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mardi, 29 mars 2005

REFERUNDUM : COMMENT SORTIR D’UNE VRAIE CRISE INTELLECTUELLE ?

Jusqu’où la poussée des «non» ? Jusqu’où le repli du «oui» ? A «l’effet de tenaille» déjà décrit ici s’ajoute l’effet «boule de neige» que produisent logiquement, par «emballement médiatique et mimétiques» l’exploitation des sondages et l’utilisation de la «loi du tapage» et de «l’info-spectacle» par des leaders socialistes battus en interne mais débordant de dynamisme en externe. «Nous sommes dans une vraie crise intellectuelle», analyse Michel Rocard. C’est vrai, mais la crise n’est pas qu’intellectuelle : la Constitution pour l’Union cristallise un profond mal-être social, un terrible désenchantement sociétal et une vague de «ras-le-bol» politique. L’analyse détaillée des trois sondages qui mettent en valeur la poussée des «non» et l’importance considérable des «indifférents» et des «indécis» met en relief la convergence d’une série de facteurs qui placent les partisans du «oui» sur la défensive à un moment où, enfin, ils devraient passer intelligemment à l’offensive. Car la crise, profonde et pluriforme, dépasse les seuls enjeux européens.

Des spécialistes des sciences politiques ont bien étudié le phénomène : Le «non en politique» est «en hausse» et se généralise. A la crise de la démocratie représentative s’ajoute la maladie des «médiations» et des «médiateurs» : presse, syndicats, partis, fonction publique, tissus associatif. Cette «maladie» a plusieurs causes : désinformation réelle dans l’illusion d’une surinformation virtuelle, difficultés de définir «l’intérêt général» dans le règne des «individualismes possessifs de masse», crise d’identité dans la plupart des métiers en raison des évolutions technologiques, «dévidement» de l’Etat Providence en panne d’idées régénératrices, multiplication des niveaux de gestion territorial entre le «local» et le «global», peurs de l’avenir engendrées par les inégalités croissantes dans nos sociétés riches et pauvres à la fois où le chômage, la précarité, les endettements personnels, les difficultés des jeunes sont légitiment perçues comme des injustices. Désenchantement généralisé et désarroi des «médiateurs» : c’est «tout le système de production des intérêts collectifs» qui complique tout y compris les réformes pourtant si nécessaires en ce monde de mutations : les réformes ne passent qu’à dose homéopathique, presque «en douceur» si non «en douce» .Et la «participation citoyenne» si chantée ne se fait que d’une façon «différentielle», au coup par coup, secteur par secteur avec prime donnée à ceux qui donnent le plus de la voix sans forcément avoir raison….Alain Faure, chercheur au CNRS, résume bien cela dans le Monde daté du 26 mars : «“L’incrémentalisme” et la “différenciation” rendent les réformes extraordinairement aléatoires parce que ce mouvement fait pencher la balance vers la production systématique d’un “non” en politique»

Cette généralisation du «non» en politique fait évidemment la jeu de ceux qui prônent le «non» à la Constitution, surtout quand ils ont l’art de différencier leur «non» à la Constitution du «non» à l’Europe, et quand ils ont un passé «européen». Fabius joue là un rôle de «légitimateur» du «non». Et les «rebelles» du PS sont sortis grandis par leur échec en interne. Ce n’est pas le seul paradoxe politique dans ce climat marqué par la conjonction de trois facteurs qui provoquent le mélange détonnant : populisme populaire, nihilisme ambiant et retour en force de la pensée idéologique (donc coupée des réalités). Par ricochet, les porte-voix du «oui» prennent souvent l’allure de «repoussoirs» y compris psycho-physiquement : Seylière, Raffarin, Chirac, Giscard, Bayrou, Hollande et d’autres apparaissent au pire comme des ennemis et des profiteurs, au mieux comme des «ouiouistes» sans intérêt, fades ou passéistes. Comme des porte-voix de ces «élites» à la fois enviées et décriées, de ces «privilégiés» qui ont le pain blanc des démagogues.

