samedi, 12 novembre 2005

ECOUTONS LES SOS LANCES DANS LES BANLIEUES

«Etat d'urgence, couvre-feu, le week-end de tous les risques, manifestations interdites, du jamais vu depuis cette guerre d'Algérie que longtemps on nommait les événements d'Algérie». Sens de la litote trop poussé, hier. Délire sémantique, aujourd'hui... Bien sûr qu'il faut arrêter les violences: l'anarchisme juvénile ludique et irresponsable est intolérable. Mais...Sur France 2, jeudi dernier, j’ai regardé Sarko, bien sûr. Il «persiste et signe» : cela ne va pas plaire à tout le monde. Mais moi, je l’ai trouvé bon, le ministre de l’intérieur. Très bon même…Quel art de la communication ! Lui, qui semblait dépassé par les événements et pris aux pièges de ses promesses impossibles à tenir, a su se redresser, refaire surface, se reposer en grand Iznogoud… tout en rendant hommage à celui qui a bien tenu la barre ces quinze derniers jours : Dominique de Villepin. Je ne regrette donc pas d’avoir réagi avec sang-froid et respect au début du choc des hystéries collectives qui expliquent les événements de ces derniers jours, au-delà des images, des outrances médiatiques et des impuissances politiques. Surtout au début de son intervention, Sarkozy a fait une prestation «sans faute». Sarko-Zorro fait preuve de bon sens. Qui peut être contre la lutte contre les terroristes, les «voyous», la «racaille », les «héros» de l’économie «noire», les grands profiteurs des trafics en tous genres, les dealers, les violeurs, les assassins ? Personne. Qui peut tolérer des désordres qui tuent la liberté ? Personne doté de bon sens. Et il faut appeler un chat un chat, donc un violeur un violeur, un voleur un voleur, un assassin un assassin, un vandale un vandale. Mais la violence n’est jamais gratuite.

 

Ce que je regrette, c'est que Sarko-Rambo n’ait pas les moyens de ses dires. Ni sur le fond ni dans la forme. Il interdit aux policiers le tutoiement ? Tu parles…Il condamne les «coups illégitimes» des forces de police ? Cela voudrait-il dire qu’il y a des «coups légitimes»…Il va exiger que les «forces de l’ordre» soient «polies» et «respectueuses». Mais le délit de «sale gueule» est généralisé, y compris envers «des gens qui n’ont rien à se reprocher»… Surtout, il raisonne «police» lorsqu’il s’agit de raisonner «justice»…Il parle «ordre» quand le problème de fond est d’abord social, sociétal, culturel, éducationnel, urbanistique… Sarko-Bobo est ainsi dépassé par les événements. Le prince de Neuilly (où les voitures ne brûlent pas), candidat déclaré à l’Elysée, patron de l’UMP, joue les «sauveurs» des «gens honnêtes», des «bonnes gens» des «quartiers» (où les voitures , les gymnases, les cars scolaires et les cages d’escaliers brûlent). Son propos aurait plus de poids si lui-même n’était pas pleinement co responsable des politiques menées ces dernières années : la suppression de la «police de proximité», la fin des emplois jeunes, la fonte des subventions aux associations, la non tenue des promesses présidentielles de «mettre» dans ces «quartiers» les «meilleurs» éducateurs, professeurs, médecins, policiers etc…

 

Jean-Louis Borlo «a les boules» : on le comprend, et pas seulement quand il a à succéder à Sarko sur le plateau d’Arlette Chabot … Borloo a raison de dénoncer «le mépris général» qui caractérise la «doxa» nationale face à ces banlieues qui regroupent 10 millions de Français socialement «tatoués», donc voués à l’échec ou condamnés à travailler dix fois plus qu’un «Français de couche» pour avoir un espoir de «s’en sortir», de réussir, c’est-à-dire de se redonner des raisons d’espérance et de dégager des «horizons d’espérance» pour leurs enfants.

 

Ce ne sont pas les «banlieues» qui sont en crise. C’est la société française. Et ce n’est pas une question de «droite» ou de «gauche». Nous vivons une ère des floués du progrès. La question des «banlieues» n’est pas seulement celle de la «délinquance» : elle est celle des discriminations, des injustices, des inégalités, des souffrances quotidiennes, de la crise économique et sociale, du «non avenir», du «no futur». Ce que vient de vivre la France n’a rien à voir avec les caricatures médiatiques qui en sont faîtes, notamment sur les télévisions étrangères : C’est un SOS qui a été lancé. Un cri d’alarme. Ecoutons-les. Mais la violence, sur cette question comme sur d’autres, ne résoud rien. Et l’injustice ne justifie aucune autre injustice. Le pire dans la quinzaine que les Français viennent de vivre, c’est que les premières victimes des révoltes ou des émeutes des «banlieues» sont des gens… des «banlieues». Le scandale du scandale.

