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lundi, 13 février 2006

AFFAIRE CLEMENCEAU : LA FRANCE EN CONTRAVENTION AVEC LES REGLEMENTS EUROPEENS

Pauvre Clemenceau ! Et pauvre France… On ne se débarrasse pas d’un dossier pourri en le pourrissant davantage encore. Le sort de ce fleuron de  notre marine nationale ne fait pas sourire, mais il fait pitié. Une affaire grave révélatrice de disfonctionnements dans plusieurs services…. Bref, une affaire d’Etat… Point un : les services de la commission de Bruxelles qui suivent le dossier vont sans doute demander des «explications» au gouvernement français ou déposer plainte devant la Cour de justice de Luxembourg contre la France. Et cela risque de coûter cher. Militaire ou civil, tout bâtiment flottant doit respecter des règles…Greenpeace, sur ce cas précis, a un dossier bien meilleur que celui dont peut se targuer le gouvernement français. Les organisations accusent l'Etat français de violer les conventions internationales et les règles de l’Union européennes sur le transfert de déchets toxiques et craignent pour la santé des ouvriers d'Alang, chantier qu'elles présentent comme une «casse à ciel ouvert», sans aucune protection contre l'amiante. La mondialisation ?  L’illustration de la transformation d’un pays du tiers-monde en poubelle de pays «développés»… Des arguments en or pour des «tiers-mondistes» devenus «alter-mondialistes». Surtout, une pratique que celles et ceux qui prétendent défendre les «valeurs» européennes ne peuvent en aucun cas cautionner. C’est moral autant que politique.

 

Point deux : Les Indiens qui avaient pris le démontage du Clemenceau comme une «bonne affaire» se rendent compte qu’ils ont été trompés. «Le pollueur français» est plus dangereux que le «plombier polonais», «le maçon letton» ou «le fabricant de textile» indien… La Cour suprême indienne, qui devait se prononcer hier a finalement demandé un supplément d'information au ministère de la Défense pour décider si elle doit ou non autoriser le porte-avion à entrer dans les eaux territoriales indiennes. Le pire, pour Paris, est à craindre… Les Egyptiens, au bout du compte, avaient peut-être bien fait de bloquer le Clemenceau à l’entrée du canal de Suez. Ils ont, peut-être, eu tort de céder aux pressions diplomatiques françaises  Cela tombe mal : Chirac voulait faire un beau voyage en Inde… Et nous avons plus que jamais besoin d’avoir de bonnes relations avec Le Caire.

 

Point trois : les révélations du Journal du Dimanche d’hier compliquent encore les choses… Le ministère français de la Défense a perdu la trace de 30 tonnes de déchets amiantés sur les 115 tonnes officiellement retirées du Clemenceau. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Le Journal du Dimanche publie, en effet, les extraits d'une récente note du chef d'état-major de la marine nationale, l'amiral Alain Oudot de Dainville, à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, dans laquelle il mentionne que le poids total des déchets convoyés au centre d'enfouissement de Bellegarde (Gard) est de 85 tonnes et non de 115 tonnes, comme l'ont toujours indiqué les autorités françaises. L'ex-porte-avions Clemenceau a subi une première phase de désamiantage en 2005 à Toulon sous le contrôle de deux sociétés, Technopure et Prestosid, chargées de transmettre les bordereaux de livraison au ministère de la Défense. Le porte-parole du ministère, Jean-François Bureau, a confirmé hier à Reuters que seules 85 tonnes avaient été répertoriées à Bellegarde.

 

«Deux hypothèses sont possibles: soit tous les documents attestant de l'arrivée de ces matières n'ont pas été fournis et donc il y un manque de documents administratifs, soit entre les 115 tonnes qui ont parties de Toulon et les 85 tonnes qui sont arrivées à Bellegarde, il y a eu des produits contenant de l'amiante qui ont été détournés», a-t-il expliqué. Etrange, vous avez dit « étrange » ? C’est à un point tel que l'ouverture d'une enquête judiciaire en France n’est pas exclue. Que faire devant un pareil mystère? Et qui profite de quoi et de qui? Selon Greenpeace, le bâtiment contiendrait encore entre 500 et 1.000 tonnes de produits amiantés. Impossible à vérifier, bien sûr. Mais,  pour le moins, les maladresses de communication du ministère français de la défense sur cette affaire ne sont en rien rassurantes… Qui va songer à réunir une commission d’enquête parlementaire? C’est un de ces sujets qui devraient s’imposer, non ? Quelle que soit la décision de la Cour Suprême indienne...

 

Daniel Riot est journaliste

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