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dimanche, 03 avril 2005
LES LECONS D'EUROPE DE JEAN-PAUL II...
Que le Pape Jean-Paul II ait été privé du pouvoir de la parole avant de mourir a, symboliquement, valeur d’avertissement : sa voix restera-t-elle audible longtemps ? Il restera dans l’Histoire comme l’une des plus grandes pour ne pas dire la plus grande voix de la «génération Europe», comme on disait à Prague, à Varsovie et ailleurs avant la chute du Mur… «Génération Europe» : C’est celle des femmes et des hommes qui sont issus, se souviennent ou ont conscience des autoritarismes, des esclavagismes, des colonialismes, des nationalismes, des fascismes, des totalitarismes qui ont tant marqué ce XXème siècle si paradoxal et contradictoire. «Génération Europe» : C’est celle des femmes et des hommes qui ont su tirer les leçons du choc entre les espaces de liberté nouveaux engendrés par les progrès des sciences et des technologies et les risques engendrés par les mêmes «progrès». Les risques du matérialisme : tout ce qui transforme l’homme en marchandise, en chose, en produit. Les risques de l’individualisme qui est aux antipodes de l’humanisme et du personnalisme : «l’hyper-libéralisme» est le collectivisme affairiste de la négation de l’authentique libéralisme. Les risques du nihilisme, ce choix du néant donc de mort, comme choix de vie…Les risques du dogmatisme idéologique : cette négation des réalités et cette trahison des idéalités… « Génération Europe » : C’est celle des femmes et des hommes qui croient en la perfectibilité de l’humanité par des questionnements salvateurs et des actions concrètes, constructives, positives, intelligentes, non par des interrogations démobilisatrices et des réactions abstraites, destructrices, négatives.
L’œuvre de Jean-Paul II comme «patron» de la Curie et de l’Eglise catholique me touche peu : je ne sais pas quoi penser sur ce qu’il a pu faire, ne pas faire et faire différemment. Sur les préservatifs, l’avortement et la place des femmes dans l’Eglise, par exemple, je suis plus sensible aux opinions de Sœur Emmanuelle qu’aux siennes. J’ai passé plusieurs journées et nuits chez les Chiffonniers du Caire… Sur une conception «christique» de la construction européenne, je serais plutôt en opposition , personnellement, avec la tentation d’assimiler la «construction européenne» avec la «loi et la foi des bénitiers» : l’Europe est née et s’est développée grâce à la conjonction des valeurs de la démocratie-chrétienne, qui placent l’homme au cœur de toute action et celles du socialisme (athée ou non) qui placent l’altérité au cœur du questionnement sur l’Identité, qui associe richesse et partage, bonté et justice, beau, bien et vrai.
L’œuvre de Jean-Paul II, pour moi, se résume en trois points essentiels : il a su réconcilier l’Eglise et les droits de l’Homme ; il a su mettre fin à 2000 ans de malentendus cultivés entre chrétiens et juifs et donner corps aux mots «œcuménisme», «dialogues inter-religieux», «concertation entre courants spirituels» ; il a su contribuer, plus que tout autre peut-être, à ce que l’Europe «respire avec ses deux poumons». «Le Vatican, combien de divisions ?», ironisait Staline… C’est la Vatican qui, grâce à Jean-Paul II, a gagné. La géo-philosophie contre la géopolitique et la géostratétégie : c’est cela «l’idée européenne», Pour celles et ceux «qui Y croient» comme pour celles et ceux qui «n’Y croient pas». Autant je peux être un adversaire résolu de tout «intégrisme chrétien» (il en existe, et il faut le dénoncer, le combattre, lui répondre), autant il faut savoir écouter de plus en plus la plus grande Voix de celui qui a été la voix de la première «génération Europe» ; celle de l’Espérance en actions, celle de l’humanité active, celle des qui peuvent faire que le futur ait un avenir, celle qui s’incarne dans une Europe où les principes proclamés ont autant de sens que de valeur. A chacun de croire ou de ne pas croire, d’être ou de ne pas être (par origine ou par choix) fidèle de ceci ou de cela, infidèle à ceci ou à cela, croyant ou incroyant, pratiquant ou non pratiquant…La pensée «libre», c’est la libération jamais terminée, toujours à faire et à parfaire de la pensée de la liberté. La vie est un chemin, non une destination. Merci Jean-Paul.
