mercredi, 30 novembre 2005
LES PRISONS SECRETES DE LA CIA: EN QUETE DE VERITE
L’affaire des éventuelles «prisons secrètes» de la CIA prend de plus en plus d’ampleur. Il faut à la fois s’en affliger et s’en réjouir S’en réjouir, parce que lumière doit être faîte. Les démocraties se renient et offrent de vraies victoires aux terrorismes quand elles combattent les semeurs de haine et de mort par des moyens contraires aux valeurs qu’elles proclament. «Etre démocrate, c’est être délivré de la peur», écrivait Istvan Bibo, trop peu connu… «N’ayez pas peur», exhortait Jean-Paul II. «La peur est mauvaise conseillère» : c’est bien perçu, mais de moins en moins appliqué…S’en affliger, parce que le courage n’est pas au rendez-vous. Ni au plan international, ni dans les sphères gouvernementales nationales. Une remarque : c’est un journal, le Washington Post, donc la presse, qui a soulevé ce scandale. Les pourfendeurs des média devraient peut-être y réfléchir. Un autre constat : dans cette affaire, le Conseil de l’Europe qui prêche si souvent dans le désert, pêche trop souvent par excès de prudence et qui est si méprisé par ignorance, affiche plus de détermination et de clarté que l’Union européenne et que les gouvernements européens. Il faut écouter son secrétaire général, son Assemblée parlementaire, son Commissaire aux droits de l’Homme, l’excellent Gilles Roblès… Une troisième constatation : l’embarras, les non-dits et les ambiguïtés du gouvernement américain et des dirigeants des pays européens visés.
Ainsi, hier, le directeur de l'Agence centrale de renseignement américaine, Porter Goss, a affirmé que la CIA en savait «beaucoup plus qu'elle ne peut le dire» sur Oussama Ben Laden et Abou Moussad Zarqaoui , mais il a reconnu ne pas savoir où ils se terraient. C’est parler pour ne rien dire. A la limite de l’impudeur. Oussama doit sourire… Porter Goss nie tout recours à la torture, se refusant pourtant à porter un jugement sur «certaines» techniques d'interrogatoire utilisées par ses services. C’est encore ne rien dire. Et commettre les mêmes fautes que d’autres en d’autres circonstances. «Nous avons tous des cadavres dans nos placards», disait jadis le ministre britannique Georges Brown. Ce n’est pas une raison pour multiplier les placards et accumuler les placards. A la question posée par la chaîne ABC de la nécessité «de disposer de prisons secrètes dans différentes parties du monde, dont l'Europe de l'Est», Porter Goss a répondu: «Nous menons une guerre contre le terrorisme, et nous nous en tirons assez bien». Là, le cynisme devient intolérable. Il ne dit rien mais il avoue tout, même s’il affirme que la CIA «n'emploie pas la torture (…) car la torture est contreproductive». Le problème, de ce haut responsable, c’est de savoir ce que veut dire le mot «torture» : la technique de la «suffocation», par exemple, c’est quoi ? Comme la gégène en Algérie, à l’époque des «événements», en Grèce, sous les Colonels, en Espagne dans les geôles de Franco et ailleurs. «Viva la Muerte» se traduit en toutes les langues et se crie en toute époque… Autant les criminels des réseaux terroristes doivent être neutralisés, et payer leurs crimes, autant cette lutte ne doit pas être menée avec des méthodes et des pratiques qui vident de sens les valeurs dites «démocratiques». Ou alors, c’est le retour généralisé à la sauvagerie avec une barbarie généralisée où personne n’a plus de leçon à donner à personne.
Dans ce contexte, le groupe socialiste du Parlement européen a bien fait de fortement critiquer les dirigeants européens qui ne «font rien» pour mettre au clair l'affaire des prisons secrètes de la CIA sur leur territoire, et d’appeler la Commission européenne, dotée d’un pouvoir d’initiatives que Barosso semble avoir mal compris, dans ce domaine comme dans d’autres, à agir. «Il est inacceptable que des dirigeants européens ne fassent rien alors que les informations continuent de circuler sur l'existence de ces camps de prisonniers et sur l'utilisation d'aéroports européens pour le transport de prisonniers de la CIA», a indiqué notamment Martin Schulz, président du groupe socialiste au PE, dans un communiqué de presse. «Nous avons besoin d'une action de la Commission (européenne) et des ministres afin de régler cette question une fois pour toutes et afin de rassurer le public. Mon groupe a pris la tête de la réponse européenne aux informations publiées dans le Washington Post en demandant une enquête de la Commission». Le président du deuxième plus important groupe au Parlement européen a même insisté sur le fait qu'il chercherait à créer une commission d'enquête du PE s'il n'était pas satisfait de la première enquête. «L'existence de telles prisons constituerait une violation flagrante des droits de l'homme et des critères de l'Union. Toute prison de ce type devrait être fermée immédiatement».