 

Daniel Riot est journaliste

Commentaires

Daniel,

Je retrouve ici le Daniel Riot que j'aime lire.

Combien de fois n'ai-je pas attiré l'attention sur tous les problèmes que vous dénoncez aujourd'hui, combien de fois ai-je mis en garde ? Cela fait longtemps que je signale que de plus en plus d'entre nous n'ont plus rien à perdre, y compris ici sur Europeus lors du débat sur le TCE. Je sais que vous avez l'honnêteté de vous en souvenir.

Pourvu que vous soyez les premiers, vous journalistes qui faîtes ce constat et disposant d'influences à poursuivre dans ce même sens et user de tout votre talent pour améliorer la situation.

Sinon, en cas d'oubli, je crains que la déception ne se retourne en évènements encore plus graves avec une escalade tant criminelle que répressive.

Enfin !

Ecrit par : José | samedi, 12 novembre 2005

josé. merci d'être ainsi indulgent. Trois remarques tout de même.
1)Sur les problèmes des banlieues, j'ai commis avec Driss Ajbali un livre ("ben laden n'est pas dans l'ascenseur") qui faisait à la fois le constat des échecs des politiques menées dans une Franc post-coloniale qui e s'est toujors pas remise d'avoir perdu ses colonies... qui vient d'arriver neme surprends en rien ....hélàs.
2) ce n'est pas en votant contre le projet de Constitution européenne qu'on a pu règler les problèmes. L'un des problèmes, c'est l'amalgame, la confusion, le mélange des genres et des raisonnements
3) Dans la crise actuelle (qui ne date pas d'aujourd'hui) tout le monde a "à y perdre", à commencer par la liberté et les moyens de vivre. le ras-le-bol ne fait pas office de politique. je suis personnellement horrifié et INQUIET des évolutions liberticides qui se manifestent un peu partout, en tout et pour tout.
Le "Vivre ensemble" devient de plus en plus difficile en cette ère d'individualismes exacerbés, d'égoïsmes étroits, de marchandisation des Personnes.

Ecrit par : daniel | samedi, 12 novembre 2005

Daniel MERCI :D Comme josé, je vous aime comme ça, en professionnel de la com, engagé quand il le faut.

Et je rajouterai qu'il y a dans la communcation de sarkozy qui ne laisse rien au hasard des mots qui résonnent mal.

Comme vous le dites :

> Le pire dans la quinzaine que les Français viennent de vivre,
> c’est que les premières victimes des révoltes ou des émeutes des
> « Banlieues » sont des gens… des « banlieues ».
> Le scandale du scandale.

Et spéculer sur les peurs pour se faire élire n'est pas sans rappeler des méthodes inventée et mise en pratique par Goebles. En quoi su poit de vu de la communication la "racaille" de 2005 est différente du "juif" de 1945 ?

Ecrit par : ~laurent | samedi, 12 novembre 2005

Daniel,

Je ne suis pas indulgent, je suis sincère et honnête. Vous êtes un grand journaliste.

Je n'ai pas lu malheureusement votre livre, j'ai essayé de le trouver à la bibliothèque près de chez moi sans succès. Croyez bien que je le regrette. Est-il possible de se le procurer par l'Internet ou auprès de vous ?

L'amalgame, comme vous l'écrivez, est le danger.

Quant au système actuel, je crois sincèrement que seuls ceux, toujours moins nombreux, qui en vivent ne croient pas en son implosion... Croyez bien, pour ma part, que je ne me battrai pas pour sa survie. Aujourd'hui il provoque plus de mal que l'inverse et je sais de quoi je parle.

