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jeudi, 02 mars 2006

HAITI : UNE FAILLITE COLLECTIVE ?

Près de deux ans après le départ houleux de Jean-Bernard Aristide contraint de s’exiler sous la pression de la communauté internationale, la doyenne des Républiques des Caraïbes vient d’élire René Préval à la Maison Blanche de Port-au-Prince. Un homme étrangement proche des bandes armées, qui l’ont soutenu et qui continuent de semer le désordre dans Cité Soleil et Bel-Air. Paradoxe de la chose, désarmer ces milices sera l’un des enjeux des premiers mois de sa présidence, quand bien même Préval ne se démarquerait pas par sa volonté d’encourager une action plus musclée des casques bleus, dans un pays en décrépitude institutionnelle et dont la corruption administrative, l’échec scolaire et judiciaire n’en sont que quelques symboles. Les faits parlent d’eux même : Haïti se meurt sous nos yeux… sans que la communauté internationale ne réagisse outre mesure. Un comble quand on sait que l’échec du processus de reconstruction signerait un nouvel échec de taille - si celui de l’Afghanistan se confirme - à même de décrédibiliser un peu plus encore l’Onu dans ses missions de rétablissement de l’Etat de Droit… et d’encourager la radicalisation des comportements de sociétés exaspérées par l’absence de perspectives économiques et sociales décentes. La question posée est simple et réelle : à force de considérer des régions de plus en plus vastes et géopolitiquement vitales comme des « zones grises », où tout espoir de sortie par le haut est illusoire, va t-on immanquablement légitimer qu’à défaut de puissance publique la loi du plus fort, apanage en Haïti comme ailleurs d’une criminalité de mieux en mieux organisée, s’impose ?

 

L’échec de l’accès à la démocratie en Haïti, au-delà de la tenue du scrutin, qui s’est tenu plus ou moins correctement, ce qui est une première en soi à souligner, nous oblige à redoubler d’effort pour ne pas placer la démocratie en tenaille entre populisme et  nationalisme ici, ou entre népotisme et islamisme ailleurs, comme les derniers scrutins au Proche-Orient nous l’ont démontré… La principale mission de l’Onu consiste à consolider et à professionnaliser une force de police autonome qui, à défaut d’armée nationale dissoute par crainte de coups d’Etats à répétition, est le seul élément tangible de l’autorité de l’Etat contre les intérêts mafieux. Des aides plus conséquentes de la part de la communauté internationale y contribueraient, ne serait-ce que pour crédibiliser le système multilatéral d’assistance à « pays en danger ». Mais là encore tout est question de volonté politique. A défaut, il risque d’y avoir moins d’Haïti et plus de Somalie à travers la planète…

 

Emmanuel Dupuy est Secrétaire général de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)

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Commentaires

La rationalité du comportement politique des acteurs populaires haïtiens

Par Fritz DORVILIER*

Après le coup d’Etat orchestré le 29 février 2004 par Washington, Paris et les classes possédantes haïtiennes -avec évidemment la traditionnelle aide d’une minorité d’opportunistes issus de la classe moyenne- contre le contemporain leader politique charismatique, Jean-Bertrand Aristide, les classes populaires semblaient désabusées. Un nombre important d’individus de ces classes déshéritées, au travers d’une rationalité de la non-action, s’est réfugié dans des églises, une manière, comme le dit André Corten (1), de conjurer leur mal politique résultant de la diabolisation de leur leader, de faire face à leur désolation socioéconomique et d’espérer dans le bas-monde, en l’absence d’autres perspectives et de stratégies d’action, une amélioration de leurs conditions matérielles de vie dans le Royaume céleste ; et, en guise de résistance légitime armée organisée face aux mercenaires venus de la Dominicanie, une petite minorité de ces acteurs populaires, habitant notamment dans les bidonvilles de la capital, ont opté pour le marronnage urbain armé.

