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samedi, 05 novembre 2005
NOUS SOMMES TOUS DES JEUNES FEMMES MAROCAINES
Le combat des femmes musulmanes pour l’égalité des droits est un symbole fort, qui, au delà des frontières, est emblématique des mouvements de fonds qui agitent nos sociétés. Pourquoi opérer un rapprochement entre les jeunes femmes Marocaines (1) et les citoyens que nous sommes ? Parce que, comme elles, et grâce notamment aux nouvelles technologies, de nouvelles libertés nous sont offertes. En juillet dernier, je prenais un thé à la menthe en compagnie de Youssef, un ami marocain. Nous étions assis à la terrasse d’un café du centre de Casablanca. Alors que les filles qui passaient devant nous étaient habillées «à l’occidentale», Youssef me demanda : «Tu sais ce qui a libéré la femme marocaine?». «Les nouvelle lois que ton Roi a fait voter ?» (2) lui ai-je répondu sans trop réfléchir. Il me dit riant, «non pas du tout, ce qui a libéré la femme marocaine c’est le pré payé» (3).En y réfléchissant bien, je crois qu'il avait raison. Précédemment le téléphone trônait au milieu du salon et il n'était pas possible d’y accéder sans le contrôle du père ou des autres membres de la famille. Avec l’explosion du téléphone portable, les jeunes filles peuvent prendre leur rendez-vous sans avoir de compte à rendre et elles ne semblent pas s'en plaindre.
La jeune femme marocaine, en utilisant son téléphone portable, s’affranchit du pouvoir (central) de la censure. Le père ou (le frère) c’est celui qui décide, à sa place, ce qui est bien ou ne l’est pas pour elle. Les nouvelles technologies lui permettent aujourd’hui de discuter avec ses copains et ses copines, de prendre ses rendez-vous comme elle l’entend, sans contrôle. Alors c’est vrai, il y a la face sombre de cette liberté (4). Les jeunes musulmanes paient souvent chère (en solitude) cet affranchissement des carcans ancestraux. Celles qui ont «réussi» professionnellement ont souvent du mal à trouver un compagnon : les mentalités masculines ont du mal à suivre. Cependant comme leurs aînées qui se sont «libérées» en occident, quelques dizaines d’années auparavant, je connais peu de femmes qui voudraient revenir en arrière : la liberté est une drogue dur, elle peut faire souffrir, mais on devient vite accro.
A notre manière, comme citoyen, nous sommes comme ces jeunes femmes marocaines. Avec Internet nous pouvons nous informer, nous exprimer et échanger librement. Comme elles, nous éprouvons cette sensation de liberté. Pour qui a pratiqué le blog, il y a comme une griserie. Entrer dans la blogosphère c’est un peu comme respirer à travers un masque a oxygène : cela a des effets euphorisants. Si l’information est le fluide vital des démocraties, on peut remarquer que les cerveaux étaient mal irrigués (certains ont utilisé l’image d’infarctus démocratique pour qualifier les blocages actuels). On peut risquer ce clin d’œil : le blog est l’oxygène du peuple.
Alors c’est vrai il y aussi la face noir de l’internet. Internet c’est aussi la liberté pour les terroristes, les pédophiles et je ne sais quels autres monstres de s’exprimer et de conduire leurs méfaits. Cependant je reste persuadé que c’est en combattant ces monstres à la lumières que le combat se gagnera. Démocratie adulte ? Le citoyen, comme la jeune marocaine doit accepter un jour de grandir, de devenir adulte et de prendre son destin en main. Le chemin est difficile, mais nous n’avons pas le choix. Pour décrire là ou nous sommes arrivé, je reprendrai les mots de «Marc Halévy» dans L’age de la connaissance : «Le politique, au sens classique s’arrogeait un statut et un rôle paternaliste. Il chapeautait la nation et le peuple de façon à pourvoir à ses besoins et à ses attentes, ledit peuple étant infantilisé au nom de la démocratie. L’état et ses appareils prenant la place du Père auquel ses citoyens-enfants devaient à la fois amour (de la patrie, le mot est éloquent), respect et obéissance, en échange de sa protection et de tous ses assistanats (…) Comme en témoignent amplement le marasme et l’inefficience actuels, cette vision est devenue obsolète pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles la complication et la globalisation du monde qui laissent les pouvoirs locaux sans aucune influence sur le cours réel des choses…»
Laurent Bervas est entrepreneur dans le secteur des nouvelles technologies
(1) Pour reprendre un slogan de mai 68 : "nous sommes tous des juifs allemands"
(2) E, 2006, le roi Mohammed 6 a effectué une réforme ambitieuse du droit de la famille (moudawana). En donnant de nouveaux droits à la femme Marocaine, il a bouleversé les équilibres ancestraux.
(3) le téléphone portable s’est très fortement développé en quelques années au Maroc.
(4) Sans parler du développement de la prostitution grâce aux portables et aux SMS. Même si c'est un problème que j'estime mineur, il est souvent évoqué par les censeurs pour justifier un retour en arrière.
11:45 Publié dans SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
slt moi je vous aime tellelment mais moyen de transport pour vous joindre mais je pense a vous
Ecrit par : rene | samedi, 19 novembre 2005
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