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mardi, 05 avril 2005

L’EUROPE MERITE MIEUX QU’UN DEBAT ENTRE OUI-OUISTES ET NINISTES

Les partisans du « non » sont-ils paranoïaques ? D’accord, la question peut surprendre, fâcher. Peut-être. Mais il est des commentaires qui intriguent, voire désespèrent. Celui de Rafarindum, par exemple, laissé sur Europeus : « Tous (les partisans du oui) prennent pour mouvement d'humeur une lame de fond de conviction... Et les Français pour des ‘débiles d'en bas’... ». « Les partisans du oui en sont réduits à instrumentaliser la mort du Pape - présenté comme l'apôtre de la construction et de l'unification européennes - pour donner un nouvel élan à une campagne du oui bien mal en point et profiter ainsi de la médiatisation du décès de Jean-Paul II pour doper un oui à la constitution européenne en déconfiture, poursuit Solana. (…) Les partisans du oui ne font là, en définitive, que rediffuser sans cesse leur mauvais film de campagne ; ‘Partisans du oui cherchent argumentaire désespérément. Un navet qui sera vite oublié avec la sortie nationale du non à la constitution européenne, le 29 mai prochain, dans les bureaux de vote français... ». Plus bucolique, la brève de terrasse du capitaine Alsator (il faut bien des gradés…) revenant sur une conversation surprise entre deux demis de bière de mars : « Tout à coup, zim boum patatra, l'un deux : ‘Tu sais, je crois sérieusement que je vais voter ‘non’. J'ai déjà voté Chirac une fois, je n’ai pas envie de recommencer .... ». Et Alsator de reprendre dans un autre commentaire un article de l’essayiste Chantal Delsol paru dans le Figaro. Irrésistible: « La campagne électorale présente rappelle sur ce point l'atmosphère de celle de Maastricht : votez oui, sinon vous êtes des demeurés, des imbéciles sans cerveau, explique-t-elle. J'ai entendu, a dit récemment notre président de la république avec un étonnement douloureux, que certains voulaient voter non... eh oui, monsieur le Président, cela s'appelle le pluralisme et, d'un point de vue institutionnel, cela s'appelle la démocratie. » Et l’auteur de Matin rouge de poursuivre : « Cela signifie que les réponses aux questions qui se posent n'appellent pas des vérités certaines, mais des opinions, qui sans doute ne se valent pas, mais on le sait rarement au moment même. Voilà pourquoi on tolère la diversité des points de vue. Votez oui, sinon ce sera l'apocalypse. Alors pourquoi organiser un vote ? Pour la parade ? Pour la bonne conscience ? (…) Je parle au nom des imbéciles, je suis l'un d'eux, et, en ayant assez de voir mon opinion traitée comme un symptôme psychiatrique dans un continent qui en même temps se prétend démocrate, je voterai non au référendum, conclut-elle. Ce sera la première fois dans ma vie, car j'aime l'Europe d'un grand amour déçu, mais pas désespéré. Cela ferait reculer l'Europe que de voter non ? Et alors ? » Et alors, oui, on est assez proche du cas clinique, aurait-on envie de lui répondre. Car si être « imbécile » revient à s’opposer à la constitution pour son manque de transparence démocratique tout en s’indignant de l’existence d’une campagne référendaire, cet état relève au minimum de la schizophrénie.

Les « oui-ouistes » comme les appellent les partisans du non ne sont pas très doués pour vendre le texte constitutionnel, Raffarin et Hollande en tête. C’est un fait. Plutôt désespérant mais bien réel. Au point que certains d’entre eux s’indignent (si !) qu’Europeus soit - à leur goût - « un peu trop eurosceptique ». Amusant : les « ninistes » (il faut bien leur trouver un nom) s’indignent quant à eux de son parti pris trop pro-constitutionnel. « La vérité est ailleurs », dirait un célèbre personnage de série télévisée ». Mais que l’on ne se méprenne pas : David Duchovny ne mourra pas si le non l’emporte... Nul ne cherche ici à dramatiser…. Par contre, oui, peut-être existe-t-il un entre-deux entre la médiocrité oui-ouiste et la paranoïa niniste. Deux conceptions qui ont en commun une absence totale de vision d’avenir. Oui, la construction européenne a mis fin aux guerres territoriales entre ses Etats membres. Mais dire « non » ne présage pas d’une implosion continentale. La constitution n’est par ailleurs pas parfaite et cela n’a pas manqué d’être dit dans ces colonnes. Mais dire « non » ne permettra pas de contrer la politique (ultra)libérale de la Commission. Bien au contraire. Car celle-ci n’est pas le fruit du projet constitutionnel mais de traités précédents, au premier rang desquels celui de Nice qui, à la différence de ce que l’on nous propose aujourd’hui, ne pose aucun garde-fou au modèle économique anglo-saxon.

Je ne sais pas si les Français sont paranoïaques ou « imbéciles » pour reprendre le terme employé par certains partisans ninistes. Mais voter « non » pour s’opposer à Chirac, à la Turquie, au libéralisme, aux Etats-Unis ou je ne sais quoi encore est absurde. George Bush est insupportable pour nombre de Français. Cela peut se comprendre. Mais qu’en serait-il de l’opposition actuelle à l’Otan si le chef des armées américain ne s’appelait pas W. mais John Kerry, plus en phase avec la vision française du monde, pour peu qu’elle existe vraiment ? Autre question : comment peut-on à la fois s’indigner que l’Union ne s’oppose pas à l’Otan – sans laquelle elle n’aurait - rappelons-le - peut-être pas été un jour réunifiée à l’ouest du rideau de fer, et parallèlement dénoncer le fait que les Vingt-cinq veuillent développer des capacités militaires communes leur permettant, un jour peut-être, de gérer des conflits internationaux en toute indépendance, sans devoir, comme dans le cas de l’ex-Yougoslavie mendier une intervention américaine à ses portes. Les Etats-Unis sont le méchant gendarme du monde ? Soit. Mais qu’avons-nous aujourd’hui à y opposer à part de grands discours anti-atlantistes. Rien. Strictement rien et les Américains s’en amusent à juste titre.

La France n’a pas mal à l’Europe, pour reprendre une expression de Daniel Riot. Elle a mal à elle-même. Ce dont elle souffre n’est pas de trop d’Europe mais de trop peu de France. On critique souvent les Britanniques de ne pas accepter que la carte du monde n’est plus rose. Certes, nous le savons, elle n’est plus davantage bleue. Mais à la différence de nos voisins d’outre-Manche, nous avons baissé en tous points les bras. Preuve en est l’absence de politique culturelle française pertinente à l’étranger. Le Liban, le Maroc, l’Asie, l’Afrique de l’Ouest s’anglicisent. La faute à qui ? A l’Europe ou à notre propre incompétence et renoncement ? La réponse est aisée à trouver. Gaullistes, n’en déplaise aux plus à gauche, nous le sommes au plus profond de nous. Sans peut-être y croire toujours, mais nous le sommes. L’Europe dont nous rêvons est une Europe française, bien supérieure à l’Europe anglo-saxonne. Mais en quoi cette Europe est-elle vendeuse pour les autres pays européen ? Qu’avons-nous de si exceptionnel à exporter, à montrer en exemple ? Un taux de chômage de 10% ? Un système de retraites en passe de s’effondrer ? Une gestion de l’enseignement totalement en décalage avec les besoins du marché ? Une incompétence notoire en matière linguistique ? Un système fiscal qui exige de tout indépendant ou commerçant de reverser à l’Etat 50% de ce qu’il facture, sans qu’il soit assuré d’en bénéficier un jour sur le plan social ? Une réforme de l’assurance maladie qui, sous prétexte de réduire ses dépenses, oblige tout un chacun à multiplier les consultations chez un généraliste ? Un titre de champion du monde ex-aequo de consommation de médicaments, grève et d’opposition de principe à toute réforme, qu’elle soit bonne ou mauvaise ? D’agriculteurs qui, après avoir de longues années durant dénoncé la Politique agricole commune, la déteste tellement qu’ils s’opposent à toute réduction de leurs subventions au profit d’investissements durables dans la R&D, principale pourvoyeuse directe et indirecte d’emplois pour le futur ? Non, la constitution européenne n’est pas parfaite mais je serais véritablement curieux de connaître le projet d’avenir des ninistes français. Leur vision constitutionnelle. Pas celle du monde enviable des Bisounours mais un projet bien ancré dans le réel, créateur d’emplois, de richesses, n’excluant personne, où l’Europe serait enviée de par le monde pour ses réussites sociales, économiques, diplomatiques et environnementales. Vraiment. Car c’est cela que l’on attendra d’eux une fois que le non l’aura emporté. C’est à eux que reviendra ce rôle de oui-ouiste. Celui de défendre leur projet. Pour peu qu’il en aient, derrière le simple discours d’opposition, vraiment un à défendre…

Christophe Nonnenmacher est journaliste à l’Européenne de Bruxelles

Commentaires

Bonne analyse...et saine réaction d'humeur. Comment faire comprendre que l'Europe est d'abord ouverture, doc enrichissement de soi par dépassement de soi au contact des autres? L'Europe, c'est l'altérité, la confrontion au multiple, le frottement aux cervelles des autres. C'est pour cela que les clivages entre les OUI et les Non dépasent et traversent les partis politiques: la grande coupure est entre l'esprit d'ouverture et l'esprit de fermeture.

Ecrit par : dansolal | mardi, 05 avril 2005

Une chose est sûre: baisser son pantalon en criant "oui !" n'est bas une bonne stratégie pour l'avenir.

Depuis des décennies se construit une Europe qui donne toujours plus de liberté aux capitaux, plus de droits aux marchandises, plus de pouvoirs (et d’argent) aux patrons et aux actionnaires.

Il n’y a AUCUNE raison pour que ce processus morbide ne s’arrête. Ni les sempiternelles promesses d’ Europe sociale (demain on rase gratis), et encore moins l’adoption de cette constitution qui promeut une politique ultra-libérale.

