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dimanche, 12 février 2006

STRASBOURG : BOLKESTEIN POUR PRETEXTE, MAIS DE QUOI ?!

Epoustouflante cette capacité qu’ont certains à ressusciter les morts. Du moins ceux qui ont quitté le devant de la scène. Tellement plus commode aussi sur un plan médiatique. Bolkestein parti de la Commission, il reste la marotte de la scène altermondialiste, comme l’un de ces hochets que les enfants aiment agiter devant le nez de leurs aînés pour rappeler qu’ils existent. Mais voilà, ce hochet n’existe plus, n’a plus de raison d’être. Décriée avec justesse en France, la directive Bolkestein a fait feu. A été boutée hors du champ juridique par l’Union européenne, au moins pour ses passages inacceptables, proposant qu’une entreprise issue d’un autre Etat membre puisse proposer une prestation de service aux conditions sociales de son pays d’origine. Une aberration, source de dumping social au profit des pays les moins avancés en matière de droits sociaux. Une tentative hautement condamnable qui aurait mis en péril nombre d’emplois au sein de PME françaises, belges ou allemandes, pour ne citer qu’elles. Mais voilà : depuis, nombre d’amendements ont été proposés par l’eurodéputée SPD Evelyne Gebhardt. Le principal d’entre-eux ? La suppression de la clause du pays d’origine. Comprendre, une entreprise polonaise, tchèque, irlandaise ou slovaque pourra certes exercer en France mais en s’alignant sur le droit du travail français. Maintenant, il est vrai qu’elle pourra plus facilement exercer en dehors de ses frontières nationales. Mais où est le problème ? Les Français seraient-ils trop frileux ou trop bêtes pour ne pas pouvoir en retour développer leurs activités hors de leurs frontières historiques ? Ce serait leur faire affront que d’imaginer cela. Preuve en est, à plus grande échelle, que nul ne trouvait à redire quand EDF, le géant énergétique français, conquéraient des parts de marché en Allemagne ou en Italie. Tout le monde, en France, trouvait à’époque cela normal. Par contre, lorsque Bruxelles a rappelé qu’il serait peut-être fair-play de renvoyer l’ascenseur, de permettre aux autres de bénéficier des mêmes avantages, rares ont été ceux qui ne sont pas montés au créneau, dénonçant l’ultra libéralisme rampant, la méchante machine communautaire. Aller chasser sur les terres des autres, oui, mais ouvrir son terrain de chasse en retour est inadmissible, antisocial, comprend t-on trop souvent en France. Et puis, il est bien connu que les entreprises des anciens pays de l’Est n’ont qu’une envie : nous envahir de main d’œuvre pas chère, voler nos emplois. D’ailleurs ne l’ont-ils déjà pas fait ? Pour peu que l’on juge que les 10.000 citoyens des PECO travaillant dans l’hexagone sont une menace pour notre économie, certainement. C’est sûr qu’un tel tsunami a de quoi faire frémir les 60 millions de «bons» Français…

 

Le plus étonnant, ou le plus triste, c’est selon, est que nombre de manifestants ne semblaient pas hier véritablement connaître les amendements apportés à la directive Bolkestein. Quatre manifestants venus de Reims et rencontrés dans un café apprenaient que la clause du pays d’origine avait été retirée. Un brin embarrassés (genre : «Mince, notre délégué syndical nous aurait menti !?»), ils rebondirent en disant que « Oui, mais bon, le problème reste le même. On le voit bien, on engage encore des travailleurs étrangers à de très faibles salaires. Cela prouve bien que ces amendements ne servent à rien ». A ceci près que pour qu’un texte soit applicable, encore faut-il encore qu’il ait été voté, qu’il soit entré en vigueur… Le côté décourageant de la chose est que l’on en vient à dénoncer un texte non encore adopté au motif qu’il ne produit pas encore d’effets ! Nul doute que Woody Allen ou Terry Gilliam se délecteraient d’une telle situation.

 

Tous ne sont cependant pas dans ce cas. Certains (nombreux en fait) manifestaient de manière plus générale. Parce que l’Europe de Bruxelles n’a qu’un but affiché : détricoter le modèle social européen. Tuer les services publics en promouvant la concurrence par le bas. De leur compréhension du texte, tout sera mis en concurrence, même la culture qui ne pourra plus être subventionnée. Belle analyse qui mériterait peut-être une petite mise à jour textuelle. Mais bon, est-ce vraiment utile... A moins que le fond du problème ne soit autre. Qu’une grande partie des manifestants défendent avant tout leur petite corporation. Mais on se demande encore laquelle : la culture, les médias, les professions règlementées (architectes, par exemple), les transports, les services publics sont exclus de la directive. Et pourtant, nombreux étaient ceux du service public, justement, qui manifestaient. Pourquoi ? Nul ne semblait véritablement le savoir – du moins être en mesure de l’expliquer - pour peu qu’on leur demandait de sortir du cadre des grandes généralités, du vieux concept de lutte des classes. Ah, si, nombreux s’indignaient des mesures De Villepin sur l’emploi. D’autres, ceux de Reims, comme dernier «argument», de la réforme de la Politique agricole commune. Mais quel rapport avec le texte de la directive ? Au moins, les 10.000 kurdes qui défilaient ce même jour à Strasbourg savaient pourquoi ils manifestaient. Pour que l’Etat turc offre, conformément aux exigences de la Cour européenne des droits de l’homme, un procès non biaisé à Abdullah Öçalan, le leader séparatiste kurde (PKK), condamné à mort en 1999, une peine commuée depuis 2002 en emprisonnement à perpétuité. Réflexion faite, c’est peut-être à cette manifestation qu’il aurait fallu se rendre…

