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mercredi, 15 février 2006
LES EURODEPUTES SOCIALISTES FRANCAIS SE LAISSENT PRENDRE EN OTAGE PAR FABIUS
Quand je pense à tous mes ennemis de droite qui me traitent de gauche, et à tous mes amis de gauche qui me jugent trop à droite, je ne devrais pas publier cette note. Mais il se trouve que je n’ai qu’une carte : elle est de presse. Et même si cet encartage là n’a pas toutes les vertus (loin s’en faut), j’y tiens. Une affaire de liberté. Ou plutôt de quête de liberté. Les propos inadmissibles du socialiste Georges Frêche sur les Harkis me semblent aussi exécrables et condamnables que les pires propos révisionnistes, racistes et xénophobes de «leaders» de la droite-extrême. Et la démagogie m’insupporte quelle que soit sa source… Ce n’est pas évident à assumer, surtout que je n’ai rien d’un Zorro : ni cheval, ni masque, ni épée. Dommage… La générosité d’âme sans moyen de l’imposer, cela doit avoir un nom : impuissance, peut-être. Ou naïveté. Peu importe. Venons-en au sujet-clef…
Au moment des débats internes au PS, j’avais écrit une «Lettre à mes amis socialistes tentés par le non à la constitution». Sans grand succès, visiblement. Aujourd’hui, j’aurais envie d’écrire une autre «Lettre à mes décevants amis socialistes» qui, une fois encore, sacrifient l’essentiel à l’accessoire, privilégient la tactique à la stratégie, le calcul de pouvoir aux vraies ambitions du pouvoir. Pouvoir de faire et non d’être ou d’apparaître… Je ne dois rien comprendre à la politique, en fait… Pourtant, j’adore le théâtre… «Exemplaire», la réconciliation (de façade) des euro-socialistes français ? Exemplaire, dans la mesure où elle illustre précisément ce que l’esprit de responsabilité devrait interdire de faire… Contre-exemplaire ! Fabius, qui multiplie ses contacts en Europe, a même fait le déplacement de la Saint-Valentin à Strasbourg, pour marquer de sa présence physique cette manifestation organisée par la Confédération européenne des syndicats (qui avait prôné le oui au projet de traité constitutionnel)… La récupération est l’un des arts de l’antiquaire, dirait un mauvais esprit que je ne suis pas tout à fait… Et face à cette «terrifiante» directive «services» qu’on s’obstine toujours à surnommer «Bolkestein», les rangs socialistes se resserrent. Comme si le parti n’avait pas été divisé par le referendum sur la Constitution. Comme si ce parti, héritier de Mitterrand l’Européen, ne devait pas assumer une responsabilité majeure dans la victoire du non en France…
«Du passé, faisons table rase»… Même d’un passé récent, et non encore bien décortiqué, analysé, dépassé. Les tenants du oui et ceux du non se retrouvent donc, côte à côte, ensemble, dans le refus de la «directive services». Tous seront en rupture avec leur groupe au Parlement européen, et en accord avec ceux qui se croient majoritaires en Europe, parce que les non de gauche se sont ajoutés aux non de droite en France… Les jeux politiques les plus dangereux ? Ceux de la mauvaise foi, des mauvais calculs… Et des visions sélectives. Comme le dit Jean-Louis Bourlanges, eurodéputé UDF, plus politologue que politicien, «la position des socialistes français me paraît tragiquement déterminée par des considérations politiciennes. Je rencontre partout des socialistes qui me disent que le texte n'est pas si mauvais que cela, mais qu'après tout ce qui a été dit pendant la campagne référendaire, on ne peut pas le soutenir. En fait, les socialistes qui ont voté oui sont hypnotisés par ceux qui ont voté non. Tout cela est totalement déterminé par des enjeux de politique intérieure.» Bizarre : j’ai fait les mêmes rencontres et les mêmes constats…
Au passage, Jean-Louis Bourlanges fait un petit rappel qui s’impose : «La directive services» est directement tirée de l'article 49 du traité de Rome, qui a été négocié et signé par les socialistes, qui n'ont aucune raison de rougir de leur œuvre. Il est clair que les socialistes ont un mal fou à savoir s'ils sont pour le marché et la concurrence comme l'ensemble des social-démocraties européennes, ou s'ils sont contre, comme MM. Mélenchon, Emmanuelli, le Parti communiste et l'extrême gauche.» Grave question qui est soigneusement esquivée en cette saison, où 2007 compte plus que «l’avenir dans la durée», où les déraisons de la politique («politichienne», disait de Gaulle) triomphent sur les raisons d’Etat…. Machiavel en son genre, Mitterrand avait bien vu que Fabius était le plus doué… pour tromper son monde, en toute bonne conscience. Ce grand prêtre de l’Europe non libérale n’a-t-il pas personnellement signé l’Acte unique qui est le traité le plus «hyper-capitaliste» européen ? Le problème, ce n’est pourtant pas lui : ce sont ceux qui déraisonnent en suivant sa déraison, en applaudissant à ses trahisons. Et en favorisant ses ambitions. Comme l’écrit si bien Alain Duhamel dans les «Prétendants» (chez Plon), «il n’y a pas un mystère Fabius, il y a une question Fabius éternelle, celle de la sincérité». Fabius, ou «l’envergure égarée», c’est aujourd’hui la question de tout le PS. «Laurent Fabius a fait passer Laurent Fabius avant l’Europe». Il ne faudrait pas que le PS fasse passer le PS avant l’Europe… et la France en Europe. C’est pourtant ce que de bons amis (à moi) de gauche sont en train de faire ou de se préparer à faire… Dommage pour elles et pour eux. Tragique pour tous.
Daniel Riot est journaliste
09:10 Publié dans CONSTITUTION, DANIEL RIOT, RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Georges Freche devrait etre demmissione par son parti et Fabius devrait etre nomme Candidat et en aucun cas nous devons prendre modele sur la Poltique allemande, mais la politique allemande doit prendre modele sur nous, si modele il y a encore ?
Ecrit par : unionsbuerger | mercredi, 15 février 2006
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