mal non plus. Pour ceux qui voudraient s'en faire une idée, n'ayant en même temps pas envie de faire la promotion d'un parti très à droite de la droite (la formule soft est voulue), je vous aide: vous reprenez le nom (sans espace) et vous rajoutez un ".org") Bonne (triste?) lecture. Pour dernière info, ce qui est écrit sur le site est encore très édulcoré par rapport au discours "non public". (faut bien faire avec la loi...)

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | samedi, 12 mars 2005

Bonsoir / merhaba

Je viens de relire votre étonnant postage dynamique, cher christophe, et pour revenir d'Ankara, les dérapages intérieurs sont multiples et couverts par la pensée des médias.

- le Parti de la Justice et du Développement (AKP) de Tayip Erdogan ne correspond pas aux mouvements islamiques classiques à l'instar du FIS ou des Frères musulmans. Néanmoins, derrière un paravent modéré fait d'un savant dosage d'opportunisme et de réformisme, celui-ci n'est en réalité que la poursuite de l'islam politique par d'autres moyens, parmi lesquels figure, entre autres, l'adhésion à l'Union européenne

- Le Refah : La genèse de ce post-islamisme turc remonte à l'échec de l'expérience gouvernementale du Refah Partisi (Parti de la Prospérité) au pouvoir pendant quelques mois de 1996 à 1997. Necmettin Erbakan, leader historique de l'islamisme turc et Premier ministre, avait opté pour une stratégie de rupture globale avec l'ordre établi. Cela, en axant son action politique sur des décisions à très forte valeur symbolique, comme la levée de l'interdiction du port du voile dans les lieux publics ou bien le projet de construction d'une mosquée monumentale sur la place de Taksim, au coeur du quartier occidental d'Istanbul, qui devait symboliser la deuxième conquête de la ville.
Dans le domaine de la politique étrangère, Erbakan tourne radicalement le dos à la CE, avec l'idée de lui substituer un ''marché commun musulman'', dont la Turquie deviendrait le centre de gravité. Ulcérée par ces orientations, qui sont autant d'attaques frontales contre l'essence même du régime républicain, l'armée […] contraignit Erbakan à démissionner. Ce coup d'État, que l'on peut au demeurant qualifier de postmoderne, puisque les chars sont restés dans les casernes, entérine l'échec de la tentative de passage en force de l'islam politique en Turquie. Cependant, cet intermède gouvernemental va amener l'aile réformatrice du Parti de la Prospérité à repenser les termes et les moyens de l'action politique

- Tayip Erdogan
Un homme se distingue parmi les jeunes rénovateurs : Tayip Erdogan. À la fois diplômé d'un lycée d'imams et économiste de formation, il devient maire d'Istanbul en 1994. Plébiscité pour sa gestion d'Istanbul, Erdogan prend la tête en 2001 du Parti de la Justice et du Développement, issu d'une scission avec le vieux parti islamiste d'Erbakan. Partant du constat que la stratégie de rupture a échoué, il défend une ligne d'apaisement, de dialogue et définit son mouvement comme fondé sur ''une philosophie politique conservatrice démocrate''. Le parti prône l'intégration à la CE, l'économie de marché et la défense des valeurs traditionnelles. L'écrasante victoire de l'AKP à l'automne 2002 révèle le vote-sanction d'une population turque exaspérée par les scandales politico-financiers à répétition d'une élite occidentalisée coupée du pays. Alors, comment interpréter la nouvelle orientation des islamistes turcs ? S'agit-il d'une conversion sincère aux principes du pluralisme ou d'une feinte ? En réalité, les dirigeants islamistes turcs, partant du constat de l'impossibilité de changement brusque et radical de la donne politique à court et moyen terme, réévaluent en conséquence leurs objectifs à la baisse. Cela selon l'axiome : ''On ne changera pas la face du monde, mais la changer un peu, c'est déjà beaucoup''. D'autre part, comme l'a affirmé Erdogan : ''La démocratie n'est pas une fin en soi, elle est un moyen ''.
Une lecture attentive à plusieurs degrés des paroles et des actes d'Ankara s'impose donc. Le fait qu'Erdogan ait préféré scolariser ses filles aux États-Unis pour pouvoir ainsi échapper à la législation sur l'interdiction du port du voile est un exemple parmi d'autres…. En suivant toujours cette logique de contournement par le haut des institutions turques, on peut maintenant s'interroger sur les visées véritables que poursuivent les islamistes turcs en voulant à tout prix s'arrimer à l'Union européenne

Vous sembliez étonné que je puisse citer le mouvement régionaliste "Alsace d'abord". Il me semble qu'en France, il a pris - enfin en Alsace - une forte campagne contre la Turquie mais en même temps, c'est le premier parti à avoir eu sur sa liste un candidate turco-française aux élections régionales, qui plus est issue 'une minorité chrtétienne.

