« UNION EUROPEENNE: PROUVER LE MOUVEMENT EN MARCHANT | Page d'accueil | LA CONSTITUTION EUROPEENNE AIDERA A REORIENTER LA CANDIDATURE TURQUE »
mardi, 15 mars 2005
DE L’EURODISTRICT A L’HEUREUX DISTRICT
Lancés le 22 janvier 2003 par Jacques Chirac et Gerhard Schröder, via la Déclaration du traité de l’Elysée, les quatre eurodistricts franco-allemands commencent enfin à prendre corps. Peut être pas à la vitesse et de la manière souhaitées, mais leur mise en place avance. Premier du lot, l’Eurodistrict centre (Communauté urbaine de Strasbourg-Ortenau), longtemps paralysé par d’interminables discussions quant à la forme juridique qu’il adopterait et à la localisation future de son secrétariat, a fait un (petit) pas en avant le 17 février dernier : celui-ci, ont décidé les élus, fonctionnera sur la base d’une «convention de coopération». Un statut assez obscure pour le non-initié mais somme toute guère imaginatif, de nombreuses instances de coopération transfrontalières «classiques» fonctionnant déjà sur cette base. En somme, pour tout ce qui relève du côté novateur, d’un signal et d’une volonté politique forts, il faudra, au moins en l’état, repasser, ce statut restant très éloigné de l’exploration «de nouvelles formes de coopération» et du «laboratoire d’expériences», voulus par Paris et Berlin. Côté participation citoyenne, l’affaire n’est pas non plus des plus simples. Car si le Landrat (équivalent allemand de la préfecture) de l’Ortenau affirme être prêt à soutenir une participation civile – le Forum citoyen eurodistrict pourrait, par exemple, selon lui, se voir offrir un statut d’observateur, de membre ou de partenaire au sein du comité de pilotage eurodistrict etc. - les partenaires français se refusent encore pour l’heure à toute éventualité allant en ce sens, quand bien même un rapprochement entre les mondes politique, administratif et associatif pourrait, là encore, être annonciateur d’innovation. Deux visions s’opposent donc en l’état. Deux conceptions démocratiques : d’un côté, la démocratie participative telle que pratiquée en Allemagne où la participation citoyenne dans le processus politique est inscrite dans la constitution, et bien mieux adaptée aux réalités du XXIème siècle ; de l’autre, la démocratie représentative à la française où le citoyen n’est consulté qu’à l’occasion des échéances électorales. Reste que rien n’interdit d’imaginer que les choses puissent évoluer, tant au niveau des contenus qu’au niveau de la structure juridique…
Plus exemplaire dans son avancement, l’Eurodistrict Sud (Fribourg, Emmendingen, Colmar, Mulhouse, Séléstat, Erstein) avance à une cadence supérieure. Après avoir fait valider avec succès au mois de décembre dernier le plan de lancement de leur eurodistrict (présenté le 26 octobre 2004) par les gouvernements nationaux concernés, les élus locaux s’occupent de l’identification des projets prioritaires et multiplient leurs rencontres. Et, à défaut d’avoir défini la structure juridique future de l’entité, les maires des différentes villes, toutes tendances confondues - Verts (Fribourg), UMP (Colmar), PS (Mulhouse), sans étiquette (Emmendingen) – avancent sereinement dans leurs travaux. Leur point fort : avoir su largement «dépolitiser» le projet. Champion sur le plan technique, l’eurodistrict PAMINA (PAlatinat de Sud, MIttlerer Oberrhein, Nord-Alsace) - qui s’articule autour de la ville allemande de Karlsruhe - dispose depuis deux ans déjà d’une structure juridique propre sous forme de groupement local de coopération transfrontalière (GLCT). Avancée sur le plan pratique, la structure peine néanmoins à se développer sur le plan populaire. En effet, rare sont les citoyens prévenus de l’existence du projet. Reste qu’en l’état, la volonté politique de pousser le débat dans la sphère publique existant, ce problème devrait être rapidement résolu. Enfin, l’Eurodistrict Sarre-Moselle, joue pour sa part la carte non institutionnelle. Chargée de son développement, l’association «Zukunft Sarre-Moselle Avenir» - créée par les instances politiques et regroupant des communes et structures locales -, travaille ainsi sur les premiers projets avec des partenaires allemands et français. Structure très flexible, elle accomplit à la fois un travail d’information et d’animation auprès des collectivités et de la population et préconise, par la voix de son président Roland Roth, une implication directe des citoyens dans les travaux de mise en œuvre de cet eurodistrict.
Des quatre modèles de développement, lequel est-il le plus avancé ? Difficile à dire d’autant plus que le choix de la structure juridique n’est en fait pas forcément des plus significatifs, le statut de «Groupement européen de coopération transfrontalière » (GECT), qui entrera en vigueur le 1er janvier 2007, étant susceptible de se substituer in fine aux structures en cours de développement. D’inspiration communautaire, le GECT devrait en effet permettre aux régions frontalières de s’organiser sous forme de « structure autonome possédant la capacité juridique reconnue aux personnes morales » dans les législations des Etats membres. Mieux encore, celle-ci ne nécessitera pas, pour sa mise en place, d’approbation des Etats nationaux. Seule lui suffira, pour être validée, que les régions concernée fassent état de son existence dans le Journal Officiel des Communautés Européennes. Facile à créer et souple dans son application, le GECT pourrait ainsi très rapidement s’affirmer comme la base légale des eurodistricts. Par défaut, c’est donc bien sur leur contenu, leur apport intellectuel et pratique que s’établira la «hiérarchisation» des eurodistricts. Un sujet sur lequel Strasbourg, ville souhaitée leader par Paris et Berlin dans l’innovation, doit encore faire ses preuves. Pour elle-même, en tant que capitale européenne, et pour l’Europe, de nombreuses régions (pan)européennes observant attentivement ses faits et gestes afin, en cas de succès, de les reproduire. En somme, pour peu qu’elle négocie bien ce virage, plus que de concourir contre ses voisins régionaux, la capitale parlementaire de l’Union pourrait s’affirmer comme un moteur de la construction d’une Europe de la proximité. Mais pour cela faut-il encore que les élus locaux – français en particulier – fassent œuvre d’imagination, de courage et de volonté politique et ne se satisfassent pas d’une convention de coopération, certes louable car péniblement acquise, mais bien insuffisante au regard de l’enjeu. Celui de créer plus qu’un eurodistrict, un heureux district à dimension citoyenne, à même d’anticiper, à l’échelle régionale, les enjeux sociaux, politiques, économiques et culturels de demain.