Comme l’Europe joue encore le rôle du bouc-émissaire, comme la complexité de la construction européenne est par nature bien réelle, comme la France reste embarquée dans ce que Sollers appelle «le train fantôme Vichy-Moscou», comme on tend à confondre européanisation, modernisation, libéralisation et globalisation, le «oui» est mal barré. Cela ne constitue en rien une surprise pour tous ceux qui doutent depuis longtemps des vertus de la démocratie dite «directe» dans des sujets aussi complexes . La démocratie érigée en doxocratie cesse d’être démocratique : tout déjà était dans Tocqueville. Cela est encore plus vrai en France qu’ailleurs où la culture du referendum ne s’est pas entièrement dégagée des vapeurs plébiscitaires : on tend à répondre à celui qui pose la question plus qu’à la question, on tend à se prononcer plus sur le contexte que sur le texte. Ces constats ne rendent pas populaires ceux qui les font. Surtout quand le climat devient passionnel : tenter d’analyser la réalité dans sa complexité n’a pourtant rien d’une attitude méprisante pour qui que ce soit. Il est clair que dans une consultation où le choix est entre le «oui» et le «non», le «non» est aussi «légitime» que le «oui» et que la liberté d’opinion doit être totalement respectée. Mais chaque «camp» n’a-t-il pas des efforts à faire pour que la liberté d’expression ne soit pas l’expression de la liberté de trahir et la lettre et l’esprit du texte proposé à ratification ?

Dans ce contexte, l’appel lancé de Tokyo par le président de la République sera-t-il entendu ? «J'aurai l'occasion de dire aux Françaises et aux Français pourquoi, de mon point de vue, l'intérêt de la France, de l'Europe mais aussi de la paix, du développement et de la sauvegarde de notre modèle social suppose de répondre “oui” au traité constitutionnel, a-t-il dit. Mon souci, c'est que cette réponse ne soit pas fonction de préoccupations autres qu'européennes. La question posée, c'est : Etes-vous favorables à un traité constitutionnel qui modernise et rend plus efficace la gestion en commun de l'Europe de demain ?». La vraie difficulté naît de la France et de l’Europe d’aujourd’hui…

Daniel Riot est directeur de la rédaction européenne de France 3


Commentaires

Cher Daniel, visiblement vous ne pouvez admettre que le "non" puisse être issu d'une réflexion raisonnable aboutissant à la conclusion suivante: le projet de constitution n'est rien de moins qu'un recul de la démocratie et une avancée du despotisme économique (qualifié gentiment de libéralisme).

Réflexion dont les arguments sont les suivants:

D’accord, ce sont bien les citoyens qui élisent les députés européens. Mais il faut savoir que :
Le Parlement est exclu de toute initiative législative, c’est-à-dire ne peut prendre l’initiative d’une loi, dont la Commission a le monopole (I-26-2).
Le Parlement peut censurer et donc démettre la Commission, mais seulement à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés (III-340), ce qui signifie que la Commission peut gouverner tout en n’ayant le soutien que d’un tiers des députés élus.
Le Parlement n’est que consulté sur la politique étrangère et de sécurité qui reste du domaine exclusif du Conseil européen unanime (III-295 et 300), tout comme la sécurité et la protection sociales (III-210-3) (et tout le monde sait que l’unanimité à 25 est quasiment impossible).
Le Parlement reste écarté de la politique monétaire dont le monopole appartient à la Banque centrale européenne, totalement indépendante et donc hors d’atteinte de tout contrôle démocratique (III-188). L’Union européenne deviendrait ainsi le seul et unique pays au monde et dans l’histoire où l’indépendance absolue d’une banque centrale aura été constitutionnalisée.

En d’autres termes, le parlement demeure bel est bien la vitrine démocratique d’un système dont le noyau dur est la commission européenne, qui est elle-même largement influencée par les lobbies d’affaires.

Mais le plus inacceptable car le plus anti-démocratique est le fait que le projet de constitution définisse sur plusieurs aspects une ligne politique, enlevant par là-même aux citoyens de l’Union le droit et le pouvoir de choisir à tout moment la ligne politique commune.