Sa mort est l’occasion, pour tous - donc pour chacun - de réfléchir au sens que tous et chacun peuvent donner à la vie, à la vie, à notre vie. A la «trace» que nous pouvons ou ne pouvons pas laisser sur Terre, où chacun, anonyme ou célèbre, puissant ou impuissant n’est que de passage. Qui que soit et quoi que fasse son successeur, sa voix doit rester audible dans ce monde où même chez les fidèles de Saint-Pierre et Saint-Paul, la religiosité l’emporte sur la religion. Et l’Europe a besoin d’une voix (ou de plusieurs) qui place(nt) ou replace(nt) la personne humaine, l’individu-sujet, le «principe d’humanité», avec ou sans Dieu ) au cœur de toute action. Ce jour n’est pas un jour de tristesse : ce sont les vivants qui font que les morts ne sont pas morts. Et que la vie continue. Avec la paix plutôt que la guerre. Avec le respect de l’autre plutôt que sa négation. Avec l’amour plutôt que la haine. Le plus grand mérite de Jean-Paul II est sans doute d’avoir démontrer, par le verbe, que la vraie prière n’est pas supplique, demande et revendication mais action, proposition, engagement, prise de risques. «N’ayons pas peur». C’est le plus beau des messages «européens» de ce Polonais si universaliste dans le respect des différences et de la «multitude», sans euro-centrisme, sans euro-egotisme, sans euro-passéisme. Et sans euro-scepticisme. «N’ayons pas peur» : il reste tant de murs à abattre…Tant de frontières à dépasser. Tant de préjugés à combattre. Et tant de champs d’espérance à labourer. La «civilisation de l’amour» prônée par Jean-Paul II et rendue possible par les progrès fantastiques de la science et des technologies reste à construire. Si l’intelligence du cœur sait se montrer à la hauteur de celle de l’esprit. Dieu n’est en rien au centre de ces vrais enjeux, de ces défis fantastiques et de ces combats à mener : c’est l’Homme. Leçon d'Europe, pour l'Europe.
Daniel Riot est directeur de la rédaction européenne de France 3
18:35 Publié dans CULTURES & RELIGIONS, DANIEL RIOT | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Les partisans du OUI en sont réduits à instrumentaliser la mort du Pape - présenté comme l'apôtre de la construction et de l'unification européennes - pour donner un nouvel élan à une campagne du OUI bien mal en point et profiter ainsi de la médiatisation du décès de Jean-Paul II pour doper un OUI à la constitution européenne en déconfiture... Campagne du OUI ; quand la médiocrité devient bassesse...
Les partisans du Oui ne font là, en définitive, que rediffuser sans cesse leur mauvais film de campagne ; "Partisans du OUI cherchent argumentaire désespérément". Un navet qui sera vite oublié avec la sortie nationale du "NON à la contitution européenne", le 29 mai 2005, dans les bureaux de vote français...
Ecrit par : solana | lundi, 04 avril 2005
Solana,
pourquoi refuser que le Pape ai joué un rôle important dans le chute du rideau de fer?
Pourquoi condérer que dire ceci est une bassesse? sinon que parce que son action a été si importante qu'elle vous fait peur, vous citoyen d'un pays laic voir athée.
Pourquoi le régime de Castro a décrété un deuil national de 3 jours, ainsi que l'Egypte et beaucoup d'autres pays? Ces pays ne seraient-ils peuplés que de sombres crétins atteints d'une bassesse répugnante et dirigés par des abrutis papistes?
Votre peur de voir le OUI l'emporter vous fait délirer.
Au lieu de nous sortir votre peur, dites nous plutôt pourquoi vous allez voter non, dites nous pourquoi vous avez autant peur d'une Europe plus démocratique, d'une Europe plus politique, d'une Europe qui pourra être plus présente sur la scène internationale..etc..
Votre position ne tient aucun compte des autres pays: le projet de constitution n'est le projet de la France, Napoléon est mort!! C'est le projet de 25 pays et je suppose que ça vous gêne (supposition gratuite, il est vrai..)
Par charité chrétienne, je vous donne néanmoins l'accolade de la Paix, au moins pour ne plus connaitre Verdun ou le Struthoff
Ecrit par : Albert Schengen | mardi, 05 avril 2005
"pourquoi refuser que le Pape ai joué un rôle important dans le chute du rideau de fer?
Pourquoi condérer que dire ceci est une bassesse? sinon que parce que son action a été si importante qu'elle vous fait peur, vous citoyen d'un pays laic voir athée."