Toutefois, après deux ans de marasme économique teinté de clientélisme (privatisation clanique de l’appareil étatique, législation de classe) (2) et de grande corruption, laquelle pratique, par le biais de la mise en scène et de l’acharnement médiatique prônant une fausse vertu absolue alors que les propriétaires de ces médias dominants ont construit leur fortune de manière excessivement déloyale (spoliation des paysans et exploitation des ouvriers du secteur de la sous-traitance, vente de médicaments avariés, non paiement chronique d’impôts et de taxes, etc.), ayant faussement légitimé le renversement par la force d’Aristide, de troubles politiques en termes de violation systématique de la fragile constitution haïtienne et des Droits humains, d’affrontements entre bandes rivales, etc., Washington a finalement constaté qu’il ne peut exister de paix durable dans ce pays sans un gouvernement véritablement légitime.

D’où la réalisation, après diverses tentatives des conseillers-politiciens électoraux de miner par tous les moyens les opérations préélectorales, des joutes du 7 février 2006. La question qu’a soulevé ces élections, spécifiquement les présidentielles, est celle du poids des acteurs populaires dans la dynamique politique haïtienne. En effet, vu l’actuel ordre des choses(3) où, en ce qui concerne les stratégies de développement des pays pauvres, les grandes décisions macro-économiques, déterminant logiquement la structuration du champ politique, sont prises au niveau des institutions économiques et financières internationales, l’on est en droit de douter de l’impact positif de la participation politique des acteurs d’en bas dans la dynamique de production d’un autre ordre social où les droits socio-économiques seraient élargis à toutes les couches sociales de notre formation sociale.

Ce scepticisme, s’il est rationnellement fondé, implique un interrogation sur le sens du comportement politique des acteurs populaires ayant plébiscité le sept février dernier l’ancien et dynamique président R. G. Préval. Je peux d’emblée dire que cette stratégie politique, contrairement à certains chercheurs haïtiens qui, au lieu de chercher à comprendre - dans le sens wébérien du terme- la rationalité des actions des acteurs déshérités, leur jettent plutôt l’anathème (4) et mettent l’accent sur leur manque de culture politique, s’inscrit dans une logique visant à transformer structuralement le présent ordre social haïtien qui, en réalité, ne s’ordonne et de se désordonne qu’au profit d’une infime minorité d’acteurs sociaux.

Dans cette perspective, la forte participation de la majorité des « sans droits socio-économiques » haïtiens prend d’abord le sens d’un désaveu par rapport à la minorité des ayants droit socio-économiques ayant violemment participer au renversement du président Aristide. Ainsi, contrairement à ce que racontaient les médias nationaux et internationaux dominants, le fait de se rendre en grand nombre aux urnes, les masses défavorisées montrent clairement qu’elles n’avaient pas perdu confiance dans l’ancien régime politique lavalas.

Car, de par leur propre rationalité, elles ont compris que la lutte anti-Aristide était fondamentalement axée sur des frustrations politiques. Et c’est pour cela qu’elles ont, par peur des armes lourdes des acteurs économiques dominants et des rebelles plutôt que par une forme de non soutien au régime déchu, garder le silence. La majorité des acteurs populaires, hormis les petits groupes de bandits qui s’étaient violemment autoproclamés défenseurs des intérêts du pouvoir aristidien et du peuple (l’Armée cannibale et autres), savaient clairement que la résolution de leurs problèmes socio-économiques ne dépendaient pas que d’Aristide. Leur espoir politique n’était pas axé sur une utopie, contrairement à ce que veulent faire croire politiciennement et non politologiquement certains observateurs (5). Ils savaient et savent que les pratiques politiques et économiques dépendent les unes des autres.

