mardi, 15 novembre 2005
LES CHINOIS AFFIRMENT LEUR DYNAMISME DIPLOMATIQUE EN EUROPE
Grande-Bretagne, Allemagne et Espagne… Le président chinois Hu Jintao fait une belle tournée européenne. Tout comme son premier ministre, Wen Jiabao, qui en effectuera également une en décembre dans quatre pays, dont la France. Un bel activisme diplomatique… A objectifs multiples. Le premier d’entre eux est commercial. La fin (provisoire ?) de la crise du textile, appelée par les Anglais «guerre des soutiens gorges», permet en effet d’envisager une relance des relations bilatérales entre la Chine et l’union, son second partenaire commercial, derrière les États-Unis et devant le Japon. Par ailleurs, Pékin devrait à l’occasion de cette tournée signer un contrat de livraison par Siemens de 60 trains à grande vitesse ICE.
Autre objectif, le renforcement des liens diplomatiques. L’Union, au sein de laquelle Pékin a noué des liens privilégiés bilatéraux avec certains pays, dont la France, constitue un pôle attractif dans la diplomatie chinoise, dans la mesure où elle peut servir de contrepoids à l’hégémonie américaine. La levée de l’embargo européen sur les armes figurera ainsi en bonne place lors des différentes rencontres. Il y a quelques jours, Pékin a ainsi remis l’accent sur ce dossier. «Tous les dirigeants de l’Union européenne avec qui je suis en contact pensent que c’est un héritage de la guerre froide [...] seulement nuisible», a déclaré la semaine dernière le chef de la diplomatie chinoise, Li Zhaoxing. Mais les divergences sont encore là entre les deux géants, dont celles portant sur Taïwan, bien sûr, les droits de l’homme, le Tibet, la position de la Chine et quelques dossiers onusiens sensibles (Syrie, Iran…).
Reste que la diplomatie multilatérale active de Pékin ne joue pas la seule carte de l’Union. De nombreuses alliances et partenariats se forgent ainsi ou se consolident à travers le monde. La Chine a ainsi renoué avec l’Inde, développé ses liens avec le Brésil. Elle veut tripler ses échanges commerciaux avec le monde arabe d’ici 2010 et, afin de diversifier les ressources en hydrocarbures, elle a dynamisé ses relations avec l’Afrique et l’Amérique latine, où l’intérêt d’accéder à des régions riches en matières premières se double de celui de pénétrer des marchés pour ses produits manufacturés. L’accord bilatéral conclu en décembre 2004 avec le Venezuela lui fournit ainsi pétrole et zones d’exploitations contre des investissements et du matériel agricole. Enfin, le rapprochement avec la Russie dans un «partenariat stratégique» bilatéral prend toute sa mesure internationale au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS, institutionnalisée en 2001) regroupant, en plus de ces deux pays, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les tournées européennes des dirigeant chinois ont été programmées avant et après la venue de George W. Bush en Chine, du 19 au 21 novembre. Pékin voit évidemment dans les États-Unis un partenaire-clef en tant que première puissance mondiale et par le poids des relations économiques et financières qu’elle entretient aux eux. Mais elle est persuadée que Washington se livre à une politique d’«endiguement» et cherche à l’isoler politiquement. Cette menace est même perçue comme une «conspiration d’encerclement». Dans cette optique la Chine s’inquiète notamment du renforcement des liens militaires entre Washington et Tokyo et de la présence de bases américaines en Asie centrale, où la Chine espère trouver des ressources en énergie qui lui font tant défaut…
Daniel Riot est journaliste
13:10 Publié dans DANIEL RIOT, RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe









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