Kai Littmann est président du Forum citoyen eurodistrict
00:05 Publié dans EURODISTRICT, KAI LITTMANN | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Si j'en juge par la dernière réunion d'Offenbourg, il ya une véritable aspiration à se frotter les cervelles entre les gens des deux rives du Rhin. Et pas seulment sur de questions locales, de voisinages, d'intendances, bref de fric...L'eurodistrict appartient d'abord aux citoyens (et pas seulement à ceux qui vivent du transfrontalier). A eux de faire pression sur les élus locaux qui , coté français, ont la vieille habitude de passer par Paris pour franchir le pont du Rhin. Ah! Cette centralisation jacobiniste qui nous transforme si souvent en courtisans ou en mendiants de la Capitale....Si Paris et berlin ont soutenu cette idée d'eurodistrict vieille de plusieurs décennies c'est parce que l'euroregion strasbourgeoise se doit de devenir un modèle de démocratie locale transfrontalière pour l'Europe."l'intendnce suivra", redirait de Gaulle. Faisons le pari de ne pas compter sur Paris...Comme disait mao:"Nos propres forces!!!"Mais qui pense sérieusement que l'avenir de l'eurodistrict peut être un enjeu électoral? Tout part de là peut-être. Coment persuader les politiques que l'Histoire en marche compte davantage que la géographie. Le plus beau de jardins des deux rives serait celui qui nous ferait cesser de vivre à 180 degrés ur les bords du Rhin, mais à 360. "Le Rhin n'est pas plus une frontière que la Loire", se plait à direTomi Ungerer...Leslangues diférentes ne doivent pas empêcher un langage commun. Il nous reste tant à apprendre les uns des autres. Merci Kaî pour ton esprit qui sait conjuguer le présent au futur. Tu n'as qu'un tort:être trop en avance sur des élites trop en retard.Mais courage et patience...
Ecrit par : daniel | mardi, 15 mars 2005
Daniel - mais que peuvent donc faire nos pauvres gouvernements à Berlin et à Paris ?! Ils ont clairement demandé aux élus locaux d'inventer des projets, de les chiffrer et de soumettre des budgets conséquents et ce, depuis le 30 juin 2003. Systématiquement, nos élus locaux (et uniquement chez nous dans le périmètre CUS-Ortenau) ont répondu qu'il fallait d'abord décider depuis les deux capitales, les compétences et budgets de cette nouvelle entité qui est l'Eurodistrict.
Et si Paris et Berlin seraient venus avec un projet tout ficellé ? La région entière aurait crié au scandal et aurait dénoncé le côté directif de nos gouvernements.
Paris et Berlin nous laissent la main libre (et on s'en fiche des raisons pour cela) et nos politiques sont autant scandalisés.
Je souligne que ce problème de compréhension n'existe PAS dans les trois autres Eurodistricts franco-allemands - la lenteur de l'avancement n'est donc pas due à un problème de compréhension franco-allemande, mais il s'agit d'un phénomène très ponctuel et strasbourgeois - des incompréhensions entre notre belle région et Paris.
Aujourd'hui, la majorité des gens conviennent que les Eurodistricts seront le périmètre de la mise en oeuvre des innovations issues de la nouvelle Constitution Européenne, tout en offrant la possibilité d'y apporter d'autres innovations. Donc, les deux sujets sont étroitement liés et il est nécessaire de les poursuivre avec le même sérieux.
Le Forum Citoyen qui travaille beaucoup dans ce dossier n'est pas en avance - ailleurs que chez nous, les gens travaillent déjà sur la mise en oeuvre de leurs Eurodistricts. Ce n'est pas aux autres de ralentir, c'est à la région CUS-Ortenau de passer la vitesse supérieure, surtout si elle souhaite vraiment garder le rôle pilote que MM SCHRÖDER et CHIRAC souhaitaient lui conférer.
En vue des récentes évolutions, il faut arriver à la conclusion qu'on a pas le droit de baisser les bras. Bien sûr, la "Convention de Coopération" pour l'Eurodistrict CUS-Ortenau ne satisfait personne. Mais au moins, elle peut constituer un point de départ, tout comme la Convention n'est pas une finalité, mais un premier pas. Désormais, il convient de doubler les efforts pour faire avancer l'Eurodistrict, en concert avec nos élus et administrations.
Et puisque tu cites De Gaulle, Mao et Tommy Ungerer, je me permets d'ajouter un petit Che encourageant:
No pasaran, pasaremos !
Ecrit par : Kai | mardi, 15 mars 2005
Les commentaires sont fermés.