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vendredi, 27 janvier 2006

LA VICTOIRE DU HAMAS PLONGE L'UNION EUROPEENNE DANS L'EMBARRAS

Un «séisme politique», un «tremblement de terre», un «saut dans l’inconnu»…. Prises de court, les diplomaties européennes, américaines et autres…On savait que le Hamas allait tirer parti des élections palestiniennes pour s’affirmer comme une «force incontournable». Ses propres prévisions et ses propres espérances sont dépassées. Avec 76 sièges sur 132, le Hamas a obtenu la majorité absolue au Conseil législatif palestinien (Parlement). C’est la deuxième mort d’Arafat : le Fatha paye ses divisions, sa corruption, son manque de vigilance sociale, et ses ambiguïtés politiques. Est-ce la mort des espoirs de paix ? La question reste sans réponses, sauf si l’on se lance dans ce que Alexandre Adler qualifie d’ «élucubration». Trois certitudes :

 

Premièrement, les observateurs internationaux venus assister aux élections législatives palestiniennes de mercredi ont été unanimes. «Le scrutin s'est déroulé dans de parfaites conditions de sécurité, il a été correct et sans violence, a déclaré l'ancien président américain Jimmy Carter, qui a dirigé une équipe d'observateurs internationaux. Hormis les restrictions [israéliennes] à Jérusalem-Est, le processus électoral a été ouvert et a été l'enjeu d'une grande compétition». Le mérite en revient au Président de la Haute Autorité, Mahmoud Abbas.

 

Deuxièmement, le pari de la démocratie est un pari à risques….Les Américains vont peut-être comprendre qu’en l’état, dans le monde arable, ou du moins dans la plupart des pays arabes, le suffrage universel favorise les partis qui se réclament d’un islamisme radical. La victoire du Hamas est à mettre en parallèle avec les poussées des frères musulmans en Egypte. Le poids du FIS en Algérie constituait déjà plus qu’un avertissement. La cause n’est pas que religieuse: elle est d’abord sociale. Les «Frères» font un travail de terrain considérable : aide sociale, assistance pendant les catastrophes et les crises, soulagement (et exploitation) de la misère. Ils savent se donner une image (même si elle est souvent fausse) de respectabilité morale. Et la «clarté» de leur discours sur Israël leur permet de tirer parti des impasses du processus de paix, de l’antisionisme et de l’antiaméricanisme ambiants, du «besoin d’héroïsme» des jeunes sans horizon d’espérance.

 

Troisièmement, le Hamas a été autorisé à se présenter aux élections sans renier son programme…Ce qui est bien sûr dénoncé par le Likoud, qui rappelle que «Hitler aussi est arrivé au pouvoir par les urnes»… Créé en 1987 par les Frères musulmans lors de la première Intifada, le Hamas s'est opposé aux accords d'Oslo de 1993. Cette organisation islamique prévoit dans sa charte de 1988 la disparition d'Israël, la libération de toute la Palestine et prône le combat armé pour parvenir à ses objectifs, c'est-à-dire la création d'un Etat islamique de la Méditerranée au Jourdain. Le Hamas a été classé dans les organisations terroristes par l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis. Il n'y a donc officiellement aucun dialogue avec cette organisation. Et qui peut s’attendre à ce que le Hamas rende «caduque» sa Charte au lendemain de sa victoire éclatante ? «Faut pas rêver»… Les responsabilités gouvernementales peuvent conduire à plus de réalisme, mais non au reniement de soi. D’où un gel ou une paralysie probable du «processus de paix» et un grand embarras des diplomaties américaine et européennes.