Ne vous en déplaise tout acte de résistance commence par un "non".

Ecrit par : foxapoildur | mardi, 05 avril 2005

Ok mais ensuite ? Que proposez-vous? On fait une belotte? On prend les armes? On manifeste? On attend le Godot? Moi je veux bien mais la résistance a généralement une finalité. Un projet pour après. Celui des partisans du non se fait toujours attendre. C'est toute la différence entre le débat et la procédure accusatoire. Dans le premier cas, on a un plan B à proposer, généralement plus vendeur et mieux construit que le plan A. Dans la seconde hypothèse on a rien. Si, trois lettres: NON. Un peu léger comme vision d'avenir... Maintenant si vous avez mieux à proposer je reste preneur.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | mardi, 05 avril 2005

Et une fois de plus, on confond tous les débats. Si on souhaite rendre la société plus humaine et plus sociale, c'est une excellente chose - de nombreuses échéances électorales sont prévues pour. Vous pourrez remplacer le gouvernement national, régional, communal. On ne s'oppose pas à Chirac ou quelqu'un d'autre en votant NON à la constitution. Si vous avez envie de vous opposer à Chirac, faites-le lors des prochaines présidentielles. Et je partage la position de Christophe - quel est le projet du NON ? Quel est l'avenir que le NON prévoit pour l'Europe ? Que souhaitez-vous remplacer par quoi ? Je pense que la vraie résistance se passe sur le terrain, en défendant des idées et en souhaitant améliorer le monde. La résistance ne se fait pas sur le canapé en se frottant les mains, parce qu'on a réussi à jouer un tour aux "puissants" du monde en disant NON. Donc, pour aller dans le même sens - que propose le NON ? Quelle Europe voyez-vous pour demain et après-demain ?

Ecrit par : Kai | mardi, 05 avril 2005

Une chose est sure: le referendum n'est effectivement pas le terrain pour un débat entre "social" et "libéral". En introduisant un plus fort controle démocratique via le Parlement, la constitution donnera davantage la parole au "peuple europeen". Celui-ci suivra-t'il les idées des Francais? Certainement pas. Les Francais pensent, probablement a juste titre, que si le liberalisme semble triompher a Bruxelles c'est aussi parce qu'il triomphe dans la grande majorité des pays membres, et ca ne fera que s'amplifier apres l'adoption de la constitution.

Les politiques Francais ont a cet égard leur part de responsabilité: depuis Maastricht, a chaque fois qu'ils ont voulu liberaliser un marché ou réduire un deficit, ca a été "imposé par Bruxelles". En fait, la plupart de ces réformes auraient été faites de toutes facons, au nom d'un bon sens que les Francais semblent avoir du mal a accepter, ce qui n'est pas étonnant quand on voit le traitement fait au libéralisme dans les medias. C'est finalement un non idéologique au libéralisme que nombre de Francais souhaitent exprimer, prouvant une nouvelle fois qu'ils croient toujours qu'il suffit de nier les évidences avec force pour que celles-ci ne finissent jamais par s'imposer a nous. Et c'est la Construction Europeenne qui en fera les frais.

Ecrit par : Tamerlan | mardi, 05 avril 2005

Bonjour et félicitations pour ce site de qualité courageux.

Mais je vais être franc dès le départ : je suis un noniste.
En tout cas, ce qui est indubitable c'est l'erreur dont font preuve ténors des media, de la politique et autres personnes dites "impliquées". Ce non est populaire, profondément populaire. C'est ce qui explique les divergences que les sondeurs commencent à voir. Il monte de la France d'en bas (vous excuserez le pléonasme volontaire). Mais la France d'en bas c'est un peu comme le salaire de la peur, elle n'existe pas. La preuve ? Je le sais, j'en viens...
Personne n'est capable aujourd'hui de lui expliquer ce qu'elle a à gagner avec ce texte. Par contre, des raisons au non elle en connaît. Et même beaucoup.
Voilà… La messe (on est dans l’anecdote, là :)) est dite et maintenant entrons dans le bistro pour l'apéro, voulez-vous ?

-Ca c'est pour le premier verre... Patron ? Vous resservez s'il vous plait ?
- Qu'est-ce que vous buvez ?
-Un autre jaune pour moi siouplé... Voter non pour voter contre Chirac ? Faut être dans la politique pour avoir des idées pareilles...

Essayons maintenant d'écouter de plus près. Que se dit la France d’en bas ? Profitons donc chers amis, la France d’en bas elle n’existe pas mais on y est. Et elle se demande ce qu’elle va retirer de la ratification de ce traité…

-…quoi déjà ? Machin-chose ? Constitutionnel, ‘tain à chaque fois j’arrive pas à le dire. Ben moi tu sais, voir des Polonais ou des Portugais venir travailler en masse en France ben… C’est vrai que ça fait peur, non ? Déjà qu’y a pas assez de travail ici…
-C’est vrai ce que tu dis quelque part, mais ils peuvent déjà venir, Robert. Et ça fait longtemps.
-Ben oué t’as raison. Remarque, je suis peut-être con mais c’est peut-être pour ça que chez eux le chômage baisse, non ?
-Ah non Robert. Ca c’est grâce à l’€urope !
-Et pourquoi ça le fait pas chez nous alors ?
-Parce que tu sais bien qu’ils étaient moins développés que nous et qu’il faut bien les aider.
-Ecoute, tu es gentil avec ta solidarité mais bon, moi depuis l’ €uro que je trouvais bien avant j’ai compris. On a fait la même monnaie ben j’ai vu le résultat. On gagne moins, tout est plus cher, et à la maison on en a un au chômage…
-Ca c’est de la politique intérieure, ça n’a rien à voir avec ce traité.
-Ah oué ? Ah ben ça alors…Parce qu’à chaque fois on nous dit que c’est la faute à l’€urope. Alors faudrait un peu savoir, non ? Et puis c’est pas un peu tous les mêmes en ce moment ?
-Pourquoi tu dis ça ?
-Ben parce qu’ils disent tous pareil, pardi… Et moi quand trop de politiques disent pareil je comprends plus qui est qui, moi et je me méfie…Parce que pour te dire franchement, contrairement à toi peut-être, des ministres ou des journalistes j’en vois pas tous les jours sauf à la télé.
-Ben faut dire qu’ils sont occupés.
-Ouais ça c’est clair. Nous on ne l’est pas, nous… On est préoccupé, nous.

Remarquez bien la répétition du nous. Egoïsme ou sentiment d’être méprisé ou d’ignoré ?

-Qu’est-ce qui te préoccupe tant avec ce texte ?
-Ben c’est déjà un sacré texte ! Tu crois que j’ai le temps de lire ça même si je le comprends ?
-Non, c’est vrai.
-Remarque, lire un bouquin de 500 pages où on y parle que d’argent…
-Ah non. On y définit aussi tes droits et tes libertés !
-Pourquoi aujourd’hui y’en a pas ?
-Si mais ce ne sont pas les mêmes pour tous. Avec cette Constitution ce sera le cas.
-Bon, d’accord. Mais à moi ça me donne quoi comme droit en plus ?
-Le droit à la vie par exemple.
-Le droit à la vie ? Fais-moi rire…Parce qu’en ce moment j’ai l’impression que j’ai que le droit de crever peut-être ? Demain y vont me faire signer que j’ai aussi le droit de respirer ?
-Oué c’est sûr qu’avec des arguments comme ça on n’avance pas…
-Mais enfin avancer pour aller où ? Réponds à une question simple, parce que je suis peut-être un peu con…Quel droit je vais avoir en plus, moi ?
-Vu comme ça aucun.
-Ben alors ? Moi quand j’ai voulu lire ce truc j’ai trouvé que des trucs du droit des affaires. Qu’est-ce que j’en ai à foutre du droit des affaires, moi ? Toi peut-être, tu as des actions, une entreprise et plusieurs maisons mais moi ?
-Ca ne parle pas que de ça.
-Ben c’est trop long alors.
-Oui, ça c’est vrai.
-Tu l’as lue, toi ?
-Euh…
-Tu es fort pour donner des leçons en tout cas !
-Non, je ne donne pas de leçons. J’explique pourquoi il faut voter oui.
-Je suis trop con pour comprendre, c’est ça ?
-Pas du tout mais c’est vrai que ce texte est difficile et très technique.
-Et pourquoi on me demande de le signer, alors ? C’est comme un contrat avec un vendeur ?
-N’exagère pas.
-Ah bon ? Ben tu ne t’es peut-être jamais fait entuber par un contrat, toi… Après tu y réfléchis à deux fois.
-Mais là pourquoi as-tu le sentiment de te faire entuber ?
-‘Tain, vous êtes tous pareils, vous…Vous nous croyez paranos. Ben parce que ça fait quinze ans que je me fais entuber pardi. Et puis va demander à mon fils ingénieur qui fait la caisse à Carrouf. Par contre c’est sûr que pour toi tout va mieux…
-Bon d’accord avec toi sur ce point de vue. Mais n’oublie pas que c’est un texte qui permettra des avancées considérables pour les autres pays.
-Encore la solidarité ? Tu as donné pour le tsunami, toi ? Combien ? Arrête un peu, veux-tu ? Y choisissent pas les autres ? On les y oblige ?
-Mais ça fait mal vu pour un membre fondateur…
-Et alors ? Ca a fait mal à George Bush d’être mal vu ?
-Encore les Américains…
-Ben y m’énervent, j’y peux rien. Remarque, encore heureux qu’on ait pas eu un Président anglais ou italien sur ce coup-là, de la guerre d’Irak quoi…

Eclat de rire…

-Mais sans rire, il faut vraiment aller voter oui.
-Ecoute, à ma connaissance on va demander à tout le monde, non ? Les autres pays aussi, non ? Et y voteront pas pour savoir si c'est mieux pour moi mais pour eux, non ? Alors moi j’irai voter comme j’ai envie ! On est encore en démocratie ici.
-Ca c’est vrai, excuse-moi…
-Sauf que tu me traites presque de con parce que je ne vais pas voter comme toi. Si je change d’avis et que je vote oui je deviens moins con c’est ça ? Les moins cons du oui sont meilleurs que ceux du non ?
-Je n’ai pas dit ça.
-Presque… Et ben je vais te dire, moi. Si vous êtes pas foutus de me donner quelques raisons simples et claires pour que je vote oui, je changerai pas d’avis. Et si vous y arrivez pas, je vois pas pourquoi vous êtes moins cons que moi.
-Tu as peut-être raison… Allez patron, pour le deuxième verre ce sera une tournée générale !
-Ah ben pour une fois qu’y a un riche gentil ! Remarque, même eux on en voit de moins en moins.