Dans cette perspective, leur stratégie d’action d’accéder à long terme à l’économique par l’établissement d’un pouvoir politique représentant et respectant leur aspiration collective, comme ils l’avaient fait en élisant Aristide en mai 2000, révèle leur rationnelle volonté de se prendre politiquement en charge afin de transformer leurs conditions matérielles d’existence. Et bien que cette stratégie politique populaire ait été troublée pour des intérêts mesquins par les manœuvres des politiciens apercevant que le charisme d’Aristide leur interdit définitivement l’accès au pouvoir et des ONGistes voulant détourner l’aide internationale au développement afin tout simplement de monter vers l’élite économique, les masses continuaient à se voir comme le seul vecteur du pouvoir légitime. D’où la profonde réponse du sept février dernier.

Cette réponse politique permettant à R. G. Préval d’accéder légitimement à nouveau au pouvoir n’a pas été fournie parce qu’il n’y avait pas d’autres choix possibles. Elle s’inscrit rationnellement dans la continuité lavalassienne ou aristidienne. Sachant évaluer les rapports de force -brute- tant au niveau national qu’international, les acteurs déshérités ont plébiscité Préval de façon à faire comprendre aux détracteurs d’Aristide le réduisant naïvement et idéologiquement à un phénomène du passé -comme si le passé n’avait aucun lien avec le présent et l’avenir- qu’ils (acteurs populaires) continueront à être des aristidiens tant qu’ils demeurent dans cette infrahumaine situation socio-économique(6).

Ils ont aussi fait consciemment le choix de Préval non pas parce qu’ils ne savent pas, comme les pêcheurs en eau trouble se bousculent pour le rappeler, que c’est sous son gouvernement que les prétendues entreprises publiques, qui ne leur servaient véritablement pas à grand-chose, ont été privatisées, mais du fait qu’ils voient en lui un lavalassien et un pragmatique populaire qui avait fait ses preuves à travers divers réalisations concrètes en termes de construction de voies de communication, d’écoles, de centre hospitaliers et d’une importante réforme agraire (les grands propriétaires terriens de l’Artibonite ont tous repris les terres attribuées aux paysans sans-terres après le coup d’Etat du 29 février 2004).

Outre ces importantes réalisations, les masses populaires cherchent à construire une structure d’opportunité politique (7). Car ils ont compris que s’ils ne s’impliquent pas en faveur d’un homme politique partageant réellement leur espoir de changement socio-économique, le champ politique serait investi et privatisé par d'autres groupes de l'espace social défendant leurs propres intérêts tout en se faisant passer pour les vecteurs de la démocratie -bourgeoise- et pour les défenseurs des pauvres. Dans ce sens, la fabrication d'une "structure d'opportunité politique constitue la condition nécessaire pouvant faciliter la construction du développement qui, n’étant pas un phénomène naturel nécessite une dynamique collective en termes de mouvement social qui à son tour définira et mobilisera les besoins des individus concernés et mobilisera les moyens pour les satisfaire.

Les masses défavorisées aperçoivent pratiquement que sans la construction de cette structure d’opportunité politique pouvant non pas freiner leurs stratégies et discréditer leurs logiques mais pouvant les accompagner matériellement, légitimer leurs actions aux yeux de la société civile internationale ; ce qui les placerait en position de faire passer leurs revendications auprès des puissants acteurs financiers économiques internationaux. Car, il ne fait aucun doute que, contrairement à ce qu’estimaient les acteurs situés à gauche du mouvement anti-Aristide, la situation socio-économique et politique du pays dépendait davantage des acteurs globaux que du pouvoir national. Et seule une mobilisation populaire collective peut permettre au pouvoir national légitimement établi de négocier avec les acteurs économiques nationaux et les bailleurs de fonds internationaux les intérêts collectifs des acteurs de bas.

En définitive, le comportement politique des acteurs populaires haïtiens traduit leur volonté rationnelle de ne plus se faire doubler politiquement par des réactionnaires de la minuscule classe moyenne ainsi que par d’autres acteurs économiques de l’espace social qui, par le passé, les ont toujours exploités et méprisés. Ils ont voté en grand nombre afin de pouvoir donner un contenu à leur espoir pratique de changement socio-économique. Ils ont plébiscité un candidat qui pourra les aider et les encadrer dans leurs stratégies d’action transformatrice.