Je n'ai jamais dit cela! La bassesse c'est bien la récupération de la mort du Pape à des fins oui-ouistes. Vous savez lire ? Avec un tel niveau de compréhension sur un texte simple, je n'ose imaginer ce que vous entendez au texte constitutionnel... Mais cette déformation spécieuse de mes propos a sans doute été préméditée... Je n'ai rien et n'ai rien dit contre le Pape ; j'en ai après la médiocrité oui-ouiste et l'utilisation par les partisans du OUI de bas procédés pour gagner des voix...
Les partisans du OUi ne font que s'enfoncer jour après jour dans cette campagne référendaire. La question est de savoir s'ils tiendront jusqu'au 29 mai dans ces conditions... A ce rythme de dégradation, ils ne les feront pas les 2 mois qui nous restent... A moins de devenir partisans du NON... :)
Alors bon courage les Oui-OUi et surtout ne changez rien à votre magnifique stratégie. Votre nullité est utile au NON ; elle est donc utile à l'Europe et utile à la France.
Ecrit par : solana | mardi, 05 avril 2005
Soutien à Solana. Même si, visiblement elle ou il est capable de se défendre seul(e).
Nous en avons assez de cette récupération du chef de l'église catholique. Vous allez peut-être nous affirmer que baise-béton fut le seul homme de bonne volonté à réussir dans ce siècle à faire avancer l'humanité ?
Que de morts au nom de l'interdiction de la capote ! Bel humanisme... Je rappellerai à ceux qui le savent et dirai à ceux qui ne le savent pas, que l'illustre prédécesseur du pape en la matière, se nommait Philippe Pétain. Je vous laisse apprécier l'antériorité...
Quant à la chute du mur de Berlin et des communismes, ça sent la récupération.
Ah, mais, quel homme !
Arrêtez ! Vous allez me faire scander le vieux "ah bas la calotte !". Je croyais que ce n'était plus nécessaire. Et puis, franchement, que vient faire Napoléon dans cette histoire ? On exhume ?
Une Europe plus démocratique ? Il devient urgent de lire les textes ou de les faire traduire, Cher Albert. Mais il est vrai que le catholiscisme (contrairement au Christ) n'a jamais demandé à ses ouailles de comprendre. Mais d'obéir.
Ecrit par : Jeanne | samedi, 09 avril 2005
M. Daniel Riot.
Le Vatican, combien de divisions ?
Celles de l'Opus Dei et c'est le genre d'organisation sur laquelle Staline n'avait pas songé à s'appuyer. Peut-être aurait-ce mieux duré ?
Mais l'autoritarisme, l'autocratie n'ont qu'une durée que limitée.
Rappelez-moi, les Eglises, combien d'années ?
Même le leader maximo a préféré décréter 3 jours de deuil... Par trouille.
Ecrit par : Jeanne | samedi, 09 avril 2005
Pauvre Jeanne... pauvre Solana... Si j'avais un vrai sens de l'humour, je vous dirais simplement qu'il vus sera beaucoup pardonné.. Qui instrumentalise la mort du pape, Où est la médiocrité qui devient bassesse? Baise-béton, comme vous dites a redonné de l'espérance où vos idoles ont provoqué des guerres te des tueries."Le vatian, combien de divisions,": c'est du Staline, dans le texte. chancun est libre de faire ce qu'il veut:c'est la loi de la doxocratie qu'on appelle démocratie. mais peut-être que j'ai effectivement un grand sens de l'humour...
Ecrit par : daniel | dimanche, 10 avril 2005
Eh oui, Daniel!
Toujours plus facile d'écrire "pauvre intel"... C'est un argument massif et, surtout, définitif.
Je sais très bien ce qu'a dit Staline.
Détrompez-vous, cher Daniel, je n'ai pas d'idoles.
Et dîtes-moi quelles sont les guerres et les tueries qu'ont provoquées les laïques. Là ma culture est tellement limitée que je ne trouve pas. Par contre les guerres de religion ou bien celles provoquées par les totalitarismes de tout poil sont légion.
Non, chacun n'est pas libre de faire ce qu'il veut. Votre liberté, comme la mienne, s'arrête là où commence celle des autres.
A y croire fermement et à rejeter les totalitaires, oui, vous avez raison de dire "pauvre Jeanne".
Si votre pape a redonné l'espérance à ses troupes, c'est tant mieux poour ses troupes. Mais ne demandez pas à tous de sortir l'enscensoir.