Ainsi le projet stipule, dès sa première partie consacrée à l’identité de l’Europe, que "la politique de l’Union" doit être "compatible avec la politique" arrêtée dans le cadre de l’OTAN (I-41-2), et que "les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’OTAN" (I-41-7). La constitution donne ainsi une reconnaissance constitutionnelle, en lui faisant allégeance, à l’OTAN. Cette reconnaissance constitutionnelle est totalement contraire au libre choix démocratique des Européens quant à leur politique commune de défense. De plus, c’est lier constitutionnellement la politique de l’Union à celle d’une organisation qu’elle ne contrôle absolument pas, même si elle y participe ; c’est donner aux membres de l’OTAN et notamment aux États-Unis qui la contrôlent le droit de définir, au moins en partie, la politique européenne de défense.
Le projet de constitution stipule ensuite que "les États membres s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires" (I-41-3). C’est un appel clair, et un engagement des États, à une hausse continue des budgets de la défense ; c’est amputer clairement le droit de chaque nation à définir son budget militaire.

Le deuxième domaine où le projet de constitution définit une ligne politique est la politique agricole commune (PAC). L’article III-227-1 définit l’augmentation de la productivité de l’agriculture comme le premier but de la PAC, mais ne retient par exemple ni le maintien de l’emploi agricole ou le respect de l’environnement comme des buts. C’est clairement faire un choix politique, ce qui est tout à fait légitime pour un exécutif ou un parlement, mais non pour une constitution.

Le dernier domaine concerne les politiques économique, budgétaire, monétaire et commerciale qui sont définies et encadrées avec beaucoup de précision. Contrairement à toute autre constitution, tout au moins celles des démocraties occidentales, elle définit un système économique ; elle sacralise la concurrence, l’Europe étant fondée sur "un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée". Ce marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée est un objectif de l’Union (I-3-2) que les États membres doivent s’abstenir de mettre en péril (I-5-2). Il faut relever un changement radical entre les anciens traités qui laissaient le marché et la concurrence à leur rôle de moyens, certes prépondérants mais discutables par rapport aux objectifs, et ce projet qui en fait un objectif à part entière. La solidarité, quant à elle, n’est ni une valeur, ni un objectif de l’Union. Elle n’est un objectif de l’Union qu’entre les générations, entre les États membres (I-3-3), et entre les peuples (I-3-4), et donc pas entre citoyens. L’article I-4-1 classe sur un plan identique parmi les libertés fondamentales "la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux", périphrase reprise dans le préambule de la charte des droits fondamentaux (partie II). Cette exigence est le leitmotiv de tout le texte, le mot "marché" y figurant 78 fois, et le mot" concurrence" 27 fois (mais "progrès social" trois fois et "plein emploi" une seule fois). La loi absolue du marché, à laquelle toutes les autres politiques sont subordonnées, n’est plus une option à soumettre aux électeurs, mais un acquis constitutionnel, à ne pas discuter.

L’allégeance à l’OTAN, l’augmentation des dépenses militaires, les orientations de la politique agricole, et surtout la définition du modèle économique et la subordination des politiques dans les autres domaines à cette politique économique sont absolument inadmissibles dans une constitution démocratique. Non pas parce qu’elles expriment une ligne politique avec laquelle nous ne serions pas d’accord, mais parce qu’une constitution démocratique ne doit privilégier a priori aucun choix politique. À moins bien sûr d’avoir une acception du mot démocratie telle que celle en vigueur jadis en Union soviétique et dans les "démocraties" populaires de l’Europe de l’Est, pays "démocratiques" où les constitutions définissaient la politique économique ("économie sociale de production") et y subordonnaient toutes les autres politiques.

Un projet de constitution qui a peu de légitimité pour ne pas s’être appuyé sur une vraie constituante, un projet non révisable, l’absence de référence au peuple européen seul souverain et seule source de légitimité d’une constitution européenne, enfin la définition a priori de politiques militaire, agricole, économique, font de ce projet de constitution un texte qui ne respecte pas les acquis fondamentaux de l’histoire de l’État constitutionnel, un projet non-démocratique.

Le projet de constitution fait, dans sa partie I, des appels louables à une "économie sociale de marché", au "développement durable de l’Europe" (I-3-3), comme de la planète, au "commerce [...] équitable" (I-3-4), termes auxquels il n’est plus jamais fait référence dans les 445 articles suivants. En revanche le thème de l’économie de marché, ouverte, "hautement compétitive", où "la concurrence est libre et non faussée" infuse tout le projet et est répété à satiété. À cette aune, toute aide publique accordée à un secteur économique, tout service public, tout code du travail même, est une entrave à la "libre concurrence".