Deuxième éclat de rire.

-Au moins vous nous faites bien rire ! Comme les politiques et autres journalistes, là… Parce que si vous saviez ce qu’on en pense, nous… Mais c’est vrai que la France d’en bas existe pas, non ?

Et oui, chers amis. Et la France d’en bas est plus nombreuse que vous ne l’imaginez. Evidemment je conclurai en vous rappelant quelques recommandations de base. Arrêtez-vous au deuxième verre, d’accord ?

Djiddy Pibbee
http://lafrancedenbas.over-blog.com

Ecrit par : Djiddy Pibbee | mercredi, 06 avril 2005

Et nous nous méritons une autre Europe !

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"Personnellement, je suis opposé à tout référendum"

"C'est un mauvais instrument parce qu'on lie tout à tout, dans un référendum."

"Il y a deux formes de démocraties. Il y a les démocraties directes et les démocraties représentatives. Moi je suis partisan de la démocratie représentative et les référendums n'ont pas de place dans cette forme de démocratie (...) Les élus doivent décider. C'est pour cela qu'ils ont été élus."

Frits Bolkestein, 6 avril 2005, sur France Inter

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Il y en a qui ont dû regretter de l’avoir invité… Voilà un techno-bureaucrate qui tient peu de cas de la souveraineté populaire (fondement de la démocratie) ! Quel aveu ! Par ses propos, il illustre à merveille tout le danger de la technocratie bruxelloise pour les démocraties européennes et la liberté des peuples européens.
Non à leur « démocratie » à la sauce Frankenstein. Non à leur constitution européenne !

http://www.network54.com/Realm/constitution_europeenne/bolkestein.jpg

Ecrit par : fritz | jeudi, 07 avril 2005

voici le meilleur texte qui m'ait été donné de lire sur le sujet de la constitution européenne : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

Ecrit par : tao | jeudi, 07 avril 2005

Christophe,

Je remarque que mon texte posté hier n'a entraîné ici aucune réflexion alors qu'il est bourré d'arguments pour peu qu'on le relise...
J'en reviens donc à mon constat primaire qui est que les intervenants et partisans du "oui" ne discutent qu'entre eux-mêmes, techniciens ou analystes de la chose politique. Comment voulez-vous que nous y croyions ? Le fossé qui sépare le peuple de ses dirigeants et informateurs est bien plus grand que vous ne le pensez et vous ne semblez même pas vous en apercevoir...

Maintenant la question de l'après non. A mon sens et pour éviter une réponse trop brutale je dirais que ce n'est pas à nous le peuple, d'y réfléchir. Nous n'avons pas, directement ou par information été impliqués ni même consultés quant à la conception de ce magma informe que l'on veut nous faire ratifier comme Constitution. Croyez-vous qu'il serait ce qu'il est si tel eut été le cas ? Evidemment ! Aucun traité n'est écrit par le peuple, me rétorquerez-vous. Certes. Mais alors pourquoi l'assimiler à une Constitution ? Quel est le fondement d'une constitution sinon d'unifier un peuple derrière une conception des pouvoir reconnue par tous les citoyens ? Vous-mêmes refusez de nous répondre directement lorsque nous vous opposons nos arguments de refus…
Mais puisqu’il nous faut vous proposer quelques voies pour un éventuel nouveau traité je vais tout de même m’efforcer de vous en présenter :

« Nul ne peut-être privé de son travail (sauf fautes…) dans une entreprise bénéficiaire sans compensation égale et illimitée dans le temps de ses moyens de subsistance par la même entreprise. » Voilà qui oeuvrerait pour le plein-emploi en obligeant quelque peu les entreprises indirectement par la loi, non ? Et qui ferait avancer bien plus vite l’Europe vers le plein-emploi… Je suis sûr qu’un tel article ferait chuter le non immédiatement. Pourquoi serait-ce impossible ?

« La rémunération de base d’un salarié détaché est celle en vigueur dans son pays d’origine ajoutée de la moitié de la différence entre les rémunérations entre les pays d’origine et d’accueil ». Voilà qui devrait éviter en partie le dumping social et inciter au plus vite à une harmonisation.

Mais je ne suis ni juriste ni politicien et je demande à ce qu’on me démontre l’inanité de ce que je propose… Evidemment ce ne sont que des voies.

Ce que je sais par contre c’est qu’aucune révolution ne s’est jamais faite parce que le peuple avait un projet pour l’après… Seulement un immense ras-le-bol de l’ordre établi. Et dans ces cas-là on détruit d’abord pour reconstruire en improvisant sur les idéaux qui ont poussé à la révolte. La résistance en est le préambule.
Ce que je sais aussi c’est qu’il faudrait enfin prendre en compte les conditions du mécontentement réel en France et montrer aux nouveaux adhérents européens la réalité future qui les attend. C’est le sens essentiel de notre démarche, nous ne voulons pas d’une constitution s’il est si difficile d’obtenir un tel compromis (le TCE actuel). Nous savons que l’Europe s’est construite sur les règles du marché depuis sa création. Mais aujourd’hui nous voyons les limites d’une telle construction uniquement par et pour le marché. Est-ce là devenu une orientation politique ?
Alors ce que nous voulons et qui nous ferait voter oui, c’est un énorme coup de barre social pour compenser. Serait-ce plus difficile que de concocter un traité économique et commercial ? Pour les élites probablement mais pas pour les peuples. L’éloignement entre les deux ne fera que s’aggraver avec ce TCE.

Je ne pense pas être idiot, si on me proposait enfin quelque chose qui améliorerait la situation sociale en France, je signerais immédiatement. Les autres pays jugeront pour leur intérêt et voteront en fonction, nous ferons de même.

Djiddy Pibbee
http://lafrancedenbas.over-blog.com

Ecrit par : Djiddy Pibbee | jeudi, 07 avril 2005

Djiddy Pibbee

Loin de moi l'idée de ne pas vouloir répondre. Bien au contraire. J'ai trouvé ton commentaire vraiment très intéressant et voulais y apporter une vraie réponse. J'étais juste un peu charette (différents bouclages à finir) ces derniers temps et donc plus éloigné que d'ordinaire de mes messages. Je t'envoie une réponse d'ici ce soir. Désolé encore pour ce retard de réponse.

A (très) vite

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | vendredi, 08 avril 2005

> Djiddy Pibee
Tout a fait d'accord et je me suis permis de reprendre ton argumentaire sur le NON révolutionnaire ...

~laurent
http://www.blogwaves.com/2005/04/lignorance_est_.html

Ecrit par : L'ignorance est un bienfait ... | vendredi, 08 avril 2005

Ravi de voir, Laurent, que la France d'en bas intéresse enfin...
Maintenant il faudrait avancer plus vite que notre contestation, je rejoins Christophe là-dessus.
@ j.peres.b@wanadoo.fr

Ecrit par : Djiddy Pibbee | samedi, 09 avril 2005

Il faudrait peut-être arrêter de se délecter avec la "France d'en bas" et la "France d'en haut". Les raffarinades cela suffit : nous allons tourner à la querelle de personne. Et ce n'était pas follement intelligent de lancer ce genre de distinction.
Proposer un autre projet de Constitution avant d'avoir refusé un texte que nous ne connaissions pas avant de faire l'effort d'aller l'acheter chez le libraire du coin (et vlan que je te le paie, si je veux être renseignée), là je crois que les partisans du "oui" prennent les partisans du "non" pour des billes. Facile !!!
Je vous propose un petit creuse-méninges historique : l'Assemblée constituante a-t-elle, en France, précédé ou suivi la Révolution ? Question à un euro. Si vous voulez la réponse argumentée, vous pouvez toujours l'envoyer, l'euro, ça financera la copie (les recherches sont faites depuis mon enfance, c'est pour cela que ce n'est pas cher). N'est-ce pas, en outre, (histoire de ne pas me faire taxer de vieux croûton) le cas dans tous les pays du monde ? Encore aujourd'hui ?
Connaissez-vous un pays où une constitution ait été construite avant révolution ou avant que le peuple gueule (je fais exprès d'écrire ce mot imagé mais non vulgaire : référence littéraire à disposition) ?
Certes. La plupart ont connu quelques prémices du genre Montequieu, Voltaire ou Rousseau qui ne fit pas seulement que pleurer sur les bluets et abandonner ses dix enfants, tout en pondant un traité sur l'éducation...
A vous les "oui", je dis que votre Traité (qui a le malheur de ne pas être un projet, sans cela on se grouperait pour écrire un contre-projet, et vite !) est basé sur Saint Fric et qu'il nous suffit de voir la décrépitude normative américaine pour ne pas avoir envie que Bruxelles se transforme en chapelle consacrée aux ex voto à Saint Fric.

