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dimanche, 18 décembre 2005

ETATS-UNIS : FAIRE BARRIERE A L’IMMIGRATION CLANDESTINE

Des centaines d’employés illégaux abandonnant leur travail pour fuir les autorités et les garde-côtes de New Bedford,  paralysant pendant deux jours l’industrie de la pêche, secteur particulièrement dépendant des travailleurs d’origine Guatémaltèque et Salvadorienne dans cette ville de Nouvelle Angleterre : un spectacle qui pourrait se reproduire de plus en plus fréquemment si la loi sur l’immigration votée à 239 contre 182 le 16 décembre à la Chambre des Représentants est validée par le Sénat. Les mesures visant à contrer l’immigration clandestine aux Etats-Unis sèment un vent de discorde entre une partie des membres du camp républicain au Congrès et le monde de l’industrie et du commerce américain. Les Etats-Unis connaissent un pic d’immigration inégalé – 35,2 millions selon une étude du Bureau de Recensement menée au mois de mars, et les estimations évaluent la population clandestine à 9 à 13 millions. Aussi étonnant que cela puisse paraître de prime abord, le débat qui fait rage depuis plusieurs mois autour de la question de l’immigration ne s’opère pas seulement sur une ligne bipartisane mais au sein même du parti républicain.

 

D’un côté, une certaine modération, une volonté d’encourager l’immigration légale, peu coûteuse, nécessaire à la bonne marche de l’économie américaine, et sans doute parfois une certaine affabilité envers des groupes de pression convaincants pour lesquels l’immigration représente une manne incontestable- elle est incarnée par le président Bush lui-même, qui promeut un système de «travailleur invité» (guest worker) et par les Démocrates de façon générale. De l’autre, une lassitude et une exaspération envers un flot continu d’immigration illégale, des contribuables mécontents faisant pression sur leurs élus, une volonté de rendre les frontières plus sures quitte à élever des barrières, comme le préconise Virgil Goode représentant républicain et Virginie (5ème district) ou même dresser un mur s’étendant de l’océan Pacifique au Golfe du Mexique selon les vœux de Duncan Hunter, représentant républicain de Californie (52ème district).

 

La loi proposée pourrait être l’une des plus draconiennes de  cette dernière décennie. La proposition de loi Sensenbrenner, du nom du président du Comité judiciaire de la Chambre des Représentants, prévoit en effet un renforcement des frontières et des mesures sévères à l’encontre des immigrants clandestins et de leurs employeurs. La clandestinité pourrait devenir un crime fédéral – elle est à ce jour considérée comme un délit, et être suivie d’une détention systématique avant reconduite à la frontière, contrairement à la pratique actuelle du «catch and release», où les clandestins interpellés sont immédiatement relâchés. Elle responsabiliserait également les employeurs par l’adoption de règles strictes avant embauche : tenus de comparer le nom, numéro de sécurité sociale et la date de naissance des futurs employés avec les archives administratives, les entreprises démasquées pour fraude pourraient encourir des amendes aux courbes exponentielles.

 

Cette mesure n’est pas entièrement nouvelle. Appliquée dans six Etats, depuis 1996, les rares entreprises à l’avoir mise en pratique ont permis de mettre en lumière certaines de ses limites : selon NPR News, en 2003, la moitié des candidats d’origine étrangère s’est vue refuser le droit à l’embauche suite à des erreurs d’orthographe sur leur identité ou faute de mise à jour des fichiers informatiques de l’administration. Les organisations civiques soulignent les risques de discrimination dont pourraient faire l’objet les travailleurs d’origine étrangère si cette disposition s’étendait au reste du pays, les délais, risques d’erreurs, la paperasse, risquant de dissuader  les employeurs potentiels. Cette loi néglige surtout, et c’est là son plus grand point faible, le sort des millions d’immigrants clandestins déjà présents sur le sol américain et dont l’appréhension ferait perdre à tout jamais toute chance de légalisation. Les représentants américains ne se sont pas prononcés sur la proposition de travailleur invité, une mesure qui sera étudiée ultérieurement et qui présage d’intenses débats au cours des prochains mois, notamment sur la question de l’amnistie des clandestins qui devraient ou non préalablement quitter les Etats-Unis  pour l’obtention d’un visa de travail. Plus d’un million de Mexicains sont arrêtés chaque année à la frontière et il n’est pas certain que le recrutement annoncé de mille nouveaux agents de patrouille à la frontière –il y en a actuellement 11 000, et la mise en place de tout un arsenal technologique - capteurs, satellites, véhicules sans pilotes…- réfrène des candidats à l’immigration prêts à tout pour vivre un «American way of life» idéalisé. 

 

Catherine Croisier est chercheur associée à l’IRIS

Commentaires

Catherine,

A-t-on une idée de la manne financière qu'apporte cette main d'oeuvre étrangère à l'économie US et aux pays dont elle est originaire (par reversement d'une partie de son salaire aux proches restés dans leurs pays d'origine)?

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 18 décembre 2005

Les Etats Unis ont encore beaucoup a apprendre de l Europe. Que serait l Europe si les Europeens n avaient pas le Droit de s implanter la ou ils veulent en Europe ?