La politique monétaire est du ressort exclusif de la Banque centrale européenne, indépendante de tout contrôle, dont l’objectif principal est de maintenir la stabilité des prix (I-30-2, III-177, III- 185). C’est elle qui fixe les taux d’intérêt, contrairement à la Réserve fédérale américaine des États-Unis où les taux de change sont du ressort exclusif de la Maison Blanche qui peut obliger la Réserve fédérale à modifier ses taux d’intérêt.
La promotion de l’emploi et la formation ne font pas partie des missions de la Banque centrale européenne dont la mission est de rendre la zone euro attractive pour les investisseurs.

La "libre circulation des capitaux" hante tout le projet constitutionnel. "Les restrictions aux mouvements de capitaux [...] sont interdites" (III-156). Ainsi toute taxe sur les transactions financières, type taxe Tobin, serait anticonstitutionnelle. Pour établir des mesures qui constitueraient "un recul dans le droit de l’Union en ce qui concerne la libéralisation des mouvements de capitaux [...] le Conseil statue à l’unanimité" (III-157-3). Par contre les États sont encouragés à intervenir (fait rare) pour aller plus loin dans la libéralisation (III-148). Enfin si on veut avoir une idée du délire libéral qui a atteint les rédacteurs de ce projet, on se reportera à l’article III-131 qui indique que "en cas de guerre ou [...] de menace de guerre", les États se consultent "pour éviter que le fonctionnement du marché intérieur ne soit affecté". Aucune disposition n’est prévue pour assurer prioritairement le maintien de la paix, si nécessaire au détriment du marché intérieur.
Le projet, en sacralisant le principe de "concurrence libre et non faussée", revient sur la préférence communautaire, inscrite dans le traité de Rome pour l’agriculture et la pêche. Ce projet constitutionnel calque surtout la politique commerciale commune, c’est-à-dire vis-à-vis de l’extérieur, sur celle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : "l’Union contribue [...] à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs" (III-292-2-e, III-314). Présenté dès l’article I-3-4 comme une "valeur" de l’Union dans ses rapports au "reste du monde", le commerce libre devient le credo unique de l’Union dans sa politique commerciale. Les coopérations renforcées entre États membres (pour aller plus loin au sein d’un groupe plus restreint de pays) ne sont possibles que si elles ne portent pas atteinte au marché intérieur, si elles ne constituent "ni une entrave, ni une discrimination aux échanges entre États membres", et si elles ne provoquent pas "de distorsion de concurrence entre ceux-ci" (III-416).

L’harmonisation de la fiscalité des entreprises au sein de l’Union exige l’unanimité du Conseil des ministres (III-171 et 173), ce qui la rend de fait impossible. Cela pousse à la concurrence fiscale entre pays, c’est-à-dire à terme à l’imposition zéro des entreprises. Par contre le projet de constitution promeut "la mobilité géographique et professionnelle des travailleurs" ainsi que leur "adaptation aux mutations industrielles" (III-219-1). De même les lois sur l’environnement exigent l’unanimité du Conseil (III-234-2). L’article III-247-1-c conditionne le soutien de l’Union à des projets de réseaux trans-européens de transport, de télécommunication ou d’énergie à "leur viabilité économique", c’est-à-dire à leur rentabilité immédiate, plutôt qu’à leur utilité économique à long terme ou à leur utilité sociale ou environnementale. Il en est de même pour la politique industrielle de l’Union (III-279-3). L’emploi, le développement humain et social, l’environnement ne sont pas mentionnés dans les nombreux articles traitant de politique économique et monétaire.
La politique sociale est subordonnée à "la nécessité de maintenir la compétitivité de l’économie de l’Union" (III-209) et doit éviter "d’imposer des contraintes administratives, financières et juridiques" aux PME (III-210-2-b). Toute harmonisation sociale entre États membres est explicitement exclue (III-210-2-a).
La politique de recherche de l’Union n’a aucun objectif de création de connaissances, de maîtrise des évolutions de la société et des problèmes qui lui sont posés. Elle ne vise que "à favoriser le développement de la compétitivité" (III-248-1), la multiplication des partenariats entre recherche privée et recherche publique (III-249-a), la stimulation de la mobilité des chercheurs (III-249-d). La recherche fondamentale est totalement ignorée.