* Fritz DORVILIER,
Sociologue, Professeur à la FASCH,
Doctorant en Etudes du Développement
Université Catholique de Louvain, Belgique.


(1) Corten, André, Diabolisation et mal politique. Haïti, misère, religion et politique, Cidihca/Carthala, Québec, 2000.

(2) Par définition, dit Mancur Olson, Logique de l’action collective, PUF, Paris, 1987, une législation de classes avantage la classe comme un tout et non les individus et n’offre en aucun cas à ceux-ci une incitation à l’action.

(3) Peemans, Jean-Philippe, Le développement des peuples face à la modernisation du monde, Academia/Bruylant, Louvain-La-Neuve, 2002.

(4) Le discours théologico-politique de L. F. Manigat concernant le choix de R. G. Préval par les acteurs populaires témoigne de son radical refus d’une démocratie substantive. A mon avis, la rationalité des « incultes » l’emporte sur celle des « cultivés ».

(5) Certains points de vue, notamment ceux des prétendus intellectuels ONGisés de la classe moyenne, sur le champ politique haïtien révèle une grande ambiguïté, laquelle est évidemment liée à leur position de classe. Et l’article de M. F. Joachim (Vive l’utopie d’une Haïti nouvelle, in Alter Presse, 18 février 2006) en témoigne grandement. Hormis les anecdotes non prouvés qu’il relate, on ne peut y entrevoir que la même réactionnarité désolante ayant poussé pratiquement le pays à la crise politique de 2000.


(6) Le charisme populiste est un phénomène qui dérive dialectiquement d’un leader et d’une situation socio-économique bien spécifique. Je partage dans ce sens l’analyse théorique, bien que sommaire et pamphlétaire, d’un anti-Aristidien primaire, Jean Alix René, La séduction populiste. Essai sur la crise systémique haïtienne et le phénomène Aristide, H. Deschamps, Port-au-Prince, 2003. Ce professeur m’a violemment sommé, quand j’étais étudiant à la FASCH, d’aller «satisfaire ma grande faim chez Aristide » alors que nous débattions en assemblée mixte d’un sujet qui n’avait rien à voir avec Aristide : La gestion de ladite faculté.

(7) Le concept de structure d’opportunité politique est d’une grande importance dans l’analyse des mobilisations collectives. Il désigne en effet les configurations spécifiques de ressources, d’arrangements institutionnels et de précédents historiques de mobilisation sociale facilitant ou entravant le développement des mouvements de protestation. Kitschelt, 1986, “Political Opportunity Structures and Political Protest: Anti-Nuclear Movements in Four Democracies”, in British Journal of political Science, 16, pp. 57-85.

Ecrit par : Dorvilier | vendredi, 03 mars 2006

Le viol des enfants dans les écoles, la drogue, le terrorisme d'Etat, le racket, le chantage, le meurtre, le kidnapping, le mensonge, l'erreur. En un mot le Mal est désigné maintenant par le vocable "rationalité".

Avant l'avènement du parti "La fanmi Lavalas" (La famille, comme dans la Mafia, Lavalas) tout cela s'appellait le Crime et était Hors-la-loi.

Quel sens donne-t-on ici au mot "rationalité"? Logique? Intelligence? Progrès? Discernement?

Ecrit par : Cakeeh | mercredi, 08 mars 2006

Que dis-je avant Lafanmi lavalas et sa politique de déstructuration et d'intoxication de toute sorte, cela n'existait pas.

Le jeune âge des "penseurs" et/ou adeptes de la secte-parti Lavalas leur permet de quadriller le Net et monopoliser l'opinion sur Haiti. En réécrivant l'Histoire à leur façon. Tout ceci est de bonne guerre.