Ecrit par : Unionsbuerger | lundi, 19 décembre 2005

Unionsbuerger,

Très juste remarque. Maintenant les conditions ne sont pas les mêmes selon que l'on est citoyen de l'Union ou d'un pays hors Union. Mais ll'Union, au moins à mon sens, offre de véritables chances de ce point de vue. Aujourd'hui, rien ne m'empêche de m'installer en Belgique, en Allemagne ou en Espagne sans avoir la désagréable senstation d'y être un citoyen de second rang.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | lundi, 19 décembre 2005

Christophe,

Aujourd'hui en Europe il n'y a qu'en Vendée que l'on peut avoir la désagréable sensation d'être un citoyen de second rang quand on est Polonais et plombier ou Hollandais et ancien membre de la commssion... :)

MJ

Ecrit par : morejoh | lundi, 19 décembre 2005

MJ,

C'est vrai que vu sous cet angle... :-) Plus sérieusement, l'Europe - au moins pour certains de ses pays comme la France - n'est par exemple pas le Canada où l'immigration n'y est pas vu comme une source de paupérisation mais comme une chance. Un chiffre est sur ce point éloquent: Les Canadiens ont actuellement besoin de 650.000 migrants annuels pour faire tourner leur économie soit environ 1/9 de la population française!

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | lundi, 19 décembre 2005

Christophe,

Je connais assez mal ce que font nos voisins européens. J'ai déjà beaucoup de mal à y voir clair dans ce que nous faisons en France dans ce domaine en particulier, et dans tellement d'autres...

En ce qui concerne le Canada, la situation économique n'est sans doute pas la même que celle des pays européens. Les mentalités ne sont peut-être pas les mêmes non-plus, en tout cas au moins sur ce point.
Le chffre de 650.000 migrants pour le Canada donne un aperçu de la différence de dynamique entre les deux continents.

D'une manière générale les opinions sont toujours très sensibles aux questions touchant à l'immigration. C'est encore plus visible quand le marché du travail ne parvient pas à l'absorber. On peut encore une fois le constater en France.

L'article de Catherine confirme en partie ce que j'avais pu entendre il y a quelque temps sur ce sujet et montre bien les problèmes que cela pose : d'un côté le gouvernement qui se montre relativement tolérant à l'égard des clandestins, de l'autre, la population qui supporte mal l'arrivée de nouveaux migrants.

MJ

Ecrit par : morejoh | lundi, 19 décembre 2005

Tous,

En réponse aux questions posées, voici quelques données significatives qui illustrent la part de la population immigrée dans l’économie américaine et sur le marché du travail :

Population
Le Bureau de Recensement américain indique qu’en 2004, 12% de la population américaine était née à l’étranger (34 millions sur un total de 288 millions), ce qui constitue le taux le plus élevé enregistré en 70 ans. La part active de cette population immigrée était de 7% (plus de 21 millions de travailleurs), dont la moitié est arrivée aux Etats-Unis depuis 1990. Près de 40% de ces travailleurs nés à l’étranger proviennent du Mexique et d’Amérique Centrale, 25% d’Asie (dont Philippines, Inde, Chine, Vietnam, Corée).

Qualifications
En 2004, parmi les travailleurs sans diplôme âgés de 25 ans et plus, près de la moitié était née à l’étranger et la plupart provenait du Mexique et d’Amérique Centrale. Le niveau d’éducation de travailleurs nés à l’étranger provenant d’autres régions est lui, légèrement plus élevé que celui des natifs américains.

Types d’emploi :
En 2004, les 3/4 des travailleurs issus du Mexique ou d’Amérique Centrale occupaient des postes peu ou non-qualifiés, contre ¼ de la population américaine native. Sur une répartition sectorielle de 22 types d’emplois, la moitié des travailleurs natifs du Mexique ou d’Amérique Centrale n’occupe que 3 secteurs ! L’autre moitié est concentrée dans 8 secteurs : En 2004, ces emplois étaient généralement les suivants : travailleurs dans le bâtiment (18%), restaurants (9%), aménagement paysager (5%), agriculture (4%), production agroalimentaire (4%), services de maintenance 3%), industrie du textile, cuir et vêtements (2%)…

Rémunération
En ce qui concerne les travailleurs d’origine mexicaine et sud-américaine, les hommes gagnent en moyenne la moitié du salaire des natifs hommes américains, les femmes sont rétribuées aux 3/5è des femmes nées aux Etats-Unis. La moyenne globale des travailleurs d’origine étrangère reçoit environ 78% du salaire des natifs, pour les hommes, 87% pour les femmes.

C’est la raison pour laquelle, les Etats-Unis ne peuvent pas se passer ce leurs immigrants qui occupent les ¾ des postes subalternes boudés par les Américains. Lors de la dernière décennie, les travailleurs nés à l’étranger (c'est-à-dire ceux qui sont naturalisés, les immigrants qui détiennent une autorisation et les illégaux), correspondaient à plus de la moitié de la croissance de la main d’œuvre américaine : leur nombre est passé de 13 millions en 1994 à 21 millions dix ans plus tard.

Catherine

Ecrit par : Catherine Croisier | mardi, 20 décembre 2005

@ christophe

sans droit de vote pour le Bundestag, je me sens encore un sous-citoyen.

Ecrit par : Unionsbuerger | mardi, 20 décembre 2005

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