Si ce projet de constitution est adopté, l’Europe aura ainsi réalisé en grande partie la vieille utopie des libéraux les plus radicaux : soustraire la décision économique au pouvoir du législateur, placer l’économie hors de portée de la responsabilité politique, soumettre toutes les politiques à l’exigence de la concurrence libre et non faussée.

Ecrit par : foxapoildur | mardi, 29 mars 2005

Daniel,

Une petite brève de terrasse strasbourgeoise. Profitant des rayons de soleils, j'ai avec une amie pris un verre à la terrasse du ...... ( enfin, vous connaissez, on s'y croise parfois).

A côté de notre table, 2/3 bobos ma non troppo, qui sont connus pour être plutôt disons PS ( canal H, canal R ou canal Historique, je ne sais pas).

Je n'écoute pas les conversations d'habitude, mais Libé y était commenté ....

Et tout à coup, ZIM BOUM PATATRA, l'un deux ( j'ai son nom, camarade) : " tu sais, je crois sérieusement que je vais voter "non", j'ai déjà voté Chirac une fois, j'ai pas enfin de recommencer ....".

J'ai failli avaler de travers ma dernière gorgée de bière de Mars .... dans cette motivation, pas d'Europe, pas de Bolkenstein, pas de social, pas de .......

Juste une humeur, celle que l'on entend et qui gronde

Ecrit par : http://alsator67.blogspirit.com | mercredi, 30 mars 2005

bon courage les Oui-Oui !

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Ecrit par : CLIQUEZ-ICI ! | mercredi, 30 mars 2005

Cher Foxapoildur,
votre post est très intéressant: il reflète votre point de vue qui, si j'ai bien compris, considère que le projet de traité constitutionnel est un despotisme économique (dirigé par les lobbys d'affaires qui nomment les commissaires européens) paré d'une façade démocratique (le parlement certes élu démocratiquement mais sans aucun pouvoir).
Cette théorie du complot international mené par le grand capital est une vieille rengaine de l'ultra gauche, qui me semble très amortie.
Votre raisonnement est, à mon humble avis, tronqué.
Seulement un exemple:
vous parlez de l'article I-41 en vous insurgant qu'il y soit fait mention de l'OTAN, ce qui d'après vous est particulièrement anti démocratique. Or vous ne citez que des fractions de cet article. Notamment, vous ne dites pas que certains pays de l'Union font partie de l'OTAN et d'autres non.
Vous ne dites pas que "la politique de l'Union au sens du présent traité n'affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains Etats membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l'atlantique nord pour certains Etats membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre".
Le Traité de l'Ataltique Nord étant plus ancien que la Constitution européenne, il est normal qu'il y soit fait référence et qu'un modus vivendi soit construit pour que les deux traités puissent cohabiter.
Le fait que le traité prtant constitution de l'Europe fasse référence à un autre Traité préexistant ne le sacralise pas et ne lui donne pas une valeur constitutionnelle, et j'ai du mal à comprendre pourquoi cette référence est anti démocratique (sans doute n'ais-je pas votre haute culture démocratique..) La France qui a ratifiée le traité de l'atlantique Nord est donc un pays anti démocratique? les citoyens européens vivant en France ne sont pas les gogos que vous pensez..
Vous pouvez très bien être opposé à la Constitution, mais faites le avec des arguments plus sensés.
Je crois que pour vous, la seule solution est le retrait de la France (et aussi des autres pays) de l'Union Européenne, ce que pourtant vous ne proposez pas.