Ecrit par : José | samedi, 12 novembre 2005

laurent, vous comparez sarko à goebells ??

alors le dialogue n'est plus possible

bonsoir

Ecrit par : mat | dimanche, 13 novembre 2005

Mat,

Je ne crois pas que Laurent ait comparé Nicolas Sarozy à Goebels mais les stratégies de communication en les assimilant à de la propagande... Ceci dit, pour le connaître assez bien, il vous répondra. ;)

Ecrit par : José | dimanche, 13 novembre 2005

donc je recapitule les arguments de quelques anti sarkozy primaires

1 -sarkosy fait des amalgames
2- refusons tout amalgame !
3 sarko = Goeblles !
4- le systeme est pourri , faisons tout peter !

impressionnant de coherence et de nuances .

je prefere agnes Jaoui : "combattons le Mal sans nous prendre pour le Bien"

Ecrit par : mat | dimanche, 13 novembre 2005

Giscard, Chirac, Mitterrand, Chirac (2 fois nomme) ont voulu faire la France Africaine contre la volonte des Francais.

Il n' y a jamais eu de referendum: "Voulez-vous la France Arabo-Negre et islamique?"

OUI / NON

Ces imbeciles recoltent maintenant ce qu' ils ont seme. Ca se voyait venir gros comme une maison.... et ce n'est qu' un debut!

Mieux vaut maintenant que lorsque nous auront 60 ou 80% de Mahommettans en France.....


Asterix

Ecrit par : Asterix | dimanche, 13 novembre 2005

Oula... Il va m'être difficile de répondre aux deux. ;)

Asterix : Qui sont les imbéciles ? Des Français pure souche ou des fils d'immigrés hongrois ?

Mat : le système est déjà en train de "péter" selon votre propre expression... Personnellement je m'en réjouis.

Ecrit par : José | dimanche, 13 novembre 2005

José ,
la stratégie du pire n'a jamais donné de tres bons resultats, si ? n'est-ce pas laisser un peu trop parler la tendance autodestructice qui est en chacun de nous ?

Ecrit par : mat | dimanche, 13 novembre 2005

Mat,

Soit je vous "parle" franchement soit je le fais "politiquement correct"... Que préfèreriez-vous lire ? ;)

Ecrit par : José | dimanche, 13 novembre 2005

Nous avons atteint rapidement le point la Godwin (et j'en suis un peu responsable) :
« Plus une discussion sur Usenet dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s'approche de un »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin

Comme l'a dit josé je n'ai fait référence a Goebles que comme inventeur d'un certain type de propagande. Extrait de wikipedia au sujet de la propagande :

"La peur : un public qui a peur est en situation de réceptivité passive, et admet plus facilement l'idée qu'on veut lui inculquer. Par exemple, Joseph Goebbels a exploité la phrase de Théodore Kaufman, « l'Allemagne doit périr !», pour affirmer que les Alliés ont pour but l'extermination du peuple allemand."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Propagande

Alors bien entendu nous ne sommes pas dans l'allemagne Nazi et sarkozy n'est pas le mal. En revanche ses méthodes de communications sont dangereuses et entretiennent volontairement la peur.

Sur Google l'UMP a réservé les mots clefs "Racaille", "Banlieue", etc ... Le mot clefs "Chomage" lui est resté vierge. Peut être que l'UMP n'a rien a dire sur le Chomage ?

Ecrit par : ~laurent | dimanche, 13 novembre 2005

ECOUTER LES SOS LANCES DANS LES "BANLIEUES"

Ah c'était donc ça, les signaux de fumée...

Plus sérieusement, j'ai une petite question à poser. Je ne sais pas si ce fil de discussion est celui dans lequel l'introduire mais comme les auteurs des articles publiés récemment sur Europeus et traitant des émeutes sont présents ici j'aurai peut-être une réponse.

Selon les explications avancées, les jeunes brûlent les voitures de leurs voisins et les écoles, caillassent les forces de l'ordre, les pompiers ou les médecins par désespoir et par misère, pour cause d'exclusion sociale, d'absence d'égalité des chances ou de faillite du système éducatif...

Les émeutiers sont très vraisemblablement tous de jeunes hommes.
Pourquoi n'y a-t-il pas d'émeutiERES ?

Après tout, les filles dans ces banlieues qui brûlent ne subissent pas moins quotidiennement le désespoir, la misère, l'exclusion, l'absence d'égalité des chances ou la faillite du système éducatif...