Mais vous ne pourrez changer LA NATURE. Le crime reste le crime, même pratiqué par les couches populaires des bidonvilles à-qui-on-n'a-pas-donnéè-leur-chance-qui-ont-faim-mais-conduisent-des -4X4-achetés-avec-l'argent de la drogue-qui violent-hommes-et-femmes-décapitent-les-cadavres-et-circulent-mitraillettes-au-poing.

CES GROUPES SE PREPARENT A CASSER LE PAYS SI PREVAL NE LEUR DONNE PAS SATISFACTION.

G. Delva, le Directeur LAVALAS, de l'Agence Reuters en Haiti, a élaboré une dépêche où les ex-soldats réclament leur paiement à Préval.

On n'a pas besoin de décodeur pour lire que les gangs lavalas s'apprêtent à tout casser et à tout mettre sur le dos d'une armée inexistante.

Emmanuel Dupuy a l'air bien informé. Il est un rare occidental à ne pas s'être (encore) laissé séduire par le chant des sirènes lavalas. Trop nombreux sont ceux qui avalent sans aucun discernement les fausses-vérités de ce parti de fous....rationnels

Ecrit par : cakeeh | mercredi, 08 mars 2006

La place de la rue pour un pouvoir légitime

"Ce n'est pas parce quelqu'un aime mon service,
qu'il faut que je l'influence avec mes idées"
Yannick Noah, tennisman


Même dans les démocraties les mieux installées, la rue, les manifestations parfois violentes de l’opinion publique, conservent une place légitime dans la vie politique courante. Mais il y a une condition subtile à ce pacte : la rue ne doit jamais être du côté du pouvoir. Seuls les régimes dictatoriaux utilisent les foules pour donner et se donner l’illusion de la légitimité. Hitler et Mussolini, qui avaient été régulièrement élus, n’en dédaignaient pas moins les démonstrations de masse. On sait cependant que leur élection n’en faisait pas pour autant des démocrates. Un gouvernement authentiquement démocrate sait se contenter des urnes et des institutions. Le peuple n’est pas content de nous ? Qu’il nous chasse avec son bulletin de vote. Le peuple soutient notre belle politique ? Qu’il continue à voter pour nous, nous n’avons nul besoin de vociférations, ni d’acclamations aussi excessives qu’éphémères.

En revanche l’opposition peut, sans rompre le pacte démocratique, et à condition de canaliser la violence, ressentir le besoin de s’exprimer hors des institutions si elle estime qu’à l’intérieur de celles-ci, où par définition elle est minoritaire, sa voix n’est pas écoutée. Mais les oppositions qui retournent au pouvoir grâce au soutien et l’intimidation de la rue sont en général instables, démagogiques, vouées à décevoir ceux-là même qui l’ont portée où elle est. Il s’agit donc d’une arme politique à employer avec parcimonie, en dernier recours, et seulement si on est dans l’opposition. Tel est l’enseignement de plusieurs siècles de démocraties, sur tous les continents qui en comptent.

Mais en Haïti, un nouveau pouvoir arrive qui bénéficie d’une double onction : celle du suffrage universel, et celle de la rue, comme en ont témoigné les regrettables mouvements de foule qui ont suivi le premier tour. C’est en théorie un avantage, mais en pratique une terrible menace, comme nous l’avons déjà vu avec Aristide. Bien entendu, aucun homme politique ne serait assez sot pour humilier ses propres supporters. Mais aucun ne devrait être assez sot pour ne pas faire la différence entre ceux qui l’adorent et ceux qui n’adorent que ses promesses. Machiavel aurait dit qu’il faut se méfier également des deux, mais dans le cas présent, le nouveau président devrait faire avec soin le partage. Les hommes et les femmes qui croient sincèrement en lui, en sa capacité d’homme d’Etat, donc en sa capacité à faire des choix douloureux, éventuellement désagréables à court terme pour eux, ceux-là sont ses meilleurs alliés. Sont-ils nombreux ? Par contre, ceux qui espèrent de lui des amnisties, des prébendes, des impunités, seront demain les fossoyeurs de son pouvoir.