A vous lire

Ecrit par : Albert Schengen | jeudi, 31 mars 2005

Je ne connais pas Albert Schengen. Mais je dis MERCI. je dois avouer que la faiblesse des gens qui sont favorables au OUI, c'est leur honnêté intellectuelle. Ils savent et admettent que ce traité constitutionnel n'est pas parfait, qu'aucun texte de ce type par définition ne peut pas être parfait, que l'Union européenne est un COMBAT, que l'Europe n'a pas fait des avancées grâce aux crises mais MALGRE les crises, et que l'Europe telle qu'elle se développe est le fruit de COMPROMIS, d'ententes, d'accords plus dialogiques que dialectiques, de prises en compte des réalités dans le service d'une idéalité. Descartes vient d'être (enfin) réhabilité par l'Universté des Pays-Bas. Il n'a commmis qu'une erreur NOTRE Descartes:ce n'est pas le bon sens qui est la chose du monde la mieux partagée, c'est la bêtise... S'il avait eu rison nous n'aurions connu ni Hitler ni Staline. Et nous ne serions pas dans ce marécage actuel. Jacques Généreux qui fait fortune et campagne sur de belles idées fausses est le digne héritier des "cerveaux" de Sciences Po qui en 1905 disaient que l'idée même d'unité européenne était à rejeter. Nous n'avons pas eu l'Europe, nous avonseu des guerres. Et l'horreur des horreurs. La vraie question, c'est l'énigme des énigmes, mise en relief pr Pierre Legendre:Pouquoi démocratiquement peut-on casser la démocratie? Pourquoi librement peut-on renoncer à la liberté? Et j'ajoute: Pourquoi, dès que l'on approuve avec bon sens des actes d'intelligence se fait-on taxer d'arrogance par des gens qui érigent le mépris en règle de conduite? La posture protestataire se comprend:je ne suis pas satisfait du tout des réalités sociales d'aujourd'hui, du monde d'aujourd'hui, des inégalités et des injustices. Mais quand on n'est que protestataire, la posture devient IMPOSTURE. Désolé pour tous les Nonistes si actifs: dire OUI ce n'est pas que dire Non aux Non, c'est dire OUI à une conception de l'individu et de la société qui rejette à la fois le fascisme, les totalitarismes, les démagogies, la dépersonnalisation de l'Homme engendrée par tous les impérialismes, y compris celui ACTUEL de l'Hyperlibéralisme et de l'américanisme... Dire NON à cette Constitution qui est le fruit non de Giscard mais de décennies d'efforts c'est dire Oui à Maggie Thatcher, à Bush, à berlusconi, à tous ceux qui ne prennent en compte que les rapports de force. Personnellement, j'ai pour modèles des hommes qui ont pour noms Monnet, Schuman, Cassin. Est-ce un crime? Je préfère ceux qui UNISSENT à ceus qui DESUNISSENT. Est-ce une faute? Je préfère l'Amour et la Paix à la haine et à la guerre. Est-ce une faiblesse? Je reste désespérément optimiste. OUI, l'Europe sociale passe par le OUI. OUI, l'Europe de la Justice pass par le OUi. Oui, l'Europe-puissance passpar le OUI. Oui, pour que le futur ait un avenir, il faut voter OUI.OUI, je vote OUI pour mon grand-père que je n'ai jamais connu et qui est mort, "porté disparu" à deus jours de l'armistice de 1918. Oui je vote OUi pour mon père, ouvrier chez Peugeot, qui a tout risqué en entrant en Résistance quand la France se couchait devant les forces du mal. OUi, je vote OUI pout tous les enfants que j'ai et que j'aime; que je voudrais même encore avoir si j'étis sûr que nous sommes capbles de donner un AVENIR au futur. C'est un OUI de conviction, d'exigence, d'ambition.Et de cohérence. Ce n'est en rien un OUI de résignation. J'ai beaucoup de compréhension pour ceux et pour celles qui nous rejouent le chant (funèbre) "je préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aron" Le nez dans le ruisseau, ce n'est pas la faute à Rousseau. Tombé par terre, ce n'est pas la faute à Voltaire. Je vote OUI, parce que HUGO avait raison. Combien de morts aurions-nous épargné si ces appels en faveur des Etats-Unis d'Europe avaient été écoutés? HUGO revient:ils sont restés fous...