Ecrit par : Jeanne | dimanche, 10 avril 2005
Je ne vous demande rien. Et je suis moi-même trop laîque (pas laïciste) pour ne pas respecter toutes les croyances. Ce respect s'arrête au respect des faits (qui sont têtus, comme disait Lenine):comparez le pae à stalne est tout bonnement incongru. et je ne vois pas en quoi le vatican est un etat totalitaire. Sur les limites de la liberté, je vous rejoints. mais la vraie limite c'est celle fixée par l'ethique de responsablité.
Ecrit par : daniel | dimanche, 10 avril 2005
Daniel,
Mais où donc ai-je fait une telle comparaison ? (Entre les caractéristiques d'un Staline et celles de Jean-Paul II) Que les mots sont difficiles !
Si vous avez un instant, j'aimerais bien savoir ce qu'est "l'éthique de responsabilité".
Merci.
Ecrit par : jeanne | dimanche, 10 avril 2005
Voila de bien tristes débats!!
qui peut sincèrement considérer que parler de la chute du mur de Berlin est une récup des partisants du oui pour tenter de trouver un argument valable? (ceux qui regrettent qu'il soit tombé?)
Parler de Jean Paul II est-ce une récup?
Constater que le leader maximo a décrété un deuil de trois jour est-ce une récup?
Je vous pose une question: voulez vous d'une Europe qui soit un nouvel Etat souverain au lieu et place de la souveraineté des Membres?
Vous critiquez la Constitution ce qui votre droit. Mais je ne lis jamais rien qui ressemble à une contre proposition: la critique n'est pas constructive.
Enfin, je ne lis presque jamais rien sur le fait que la France n'est que l'un des 25 pays de l'Union.
Avez vous remarqué que 4 pays ont approuvé la Constitution?
Que pensez vous de la position de notre Parlement de Strasbourg qui a lui aussi approuvé le projet?
nb: pour Solana: je regrette sincérement que mon niveau de compréhension d'un texte aussi simple que le votre soit si faible. Je vais me soigner et grâce à l'Europe, je vais pouvoir le faire dans l'un des 25 pays avec Erasmus. Je pense que je vais choisir la RFA, parce qu'elle est toujours sous le régime du Concordat et particulièrement Heidelberg, l'une des plus vieille université d'Europe.
Ecrit par : Albert Schengen | mercredi, 13 avril 2005
"qui peut sincèrement considérer que parler de la chute du mur de Berlin est une récup des partisants du oui "
Là, il faudra relire les interventions : personne n'a jamais dit ça. Et je suis concernée, puisque c'est moi qui ai écrit cette intervention. Sauf que Daniel Riot, mettant la chute du mur au crédit de Jean-Paul II, c'est CELA que j'ai contesté, d'ailleurs, vous me donnez l'impression de lire ce qui vous arrange. Erasmus vous fera beaucoup de bien, puisque, apparemment, vous en avez l'âge.
"(ceux qui regrettent qu'il soit tombé?)"
Eh, là ! pas de totalitarisme dans les idées, s'il-vous-plaît !
"Constater que le leader maximo a décrété un deuil de trois jour est-ce une récup?"
Doucement, c'est moâ qui l'ai dit et je n'ai jamais dit que c'est une récup'.
Bravo pour l'idée d'aller à Heidelberg faire vos classes : une bonne fac' où on apprend à lire.
Ce sera bon pour lire Solana dont les textes sont clairs.
Alors, comme ça, si le parlement sis à Strasbourg approuve, je dois en faire autant ?
Dans ce cas, pourquoi un référendum ?
Pour que le peuple puisse faire joujou, par forums interposés, à s'envoyer des vacheries ?
Schengen, va vraiment falloir retourner à l'école ou continuer sérieusement. Même chez les "bons pères" on n'oserait pas. Au moins, ces gens savent argumenter, lire, écrire, enfin toutes ces choses si difficiles à acquérir.
Mais faites attention pour Heidelberg : c'est pas une fac' catho. C'est une "normale" Vous y risquez la pollution des affreux "non", en prime : les Allemands étant particulièrement sévères, quand ils s'y mettent.
Au passage, la RFA a disparu avec la réunification de l'Allemagne : révisez votre vocabulaire, c'est un avis de chargé de cours (université française et laïque : double caca, quoi !).
Ecrit par : jeanne | mercredi, 13 avril 2005
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