mercredi, 09 novembre 2005

SARKOZY, UN SHARON A LA FRANCAISE ?

Décidemment, Nicolas Sarkozy ne cesse de surprendre dans sa communication sur Internet. Après le spamming (1), le voilà qui innove une nouvelle fois avec de la publicité politique sur Google. Lorsque vous tapez «émeutes», «banlieue», ou «racaille» dans le moteur de recherche de Google, vous avez droit à un encart publicitaire (2) : « Emeutes en Banlieue – Soutenez la politique de Nicolas Sarkozy pour rétablir l’ordre. » Un click vous invite ensuite à signer une pétition pour soutenir la politique de fermeté de Nicolas Sarkozy. Cette campagne nous renseigne sur la stratégie de communication de Nicolas Sarkozy : jouer sur la Peur. Cela est d’ailleurs dans la droite ligne de la stratégie de communication du RPR puis de l’UMP depuis les dernières élections présidentielles. Vous n’aimer pas «les racailles» alors soutenez Nicolas Sarkozy (qui vous en préservera ?). C’est une mise en évidence de la stratégie du pompier pyromane. Nicolas allume un feu en «inventant» le mot «racaille», le feu se déclare et, ensuite, tel Zorro il propose la solution. Si Daniel Riot qualifiait très justement les événements actuel «d’Intifada à la française», (3) on identifie très bien nos «territoires occupé» et nos «palestiniens» et il n’y a qu’un pas nous séparant de cette question : Sarkozy ne serait-il pas un peu notre «Sharon» moderne.

 

La méthode Sharon ? Fabriquer des terroristes pour provoquer un sentiment de peur et développer une politique sécuritaire. Les médias Français nous ont expliqué très justement l’absurdité de cette stratégie. Sharon bombarde les civils et excite les frustrations. En axant sa politique sur la répression, il entre dans une spirale «suicidaire» du toujours plus, qui fabrique mécaniquement des terroristes. On sait qu’il faudra un jour faire la paix, mais pour lui le plus important est de gagner les élections. Chose étrange, ce que les médias reprochent avec empressement à Sharon, ils l’oublient tout aussi rapidement dès qu’il s’agit de Sarkozy. Certes, tout n’est pas comparable, mais la stratégie française n’a, sur de nombreux points, rien à envier à l’israélienne. Reste qu’ici, dans notre petit hexagone, on ne pourra pas construire de murs, de miradors pour éviter que d’ici quelques jours ou dans un futur proche les manifestations débordent sur les Grands Boulevards… Gagner les élections, alors ? Oui, mais pas à n’importe prix. Quand bien même Sharon aurait été élu démocratiquement, sa stratégie n’a rien d’enviable et ne résout en rien les difficultés de ce monde. Les Français feront leur choix présidentiel en 2007. Il sera alors l’occasion, à la sortie des urnes, de voir si nous sommes toujours en capacité à stigmatiser les Sharon et autres Bush, tant décriés de ce côté-ci de la Méditerranée…

 

Laurent Bervas est entrepreneur dans le secteur des nouvelles technologies

 

(1) Voir Sarkozy face aux Cyber-Manifs

(2) Source ZDNet

Trackbacks

Où impertinences publie la loi de 1955 sur l'état d'urgence

Edité le Samedi 19 novembre : Un très bon billet qui reflète exactement ce que je pense, une analyse sérieuse !

Trackback par : impertinences | samedi, 12 novembre 2005

Commentaires

C est assez bien vu, belle analyse...j aurais dû l écrire sur mon blog. Le probleme c est qu a coté, politiquement...il n y a personne, ou c est pire de pire.
Mais jusqu a nouvel ordre j attends..que tout se calme, et je propose des solutions a mon humble niveau de citoyen lambda d en bas..

Ecrit par : sarko | mercredi, 09 novembre 2005

merci la francmaconnerie encore ........et Sarko marche aussi avec les sectes ....

Ecrit par : ferra | mercredi, 09 novembre 2005

"Reste qu’ici, dans notre petit hexagone, on ne pourra pas construire de murs, de miradors pour éviter que d’ici quelques jours ou dans un futur proche les manifestations débordent sur les Grands Boulevards…"

REP: vous allez rigoler, mais depuis quelques jours, c'est phénoménal le nombre de pro-Israeliens que je rencontre: j'ai entendu des gens proposer le plus sérieusement du monde de faire comme avec les territoires occupés: des murs autour des quartiers et l'armée dedans...

Sans commentaire.

Ecrit par : Emmanuel | mercredi, 09 novembre 2005

> j'ai entendu des gens proposer le plus sérieusement du monde
> de faire comme avec les territoires occupés: des murs
> autour des quartiers et l'armée dedans...
lol
C'est peut être une piste à creuser. Si celà arrive, le groupe Bouygues sera certainement solicité pour ce beau projet national. Cela explique peut être pourquoi TF1 soutient Nicolas Sarkozy ;)
(je précise c'est de l'humour)

Ecrit par : ~laurent | mercredi, 09 novembre 2005

Avec Sharon on est en plein dans ce que dénonce Chomsky...

Mais - tu le notes toi-même - il y a quand même de sacrées différences entre Sarkozy et Sharon. A mon sens Sarkozy est le produit du 21 avril. Le 21 avril, les gens ont dit "on en a marre que les problèmes d'insécurité ne soient pas traités". Sarkozy s'attaque au monopole de Le Pen et crée une brèche dans les clivages droite / extrême droite. Si ça n'avait pas été Sarkozy ça aurait été quelqu'un d'autre. Il aurait été absurde qu'après un message comme celui du 21 avril, rien ne change dans la politique. Peu de choses ont changé, certainement, sauf Sarkozy.

Je dirais donc globalement que Sarkozy, bien avant d'entretenir le climat de violence (même si c'est ce vers quoi on va très clairement), répond à une demande. Les clivages, nos opinions, s'organisent autour de la légitimité que chacun d'entre nous prête à cette demande. Mais elle est réelle et je ne pense pas qu'elle ait été créée de toutes pièces par le politique (par les médias, c'est une autre question).

Ecrit par : adam kesher | mercredi, 09 novembre 2005

Adam,

Pourquoi aurait-il fallu s'attaquer au clivage droite-extrême droite, comme vous l'écrivez justement, si l'on n'avait pas empêché l'expression de toutes les pensées politiques au niveau décisionnaire ?

La suppression de la proportionnelle, l'enfermement tendant vers un bi-partisme auquel de moins en moins de citoyens adhèrent, tout cela conduit aux partis en place à faire des signes à un électorat qui n'est plus représenté, voire pire qui ne vote plus.

Tant que nous ne saurons pas ce que pensent réellement nos concitoyens il nous sera impossible d'interpréter les messages politiques, même s'ils sont forts. La seule légitimité qui puisse prévaloir dans ces cas-là est l'expression populaire et force est de constater que ce n'est pas le cas.

Ce qui est légal aujourd'hui n'est plus légitime, c'est contre cette divergence qu'il faut lutter. Autant au niveau politique que médiatique.

Cordialement.

Ecrit par : José | mercredi, 09 novembre 2005

"Tant que nous ne saurons pas ce que pensent réellement nos concitoyens" - effectivement là il y a un problème de loi du silence... certaines opinions sont permises, d'autres non... C'est peut-être là qu'est la première fracture sociale.

Ecrit par : adam kesher | mercredi, 09 novembre 2005

Effectivement, c'est ce que je pensais, sarkosy n'a pas trahait les siens.
israel ou la fance? il faut qu'il nous dise...

Ecrit par : ana | jeudi, 10 novembre 2005

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