Ecrit par : jeanne | samedi, 09 avril 2005

Ce n'est pas très sympa d'enregistrer comme cela mon commentaire sans crier gare : je n'avais pas fini. Alors je continue.
Mon propos est de dire qu'une Constitution est faite pour servir les hommes et les femmes, non des entités internationales qui servent essentiellement des revenus du capital. Une proposition : si le Conseil de l'Europe et ses spécialistes allaient tout simplement boursicoter pour nous faire gagner de l'argent, à tous ?
J'en tiens pour les règlements existants, au niveau économique : ils ne sont pas si mal faits. Vous leur reprocherez d'être foison et vous prétendez qu'enfin, dans cette Constitution, ils sont regroupés, donc plus clairs ? Et pourquoi ? Chaque série est catégorielle et ceux qui sont concernés s'y retrouvent, entre réglementation nationale et réglementation européenne, à laquelle on ajoutera l'internationale. Affaire de spécialistes : je ne me vois pas (vous non plus, d'ailleurs) apprendre les codes et réglementations douaniers, au motif qu'ils sont européens.
Il faut aider nos nouveaux voisins à sortir d'un certain marasme économique ? Pourquoi pas ? Mais a-t-on besoin d'une Constitution pour ce faire ?
Il me semble souhaitable d'apprendre à tous mettre en oeuvre les notions de liberté, d'égalité et de fraternité, avant celle de solidarité (merci, je cotise à une association caritative et j'ai versé mon obole pour le tsunami, et je ne suis jamais passée devant un démuni les yeux perdus, en oubliant que j'ai quelques pièces), et, surtout, de légiférer à ce point sur l'économique.
D'urgence, citez-moi ce qui, dans ce texte, fait appel à la réalisation de ces idéaux. Je n'ai pas trouvé.
Depuis le temps que nous construisons l'Europe, il n'y a pas d'urgence à rajouter des parpaings sans architecte ou maçon, avant de s'assurer des fondations. Moi je pense que nous avons le temps pour bâtir, pour nos enfants mais aussi pour nos vieux jours quelque chose qui ressemble à un progrès humaniste : tourné vers l'humain. Si nous ne sommes pas complètement stupides, ça ne prendra pas dix ans. Alors ?

Ecrit par : jeanne | samedi, 09 avril 2005

Jeanne,

Je ne peux que vous rejoindre sur lr projet alternatif... Quant à la France d'en bas, c'est justement parce qu'elle n'existe pas que je l'utilise. J'en ai fait quasiment un alias. Si ça gêne je veux bien en revenir, mon prénom est José. :)

Ecrit par : Djiddy Pibbee | samedi, 09 avril 2005

Djiddy Pibbee

Désolé tout d'abord d'avoir mis autant de temps à répondre - ce n'est pas dans les habitudes - mais ces derniers jours ont été particulièrement compliqués. Pour en revenir au dialogue du café du commerce (probablement l'un des meilleurs commentaires posté ces derniers jours) je ne peux que confirmer les propos que tu relates. Ces discussions sont réelles et particulièrement bien résumées. Ce qui me désespère n’est d’ailleurs pas tant le vote « non » en lui-même mais ses (non) motivations. Je vais te donner deux exemples. Il y a quelques jours de cela je me suis rendu à une conférence débat sur la constitution : parmi les débatteurs, l’association Attac. Son argument pour voter « non » : l’Europe dans laquelle nous vivons est trop libérale. De leur propre aveu, ils ne savent pas exactement pas quoi proposer pour l’avenir si le non devait l’emporter. Mais il sera bien temps alors d’y réfléchir… Seule certitude, le non français sera la première pierre de la lutte mondiale contre le libéralisme et ses effets pervers… Le monde a de la chance d’avoir la France. Grâce à elle, il se libèrera de ses chaînes et changera les règles de son propre fonctionnement économique. Je ne ferai pas d’autre commentaire sur cette (non)vision politique. Si, au risque de me répéter, ce n’est pas en s’enfermant dans un système (l’actuel, celui du traité de Nice) qu’on le remet en cause. Et puis quitte à continuer, allons-y : une personne dans la salle leur demanda alors si le texte de la constitution était si mauvais que cela. Réponse du président d’Attac de Strasbourg : « Le problème est que le texte ne va pas assez loin », phrase ô combien révélatrice : le texte va donc plus loin que ce que l’on nous offre aujourd’hui, est gage de progrès mais vu qu’il n’est pas parfait sur tout on le dégage ! Idée : Attac a de bonnes idées mais vu que certaines ne sont pas parfaite, dégageons-les. Sentiment : marre de la génération 68 : la situation actuelle dans laquelle nous sommes sur le plan économique est en grande partie leur bilan. Il ne faudrait pas oublier que ce sont eux qui sont aujourd’hui au pouvoir, dans les entreprises, dans le monde politique, universitaire, enseignant, etc.. Ce sont les mêmes qui sont à l’origine d’Attac. Ne nous ont-ils pas suffisamment mis dans la M…. ? Probablement pas vu le nombre de personnes qui sont prêts à les suivre. Comme je l’ai déjà dit à d’autres occasions, les trentenaires dont je fais partie sont nés avec l’Europe. On en mange depuis le berceau. Et force est de constater qu’il existe une réelle frustration. Celle de s’entendre dire qu’il faut plus d’Europe et dès que nous en propose de voir ces mêmes personnes nous dire que ce plus d’Europe n’est pas satisfaisant et qu’il faut s’opposer. La cohérence n’est sur ce point visiblement pas française. D’ailleurs, le simple fait que l’on décide pays par pays du bien fondé de cette constitution est absurde. Cette constitution ne concerne pas les Français + le Allemands + les Espagnols + les Polonais, etc… mais les Européens. Ce serait donc, en toute logique à eux, dans leur ensemble, de pouvoir s’exprimer sous la forme d’un référendum où les « vainqueurs » seraient la majorité des électeurs européens + 1voix. Cela choque ? Pourquoi dès lors qu’on ne fait pas voter les Alsaciens + les Parisiens + les Bretons + les Lorrains + etc.. lorsque l’on parle de politique française. Là aussi, il faut être logique : on ne peut pas construire une Europe qui se veut politique en la privant de son identité politique.

Autre rencontre, ce même soir : un « gaulliste », tendance « non » constitutionnel à l’UMP. Son discours est exceptionnel. En résumé je te livre ses premiers arguments contre le texte :
1/ Les agriculteurs souffrent : on les comprend avec 46% du Budget de l’Union…. Les chercheurs apprécieront.
2/ La France est inondée de produits peu onéreux venant de Chine. Mince : j’espère qu’il a fait acte de civisme et renvoyé à l’expéditeurs son lecteur DVD, sa télévision, son téléphone mobile, son ordinateur, etc..
3/ L’Europe se mêle de tout.
4/ (quand on parle de cohérence…) L’Europe n’existe pas : J’adore le mélange de ces deux derniers arguments car si on les met ensemble cela donne : « Il faut voter non à une Europe qui n’existe pas mais qui se mêle de tout »
Le plus désespérant est que cette personne m’a fait un grand laïus sur les chômeurs. S’il y en a tant c’est à cause de l’Europe. On les comprend ils souffrent, et ils sont en droit (pour ne pas dire dans l’obligation) de dire non à la constitution. Ce discours m’exaspère car cette personne parle au nom de personnes dont il ne fait visiblement pas partie. Cela m’exaspère car le chômage est loin de m’être inconnu : deux fois en quatre ans (plutôt pas mal) suite à deux plantages de journaux. Que vu ce que me rapportent mes cotisations, je suis accessoirement en droit de me demander où partent celles-ci. Que plutôt que de gueuler contre l’injustice du monde j’ai fait le pari, pas totalement encore gagné de me mettre à mon compte. Si je suis encore « en vie » aujourd’hui je le dois justement à l’Europe. Au fait de pouvoir travailler sans aucune difficulté pour des Belges ou des Allemands, trouver des clients en France relevant aujourd’hui pour diverses raisons du parcours du combattant. Alors oui, il y a encore moins d’un an de cela j’étais encore au chômage et je vote « oui » à la constitution. Petit détail annexe : si 50% de ce que je gagne va dans la poche de l’Etat français et me donne envie de m’installer dans un autre pays l’Europe n’y est pour rien. Si l’on m’impose des charges ahurissantes au prétexte pour financer la santé publique et un système de retraite dont les gens de mon âge ne bénéficieront probablement pas, ce n’est peut-être pas non plus de la faute de l’Union mais bien plus des différents gouvernements français qui se sont succédés. Oui, et désolé si je me lâche un peu, j’ai envie d’envoyer bouler toutes ces personnes au niveau national. Mais il y a un temps pour le faire. Là, on parle d’une constitution européenne. Et tant pis si un jour on a un président de l’Union Tchèque, allemand ou Norvégien. Je me fous éperdument de connaître sa nationalité, de savoir s’il a des tendances clintoniennes ou je ne sais quoi d’autre dès lors qu’il est compétent. Je ne lui demanderai rien de plus. Juste d’avoir une vision pour l’avenir, un plan efficace de relance de l’emploi, une vision du rôle de l’Europe dans le monde. Quand on y réfléchis, il est tout de même extraordinaire de voir, pour revenir sur le plan français, que les mêmes personnes qui se plaignent de la médiocrité de l’enseignement des langues en France s’opposent au projet Fillon qui justement renforce cet apprentissage. Il est de même déprimant de voir que nos différents ministres de la culture et des affaires étrangères s’indignent de la montée en puissance de l’anglais mais ferment année après année les centres culturels français à travers le monde, refusent toute aide aux rares publications européennes en langue françaises (enfin si, les aides arrivent, une fois que ce média a mis la clé sous la porte faute d’avoir reçu une aide financière promise des mois voire des années durant…) Les emplois partent en Asie, soit. Mais que faisons nous pour en créer de nouveaux chez nous ? Est-il normal que la recherche, faute de volonté de la France notamment, bénéficie de moins de 3% du budget de l’Union alors que c’est elle qui apportera les emplois de demain (au travers des applications qui découleront de leurs travaux) et que les agriculteurs de 46% !!? Je veux bien que les agriculteurs aient une influence sur le cours des élections nationales mais ‘aimerai également bien que les politiques nationales aient un effet positif sur les 95% de non agriculteurs. Et que l’on ne me dise pas que si les prix à la consommation augmentent à cause de l’euro. Pour exemple, je suis encore allé faire es courses hier en Allemagne : à titre de comparaison, remplir un caddie avec les mêmes produits me coûte 98 euros en Allemagne contre 180 euros en France. Peut-être serait-il bon de se demander si ce décalage ahurissant est du fait européen ou français. Car, jusqu’à preuve du contraire, le niveau de vie allemand n’est pas celui d’un pays du tiers monde. Pourquoi un jumbo pack Pampers coûte entre 34 et 37 euros en France et entre 15 et 17 euros en France. Pourquoi 4 tranches de jambon blanc coûtent (pour la même qualité) 1,09 euros en Allemagne et entre 2,50 et 3,50 euros en France ?! Les exemples pourraient être multipliés à l’infinie. Alors bien sûr, on pourrait imaginer que ces coûts nettement inférieurs ont un coût social. Désolé, l’Allemagne n’est pas moins démunie que la France dans ce domaine et les cotisations pas moins élevées.