MJ

Ecrit par : morejoh | dimanche, 13 novembre 2005

Morejoh,

La violence est l'apanage de l'homme et non des femmes... Qui déclenche les guerres ? ;)

Ecrit par : José | dimanche, 13 novembre 2005

laurent

je suis d'accord sur le fait que la prase de sarkozy " il faut que les gens cessent de rentrer chez eux le soir la peut au ventre" est genante.
j'ai aussitot pensé à certaines vieilles dames/ grand meres qui ont peur de tout ; dificile de les rassurer , la peur est subjective. jusqu'où faudrait il aller pour les satisfaire ?

mais ne prenons pas Sarkozy pour un demiurge : la peur , il ne a crée pas , il la dénonce, elle existe déjà ;
et cette peur repose sur des faits , des actes, des attitudes qui sont reels et qui ne sont pas sanctionnés ; qui empoisonnent la vie commune, qui aboutissent à ce que certains arbitrent de façon raisonnable en faveur de la mefiance dans certaines situations, qui devient rationnellement une option defendable.

avoir peur d'aller dans certains quartiers, de prendre certains RER , est justifié : Dites le contraire aux pompiers et aux medecins qui sont agressés et qui risquent leur vie , qui ne veulent plus venir ;

Que repondez vous aux parents dont les enfants sont rackettés dans des ecoles ?
"restez sereins , la peur est mauvaise conseillere , recitons ensemble un poeme pour vous faire refléchir "

la hausse des incivilités, des insultes dans la rue, des dialogues
" vous avez une clope ?"
"non"
"enculé "
et des delits en tout genre n'est pas une fable ni une fatalité ; il n'y a pas de raison de ne pas revenir aux niveaux anterieurs

Votre attitude est à mon avis exactement celle qui accompagne le racisme de certains, et le renforce ; la meme que celles de gouvernements qui n'ont pas voulu voir les problemes, pas voulu en parler , parce que cela alimenterait la peur .
l'"extreme naiveté" vis a vis de sarkozy est peut etre de mon coté , Laurent, mais l'angélisme (partagé par la gauche de gouvernement depuis des années) est du vôtre .

Goeblles inventait des faits et en tirait de peurs ; sarkozy repond à des realités dangereuses ;
tres, tres, tres different

Ecrit par : mat | dimanche, 13 novembre 2005

SARKO C’EST FINI !

La provocation gratuite ne sert pas à grand-chose…

Sarko se voyait déjà en haut de l’affiche en présidentiable matamore, c’est-à-dire « tueur de Maghrébins » dans la langue de Cervantès.

Sarko pensait aussi qu’il ferait d’une pierre deux coups en « matant» également les archéo-gaullistes de la vieille droite bonapartiste et républicaine qui sentait la naphtaline et l’huile de naphte Baathiste: avec lui on aurait enfin un pouvoir franchement atlantiste, aligné sur Washington et TeX-Aviv, « moderne » en somme, et par conséquent plus conforme aux capacités limitées d’une « puissance moyenne ».

Fini les rodomontades jacobines et pseudo-universalistes à la Malraux ou à la Chevènement !
Enterrée à jamais la « politique arabe de la France » née des fantasmes fanés de Napoléon III et Jacques Berque !

Et puis, patatras : Sarko le pompier pyromane préféré des pasteurs Pharisaïques factieux de Neuilly à New York a fini par se brûler bêtement dans les banlieues barbares/berbères qu’il voulait « kärcheriser » …

Ciao l’artiste…et bon débarras !

Professeur Victorino de la Vega
Chair of the Thomas More Center for Middle East Studies
http://www.mideastmemo.blogspot.com/

Ecrit par : Professeur Victorino de la Vega | dimanche, 13 novembre 2005

> Mat
> mais ne prenons pas Sarkozy pour un demiurge : la peur ,
> il ne a crée pas , il la dénonce, elle existe déjà ;

OK pour dire que la peur est présente et que le discours de fermeté est nécessaire. Et pas d'angélisme de ma part. Mais je sais que ce n'est pas en offrant qu'un discours de fermeté que l'on progressera.

Ecrit par : ~laurent | dimanche, 13 novembre 2005

José,

Ceux qui déclenchent les guerres sont aussi ceux qui les arrêtent quand ils se rendent compte qu'elles n'aboutissent à rien et que les motifs pour lesquels elles ont été menées sont absurdes.
Et pendant ce temps les femmes continuent leur vie courageusement, dignement...

MJ

Ecrit par : morejoh | dimanche, 13 novembre 2005

Morejoh,

Je rejoins tout à fait votre commentaire... :)

Ecrit par : José | dimanche, 13 novembre 2005

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