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mardi, 24 janvier 2006
BARROSO AU PALAIS BOURBON: UN SANS FAUTE
Les «souverainistes» (les «nationalistes» qui se nomment ainsi par goût de la litote) ont boudé ou raillé… «Une mascarade», «une provocation», une «honte». Les communistes l’ont accueilli en chevalier servant des intérêts capitalistiques et l’ont hué à plusieurs reprises. Les socialistes n’ont pas eu leur langue dans la poche: points sur les «i» à propos des projets de directives sur les ports et sur les services, manque d’initiative de la commission. L’UDF a fait entendre ses déceptions «européennes» avec tact et l’UMP a fait montre d’une courtoisie teintée de complicité. Un vrai débat. Un bon débat. Ceux qui l’ont suivi sur France 3 en direct peuvent difficilement dire le contraire… Il n’était pas à la fête, Barroso, au Palais Bourbon: contexte oblige! Mais il s’est remarquablement défendu. Brillamment même. Dans un français que bien des députés hexagonaux peuvent lui envier, avec des effets oratoires qui finissent par surprendre, tant ils deviennent rares. Avec une belle subtilité dialectique et dialogique. Le Président de la Commission a fait là l’un de ses meilleurs discours depuis sa prise de fonction. Comme s’il était dopé par l’adversité, et par les événements. Comme s’il prenait un malin plaisir à renverser les rôles. La panne de l’Europe ? Ce n’est pas «sa» Commission qui en est responsable: ce sont les leaders politiques français (et néerlandais) qui ont fait perdre le oui ou gagner le non (comme on veut). Lui, il tente de recoller les morceaux en tentant de démontrer le mouvement en marchant, en exhortant à des initiatives politiques fortes pour sortir de l’impasse institutionnelle, et en marquant sa surprise devant l’état d’esprit de cette patrie de Molière qui réinvente «le malade imaginaire».
Dans les passages les plus convaincants de son discours, il a joué les psychothérapeutes d’une France si riche qui se croit si pauvre, d’un peuple qui transfère au niveau européen ses difficultés politiques intérieures, ses doutes et ses peurs, les «docteurs Vitamine» d’une société en crise de croissance… Bien joué, Barroso ! Le Président de la Commission a été excellent, aussi, (sauf pour ceux qui n’écoutent pas ce qui dérange leurs «réflexes» et leur pensée «préfabriquée») quand il rétablit quelques vérités sur «l’idéologie» d’une Commission qui est d’abord soucieuse de préserver le «modèle européen», donc «l’économie sociale de marché» - qui «met l’Homme au centre de tout» - dans une «mondialisation» qu’il faut maîtriser en partant des réalités et non des illusions. Jusqu’à cette intervention devant les députés français, Barroso ne m’avait pas semblé digne des fonctions qui lui avait été confiées. Meilleur que Prodi, peut-être, mais nettement moins bon que Delors, à ce poste. Aujourd’hui, il a démontré (en parole, certes) qu’il était perfectible et qu’il savait allier «l’idéal et la nécessité», comme disait Monnet. D’ailleurs sa citation finale de Monnet n’a sans doute pas été comprise par tous les «représentants du peuple» présents dans l’hémicycle. Sinon, ils auraient réagi plus chaleureusement. Mais «l’Europe» est d’abord une «culture»… Qui ne se développe pas à coup de slogans aussi faciles que faux. La «pensée unique», actuellement, c’est la pensée inique de la contestation systématique et systémique. En tous cas, cette réception officielle de Barroso au palais Bourbon a une retombée positive déjà perceptible: nos députés prennent plus au sérieux ce qui se passe à Bruxelles, Luxembourg, Strasbourg et ailleurs. Il était temps. Moins d’arrogance et moins d’insouciance à tous les niveaux français de délibérations et de décisions permettront de réconcilier les citoyens du «pays de Jeanne d’Arc» et la construction européenne.
Les parlements nationaux n’ont jamais été «exclus» de cette construction: le Danemark (entre autres) l’illustre bien. Et le principe de subsidiarité ne dépend pas dans son application que de l’Europe: il dépend de la lucidité et de la vigilance de tous les acteurs… L’Assemblée nationale a décidé de renforcer sa «veille législative européenne». Tant mieux. Elle a renforcé sa présence à Bruxelles afin d'améliorer le suivi des négociations européennes et d'anticiper sur l'impact des propositions de la Commission au niveau national. La délégation pour l'Union européenne présidée par Pierre Lequiller (UMP, Yvelines) est chargée d'instruire les propositions d'actes communautaires soumises par le gouvernement à l'Assemblée nationale. Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, a proposé que chaque Conseil européen soit désormais précédé d'une séance spéciale de l'Assemblée, au cours de laquelle le gouvernement explique les positions qu'il s'apprête à défendre. Les auditions des ministres à l'issue des principales réunions intergouvernementales vont devenir systématiques. Ainsi, pour la première fois, le ministre de l'économie, Thierry Breton, sera-t-il entendu conjointement, jeudi 26, par la commission des finances et la délégation pour l'Union européenne, sur les décisions en matière de taux réduits de TVA. Les rapports sur les projets ou propositions de loi comporteront une annexe d'information sur l'état du droit européen et la législation en vigueur dans les autres pays de l'Union. Les parlementaires français poussent enfin pour que la France ne soit plus dans le wagon de queue en termes de transposition des directives en droit interne. La France, désignée comme le mauvais élève de l'Europe, voit déjà le stock de directives en retard passer de 4,1 % à 2,4 %, ce qui la place désormais en 17e position sur 25. Ce n’est pas bon, mais c’est mieux. Fin juin 2005, le délai de transposition était expiré pour 73 directives, contre 100 un an plus tôt. Sous le gouvernement Jospin, ce déficit avait été réduit de 7,4 % à 2,8 %, avant de remonter depuis 2002. Le législateur français peut mieux faire…. Ne le décourageons pas: il fait mieux déjà.