Ce que j’entends par là est que les maux dont on parle constamment dans cette campagne référendaire sont en très grande partie français. Pas Européens. Ce qui m’ennuie dans ces conversations de café du commerce est que l’on met nos propres erreurs et absurdités sur le dos de l’Europe. L’Union, tout comme la constitution n’est pas parfaite. Quitte à voter en sortant du simple cadre du texte constitutionnel, cette question devrait peut-être faire le tour des cafetiers et de leurs clients. Récemment, un ami m’a demandé pourquoi je ne voulais pas m’installer à Paris sur le plan professionnel. Simplement parce que j’ai tout à y perdre financièrement. Si je prend en compte le coût des déplacements interurbains, du loyer, de l’alimentaire, etc.., il me faudrait au moins gagner le double de ce que je gagne aujourd’hui (déjà pas grand-chose) pour avoir une chance de m’en sortir). Désolé, ici j’ai l’Allemagne à deux pas de chez moi et tant que la situation n’évoluera pas en France, je ne risque pas de m’en éloigner. Et cela n’est pas de la faute de l’Europe et encore moins de la constitution.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

Jeanne,

Pour info, le texte est disponible gratuitement sur Europeus... Logo (à gauche): "Ce que la constitution dit vraiment"...

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

Jeanne,

Votre commentaire est révélateur du manque de connaissance dramatique (ce n'est pas une critique vous concernant) qui sévit dans ce pays (la France) en matière d'Europe. Le Conseil de l'Europe n'a strictement rien à voir avec l'Union. Il s'agit d'une organisation tout autre: www.coe.int

Pour ce qui est des avancées du texte, je peux vous citer en vrac la Charte des droits fondamentaux (peut-être inutile selon les Français mais d'autres citoyens d'Etats membres ne manquent eux pas de l'apprécier), le droit d'initiative citoyenne (accesoirement cela nous donne la possibilité de peser en partie sur la direction de l'Union...), l'empêchement de directives du style Bolkestion et plus particulièrement de la clause du pays d'origine (article III-145), un renforcement des pouvoirs politiques et de contrôle budgétaire du Parlement (la seule institution que nous élisons directement gagne en pouvoirs), une plus grande implication des parlements nationaux, une plus grande transparence (les réunions à huis-clos en prennent un coup ce qui n'est pas inutile en terme d'information a public) etc.. Bref, un début de transfert du pouvoir des élites technocratiques (pour reprendre une expression communément utilisée) vers les citoyens eux-mêmes et leurs représentants élus. En somme, tout ce que réclament les partisans du non...

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

Christophe,

Merci de ta réponse. Elle est je l'avoue, d'une qualité qui m'interpelle. Non pas sur le sens du vote mais sur la réflexion qu'elle m'impose quant au clivage français face aux autres Nations. Je ne suis pas dans le même cas que toi mais je reconnais néanmoins la justesse de tes propos.
Je vais prendre le temps de la réponse, la qualité de la tienne me l'impose.

Avec plaisir,

Djiddy Pibbee

Ecrit par : Djiddy Pibbee | dimanche, 10 avril 2005

José,

Merci et à bientôt,

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

Christophe, merci.
Je sais que j'ai encore beaucoup à lire et à apprendre et croyez bien qu'on ne peut être insensible à vos arguments. Rassurez-vous (si cela le peut car, en fait, je ne suis qu'un grain de sable), je continuerai mon apprentissage jusqu'au 29 mai pour pouvoir vraiment voter en mon âme et conscience.
Vous dîtes avoir finalement opté pour le statut de travailleur indépendant, plus par obligation, si je comprends bien, que par vocation. Vous allez y connaître la joie d'y mieux financer l'Etat, et vous aurez beaucoup d'occasions de compter les boucles de laine que laisse cet Etat sur le dos du monton quand il l'a tondu. Car vous n'alignerez jamais assez d'employés pour que l'URSSAF ou les impôts vous fassent grâce d'un centime...
Mais l'Europe n'est pas là : ce sont des problèmes hexagonaux et que nous avons à résoudre entre nous.
Et, jusqu'à plus ample informé (j'y vais, j' vais...), ce qui m'inquiète est le trop d'économie et pas assez de social qui point dans cette Constitution.

Ecrit par : jeanne | dimanche, 10 avril 2005

Jeanne,

Je comprends bien le soucis social qu'impose le texte constitutionnel. Là encore, tout n'est pas parfait. Mais le fait est que ce texte nous permet de passer de "rien" (résulatnt du système actuel, le traité de Nice) à "quelque chose", peut-être pas optimum mais qui permet au moins de disposer de quelques gardes-fous. Si j'insiste tant sur ce fichu article III-145 ce n'est pas par hasard. la directive Bolkestein, en l'état, est de mon point de vue ahurissante. Je n'ai rien contre le fait qu'un Polonais ou un Tchèque ou un Lxembourgeois vienne prendre des marchés en France mais qu'il le fasse selon les mêmes règles du jeu qu'un Français. C'est cela que dit la constitution, sur ce point en total opposition avec la directive qui, si le oui l'emporte, deviendra de ce point de vue inconstitutionnel. La façon dont la commission agit en ce moment m'interpelle et me laisse penser qu'elle n'a guère envie que cette constitution voit le jour. Pourquoi, sinon, autant de forcing sur une directive en totale contradiction avec l'article II-145. Bien sûr, il n'est pas impossible que suite à quelques marchandages, la clause du pays d'origine puisse être "sauvée" et s'appliquer. mais en cas de "oui", dès lors que le texte constitutionnel entrera en vigueur cette clause sautera. En cas de victoire du "non" elle s'appliquera jusqu'à ce que l'on s'accorde sur une nouvelle constitution. Et cela peut prendre du temps... Je n'ai rien contre Bolkestei en tant que personne mais m'en remettre à son texte pour les X années à venir ne me motive guère, pour rester poli. Sur ce point dire "oui" à la constitution signifie dire "non" à la clause du pays d'origine.

Sur la question de la révision de la constitutionnelle, j'aurais en ce qui me concerne préférer comme le demandent beaucoup de partisans pro-européens du non qu'elle ne soit pas soumise à la règle de l'unanimité. C'eut été plus simple pour avancer dans le futur. Maintenant, en l'état actuel des choses, l'unanimité est déjà nécessaire pour faire adopter un traité. Il n'y a donc pas d'avancée mais pas non plus de recul.

La vraie coquille vide de ce texte n'est en fait pas là oùtous les regards se focalisent actuellement. Son coeur est au niveau de la politique étrangère. on pourrait dire "chouette, l'Europe va se faire entendre car elle disposera d'un ministre des affaires étrangères". Seul petit hic, celui-ci n'a ni le ministère ni les compétences décisionnelles qui vont avec. Je vous laisse imaginer le sérieux avec lequel il sera pris par ses "homologues" internationaux. J'imagine déjà la scène par exemple lors de négocation quadripartites entre Européens, Américains, Palestiniens et Israéliens ou notre "ministre" n'aura d'autre choix que de dire: "votre proposition est intéressante mais laissez-moi d'abord en référer aux Vingt-cinq Etats membres, au président de la Commission et du Conseil. Acadabrantesque pour ne pas dire grotesque. Maintenant, même si on voit mal comment cela fonctionnera dans les faits, il est vrai que ce minsitre bénéficiera d'une coopération plus étroite avec les différents corps diplomatiques des Etats membres.Sur ce point, cette constitution m'attriste donc par son manque d'ambition mais, là encore, faudrait-il que la France accepte que la diplomatie puisse être communautarisée. Toujours dans le même cadre, de nombreux partisans du non m'ont expliqué que si l'Union avait eu une diplomatie commune, cela nous aurait obligé à aller en Irak. Erreur: la Commission et le Parlement étaient ouvertement contre l'invasion de ce pays, tout comme la France.

En fait le vrai problème de ce vote est d'essayer de faire la part des choses entre les grands discours altermondialistes, nationalistes (ce terme n'est pas forcément négatif) ou autres, et le ridicule du discours du oui (j'en reviens au tristement absurde " The yes needs the no to win against the no" de Raffarin). Maintenant, au final, dire "oui" ne signifie pas s'endormir sur nos lauriers après que la constitution entre en vigueur. Le texte est bien meilleur que le système actuel (à l'exception de la politique étrangère) mais il reste, au moins de mon point de vue, insatisfaisant sur certains point. C'est là que le droit d'initatiative citoyenne, le renforcement du pouvoir du parlement, le resserrement des liens avec le monde civil sont intéressants. Car cela nous donne de nouveaux outils. Ceux de faire pression en tant que citoyens ou par le biais de nos élus européens (qui accessoirement aimeraient être réélus...) pour continuer à faire avancer les choses. Alors bien sûr, si une pétition européenne atteint le seuil d'un millions de signataires, rien n'oblige la Commission à en faire une loi, souligne Attac. Juridiquement, peut-être. Politiquement, c'est une tout autre affaire... D'autant plus que le Parlement, qui n'est pas sans outils de sanctions contre la Commission, ne pourra pas rester insensible à un tel "regroupement civil" et ne prendra probablement pas en ce cas le parti de Bruxelles au détriment de ses propres électeurs.