Ce mouvement est à mon avis d'ailleurs plus "populist" qu'extrémiste, si vous faites cette différence en France.

Plus sérieusement, je crains que l'entrée de la Turquie ne dénature profondément l'Europe.



iyi akşamlar

Reyhan !

Ecrit par : Reyhan | samedi, 12 mars 2005

Reyhan,

Merci pour ce commentaire, très juste et sensé. On aurait d'ailleurs pu y intercaller Fazilet (parti musulman également interdit et ayant succédé au Refah, puis remplacé par AKP).

Sur les intentions de Erdogan, je n'ai jamais caché qu'il fallait être prudent. Le fait est que, pour l'instant, il suit une ligne "rassurante", du moins dans le sens des réformes demandées pour que la Turquie puisse entrer dans l'Union. Mais il serait absurde de lui signer un chèque en blanc.

Y-aurait-il, si AKP devait changer de politique un risque de poussée islamiste (à ne pas confondre avec l'adjectif "musulman")? Honnêtement, j'en doute. Si AKP est sorti vainqueur de nombreuses élections il le doit effectivement à un ras-le-bol de la population envers des partis "classiques" (plus aucun n'étant véritablement laïc aujourd'hui) dont le déclencheur remonte peut-être aux dernières années Ciller. Mais aussi, à un véritable travail de terrain. Je pense à la réhabilitation de quartiers sur la route de Tarabia, à Istanbul (remise de l'eau courante, de l'électricité, politique favorisant le développement de petits commerces, etc..). Cette donnée est également importante pour comprendre la montée de AKP et consorts. Peut-être aurait-il été souhaitable que DYP, CHP, DSP ou ANAP (Bülent Akarcali pourra peut-être y répondre) s'impliquent davantage sur ce plan mais ce ne fut pas le cas. Maintenant, oui, il y a un risque de clientèlisme. Je ne le cache pas. Mais les Turcs, me semble t-il, au moins dans les grandes villes, ne sont que très peu attachés au rapprochement entre politique et religion. Je ne les imagine pas se lancer dans une dérive islamiste. Maintenant, je l'ai déjà dit, je ne suis pas Mme Irma.

Alsace d'abord est effectivement un mouvement populiste. mais la marge est faible entre populisme et extrêmisme. Tout parti soulignant combien les immigrés sont trop nombreux en France ou dans une région m'effraie, me sidère, etc.., quand bien même utiliseraient-il pour caution une personne d'origine étrangère. Le FN a déjà fait de même et cela ne le rend pas plus dangereux. Je l'avoue, j'ai un vrai problème avec les extrêmes, qu'ils soient de gauche ou de droite. D'ailleurs ce discours anti-immigré est d'autant plus absurde que d'ici 15 à 20 ans l'Europe devra vraisemblablement faire appel à une nouvelle vague de main d'oeuve étrangère pour combler sa perte de vitesse démographique, chose que ne conaîtra visiblement pas l'ALENA.

La Turquie risque-t-elle de dénaturer l'Union? Je n'en sait rien. C'est un risque. Mais, sorti du fait religieux, est-il plus risqué de travailler de concert avec des Turcs qui veulent une Union forte ou des Anglais qui font tout pour l'empêcher d'avancer? Là non plus, je n'ai pas de réponse prédéfinie. C'est une question que je me pose. Maintenant, il n'est aujourd'hui question que d'ouvrir les négociations d'adhésion avec Ankara. D'ici à ce que la Turquie intègre l'Union, beaucoup aura coulé sous les ponts.