Tout cela est très positif. Mais nous pourrions faire faire beaucoup mieux, jouer un rôle moteur en prenant quelques initiatives «intérieures». Pourquoi pas un Conseil national des affaires européennes, par exemple ? Avec des représentants de toutes les collectivités (locales, régionales, nationale) et des ONG, des associations représentatives de la «société civile», des syndicats, des universités ? Il ne s’agit pas, évidemment, de créer un «Comité économique et social» de plus, avec «placards dorés» pour personnalités «inclassables» mais en quête de «récompense républicaines». Mais il s’agit de concrétiser une impérative nécessité mise en relief voilà longtemps déjà par Edgar Morin et quelques autres: «L’Europe n’est pas qu’une affaire supranationale, mais infranationale». Pour cesser de considérer l’Europe comme une «affaire étrangère», il faut l’incarner, la personnifier différemment en «interne». De même, il importe de donner plus de cohérence «européenne» aux actions des divers ministères. De donner plus d’importance et d’influence aux consultations interministérielles. Le secrétariat des affaires européennes, attaché à Matignon mais dépendant de l’Elysée, devrait, en réalité, constituer le cabinet d’un vice-premier ministre chargé des affaires européennes et agissant d’une manière interministérielle. Oh!, je sais… Les habitudes, les corporatismes, les luttes d’influences…Et alors ? Pourquoi ne pas innover ? Avant de demander à «l’Europe» de se réformer, peut-être faut-il se demander ce que «la France peut et doit apporter à l’Europe. Car «l’Europe», c’est nous. Les peuples de chacun des pays qui ont joué la carte d’une Europe qui sera ce que nous en ferons. Et l’information sur l’Europe dépend aussi des médiateurs nationaux, donc de élus nationaux. Ce qui n’a guère été le cas jusqu’à présent.
Daniel Riot est journaliste
Voir l’allocution de Manuel Barroso en vidéo
22:45 Publié dans DANIEL RIOT, RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Trackbacks
La France et l’Europe: une communauté de destins
Où l’on reparle de l’Europe.
...
Trackback par : Ne me réveillez pas avant midi ! | lundi, 20 février 2006
Commentaires
On souhaiterait que les politiques francais qui ont prone le NON comme Fabius fassent la meme chose que Mr. Barroso, car les arguments contre le caractere anti-democratique du TCE ne sont pas assez connus, dans les pays ou le Referendum etait interdit aux citoyens, comme en Allemagne.
L’Europe n’est pas ni une affaire supra-nationale, ni infra-nationale, encore moins affaire étrangère, mais une afffaire cosmopolite. Le Probleme des Europeens n est pas la "Gouvernance" de leur Union, mais son illegitimite.
Ecrit par : unionsbuerger | mardi, 24 janvier 2006
Il faudrait peut etre qu'un jour nos politiciens cessent de feindre ne pas savoir .. et decider .. soit on remet le pouvoir a l'europe , soit on est nos propres chefs , mais en solo .. Avoir le beure et l'argent du beure n'est pas possible .. Quand Chirac fait des promesses impossibles , ils insulte les gens qui l'on elu .. Quand les socialistes raillent Baroso , ils sont inconstants .. qu'ils decident en premier s'ils sont de la vrai gauche , ou de la droite molle .. Au moins les communistes sont Francs , ils ont toujours dit NIET ..
Vu d'ici , au fin fond de la campagne , je realise que plus personne ne se soucis de se que l'on pense . ils n'y plus que des gesticulations .. pour epater les "naifs " que nous sommes et se faire elire pour une presidence de la republique .. Mais nul vrai engagement pour un engagement europeen .. ou un vrai retrait .. Nos politiciens ne sont pas dignent de l'europe qu'ils pretetendent appeler ...
Ecrit par : Del'Orne | mercredi, 25 janvier 2006
Très cher daniel, votre écriture est puissante, lyrique, cela me fait penser à un jet de liqueur séminale ...
Ecrit par : sophie | vendredi, 27 janvier 2006
... sauf qu'il faudrait penser à nettoyer après, parce que vous EN METTEZ PARTOUT : DU GRAS, des fautes de ponctuation. J'espère qu'à FRANCE 2 vous étiez un peu plus sérieux et que vous relisiez vos papier avant de les mettre à l'antenne ... parce qu'ici vous ne donnez pas vraiment une bonne image ...
Au fait quand je clique sur votre signature je tombe sur "http://relatio.blogspirit.com/" ?
encore un nouveau blog (érotic) avec vous dedans ?
Ecrit par : sophie | vendredi, 27 janvier 2006
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