 

Christophe Nonnenmacher est journaliste 

Commentaires

très bien, Christophe, excellente mise au point. Qui malheureusement ne convaincra pas ceux qui veulent restés enfermés dans leurs vieilles lunes...

Enfin, au moins, contrairement aux dockers, ils n'auront rien cassé...

Ecrit par : Manu | dimanche, 12 février 2006

L'intelligestia européenne parle à l'intelligestia. Cette fois les dockers n'ont rien cassé mais nous n'avons assité qu'à une vague répétition générale d'un coup de colère face à l'Europe que l'on veut nous imposer. Ce n'est pas la première fois que je ressens dans vos propos très européen, le ressentiment très anti-français du pays qui taxe trop les entrepreneurs et ne veut pas ouvrir ses frontières. Devons nous ouvrir nos frontières pour payer au rabais nos "frères de l'Est" comme cela est la règle en Irlande par exemple ? Je renvois votre bonne conscience européiste à la lecture d'un ppaier sur la question paru dans le quotidien "altermondialiste" Le Monde. Trêve de plaisanterie. La réalité de l'Europe, les salariés la vive. Prenons Alstom, sauvé par le méchant patriotisme économique français. Alstom va délocaliser ses heures de travail à l'Est. Logique. Le dumping est une réalité. Un vienfait de l'élargissement ? Le concept de la lutte des classes n'existe pas dans votre bouche car vous êtes plus dogmatique que ne l'était les cocos ! Prenons l'exemple de la TVA. La très nationaliste Pologne fait barrage à la TVA à 5,5 %. Pourquoi . Histoire de faire pression sur les 15 millions de français qui ont dit non le 29 mai et à qui on imposera dès la présidentielle de 2007 passée la constitution, via le Parlement ? Sans doute. La Pologne en tout cas n'a pas besoin des vilains français protectionnistes pour bénéficier d'avantages nuisant "à la saine concurrence intra-communautaire", dans des villes où il y a 40 % de chômeurs. Dans nos quartiers, nos villes à 40 % de chômeurs, il faut une dérogation européenne pour créer une zone franche. Anecdotique pour l'intellingestia strasbourgeoise qui préfère parler des Kurdes. Il y a trois mois, la commission a obligé les pays des Balkans à ouvrir leur marché de l'énergie. Le business va être bon y compris pour les vilains français. Pour les peuples, cela se soldera par des milliers d'emplois perdus. Cela n'est rien, face à l'idée de la grosse Europa. Aujourd'hui, les Français, les Néerlandais et tous ceux qui n'ont pas été consultés peuvent enrager face à la construction européenne louées par les multiples agences Tass du net. ici Europeus, là les euros du village, France 3, relatio etc, etc. La bonne parole est louée est donnée car après le 29 mai, l'Europe a vu qu'il fallait occuper le Net. Le peuple occupe bêtement la rue et parfois le Net. Mais dans les grands moments, c'est toujours la rue qui gagne, la petite rue corporatiste (le mote me rappelle étrangement Vichy). Mais soyez européen et soyez satisfait du dumping social ambiant. Tiens l'Europe vient de nous aider à passer des directives favorables aux OGM. Un grand progrès pour l'Intelligestia européenne.

Ecrit par : resistanceeuropeenne | dimanche, 12 février 2006

Manu,

C'est vrai. c'est un début. reste encore le test de mardi :-)

Résistance européenne,

Vous avez raisons, continuez à résister. C'est tellement plus commode que d'essayer d'avancer. Comme de nombreuses personnes, j'attends toujours les propositions (pro)européennes des altermondialistes, dont le plan B que les leaders du non avaient mis en avant. Pour le reste, le privilégié que je suis a vécu deux périodes de chômage en cinq ans avec le sort réservé à tout chômeur côté précarité. Joli privilège, je vous l'accorde... Mais Bruxelles n'y était pour rien, c'est vrai. Certaines faillites peuvent être simplement françaises, sans que les Polonais et autres citoyens des 24 (autres Etats membres) n'aient besoin de nous y aider.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 12 février 2006

@ resistance européenne : évidemment, tout mettre dans le même sac et bien mélanger, ça arrange ceux qui ne voient que des problèmes, et comme ça on peut jeter le bébé avec l'eau du bain ! Il ne s'agit pas pour moi de nier ces problèmes, il s'agit de dire que ce n'est pas en rendant responsable je ne sais quelle Europe que nous trouverons des solutions. Ce qu'il faut faire, c'est regarder la réalité en face, et de cette réalité, l'Europe n'est pas responsable, malgré vos vagues exemples polonais ou vos OGM pour lesquels on nous raconte tout et n'importe quoi. La rue, votre chère rue, quand elle se rendra compte que le train est passé, que nous ne sommes pas montés dedans parce certains ont eu peur de la machine à vapeur, elle n'aura même plus ses yeux pour pleurer car entre temps les mastodontes américains ou asiatiques auront tout balayé sur leur passage. Ouvrez donc les yeux plutôt que de fermer vos volets !