Sur le plan religieux, la Turquie n'est à mon sens pas le seul pays à poser problème. Arte vient de diffuser un reportage assez inquiétant sur certaines dérives du catholicisme et du Vatican en particulier. Le gouvernement slovaque signera d'ici peu un accord avec le Vatican visant à autoriser un médecin à refuser de pratiquer un avortement, à promouvoir un enseignement "chrétien" (!) au travers lequel il est dit que la femme ne doit pas faire de l'ombre à son mari et donc ne pas étaler son savoir, etc.. Cela me fait réellement froid dans le dos et remet en question les valeurs d'égalité homme-femme prônées par l'Europe. Dire "oui" à la constitution (désolé de dévier du sujet initial mais on en est pas très loin non plus) et à la Charte des droits fondamentaux me paraît au regard de cet événement plus que jamais nécessaire pour contrer les dérives (et délires) religieux. D'ici là, il me paraîtrait opportun que Bruxelles rappelle à l'ordre Bratislava. Non pas pour s'immiscer dans ses affaires intérieures mais simplement pour lui rappeler que faire partie de l'Union signifie également adhérer à certaines valeurs. Si on est incapable de le faire avec un pays comme la Slovaquie ont est effectivement mal parti en cas de dérapage d'un gouvernement musulman modéré si un jour la Turquie devait adhérer à l'Union.

iyi akşamlar

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | samedi, 12 mars 2005

çok teşekür ederim, merci beaucoup pour vos réflexions !

Je n'ai pour ma part qu'un regard mixte sur ce qui va se passer en Turquie, je constate par contre que les actes du gouvernement poussent à fragiliser toutes les institutions qui seraient encore "kémalistes" dans l'âme comme l'armée et l'administration.

Il est désormais claire, qu'entre les campagnes du refah et celle de l'AKP, l'armée s'est "islamisée" et je ne dis pas "musulmaniser".

D'un certaine façon, la rigueur du parti au pouvoir tranche avec ceux des partis renversés. C'est un peu comme si les partis durs incarnaient une opération "mani pulite". La rue a voté en disant : "ils ne pourront pas faire pire".

Ma connaissance de la Turquie me fait aujourd'hui penser que son avenir n'est pas dans l'Europe mais autour de l'Europe ! Votre ancien président, D'Estaing, pose souvent les bonnes questions sur ce sujet.

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Passé par l'école américaine, je fais pour ma part la différence entre "extreme droite" et "populisme". Ne pas le faire est une erreur ! On peut d'ailleurs estimer que "le rejet de l'étranger" est une logique identitariste. Croyez vous qu'en Turquie, certains ne jouent pas le rejet de l'amérique ?

Je connais la cituation alsacienne pour venir au Conseil de l'Europe et en ce sens, je considère que le mouvement régionaliste, qui se situe aujourd'hui entre le FN, et l'UDF, pourrait devenir un parti attractif s'il se libére des erreurs nationistes du FN. Tout cela en raison de l'histoire de l'Alsace.

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Sur la réligion, que le catholicisme ait des excès est une chose, l'orthodoxie également, le judaisme et l'islam aussi en ont, il faut aujourd'hui savoir s'il y a une place pour Dieu à la table de votre république

Quant au problème musulman, il se posera en Europe avec les dérives communautaires et notamment avec l'enclave du kossovo créée par les américains en Europe.




iyi akşamlar

Ecrit par : Reyhan | samedi, 12 mars 2005

Que pensent les membres du blog et l'auteur ministre de la proximité du FN avec des partis turques comme le Refah ?

- Erbakan trifft Le Pen


Der eine heißt Necmettin Erbakan, ein Islam-Fanatiker und Vorsitzender der Refah-Partisi (Wohlfahrtspartei), der mit allen Mitteln aus der Türkei einen islamischen Gottesstaat machen will. Der andere heißt Jean-Marie Le Pen und ist Vorsitzender der Front National (FN), der alle Immigranten in Frankreich in ihre Herkunftsländer abschieben will.
Am vergangenen Montag (18. August 1997) fand in Altinoluk (Balikesir) an der türkischen Ägäisküste ein Geheimtreffen zwischen den beiden rechtsradikalen Politikern Erbakan und Le Pen statt, von dessen Existenz eigentlich niemand etwas erfahren sollte. Als das Geheimtreffen jedoch in die Öffentlichkeit kam, erklärte der türkische Islamistenführer Erbakan, daß er sich mit dem Franzosen lediglich zu einem Meinungsaustausch getroffen hätte. Das Gespräch (Dauer: 4 Stunden) hat nach übereinstimmenden Erklärungen in „herzlichem Ton" stattgefunden.
Beide rechtsaußen stehende Politiker sind sich im Grundsatz einig: Der Einfluß des Liberalismus muß überall zurückgedrängt werden. Beide Extremisten einigten sich über die „fundamentalen Gemeinsamkeiten" ihrer Parteien mit der Beteuerung, daß sie den Wunsch hätten, „freundschaftliche Beziehungen auszutauschen".
Bei dem Treffen forderte Erbakan die Unterstützung Le Pens für seine Partei. Le Pen erklärte seinerseits, daß die Erstarkung des Islam in der Türkei ihn erfreue.