En résumé - désolé d'être long - le texte n'est pas en tout point parfait, je vous l'accorde. Mais il offre des garde-fous et des avancées non négligeables, dont nous ne pourrons pas disposer sans qu'il soit ratifié. Mais si l'on veut que l'Union fonctionne réellement, qu'elle progresse, il importera que les opinions publiques européennes fassent pression sur leurs Etats pour que ceux-ci, s'ils veulent plus d'Europe (comme ils le demandent), aillent au bout de leur logique et admettent qu'un jour l'Union puisse disposer d'un président et d'un gouvernement élus. Cette constitution va en ce sens, donne davantage de pouvoir aux citoyens, davantage de protection mais elle doit encore être améliorée. En cas contraire, nul ne sait véritablement où l'on va. Je vais vous donner un dernier exemple. Le Vatican et la Slovaquie mettent aujourd'hui en place un concordat. Celui-ci est ahurissant dans la mesure où par son biais, un avocat pourra refuser de plaider un divorce ou un médecin de pratiquer un avortement sous couvert de la foi. De même est-il dit, la femme ne devra pas faire d'ombre à son mari! La Charte des droits fondamentaux, justement, permettrait de contrer cette dérive sans nom, qui remet en question des années de luttes féminines (et pas seulement féministes). Là aussi, il est surprenant que les personnes soutenant le non au nom du bien-être social oublient de souligner cet aspect. A moins que là encore, sous couvert de volonté de servir l'intérêt public, certaines organisations ne cherchent qu'une tribune alléchante et efficace pour gagner en influence sur la scène politique et défendre leurs propres intérêts. Mais l'histoire n'est pas nouvelle. C'est triste mais bien réel.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

Christophe,

J'aimerais pouvoir vous répondre tout de suite. Mais je crois que, dans l'état actuel de mes connaissances, je risquerais peut-être de faire injure aux vôtres.
Ne vous excusez pas d'être "trop long" : c'est un bon développement. Et honnête.
Merci.
Jeanne

Ecrit par : Jeanne | dimanche, 10 avril 2005

Merci à vous. Bonne soirée,

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 10 avril 2005

Christophe,

Ton développement est bon, très bon même. Il m'a poussé dans mes ultimes retranchements de ma réflexion sur ma position. Non pas que j'en change aujourd'hui mais beaucoup d'indécis pourraient le faire en te lisant et opter pour le oui. Tu le fais sans prosélytisme, sans être partisan mais convaincu. J'ai un profond et sincère respect pour ceux qui savent le faire et tu en fais partie.
Mais trêve de flatteries que je ne sais pas faire. Je suis toujours sincère même si je ne sais pas toujours (comme avec Daniel sur un autre sujet) m'exprimer sans ambiguité.
Placer ce referendum sur le beau projet qu'il voudrait être est imparable, c'est un peu comme si on nous demandait d'être pour ou contre l'Europe... Ce que par ailleurs tu ne fais pas. Ceci dit j'espère que tu penses que je ne suis pas anti-européen.
Maintenant passons aux réflexions qui m'ont assailli après ta réponse et essayons donc d'analyser ici le pourquoi profond de ce non (je ne pense pas être seul à penser de la sorte).
Ce sentiment que l'Europe nous frustre en France n'est pas un simple sentiment nationaliste "souverainiste". Certes il existe, mais je ne pense pas qu'il soit majoritaire dans le refus de ce traité. Il est en très grosse partie dû à deux phénomènes :

-Nos gouvernements successifs, pour faire passer des réformes impopulaires, y ont souvent eu recours. Dans le genre "C'est l'Europe qui exige cela, que voulez-vous qu'on y fasse ?"
-Plus insidieusement ils ont aussi parfois fait passer des directives européennes qui auraient été profondément rejetées par le Peuple français. Et de par là-même ils ont pu se servir de mon premier paragraphe.

Alors quand je poursuis ma réflexion j'en arrive au constat qu'effectivement c'est un rejet de la politique nationale qui me domine, c'est vrai. Mais pas seulement en "interne", c'est aussi un grand rejet de leur politique européenne. Je n'ai, contrairement à toi peut-être, que très peu de moyens de vérifier leurs comportements européens, je me fie donc à ce qu' "ils" m'en disent et relatent, y compris sur les bancs de l'Assemblée.
Ceci étant reconnu il me faut poursuivre. Tu me relates les différences de prix dans la consommation entre l'Allemagne et la France qui bénéficient toutes les deux de régimes sociaux comparables. Et là tu as raison, je ne trouve rien à redire à ton argumentation à ce sujet. Mais je me pose quand même la question basique "Mais de qui se fout-on en ce cas ?" La politique intérieure à grand renfort de tapage médiatique de la baisse des prix, du pouvoir d'achat... Tout ceci ne serait donc qu'une illusion ?
Mais en sachant par expérience que ce sont les mêmes personnages qui gèreront en partie l'Europe de demain, dois-je voter oui ?
La politique française est en cause, c'est un fait et tu l'as très bien démontré. Mieux que ne l'aurait voulu un thuriféraire du non mais éminemment pour moi. Constatant cela que doit-on faire ? Je ne peux pas, contrairement à toi, aller acheter mon jambon en Allemagne et aujourd'hui n'ai aucun revenu (heureusement que j'ai une compagne, paradoxalement si je n'en avais pas j'aurais le RMI (sic))... Pourquoi ne puis-je aller acheter mon jambon en Allemagne ? Parce que je vis dans le Finistère. L'Europe est-elle moins égale ici que chez toi ? Alors comment dois-je sanctionner cette inégalité entre Français ? Si l'on veut harmoniser l'Europe ne faudrait-il pas commencer par s'occuper des plus défavorisés d'entre nous ? (dont, contrairement à ce que certains pourraient penser, je ne pense pas faire partie)
Alors j'ai envie de dire non à la construction européenne à la "Française", j'ai envie de dire non à l'accession aux organismes décisionnels européens des politiques français... Comment dois-je le leur exprimer démocratiquement alors que je le leur ai déjà signifié plusieurs fois ?
Je comprends ta bonne foi et ton enthousiasme, il faudrait aussi comprendre la mienne et mon pessimisme... Donner plus de pouvoir en Europe à la France ? Je ne le souhaite pas... Pas en ces termes.
La construction européenne s'est faite et se fera sur plusieurs décennies, je pense qu'un "léger" contre-temps ne peut que lui être favorable aujourd'hui, du moins en France. Les autres pays se prononceront aussi.
En tout cas Christophe, continue... Parce que je ne soutiens ni ATTAC, ni aucun parti politique. Je soutiens l'information et le dialogue. Tu y contribues d'excellente façon, je ne peux que te soutenir même si nos opinions divergent.
Ca c'est un sacrément bon journaliste que nous avons là...

José

PS: m'autorises-tu à reprendre nos échanges sur mon blog ?

Ecrit par : Djiddy Pibbee | dimanche, 10 avril 2005

Bonsoir,

Il semble que le texte d'Etienne Chouard, "Une mauvaise constitution
qui révèle un secret cancer de notre démocratie" rencontre un certain enthousiasme.

Je me suis donc permis d'y répondre point par point (Oui, c'est un peu long à lire) et de relever les inexactitudes qui poussent son auteur à qualifier la constitution de texte anti-démocratique qui ouvrirait la voie à la tyrannie.
On le voit, les accusations sont graves et devant la popularité grandissante dudit texte il m'est apparu nécessaire de montrer qu'elles sont complétement infondées.

Notamment il faut insister sur le fait qu'à de nombreux égards cette constitution occtroie au moins autant de pouvoir au Parlement que notre constitution nationale et que sa genèse aura été de beaucoup plus démocratique!

Je m'attends à ce que mes propos soient qualifiés de partiaux et je l'assume partiellement dans la mesure où je vis l'Europe au quotidien, au Danemark après avoir résidé en Allemagne, et que j'ai donc appris à faire de l'Europe mon horizon de réflexion et de vie. Aujourd'hui je ne conçois pas la France sans l'Europe ni l'Europe sans la France. Oui je suis donc un Euro-enthousiaste et je l'assume. Cette génération Erasmus à qui Rifkin a dédié son livre "Le rêve européen" en quelque sorte.

Pourtant, on ne peut le nier, comme montré plus haut par Christophe, ce texte n'est pas parfait. Certes.
On ne devrait cependant pas oublier qu'il s'agit d'un compromis qui doit satisfaire 450 millions d'Européens; respecter les spécificités et les aspirations de chacun tout en proclamant qu'il existe une unité, un sentiement d'appartenance et un destin commun qui transcendent les divisions.
De ce point de vue, cela aiderait énormément que la France et ses réprésentants en finissent avec une politique européenne pleine de sous-entendus, d'incohérences, de double-jeux et qui respire l'impérialisme Napoléonien. En un sens il faudrait que nos politiques fassent preuve de la maturité dont ils pensent que le peuple manque lorsqu'il dit vouloir voter NON en majorité.

Pour en revenir au texte d'Etienne Chouard, il se réfère surtout à un idéal théorique qui n'a jamais existé dans l'Histoire des démocraties et qui rend impossible toute progression en direction des idéaux auxquels il reconnait lui même aspirer !

Vous touverez ma réponse ici : http://jacques-julien.blogspot.com/

Cordialement,

JJ, ja til Europa !

Ecrit par : jacques-julien | lundi, 11 avril 2005

Ces arguments-là ne m'ont jamais suffi, je suis suffisamment autonome.
Les arguments de Christophe pour son "oui" sont autrement plus valables même si j'ai la position contraire.

Cordiales salutations.

Ecrit par : Djiddy Pibbee | lundi, 11 avril 2005

José,

Merci pour le compliment. Avant de poursuivre, bien évidemment, tu peux reprendre nos échanges sur ton blog. Maintenant, je ne m'explique pas non plus le décallage de prix entre la France et l'Allemagne. Pendant longtemps les Allemands étaient moins chers que nous pour tout ce qui touchait à la photo, la hi-fi, l'informatique. Aujourd'hui c'est à peu près pour tout. Mais les écarts de prix existent aussi entre grandes surfaces françaises. Il m'arrive par moment de passer à Saint-Dié dans les Vosges où, à la différence de Strasbourg, se trouve un supermarché Leclerc. Et ô surprise les prix y sont nettement inférieurs à ceux pratiqué chez Auchan ou, plus surprenant, chez Cora situé à environ 2km de là. Je ne sais pas vraiment qui se fout de qui pour reprendre ton expression mais il est clair qu'il existe un problème. Ce n'est d'ailleurs peut-être pas totalement par hasard que ce problème est soulevé depuis de nombreuses années par la famille Leclerc. Malheureusement, je n'ai pas d'explication sur ce point. Tout ce que je sais est que le problème est à rechercher en France et pas à Bruxelles.