Ecrit par : Didier | dimanche, 12 février 2006

l'article 16, relatif au principe du pays d'origine, n'a pas été supprimé.

voir les amendements de compromis relatifs à la directive :
http://www.europarl.eu.int/comparl/imco/services_directive/051118_compam_fr.pdf

Ecrit par : Yohooo | lundi, 13 février 2006

Yohoo,

Il n'a pas été supprimé mais amendé. Or le contenu même de l'amendement (colonne de droite). Et le fond est tout autre. Il suffit juste de lire...

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | lundi, 13 février 2006

Je cherchais le texte rectifié de la directive service pour me faire une opinion, las de ne lire que des editoriaux creux et des articles qui rendent compte des stratégies respectives de la Comission et du Parlement mais jamais du texte en débat.
Le Monde.fr offre un lien vers le texte... de la directive Bolkenstein de 2004! Qu'on ne s'etonne pas que les gens aillent manifester.
En tout cas merci Christophe pour cette mise au point limpide et éclairanate. Comme toujours.

Ecrit par : Mathieu | mercredi, 15 février 2006

Mathieu,

Merci. 2004, vraiment?! Oups... La toute dernière version (journée du 15 février) est disponible à cette adresse: http://www.europarl.eu.int/omk/sipade3?TYPE-DOC=REPORT&REF=A6-2005-0409&MODE=SIP&L=EN

Malheureusemnt uniquement en anglais pour l'instant.

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | jeudi, 16 février 2006

Christophe,

J'ai du avoir les mêmes problèmes que Mathieu pour trouver les liens vers le texte, celui dont j'indique l'adresse un peu plus haut date de novembre 2005.

Cependant, j'ai plusieurs remarques à formuler :

1/

Stigmatiser les "altermondialistes" comme des "résistants", "ressuscitant" les morts semble un peu simpliste.
Lorsque des milliers de voix s'élèvent, des milliers d'avis de mettent en débat. Il suffit d'écouter les quelques interviews de manifestants situés sur ce site pour voir leur diversité. Comment peut-on fustiger le discours de tous ces militants comme tu le fais ? Même lorsque (dans ton troisième paragraphe) tu admets que "tous ne sont cependant pas dans ce cas", tu retombe dans l'ironie quelques lignes plus bas ("est-ce vraiment utile…")

La manifestation de mardi était une manifestation pour une autre directive (et non pour le retrait de la directive) Est-ce que cela entre dans une logique de protestation stérile ? Lorsque des maniefestants aux drapeaux de couleurs et d'origines différentes passent par dans un reportage d'une minute ou deux à la télévision, on a tendance à tout globaliser, à se "faire une image de" et à ne plus nuancer son jugement. Je trouve qu'il y a beaucoup de ça dans ton propos.

Alors puisque tu opposes les "résistants" et ceux "qui essayent d'avancer", ne joue pas à ceux que tu semble fustiger. Poses les bonnes questions.

Essayons de tirer de façon constructive un bilan des amendements ce traité : D'un coté, le principe du pays d'origine a été restreint au régime juridique du pays d'origine (art 16), les réglementations en ce qui concerne la communication commerciale ne seront pas supprimées (art. 29 : voilà qui devrait faire plaisir aux antipubs) D'un autre coté, les services postaux, de distribution d'électricité, de gaz et d'eau ne sont plus exclus de ce processus de mise en concurrences des services (article 17). L'article 16.2 est une attaque à la notion de services publics… C'est sur ce terrain que nous devons débattre.

Cela pose beaucoup de questions d'ordre général que l'on entend dans les manifestations.

- A-t'on choisi le système libéral européen que l'on est en train de construire de traité en traité ? En France, en 1981, les citoyens ont-ils voté pour un Miterrand adoptant une politique libérale dès 83.
- Entre SIG et Services publics, quel doit être la place du bien commun dans l'Union Européenne.
- L'UE doit-elle se doter d'une constitution ? (Les Français et Les Néerlandais ont voté contre celle que l'on nous proposait, mais pas forcément contre l'idée d'une constitution)
- Quelle politique sociale doit appliquer l'Union Européenne ?
- Etc.

2/

Tu attends un plan B promis de la part des ténors du NON. Moi aussi. Le problème, c'est qu'il faudrait avoir la possibilité d'amender le TCE pour cela. Hors celui-ci va être de nouveau voté, et sans amendements. Les instances "démocratiques" se foutent en fois encore, du vote des citoyens de l'union.


Yohooo

Qui a Manifesté pour une autre Europe le samedi 11,
Membre du Parti Communiste Français,
Ouvert, comme son parti, à tous débats à gauche et à l'extrème gauche.

Ecrit par : yohooo | jeudi, 16 février 2006

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