 

«Israël ne peut accepter que le Hamas, dans sa forme actuelle, fasse partie de l'Autorité palestinienne», a déclaré le premier ministre par intérim, Ehud Olmert, avant que ne soient connus les résultats définitifs. Le Hamas est une organisation terroriste qui appelle à la destruction d'Israël et doit être désarmé. Je ne mènerai pas un dialogue politique avec un gouvernement qui ne respecte pas ses engagements les plus fondamentaux et ne lutte pas contre le terrorisme». Pour sa part, la commissaire européenne aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner a fait un peu (trop) vite une déclaration qui ne veut pas dire grand-chose : La Commission européenne coopérera avec le futur gouvernement palestinien «quel qu'il soit, du moment qu'il est déterminé à poursuivre ses objectifs de façon pacifique». C’est bien tout le problème. Et toute «l’inquiétude» affichée à Paris notamment. Dans un communiqué commun, les 25 laissent toutes les portes ouvertes: L'Union européenne, premier donateur de l'Autorité palestinienne avec 500 millions d'euros par an, «se tient prête à continuer son soutien au développement économique palestinien et à l'instauration d'un Etat démocratique» (…) En même temps, elle attend du nouveau Conseil législatif palestinien (CLP, parlement) qu'il soutienne la formation d'un gouvernement désireux de mettre fin à la violence, de négocier une sortie au conflit israélo-palestinien et engagé dans l'Etat de droit, la réforme et une gestion fiscale solide»… Pour le président en exercice de l'Union, le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, l'UE jugera le prochain gouvernement palestinien sur «sa contribution au processus de paix». Mais selon quels critères ?

 

La question de ce «processus de paix» n’est pas la seule. A Bruxelles, en Israël (et en Cisjordanie), nombre de connaisseurs du terrain doutent de la capacité du Hamas à maîtriser les éléments les plus violents et à gérer les affaires. Le vétéran de la politique israélienne, Shimon Pérès, numéro deux de Kadima, le parti centriste créé par le premier ministre Ariel Sharon avant son hospitalisation, estime que «le Hamas ne pourra pas contrôler l'Autorité palestinienne et régler les salaires (des 130 000 fonctionnaires) sans l'aide internationale qui va apparemment cesser». Mais si cette aide est supprimée, qui financera? L'Iran? C'est l'une (nombreuses) des inconnues. La victoire du Hamas sera au coeur des débats, lundi, à Londres, lors d'une réunion du Quartet (ONU, Etats-Unis, Russie, UE). D'ici là les experts mettent au moins plusieurs scenarii d'actions, en fonction d'hypothèses qui tiennent compte de tout, y compris bien sûr des conséquences que ce triomphe du Hamas peut avoir sur les prochaines élections israéliennes.

 

Daniel Riot est journaliste

Trackbacks

Et si la victoire du Hamas s'avérait une chance ?

La victoire du Hamas en Palestine semble inquiéter les capitales occidentales pourtant elle est du ressort d'un processus démocratique que nul ne conteste aujourd'hui. Il semblerait donc que la démocratie ne soit valable et rep...

Trackback par : Campus liber | samedi, 28 janvier 2006

Commentaires

Un nouveau mur de la honte separe Bethleem de Jerusalem
Il est 3 fois plus haut que celui qui divisait Berlin.

Ecrit par : unionsbuerger | vendredi, 27 janvier 2006

L'avenir était angoissant, mais désormais il l'est encore plus sûrement...

Ecrit par : NGK | samedi, 28 janvier 2006

Notre Haut representant Solana introduit une nouvelle definition de la legitimite:
"Un groupe terroriste ne devient pas légitime simplement parce qu'il a gagné des élections. "
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3218,36-735450@51-727598,0.html

L histoire de l OLP apprend egalement que l on pert sa legitimite, si on ne peut rien faire contre ceux qui, detruisent les ports et aeroports palestiniens financers par l EU, contre les memes qui contruisent un nouveau mur de la honte, malgre la mauvaise europeenne en la matiere. Est ce que le Representant de l UE peut oubler notre Charte des Droits Fondamentaux avec son fameux art. 1 ?

Ecrit par : Unionsbuerger | samedi, 28 janvier 2006

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