Ecrit par : daniel | jeudi, 31 mars 2005

Un rayon delsol autre que celui de la terrasse


QUELLE EUROPE VOULONS-NOUS ?» Une série du «Figaro»
Pour l'honneur des imbéciles
Après les articles de Denis MacShane, Alain Lamassoure, Max Gallo, Alain Touraine, Jacques Barrot, Rémi Brague, Laurent Fabius, Nicolas Tenzer, Alfred Grosser, Guy Verhofstadt, Edouard Balladur, Ezra Suleiman, Francis Fukuyama, Emma Bonino, François Baroin, Theodore Zeldin, Philippe Bénéton, Philip Gordon, Danuta Hübner, Nicolas Baverez, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Louis Bourlanges, Sylvie Goulard et Paul-Marie Coûteaux, Alain Madelin, Bronislaw Geremek, Monique Canto-Sperber, notre série se poursuit aujourd'hui avec le philosophe et essayiste Chantal Delsol.
PAR CHANTAL DELSOL *
[31 mars 2005]

Vous me demandez quelle Europe je veux ? C'est risqué. On accepte bien un référendum, mais à condition que tous veuillent l'Europe et que tous veuillent la même Europe. C'est la nouvelle manière démocratique, à la façon Tocqueville quand il prophétise les perversions démocratiques.

Je voudrais une Europe qui n'ait pas peur de son ombre. Où est son ombre ? Dans son passé, qui la suit et l'habite comme il habite toute chose humaine, mais dont elle aimerait se débarrasser : l'Europe rêve de ressembler à ce héros qui avait perdu son ombre, et marchait sur le vide vertigineux de son absence de définition. L'Europe a des caractéristiques. Elle est grecque et romaine, elle est chrétienne, elle est moderne. Tout cela forme un monde. L'Europe n'est pas ce personnage sans qualité qu'elle croit être, elle n'est pas l'universel en marche auquel toutes les cultures devraient s'identifier. Elle porte sa particularité, elle aussi, c'est une gloire et une croix, elle est incarnée, donc pesante, donc tentée par les conflits. Elle n'est pas, comme l'a dit un de nos gouvernants, «aussi musulmane que chrétienne», rhétorique nauséeuse où l'on veut nous faire croire que nous ne serions, finalement, rien. Une Europe qui craint de se nommer ne m'intéresse pas. L'anonyme c'est le bandit caché, la bête qui fait l'ange, l'imposteur. Seul Dieu peut conserver l'anonymat sans s'y perdre. L'Europe n'est pas un dieu. Mais un groupe de peuples liés par un destin qui se décrit.

Je voudrais une Europe qui accepte sa propre diversité : nous en sommes loin. On brandit ce souhait comme une incantation : la diversité est à la mode à condition qu'elle reste folklorique et sans poids, le bon mot d'un enfant. On fait le contraire depuis si longtemps. Il n'est pas normal que dans un ensemble démocratique, les lois communes soient si nombreuses et prennent de plus en plus de place. Le principe de subsidiarité a été brandi à l'envi, pour faire chic, mais il ne peut être appliqué, pour une raison simple : il a été, aussitôt saisi par les instances européennes, transformé en principe d'efficacité, c'est-à-dire en un principe jacobin, donc retourné en son contraire.

Tous les textes nous disent qu'une autorité supérieure doit intervenir si elle se trouve plus compétente et plus capable. La subsidiarité réclame que l'autorité supérieure intervienne dans le seul cas où l'autorité inférieure est insuffisante. Dans un ensemble décentralisé, c'est-à-dire vraiment démocratique, l'autonomie de chaque groupe compte comme valeur immatérielle, même s'il est moins bien gouverné par lui-même que par un corps d'experts venus de plus haut.
L'Europe n'a pas compris cela. Elle tente d'établir de l'Atlantique à la Baltique une vaste république à la française, caractérisée par son centralisme et son opacité. A ce prix, je préfère que la France soit seule à conserver ce système irréel et inefficace (dont elle se débarrassera quand elle en aura épuisé les délices et les poisons), mais qu'elle n'aille pas l'imposer aux autres.

Je voudrais une Europe tolérante. Ah ! la belle banalité. Quel mot éculé, qui traîne après lui la poussière des siècles et ne dit plus rien que d'évident à nos oreilles lasses. Pas si évident, pourtant. Et même de moins en moins. Une Europe tolérante serait celle qui se mettrait elle-même en jeu et en cause, caractéristique de l'esprit libre. A l'inverse, elle s'impose avec la certitude d'un théorème mathématique.

