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lundi, 28 mars 2005

SOYONS SOCIAL, DISONS NON A LA CONSTITUTION ET OUI A BOLKESTEIN

Marre de l’Europe. Ou bien devrais-je dire du non sens franco-européen. Les enquêtes d’opinion plaçant en France le «non» à la constitution à 55% d’intentions de votes en sont un bel exemple. Les délires eurocrates de la Commission de Bruxelles également. Certes, Chirac est content. Il a fait barrage à la directive Bolkestein qui, n’en déplaise à l’auteur, devra être révisée. Les Français sont contents, ils ont gagnés. Ils sont forts comme des Turcs. Tiens donc... A une nuance près : révision ne signifie pas abandon. Luttons alors, diront les partisans du «non»… contre la constitution. Bonne idée. De toute façon, le texte est bien trop (ultra)libéral pour ne pas être la conclusion du document de l’ancien commissaire néerlandais. A quoi cela se voit-il ? A une évidence : ouvriers, fonctionnaires, agriculteurs sont majoritairement contre. Si ce n’est pas une preuve, qu’est-ce d’autre ? Un lecteur d’Europeus n’a d’ailleurs pas manqué de relever ce point : «A aucun moment il n'est envisagé que la constitution pourrait être réellement, en elle-même, un très mauvais placement pour une partie de la population (notamment pour les salariés des classes défavorisées et moyennes) et un très bon placement pour les privilégiés. [Ces] derniers étant particulièrement gâtés par le système dans lequel nous vivons, [ils ont] bien raison de se démener pour le faire perdurer...» Ces citations sont nombreuses. De plus en plus nombreuses même. Dire non à la Constitution n’est pas dire non à l’Europe mais à une certaine Europe, celle du capital et du Medef & cie. Il est d’ailleurs amusant de voir l’engagement contre cette Europe d’un Laurent Fabius, longtemps jugé par ses pairs comme un libéral infiltré au sein du parti socialiste. Du soutien d’un François Hollande, longtemps trop jugé à gauche, à la constitution. Ce point mériterait peut-être réflexion. A droite, la règle n’est pas différente. A ceci près que Jean-Pierre Raffarin n’en finit plus d’être médiocre : «The yes needs the no to win against the no». Fascinant! Si avec cela les indécis n’ont pas envie de soutenir le texte, c’est à rien y comprendre.

Du côté du Puy du Fou, Philippe De Villiers rejoue encore et encore la scène des chevaliers boutant les troupes ottomanes hors de la sainte Europe. C’est triste et absurde au regard du texte mais cela évite de trop réfléchir. Dire non à la Turquie est plus simple que d’expliquer un texte digne – au moins dans la longueur - de l’Iliade et l’Odyssée ou de Guerre et paix. L’essentiel est de dire «non» à tout ce qui touche l’Europe. Peu importe l’argument. Tant que la Vendée est sauve… Côté Commission, Jose Manuel Barroso – son président – veut venir en aide au «oui». «Non merci, monsieur», diraient les Robins des Bois. Certaines aides sont parfois mal venues. Surtout quand son équipe s’obstine à défendre une clause ubuesque et insupportable. Celle – nous y revoilà - de la clause du pays d’origine figurant dans la directive Bolkestein. Celle qui, bien que désormais en sommeil, motive une large partie des troupes à voter «non» au référendum. Celle-là même qui, justifiée par le système européen dans lequel nous continuerons à évoluer en cas de défaite du «oui», est en opposition totale avec l’article III-145 de la constitution qui rappelle que toute prestation temporaire doit répondre aux règles sociales et légales du pays d’accueil. Celle-là même qui permettrait à une entreprise belge, française ou allemande de ne pas se voir imposer un dumping social d’une société lithuanienne ou polonaise. Mais cela, Fabius, Emanuelli et De Villiers oublient de le mentionner. Parce qu’il est probablement plus simple de dire que le texte est trop long, trop complexe et de toute façon trop libéral. Alors soyons social, disons «non» à la constitution et «oui» à Bolkestein. Medef, tiens-toi bien, tes heures sont comptées.

Christophe Nonenmacher est journaliste à l’Européenne de Bruxelles

Commentaires

ne pas mélanger boulot et loisirs
on ne fait pas le rapport entre ton boulot et ta famille donc ne mélange pas la politique
et le puy du fou

Merci monsieur le "soit disant" bienfaiteur de l'empire ottoman, ou devrait-je plutot vous appeler "don salluste" car vous et vos amis auriez un bon role dans la "Folie des grandeurs"

Ecrit par : non a l'europe | jeudi, 07 avril 2005

Attention : la directive Bolkenstein passera malgré les rodomontades à la française : Bruxelles, sur ce point, ne demande son avis à personne et si vous le donnez, ça vous fera certainement plaisir mais il n'y aura pas une virgule de changée. Pourquoi ? Parce que l'avis des Etats n'influe pas sur la décision d'un Conseil qui l'a déjà adoptée (début 2004).
Bel exemple de l'application future de cette Constitution, si elle passe. C'est de l'article 16 pur jus. Vous avez une bonne mise au point dans Le Monde daté 9 avril, pour cette directive.
L'anonyme "non à l'europe" du jeudi 7 avril qui éructe "la Folie des Grandeurs" devrait éructer en donnant son nom. C'est un peu facho, comme attitude...

Ecrit par : jeanne | samedi, 09 avril 2005

Jeanne,

Bien évidemment qu'il y aura de nouvelles tentatives. Reste que sur la clause du pays d'origine, l'article III-145 de la constitution empêcherait cette dérive libérale et absurde. Et oui, cette directive est mauvaise sur ce point (la cluase du pays d'origine), mais ce n'est certainement pas en votant non à la constitution que vous l'empêcherez de voir le jour. Bien au contraire. Si cette clause peut voir le jour, c'est justement parce que l'on dépend encore d'un traité de Nice (porté par la France....) absurde dans sa conception. Concernant enfin l'opposition entre le Conseil et les Etats, pour mémoire, les Etats sont le Conseil.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

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