Lundi, le commissaire européen à la Justice Franco Frattini a menacé les Etats membres de l'UE de leur retirer leur droit de vote au Conseil européen, si l'existence des prisons de la CIA se confirmait. Il se fondait alors sur les articles du Traité de Nice, prévoyant que les Etats membres s'engagent à respecter les fondements des libertés et des droits de l'homme, et sur l'article 7 qui autorise le Conseil européen - réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement - à priver de leur droit de vote les Etats qui les enfreindraient. Voilà une bonne initiative avec de bonnes références. La constitutionnalisation de cette Charte des droits aurait donné encore plus de poids à cette menace. Mais les adeptes du Non ne pouvaient pas penser à tout…Pardon aux cocus du Non, c’est un Floué du Oui qui écrit ces lignes. Une Europe politiquement constituée aurait plus de poids dans ce type d’affaire, comme dans d’autres domaines, qu’une Europe en miettes et en panne. Assumons ! Le pire, en l’état, c’est que les floués du Oui se cassent plus la tête que les cocus du Non pour tenter de réparer les dégâts du Non. Mais nous sommes tous sur les même Titanic. Blair et Bush dirigent l'orchestre. Où est l'iceberg? Devant nous. Nous continuons ou nous réagissons?
Daniel Riot est journaliste
19:35 Publié dans DANIEL RIOT, RELATIONS TRANSATLANTIQUES | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Daniel,
Vous savez comme moi que la Charte n'aurait pu être utilisée puisque les consultations ne sont pas terminées. D'autre part le TCE n'est pas officiellement mort pour les mêmes raisons.
Par contre, concernant le sujet qui concerne votre article, ne croyez-vous pas que les Droits de l'Homme, confirmés et adoptés par tous les états membres de l'ONU, suffisent ? Si tel n'était pas le cas, croyez-vous qu'une nouvelle Charte aurait eu plus de poids qu'une telle déclaration ? Lorsqu'une loi n'est pas appliquée, pensez-vous sincèrement que c'est en adoptant une nouvelle loi ou constitution ou Charte que l'on obligera les pays qui se contrefichent des lois à les appliquer ? Les États Unis ne reconnaissent pas les juridictions internationales et se moquent royalement de l'ONU, croyez-vous qu'ils soient sensibles à nos gesticulations ?
Nous avons largement les moyens de condamner sévèrement les pays européens ayant couvert ou permis de tels agissements. Commençons par le faire et d'arrêter de jouer les hypocrites. commençons par faire appliquer les Droits de l'Homme sur nos territoires. Si tel était le cas réellement nous aurions déjà fait un tel grand pas que vous vous apercevriez qu'une Charte, Constitution ou loi supplémentaire ne serait pas nécessaire sur le sujet de votre article... Quant à être floué du oui, Daniel, soyez tout de même suffisamment démocrate pour reconnaitre que ce sont 55% des Français qui l'ont fait et non quelques dirigeants qui ne disposaient malgré tout que d'un seul bulletin à déposer...
Ecrit par : José | mercredi, 30 novembre 2005
Continuons Tous à démolir l'Europe de Bruxelles, les projets de Prodi, Schuman, Monnet, Gasperi. Continuons à la fracasser sans pitié , sans aucun état d'âme, avec sang froid, méthodologie et la rigueur intellectuelle qui s'impose. C'est d'une facilité déconcertante tant les arguments des mièvres Ouiouistes déprimés, Prozacés, au bout du rouleau:-)))) ne tiennent plus la distance. On a démonté la Supercherie de la 'maison Europe' par le débat démocratique et citoyen en France, il faut maintenant la piétiner , la réduire à néant, sans écouter les suppliques pathétiques et culpabilisantes de ses Sbires.
Mettons lui le coup de grâce partout dans les assemblées, les réunions, les débats politiques sur les chaînes Nationales et Radiophoniques . Bref, partout ou il est possible de s'exprimer sur l’Europe dans ce qu’il reste de démocratie en France.
Celui qui laisse complaisamment ce fardeau, cette charge aux générations futures est un lâche sans nom qui se sera caché derrière son concept et qui n’aura rien réglé aux problèmes des Français, et ils sont nombreux , parce qu’une utopie partagée par quelques illuminés ‘romantiques’ en mal de puissance ou de pouvoir (et c’est bien ce à quoi aspire prioritairement « l’europe » aujourd’hui ) est criminogène pour les peuples d’Europe tout entier.
Se battre et Combattre l’imposture !
Ecrit par : atomic kiten | mercredi, 30 novembre 2005
@ jose
"Vous savez comme moi que la Charte n'aurait pu être utilisée puisque les consultations ne sont pas terminées. "
C est justement parce qu elle a une valeur politique et pas encore de valeur juridique que la charte doit etre utilisee.
Ecrit par : unionsbuerger | jeudi, 01 décembre 2005
Unionsbuerger,
Depuis le temps que vous commentez je crois que nous avons tous bien compris votre attachement à la Charte des droits fondamentaux mais là n'était pas le sujet de mon commentaire.
Croyez-vous sincèrement que nous n'ayons pas déjà les moyens d'agir si nous le voulions ? La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ne suffit-elle pas ? Si une telle déclaration ne suffit pas croyez-vous que la Charte ou n'importe quel autre texte que nous adopterions dissuaderait les États Unis ? Soyons sérieux...
Ecrit par : José | jeudi, 01 décembre 2005
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