Côté politique française, la qualité de nos dirigeants - tant au niveau local que national - me déprime. La relève encore plus. Peut-être est-ce pour cela que je n'aurais pas trop de mal à être dirigé par un Allemand, un Norvégien ou un Finlandais. Pour voir la chose de pas trop loin (je n'en suis pas au stade des dîners parisiens - en plus cela m'ennuie) mon sentiment est que ceux-ci sont dans une logique purement électorale. Pour te donner un exemple, après mes études j'ai proposé mes services à un candidat alors sans étiquette pour une élection locale. J'avais envie de voir de près le fonctionnement du monde politique. Je ne sais pas trop pourquoi, un jour il m'a proposé d'être son directeur de campagne, un travail pour lequel je n'avais aucune expérience. Mais bon, j'ai dis banco. Après tout, si c'était ce qu'il voulait... Le fait amusant est que cette personne réunissait autour de lui des personnes de droite, de gauche, des écologistes. 90% de l'équipe n'avait aucune expérience politique mais on a bossé sur un programme de proximité, sur des idées concrètes avec le sentiment qu'elles n'étaient pas mauvaises. L'homme n'était pas vraiment connu mais la campagne avançait. Il arriva finalement second avec 12 voix d'écart avec le gagnant. Pourquoi? Parce qu'il défendait un projet, à mon sens cohérent. Pour d'obscures raisons, l'élection fut annulée et réorganisée. A cette époque, et pour avoir vu un peu l'envers du décors (à force de de se prendre des coups foireux des partis traditionnels on commence à comprendre) j'avais déjà fait le choix d'être de l'autre côté de la barrière - même si dans les faits elle reste perméable entre journalistes et politiques (l'objectivité journalistique n'existe pas: le seul fait de choisir un angle plus qu'un autre pour un article est subjectif) - ne me sentant pas l'âme d'un militant. Fait (tristement) amusant, ce même candidat s'encarta pour X ou Y raison et dû suivre une certaine logique politique pour ne pas se faire tirer dessus par les membres de son nouveau parti. S'en suivit une transformation de son programme initial en document publicitaire: Oui à ceci, non à cela etc.. Bref, on était très loin de la vision des débuts. Les électeurs de l'autre bord qui l'avaient soutenu dans un premier temps lui tournèrent le dos, tout comme les indécis. Il perdit de plus de 500 voix. Si je te donne cet exemple c'est pour mieux mettre en relief le système dans lequel s'enferme (à tort) aujourd'hui le monde politique français. Toujours pour des raisons électorales on va essayer de satisfaire untel même si cette politique est absurde à long terme. On va aire en sorte de ne froisser personne ou, par exemple, de s'accrocher aux fonds agricoles même si c'est la recherche qui a une immense urgence de financements. Pas des mesurettes mais de vrais fonds pour la R&D et consorts. On va plier devant les syndicats enseignants même si l'on sait que l'on court à la catastrophe, etc..

Deux exemples pris à droite et à gauche sont assez exemplaires sur ce point: Jospin: 80% d'une classe d'âge titulaire du Bac: super mais que font-ils ensuite... Finissent-ils tous médecins, juristes ou entrepreneurs. Non, bien évidemment. A côté de cela on a des secteurs, longtemps dénigrés pour d'absurdes raisons, qui ne trouvent pas de main d'oeuvre et qui en cherchent désepérément à l'étranger... Autre mesurette, la maison à 100 000 euros de Jean-Louis Borloo: une belle idée mais combien savent ce qu'il leur en coûtera en charges d'être propriétaires. Peu. Trop peu et les grincements de dents risquent d'être nombreux. Mais toutes deux ont en commun une chose importante: elles font plaisir, donnent le sentiment que l'on fait quelque chose pour les Français. Cela permet de gagner des points dans la course à la réélection mais, à long terme, cela peut avoir des effets secondaires assez violents...

Le problème de la classe politique française avec l'Europe est qu'elle n'a aucune vision du futur. Le concept même, à l'exception de quelques parlementaires européens particulièrement compétents (dans le désordre Rocard, Lamassoure, Bourlanges, voire Lipietz) semble totalement leur échapper. Tout le monde sait qu'on court à la catastrophe en matière de financement des retraites, que les gens qui ont aujourd'hui 30 ans ont intérêt à trouver un autre moyen de mettre de l'argent de côté pour ne pas finir leur vie (comme en Hongrie) à balayer les Mac Do pour survivre, mais la simple idée de contrarier deux-trois personnes freine toute réforme pour le futur. Je n'ai rien contre le service public mais quand tu vois par instant leur façon de travailler, cela donne envie de pleurer. Exemple: il y a quelques semaines de cela, j'ai postulé - plus par curiosité qu'autre chose l'emploi ne me motivant pas plus que cela - pour un job de journaliste à mi-temps auprès d'une institution locale (faut bien manger). Après discussion il est apparu que je devais pointer (il n'y a pas d'autre terme) en moyenne cinq demi journées pendant six semaines pour faire un job qui ne prenait pas plus de quatre jours. Mais bon, 'fallait étaler le temps, quitte à en perdre. Deuxième élément du dossier, le recrutement se faisait non pas sur la base des compétences journalistiques ou du carnet d'adresses mais sur celle d'une étude graphologique! Va chercher la cohérence. Bref, j'étais au final sincèrement content de ne pas avoir été choisi. Mais attention, cela ne concerne pas toutes les administrations. Certaines disposent de salariés qui bossent vraiment. Etrangement d'ailleurs, ce sont régulièrement celles qui sont en sous effectif. La logique voudrait que l'on équilibre un peu les choses, que l'on déplace des fonctionnaires de services largement remplis vers d'autres où existe un réel besoin de main d'oeuvre. Mais, au moins par principe, les syndicats s'y opposeront, les politiques suivront les syndicats de peur que défendre une démarche logique leur nuise etc... etc... Bref, on restera figé, quitte à perdre du temps et de l'argent, accessoirement en période de crise.

Autre exemple, EDF. Ses salariés crient au scandal devant la libéralisation des services mais trouvent tout à fait normal que leur société prenne des parts de marché dans le reste de l'Union. Quelque chose m'échappe. Aux salariés des entreprises européennes concurrentes également d'ailleurs...

Toujours sur le plan européen, le mot même de fédéralisme est quasiment devenu tabou en France, comme si être pour une Europe fédéral était un crime électoral. Mais là aussi, il faut être cohérent: on ne peut pas vouloir faire de l'Union une entité politique à même de fonctionner en en niant la réalité. Peut-être serait-il bon que quelqu'un comme François Bayrou ait enfin le courage de ses opinions. De dire oui, je suis pour une Europe fédérale avec un président élu, avec un gouvernement efficient, responsable devant le parlement européen et l'équivalent d'un sénat européen, composé de représentants de parlements nationaux ou des gouvernements nationaux. Peut-être serait-il temps que la France qui appelle à une diplomatie européenne accepte que celle-ci ne soit pas française mais européenne. Après on est d'accord ou non mais au moins les choses sont claires. Pareil pour les opposants à l'Europe. Qu'ils disent ouvertement pourquoi ils sont contre et, surtout, ce qu'ils proposent. Parce qu'honnêtement, je ne vois pas trop ce que peut faire la France toute seule. Quant à la Turquie, le raisonnement est identique. Que la plupart des dirigeants UMP qui sont contre son adhésion osent enfin dire que leur opposition tient de deux raisons - compréhensibles: la démographie et la religion. Mais que l'on arrête d'invoquer la question des frontières. Il est absurde de dire dans le même temps que la Turquie est hors des frontières mais que l'Ukraine ou la Bosnie le sont! Cela n'a pas de sens.

Le plus triste dans l'histoire est que de nombreux médias - pas tous mais pas mal - jouent ce jeu absurde. Plutôt que d'appuyer sur ces disfonctionnement, de nombreuses rédactions t'affirment que l'Europe n'intéresse pas les gens, qu'elle est trop compliquée, pas assez sexy. Forcément, si on n'en parle pas, si on n'explique pas, le gouffre actuel ne risque pas de se réduire. Là, oui, j'ai un vrai sentiment d'agacement. je prend pour exemple Soir 3. Lors du vote des militants PS sur la constitution, Jack lang était invité. Chose plutôt rare pour un politique, il avait visiblement envie d'en parler de cette constitution, de l'expliquer. Plutôt que de saisir cette chance d'informer, le journaliste le bassina pendant huit minutes sur les conséquences de ce vote sur le choix du candidat socialiste pour 2007! Là, oui, j'ai envie d'hurler parce que le téléspectateur n'apprend rien. Je n'ai rien contre Fabius et Hollande, mais on aura bien assez de temps pour parler de ces présidentielles. Là, on a une décision importante à prendre, bien plus d'ailleurs que de se choisir un président parce que cela ne nous engage pas que pour cinq ans mais peut-être bien plus. A titre personnel, j'aurais bien aimé entendre les arguments de Jack Lang. Là, on aurait pu parler d'information. Quant à France Europe Express, je préfère ne pas en parler. Entre discours (trop) poli - ne surtout pas fâcher l'invité (on ne sait jamais, il pourrait ne plus revenir)- et n'avoir que d'européen que le titre, je ne sais plus quoi en penser. Mais bon, France 3 a au moins le mérite de parler d'Europe, tout comme Arte, euronews et iTélévision. Cela en fait déjà quatre. Le pire est que l'on s'en accomoderait presque alors que 70% des lois françaises sont d'inspiration communautaire....

