mardi, 20 décembre 2005

OMC : QUAND LE NORD PLONGE UN PEU PLUS LE SUD DANS LA MISERE

Les subventions aux exportations agricoles doivent disparaître d’ici la fin de l’année 2013. C’est la principale décision prise par les 149 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong après six jours de tractations houleuses. Si cet accord obtenu à l’arrachée a permis d’éviter un second échec après Cancun en 2003 et sauver in extremis le cycle des négociations entamé il y a quatre ans, les pays africains sont sortis avec un amer goût, eux qui avait fondé beaucoup d’espoirs. Pour les ménager, les pays développés se sont engagés à permettre, à partir de 2008, l’importation de 97% des produits des Etats les moins avancés, sans droit de douanes et de quotas. Il a également été prévu de supprimer dès 2006 les subventions à l’exportation dont bénéficient les producteurs de coton des pays riches, notamment ceux des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Cette mesure aurait pu être salutaire pour les Africains si elle concernait les aides internes qui font 80% des 4 milliards de dollars que les Etats-Unis versent chaque année aux 25 000 cotonculteurs américains. L’Union européenne octroie également des aides substantielles estimées à 1milliard de dollars aux 90 000 producteurs de la Grèce et aux 10 000 d’Espagne.

 

Grâce à l’argent que leurs gouvernements leur versent, les producteurs américains et européens produisent en grande quantité et inondent le marché, faisant chuter les prix. On estime à 40% la réduction des cours du coton sur le marché international due aux subventions. Cette situation menace la filière coton en Afrique où la compétitivité et la grande qualité de l’ «or blanc» fait vivre plus de 15 millions de personnes dans les 33 pays producteurs. Les pertes sont estimées à 400 millions de dollars par an pour les économies africaines. Le coton africain n’est plus rentable face à ses concurrents subventionnés, bien qu’il soit de haute qualité et produit à des coûts inférieurs de moitié. Le coton est un cas exemplaire de relations commerciales inégales. Un nombre restreint de producteurs, soutenus par des subventions dans les pays riches, menace l’unique «gagne-pain» de plus de15 millions de paysans démunis d’Afrique. Plusieurs autres millions de personnes sont encore  touchées de manière indirecte par les difficultés actuelles de ce secteur.

 

Alors qu’il ne constitue qu’une part mineure de l’activité économique des pays développés, le coton joue un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté des pays les moins avancés africains. Il est d’une importance vitale pour les pays africains. Pour le Bénin, Burkina Faso, le Mali et le Tchad, le coton représente en moyenne 10% du produit intérieur brut, 66%des revenus d’exportations agricoles, 33% des recettes d’exportations totales. Le coton est l’un des rares produits qui permet aux pays producteurs d’Afrique de tirer bénéfice du système commercial international. Ces pays ne demandent pas de dons, de crédits, ou d’exceptions. Ils ne demandent que le respect des principes de base de l’OMC, c’est à dire une concurrence et des échanges équitables. L’OMC ne peut ignorer une telle distorsion sur le marché. A Doha en novembre 2001, les négociateurs ont reconnu que les pays industrialisés profitaient davantage des résultats du dernier cycle de négociations de l’OMC (Urugay Round ) que les régions pauvres. Ils ont promis de tenir compte des effets du commerce sur le développement  et convenu de remédier aux restrictions et distorsions touchant les marchés agricoles mondiaux et de les prévenir. Cette promesse vient d’être trahie, une fois de plus, à Hong Kong.

 

L’accord de compromis donne huit ans aux pays signataires pour mettre fin à leurs subventions aux exportations agricoles. Huit ans pendant lesquels les sociétés cotonnières africaines, qui enregistrent des déficits chroniques, mouront de leur belle mort. D’autant plus qu’aucune indemnisation financière compensatrice n’est prévue, comme cela était le cas à Cancun, pour corriger les effets de distorsions des subventions sur le coton africain. L’échéance 2013 a été préférée à 2010, qui figurait sur le texte initial, sur l’insistance des Européens pour qu’elle coïncide avec la fin du financement de la Politique agricole commune (PAC). Aussi, l’accord ne précise pas en détails comment diminuer les subventions agricoles et supprimer les barrières douanières pour les produits des 49 pays les plus pauvres de la planète. Cette suppression ne concerne d’ailleurs pas la totalité de ces produits, ce qui donne une marge discriminatoire aux pays riches qui peuvent écarter ceux qu’ils jugent stratégiques.

 

L’OMC est censée assurer le bon fonctionnement du marché international. Dans le cas du coton, les pays africains ne demandent pas de cadeaux, ils veulent tout simplement que les principes de base du commerce mondial soient appliqués. Le temps est venu pour  les Etats-Unis et l’Union européenne de procéder à des reformes économiques. Ce processus sera difficile et douloureux pour les producteurs concernés. Mais sans un tel effort, ce sont les pays les plus faibles et les producteurs les plus démunis qui en paieront le prix.

 

Fousséni Traoré est rédacteur en chef du quotidien malien le Républicain

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