C’est dans ce contexte que les spectaculaires photographies de Wyclef Jean posant à côté de chefs de gang notoires ont un sens politique extrêmement dangereux. La sanctification de Cité Soleil comme îlot de résistance à « l’intervention étrangère », vrai peuple authentique opprimé, pose un problème. Le but de tout gouvernement conséquent ne devrait-il pas être de faire disparaître Cité Soleil, en procurant à ses habitants de meilleures conditions de vie comprenant une rétribution juste et saine de leurs actes? Mais surtout pas d’en faire un acteur politique permanent de la vie publique haïtienne.

Là encore, c’est à l’opposition de faire son travail. C’est elle seule qui peut aider René Préval à se libérer de certains de ses soutiens pour en faire le président de tous les haïtiens, pas seulement celui de 300.000 habitants des bidonvilles. Et pour cela, elle doit confirmer aux élections législatives que l’autre moitié des haïtiens, celle qui n’a pas voté Préval au premier tour des présidentielles, est elle aussi une force politique aussi visible que ces « héros » -je suis tentée de faire la liaison - soutenus par un chanteur de rap américain d’origine haïtienne.

Margaret Cartier
Paris, le 9 Mars 2006

matinales@magdotcom.net
castillecastillac@gmail.com

Sur le net www.magdotcom.net , le lundi suivant l'édition du Nouveau Matin D'Haiti

Ecrit par : Margaret Cartier | lundi, 13 mars 2006

Je ne peux que souscrire à ce commentaire plein de bon sens. L'avenir immédiat nous dira, en effet, si René Préval réussi ce pari d'être le président de tous les Haïtiens...

L'IPSE est entrain de préparer un numéro spécial sur Haïti, en intégrant des textes de diplomates haïtiens (notamment un ancien ambassadeur à paris), de la Francophonie (acteur un peu oublié dans ce contexte), des Nations Unies, d'universitaires haïtiens et français...

Je vous en adresserai un exemplaire bien évidemment. Si vous souhaitez nous soumettre un texte, n'hésitez pas, je pourrais selon sa taille l'intégrer dans notre dossier.

ED

Ecrit par : Emmanuel DUPUY | lundi, 13 mars 2006

Les commentaires faits par rapport à l'intelligent article de Dorvilier témoignent d'une véritable difficulté à rendre compte des conflits de classe. Si Dorvilier reste sur une position rousseauiste, les commentaires sont par contre très flous et anecdotiques.
Haiti n'est pas une faillite collective; elle va rebondir, comme elle l'a toujours fait dans le passé. Et l'élection de Préval par la "foule" majoritaire en témoigne.
Il faut savoir que la peur des pauvres et des foules constitue la spychose des riches. La foule fait peur aux acteurs dominants. Lisez les textes de G. Tarde et de Le BON.

Ecrit par : Jean N.K | mardi, 21 mars 2006

Trois plus tard.... Pardon... Si votre proposition d'article est encore valable... Vous pouvez me joindre sur mag@magdotcom.net, en rappelant l'objet.

Quoiqu'il en soit, je vous remercie de l'attention portée à cet article.

Civilités

Margaret Cartier

Ecrit par : Margaret Cartier | jeudi, 15 juin 2006

Félicitations au professeur Dorvilier.
Pour ce qui est des divers commentaires, il faut avoir vecu en Haïti assez longtemps afin de comprendre la complexité de la situation politique du pays.En tant qu'ancienne étudiante du professeur Dorvilier et en tant que Sociologue, je l'encourage fortement sur cette voie.

Ecrit par : Marie Louise Lafleur | jeudi, 20 juillet 2006

Toujours ok pour l'article proposé à Margaret Cartier pour les Cahiers de l'IPSE.

Amitiés

ED

Ecrit par : emmanuel DUPUY | vendredi, 21 juillet 2006

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