( source : http://www.nadir.org/nadir/periodika/widerstand/islam8.htm)



- Source : The Jerusalem Post du 4 au 10 février 1998
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JM Le Pen a assisté au dix- neuvième anniversaire de la révolution islamique, mardi 10 février, à l'ambassade d'Iran, dont il était l'invité d'honneur.

Ecrit par : Annick | samedi, 12 mars 2005

Reyhan,

Peut-être ai-je tort, mais même si, bien sûr, on peut faire une différenciation entre populisme et extrêmisme, les deux se valent à mon sens et sont tout aussi dangereux. Quelque soit l'étiquette que l'on y met je ne peux pas accepter intellectuellement que l'on fasse d'un immigré un bouc-émissaire. L'extrêmisme part souvent du populisme. Il en est juste une déviation tragique et facile.

Sur "l'islamisation" d'une frange de l'armée, pour peu qu'elle soit importante, elle n'a pas attendu l'arrivée du Refah. Türkes (MHP) y a également contribué. Maintenant - et bien que n'ayant que très peu de sympathie pour des systèmes au coeur desquels est présente l'armée - les militaires turcs sont peut-être aujourd'hui le dernier bastion kémaliste en Turquie. Par ailleurs, et c'est à mons sens un signe d'intelligence réelle - ils n'ont pas, à l'inverse de l'Algérie, succombé à l'hystérie, quand Refah et consorts ont gagné les élections. Cela a à mon sens été d'une grande importance et a permis aux mouvances se revendiquant de l'islam de ne pas se radicaliser, chose qui aurait, peut-être, pu être possible si l'armée avait agi autrement.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | samedi, 12 mars 2005

Annick,

Je n'en pense pas grand chose sinon que l'analyse vient du Jerusalem post qui n'est pas un modèle d'ouverture sur le monde. Qu'Erbakan n'est plus au pouvoir et ne représente en rien la Turquie d'aujourd'hui. Que Le Pen a rencontré de nombreuses autres personnes à travers le monde. Que si l'on appliquait le raisonnement que vous sous-entendez en listant le nombre de dictateurs africains (par exemple) qui ont rencontré régulièrement les responsables de la gauche et de la droite démocrates françaises (pour ne citer qu'eux) cela devrait faire du PS, de L'UMP ou de l'UDF des partis extrêmistes, dangereux et infréquentables sur le plan européen. Eux, tout comme la population française. Est-ce le cas? Non.

Christophe

Ecrit par : Christophe Nonnenmacher | samedi, 12 mars 2005

une analyse d'Alsace d'abord sur Ras le Front : à diffuser avant qu'il ne soit trop tard !

http://liens.raslfront.info/

Un mouvement en pleine mutation : Alsace d'Abord, de l'extrême au populisme !

Mouvement créé en 1989 et recréé en 2002 par des anciens membres du Front National, du MNR et de mouvements régionalistes, Alsace d'Abord a toujours été qualifié de mouvement d'extrême droite par les observateurs antifas. Il s'agissait là d'opérer une classification logique en raison de l'origine politique des membres ayant lancés ce mouvement en Alsace.

Surprise des élections régionales, ce mouvement y réalise une campagne populiste et atteint 9.4 % des voix, étant ainsi de justesse privé de représentation au sein du Conseil Régional d'Alsace. Il réalise par contre le tour de force de faire élire son premier conseiller général au scrutin majoritaire dans le cadre d'une triangulaire. Les élections passées, ce mouvement fait parler de lui par une virulente campagne contre l'entrée de la Turquie, par le développement d'un site Internet dynamisé ( www.alsacedabord.org) et récemment l'organisation d'un congrès de 200 personnes en Alsace.