La campagne électorale présente rappelle sur ce point l'atmosphère de celle de Maastricht : votez oui, sinon vous êtes des demeurés, des imbéciles sans cerveau. J'ai entendu, a dit récemment notre président de la république avec un étonnement douloureux, que certains voulaient voter non... eh oui, monsieur le Président, cela s'appelle le pluralisme et, d'un point de vue institutionnel, cela s'appelle la démocratie. Cela signifie que les réponses aux questions qui se posent n'appellent pas des vérités certaines, mais des opinions, qui sans doute ne se valent pas, mais on le sait rarement au moment même. Voilà pourquoi on tolère la diversité des points de vue. Votez oui, sinon ce sera l'apocalypse. Alors pourquoi organiser un vote ? Pour la parade ? Pour la bonne conscience ?

A dire vrai j'en ai assez de voir ceux qui ne pensent pas comme-il-faut-penser être jugés comme des crétins des Alpes, et jusqu'aux Carpates. L'habitude est très française de considérer le peuple comme une masse de débiles légers : voyez comment on nous apprend qu'un inspecteur des impôts a jeté par hasard à la poubelle les dossiers de plusieurs personnalités politiques parmi les plus prestigieuses. Mais je n'ai pas envie que cette coutume se répande chez les autres, qui ont encore des habitudes plus saines. Je ne veux pas d'une Europe où celui qui voit l'homosexualité comme un péché est immédiatement ostracisé après un passage à tabac verbal. Finalement, comme dans certains régimes pas recommandables, ici le non-conformisme est une maladie mentale. Je suis effarée de voir de quelle manière on nous balade à propos de la Turquie, promettant des référendums pour dans mille ans, quand on aura eu le temps de tout boucler pour devancer les réticences de peuples ignares et ploucs.

Il y en a qui font des pétitions au nom des intelligents (ce qui justement confirme mon propos). Je parle au nom des imbéciles, je suis l'un d'eux, et, en ayant assez de voir mon opinion traitée comme un symptôme psychiatrique dans un continent qui en même temps se prétend démocrate, je voterai non au référendum. Ce sera la première fois dans ma vie, car j'aime l'Europe d'un grand amour déçu, mais pas désespéré. Cela ferait reculer l'Europe que de voter non ? Et alors ?
Je ne souhaite pas avancer vers le despotisme éclairé, qui n'a jamais éclairé personne (Jacques Delors lui-même a déclaré, dans un discours à Strasbourg, que l'Europe s'avançait vers le despotisme éclairé, et je ne fais que citer son expression). Les imbéciles me paraissent un peu trop nombreux. C'est louche. Comme les Indiens, dont on croyait qu'ils n'avaient pas d'âme, eux aussi ont peut-être un esprit. En tout cas ils doivent bien avoir un honneur. Cela ne fait défaut à personne. Et c'est assez pour qu'ils puissent s'exprimer.
* Philosophe, professeur à l'université de Marne-la-Vallée. Dernier ouvrage paru, Matin rouge (Presses de la Renaissance).


SOURCE : http://www.lefigaro.fr/debats/20050331.FIG0215.html

Ecrit par : http://alsator67.blogspirit.com/ | jeudi, 31 mars 2005

Alsator a de bonnes lectures.... Quand une prof de philo "prend la parole au nom des imbéciles", il y a péril en la demeure effectivement. Surtout quand elle fait du trafic et du détournement de citation. Pauvre Delors... Enfin, le pire des conformismes c'est l'anticonformisme systématique. Est-ce un honneur de voter de la même farçon que Monsieur Le Pen? ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ.....

Ecrit par : ZORRO | vendredi, 01 avril 2005

Eh, Zorro !
Le Pen n'a pas l'exclusivité du "non" et Laguillier milite aussi pour le "non".
Si nous devons voter "oui" parce que Le pen appelle à voter "non", cela veut dire que nous ne sommes plus des imbéciles, mais carrément des connards à la Café du Commerce.
Vous nous donnez là un bel exemple de militantisme primaire. Ce n'est jamais un honneur que voter comme "machin", c'est ne pas mériter l'espace de démocratie (qui entraîne la réflexion personnelle) qu'on vous a donné. Enfin, c'est mon sentiment.

Ecrit par : jeanne | samedi, 09 avril 2005

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