dimanche, 06 novembre 2005
QUAND LES JEUNES SE VENGERONT
Je reprenais dans le premier chapitre une phrase de Pascal, âgé de 28 ans et diplômé d’une école d’ingénieur : «Vous savez avoir un pavillon en banlieue, un 4x4 ou une bonne retraite, ça ne me fait pas rêver, de toutes façon je pense que je n’aurai rien de tout ça». Une autre phrase m'avait interpellé il y a quelques temps. Au cours d'un repas Marc se posait la question «Je ne sais pas comment on s’enrichit en France, je voudrai bien savoir». Il avait la quarantaine, lui et sa femme travaillaient dans un grand groupe international. Malgré des revenus confortables et une situation enviable, il avait une inquiétude sur sa retraite, celle de ses enfants. Si eux se posaient cette question, qu’en était t’il de tous les autres. Quand la «haute bourgeoisie» commence à douter, on peut se demander sur quoi repose le système (politique) ? Peut être qu’il ne repose aujourd’hui que sur la peur, la peur du vide, la peur du chaos. L’interrogation de Marc illustre «la fatigue des élites», la «révolte de la classe moyenne», dossiers régulièrement repris dans les news magasines Français. Le livre d’anticipation «Millénium People» (2) est souvent cité en exemple. Il raconte le soulèvement des classes moyennes d'un quartier cossu de Londres. Menacés par le chômage, pris en étau entre la pression des clients et celle des actionnaires, ces hommes et ces femmes se considèrent comme les nouveaux prolétaires du XXIe siècle et fomentent des attentats contre les symboles d'une société de consommation à laquelle ils ne croient plus. Je pense cependant que la vraie rupture est à chercher ailleurs. Les cadres, les professions libérales qui ont passé la quarantaine continueront malgré tout à soutenir le système. Ils ont en quelque sorte «mis le doigt dans l’engrenage» et ont le sentiment qu’ils ont plus à perdre si le système s’écroule. A mon sens la fracture est générationnelle. Ce sont les autres, ceux qui viennent après qui décrochent comme Pascal. Eux ils n’ont rien à perdre.
La télévision et les news magasines en parlent peu, car ce n’est pas leur publique. Il faut aller chercher du coté de la presse pour «jeunes». Dossier intitulé «27 ans, BAC + 5 et toujours stagiaire» dans Glamour. Portraits de jeunes, presque trentenaires : Gabrielle, 27 ans, diplômée de Dauphine + DESS de finance. 24 mois de stages avant de décrocher un job. Il y a un tabou autour de cette situation : les écoles défendent leur fond de commerce et les entreprises ne se ventent pas de tourner avec des stagiaires. Si la situation n’est pas nouvelle j’ai le sentiment que cela se dégrade. Juan, un ami en recherche d’emploi me disait recevoir aujourd'hui principalement des offres de stages alors qu’il a un moins d'un an il répondait encore à de «vrais» annonces.
Alors peut être que les jeunes se vengeront un jour ? C’est en tout cas le titre d’un article signé par Marc Ulmann (3) : « Combien de temps accepteront-il d’acquitter des cotisations sociales qui, d’après des statistiques récentes, vont pour les trois quarts aux plus de 60 ans. Or, ces vieux» ont un niveau de vie supérieur à la moyenne nationale et détiennent les trois quarts de l’ensemble du patrimoine. Les jeunes auraient déjà eu motif à révolte l’année dernière lors de la préparation de la réforme sur les retraites. La concertation réunissait des ministres, des syndicalistes, des fonctionnaires et autres personnalités qui, en moyenne, avaient plus de 50 ans. Or le sujet de la discussion pouvait se résumer en une phrase : «Comment faire payer durablement par les jeunes la retraite de vieux dont le nombre ira croissant». Nul doute que si les jeunes avaient eu leur mot à dire, ils auraient amendé notre système par répartition en arguant que la solidarité intergénérationnelle ne peut pas être à sens unique. Ce qui est nouveau aujourd'hui c’est qu'un diplôme d'école de commerce ou d'école d'ingénieur n'est plus un gage de réussite. Beaucoup de ces jeunes diplômés qui pensaient faire parti de l’élite se sentent aujourd’hui exclus. La révolution, si elle a lieu, trouvera facilement ses soldats et ses généraux. Quand les enfants de la Bourgeoisie doutent, on peut se poser la question : combien de temps cela peut-il tenir ?
MAJ : Que l'on ne se méprenne pas sur mes propos. Il ne s'agit pas d'entretenir un "jeunisme" béat, car le chômage des senior est tout aussi scandaleux. Si j'insiste sur la désespérance des trentenaire c'est que c'est de là que viendra probablement la rupture.
Laurent Bervas est entrepreneur dans le secteur des nouvelles technologies
(1) James Graham Ballard denoël
(2) Remarquons que cette situation n’est pas spécifique à la France : en Espagne le livre devenu best-seller Beaux et pauvres décrit une situation similaire.
(3) Source : le club des vigilants 20 septembre 2005
20:10 Publié dans LAURENT BERVAS, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note









Commentaires
Ce sont les Hommes qui batissent les civilisations et non le Kapital. Mais aujourd'hui seul le Kapital est pérenne. Doit-on en conclure que l'homme est finissant....
Ecrit par : francois | samedi, 12 novembre 2005
Les jeunes ont toutes les raisons de se revolter, j'en parle sur mon blog:
Réformes des retraites: après nous, le déluge!
http://transmanches.blogspot.com/2005/10/rformes-des-retraites-aprs-nous-le.html
Générations vieux
http://transmanches.blogspot.com/2005/10/gnrations-vieux.html
Ecrit par : Ludovic Windsor | vendredi, 18 novembre 2005
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