L'apparence légitimerait toujours une classification à l'extrême droite de ce mouvement, mais ses positionnements et ses actes tendent à revoir des positions :

a) Sur le Turquie, ce mouvement régionaliste, développe une campagne assez proche de l'UDF. Discours dur, symbole dur et affiches collées aux 4 coins de l'Alsace.
b) Sur l'Europe, et comme l'a signalé le Front National, ce mouvement n'a pas osé à rendre public des divergences entre les anti-constitutions et les pro-constitutions, tout en déclinant un discours pro-européens que le FN dénonce en soulignant "la trahison" …
c) A l'occasion des récentes élections sénatoriales, Alsace d'Abord n'a pas présenté de liste. La logique aurait voulu que les grands électeurs de ce mouvement se retrouvent sur le FN, or, il n'en fut rien et le FN fut le seul mouvement politique à ne pas gagner de voix. Il semblerait que les voix régionalistes se soient reportées sur les listes centristes.
d) Dans les conseils municipaux où siègent ces élus régionalistes, on assiste à une reposition à droite de la droite de ces élus.

2 aspects complémentaires confirment une évolution - stratégique ou réelle de ce mouvement - vers un régionalisme populiste.

1) A l'occasion du Congrès de ce mouvement, le 29 janvier dernier, une délégation de la Ligue du Nord, alliée du gouvernement Berlusconi y a pris la parole, renforcée par une délégation du Vlaams Belang ( ex - blok) et du Mouvement Régionaliste de Bretagne. On sait également que des contacts existent entre Alsace d'Abord et l'UDC, parti de gouvernement suisse et avec le FPOe, parti de gouvernement autrichien, présidé par Jorg Haider

2) Le mouvement de jeunes d'Alsace d'Abord semble être composé d'une génération de militant socialement intégré et ne pas accepter en son sein d'éléments "folkloriques" ou "extrêmes". En cela, il se rangerait dans la suite logique du MNJ Strasbourgeois et du Renouveau Etudiant, qui avait, depuis les années 90, fait un choix stratégique portant sur une limitation qualitative - si l'on peut le dire - plutôt que sur le nombre ( à l'inverse, d'autres mouvements semblent avoir fait un choix inverse).

On notera ici l'évolution d'Alsace d'Abord pour tenter une "notabilisation" et sans doute de trouver une place dans un paysage alsacien droitier trusté par l'UMP et le FN. Le savoir-faire populiste et les liens avec la nouvelle droite du mouvement régionaliste Alsace d'Abord devrait inciter à la plus grande vigilance, car ce mouvement prépare une mutation technique qui pourrait séduire un électorat alsacien qui ne se reconnaîtrait plus dans la politique de l'UMP, dans les dédales de l'UDF et dans les excès de Le Pen.

Alors que le FN Alsacien se regroupe autour des groupes catholiques intégristes, la situation paradoxale de l'Alsace reste d'offrir désormais une alternative politique au FN à sa gauche. La droite, en en jouant pourrait stériliser le vote FN et s'accaparer des thématiques sécuritaires ou dextristes.

Une vigilance s'impose donc ! N'oublions pas, comme le rappel le livre "Génération Occident" que des leaders de la Droite actuelle ont appartenu à des groupes d'extrême droite comme Jeune Nation, Occident, Ordre nouveau : Alain Madelin, Patrick Devedjian, Alain Robert, Claude Gloasgen, Gérard Longuet, Anne Meaux etc, et ont fait partie de cette génération Occident.

Qu'arrivera-t-il demain en Alsace ?

Source :

Alsagauche - Réseaux Nouvelle Droite en Alsace - Note internet
Boumaza Magaly - Divers Travaux - IEP STG
Boumaza Magaly - Thèse - "Le Front national et les jeunes de 1972 à nos jours. Hétérodoxie d’un engagement partisan juvénile : Pratiques, socialisations, carrières militantes et politiques à partir d’observations directes et d’entretiens semi-directifs" - IEP STG
Taguieff Pierre-André - l'Illusion Populiste
Taguieff Pierre-André - Sur la Nouvelle Droite
Contacts militants en Alsace

Ecrit par : Antifa | dimanche, 13 mars 2005