Pour ce qui est de la presse écrite, quatre quotidiens font à mon sens un véritable effort: Libé qui a ma préférence en raison de la présence de Jean Quatremer, un journaliste de réelle valeur qui ne manque pas de donner - entre les lignes - son point de vue critique (différent du militantisme), le Monde (mais on reste dans le factuel), le Figaro, l'Huma (qui même s'il a une vision parfois étrange de la réalité fait un vrai travail de fond) et Metro (quotidien ô combien décrié mais qui est à ce jour le seul à avoir une approche pédagogique de l'Europe). Les Dernières nouvelles d'Alsace pourraient être une référence de par leur localisation mais ils ont viré l'ensemble de leur rédaction européenne... Sans commentaire.

Tout cela pour souligner que dire "non" à la constitution ne résoudra rien à ce tableau grotesque. Désolé si je m'épanche mais j'ai de plus en plus de mal à en rire. Entre politiques paniqués à l'idée même de défendre un début cohérent de vision européenne de peur que l'électorat lui en veuille et un monde journalistique qui déplore que les gens ne comprennent rien à l'Europe mais qui font pour la plupart tout pour qu'ils restent dans l'ignorance, se trouvent un nombre hallucinant de citoyens qui en ont tout simplement marre qu'on les prenne pour des imbéciles. Le problème est que dire non à la constitution ne fera qu'amplifier le phénomène: les journalistes continueront de dire "Vous voyez, les gens s'en fichent de l'Europe, c'est trop compliqué". Les politiques pro-européens tendance fédéraliste, se diront, "on est allé trop loin, les gens n'étaient pas prêts. Il faut revoir notre copie à la baisse".

Une solution sur le moyen terme pourrait être la suivante: que lors des élections (européennes, nationales, locales) nous (en tant qu'électeurs) arrêtions de regarder la couleur politiques de partis et commencions par regarder les programmes (les idées défendues et leur cohérence par rapport à la situation actuelle) comme nous le faisons pour la constitution. Et que l'on vote pour une vision, pour un projet et non pas pour une étiquette. C'est peut-être moins rassurant mais à l'arrivée le message pourrait passer: celui de dire arrêtez la politique marketing et dites-nous ce que vous défendez vraiment, ce que vous nous proposez. Des listes citoyennes sortiraient peut-être avec en leur sein des responsables d'associations, des entrepreneurs, des universitaires ou je ne sais quoi. Ils n'auraient peut-être pas l'expérience de leurs aînés mais peut-être auraient-ils envie de faire des choses, de bousculer un peu le système en place. Mais ne nous voilons pas la face, ce ne sera pas évident. Luc Ferry avait essayé mais s'est heurté de très/trop nombreuses fois à une administration d'un autre siècle. Réussir un mandat, disait-il se voit quand on a réussi à faire 10% de ce que l'on voulait. Cela en dit long sur le fonctionnement français, la réussite étant en temps normal plus proche des 90% que des 10%.

Bref, ce qu'il faudrait idéalement serait que l'on s'intéresse plus au fond qu'à la forme. Maintenant j'ai peur que l'on soit dans le domaine de l'utopie. Je ne saurais t'expliquer pourquoi l'Europe me tient tant à coeur. Peut-être parce que je suis d'une génération qui l'a connu - au moins dans le discours depuis le berceau - ou bien est-ce parce qu'à force de désespérer des dirigeants de mon propre pays je m'y réfugie. Parce que tout est encore à construire et non à déconstruire. Parce que ce challenge me plaît quand bien même il est semé d'embûches. Parce que discuter avec un membre de l'Assemblée nationale m'ennuie et que le faire avec un eurodéputé tchèque, italien, belge ou allemand m'apprend des choses, transposables ailleurs. Parce que ce que certains qualifient de tour de Babel est riche d'enseignements et d'idées. Parce que justement, cette Europe qui se construit n'est pas française et donc pas forcément condamnée à se mordre la queue. Parce que de ce fait elle a encore une petite chance d'avancer et de peser sur le cours des choses. Disons plus simplement qu'à défaut de réussir encore à croire à nos élites françaises j'ai l'espoir qu'un jour on puisse se doter d'une véritable Europe politique, avec à sa tête non pas des notables choisis pour leur souplesse diplomatique (Barroso, le président de la Commission, en est un exemple navrant) mais sur la base d'un vrai programme sur lequel les citoyens seraient amenés à voter. La constitution est à mon sens un premier pas en cette direction. Pas suffisant mais existant. J'ai d'ailleurs sur ce point beaucoup apprécié la démarche de Pat Cox l'ancien président (irlandais) du Parlement européen et ancien journaliste: lorsqu'il avait été interrogé par la Monde sur l'éventualité d'être candidat à la tête de la Commission, celui-ci avait répondu qu'il pourrait l'être... le jour où il pourrait défendre un programme et une vision européens devant les citoyens. Le jour où le président de la Commission ne serait pas désigné sur la base du compromis par les chefs d'Etat et de gouvernement mais élu par les citoyens. Ces gens là sont rares, trop rares, et ils manquent cruellement en France.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | lundi, 11 avril 2005

Christophe,

Oui l'Europe te tient à coeur : tu en manges, tu en bois, en respires et en redemandes. Le plus convaincant de tes arguments, une fois que l'on "connait" quelque peu ta personne, c'est celui-là. Si nos dirigeants avaient ton enthousiasme et ta bonne foi, il ne fait nul doute, je voterais oui.
Peut-être est-ce donc cela qui nous place du coté opposé de la même porte, toi ton optimisme à la limite de l'utopie (je te reprends) et moi mon pessimisme vis à vis de la réalité. Nous sommes si proches que nous touchons la porte mais ne nous voyons pas... En tout cas nous nous parlons.
Et même si j'ai énormément de mal en lisant cette Constitution à y voir un salut pour moi ou "mes" enfants (ceux de ma compagne, n'en ayant pas personnellement) j'ai envie de leur dire aujourd'hui : lisez Christophe, pour votre avenir ce sont des gens comme lui qu'il vous faut... Tu vois, moi aussi je crois encore parfois en l'utopie. :)

José

Ecrit par : Djiddy Pibbee | lundi, 11 avril 2005

Christophe,

Voici, par honnêteté intellectuelle, ce que j'ai publié sur mon blog.

Le lien est le suivant : http://lafrancedenbas.over-blog.com/article-260747.html

Merci encore,

José

Ecrit par : Djiddy Pibbee | lundi, 11 avril 2005

José,

Je suis parfaitement d'accord avec toi quant au constat que tu fais de la classe politique française. Et oui, nos constats ne sont guères éloignées sur le fond même si notre démarche diffère. Ce qui me rassure est que partisans du non et du oui réussissent à dialoguer comme le montre cette discussion. J'aimerai qu'il en soit de même au sein de la classe politique française, incapable de s'inscrire dans un vrai débat de fond. Sur un autre sujet, le silence actuel sur la signature ce mois-ci du traité d'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie m'interpelle, pour rester "diplomatique".

Néanmoins, je ne pense pas que dire non à la constitution provoquera le séisme que tu appelle de tes voeux sur ton blog. L'exemple que tu prends - le référendum irlandais sur le traité de Nice - en est contrairement à ce que l'on peut imaginer le parfait exemple. En votant non, les Irlandais auraient - au moins sur le plan juridique - obliger les Etats membres à revoir leur copie. C'eut été logique au regard du traité CE. Mais voilà, la parade trouvée fut de dire que si Nice était juridiquement mort, il ne l'était pas politiquement. Les 14 (on était alors dans le cadre de l'UE15) et la Commision montrèrent les Irlandais du doigt et les traitèrent en vilain petit canard. Pis, un ancien minsitre français socialiste des affaires européennes (je t'aide, son prénom commence par un P) me confia en petit comité journalistique que, de toutes façons, ce vote n'avait aucune valeur car il n'avait réuni que les lobbies catholiques et anti IVG et les nationalistes irlandais! Depuis ce jour, je t'avouerai que j'ai un peu de mal à apprécier la personne en question. Bref tout cela pour dire que nos électeurs irlandais se virent gentillement demander de retourner aux urnes et, cette fois, de bien voter au nom de la réussite d'un élargissement qui n'aurait à mon sens jamais dû précéder un accord sur une constitution européenne.

Demander la même chose aux Français me paraît illusoire et - je me trompe peut-être - ne ferait qu'envenimer la situation. mais, mettons que cela se produise, qui seraient les véritables gagnants? Les citoyens, ces vilains petits canards rentrés dans le rang, ou les politiques, satisfaits d'avoir eu le dernier mot? La réponse me semble couler de source.

Cela peut s'apparenter à un paradoxe mais voter "non" ne nous servira qu'à nous enfermer dans un système franco-français dénué de sens où aux idées/visions politiques ont fait place la politique marketing/gadget, en tout point désespérante. L'idée même que le choix des présidentiables pour 2007 puisse dépendre des résultats de ce scrutin en dit long sur le sérieux avec lequel nos élus prennent ce scrutin. Quant aux délires et incohérences de certaines associations du style Attac, je préfère ne même plus en parler. Cela relève sur certains points du cas clinique. Maintenant, et même si cela me désespère et me fait mal rien que d'y penser, j'espère juste qu'en cas de victoire du "non" l'Union boudera la France. J'espère pas trop longtemps mais juste assez (plus longtemps que cela ne fut imposé aux Irlandais) pour qu'un électrochoc éventuel se produise. Bref, en ce cas pas une mesurette irlandaise mais bel et bien une baffe. J'aimerais en ce cas que passe la directive Bolkestein, que les autres Etats s'amusent à nous regarder nous débattre avec l'absurdité de la clause du pays d'origine qui ne leur serait, à eux, pas imposable. Que l'on nous emêche d'invoquer la Charte des droits fondamentaux, inscrite dans la constitution. Que l'initiative citoyenne se fasse sans nous. Que nos services publics voient réellement ce qu'est une politique libérale sans garde-fou. Là, peut