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samedi, 11 mars 2006
LA MORT DE MILOVEVIC: LES TROIS SECRETS DE LA TOMBE
Qui peut pleurer ? Les Serbes qui l’adulaient : il y en a…. Et tous ceux qui rêvaient d’un vrai procès. Sur tous les plans… Idéologiques, politiques, policiers, financiers, criminels… Milosevic, c’était l’incarnation, le symbole vivant, du fascisme «noir-rouge-brun», de ce curieux mélange (explosif) entre le stalinisme, le nazisme, le populisme, le nationalisme, le bellicisme et (on l’oublie trop), l’affairisme. Il est mort. Soit. Trop tôt. Dans des geôles de La Haye et dans des conditions qui vont alimenter des rumeurs et des désinformations : c’est déjà parti. On parle même de meurtre…. N’importe quoi. Dommage. Déjà de «bons» esprits s’emballent. Le tribunal de La Haye aurait-il dû autoriser «Milo» à se faire soigner, à Moscou ou ailleurs. Le Kremlin dénonce… Les pires adversaires de la juridiction internationale de La Haye tentent de trouver dans sa mort, «dans sa cellule», une raison de dénoncer ce «système» qui est supranational, donc au-dessus des juridictions nationales, ce qui heurte de front les corporatismes juridico-politiques nationaux… et les pourris des insuffisances du droit international qui ne mérite toujours pas son nom
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Restons sérieux : Milosevic, mort, reste un accusé, non un héros. Un monstre, non une victime. J’en ai parlé avec nombre d’amis serbes qui ne veulent rien entendre : Milosevic est le héros du grand malheur serbe, non le chantre du bonheur serbe… Et c’est un vrai ennemi de l’humanité, un auteur et un inspirateur des pires crimes. Sa mort va ajouter à sa légende : c’est grave… Qui peut encore vivre au temps du Champ des merles ? La Cour de la Haye, disqualifiée par les Serbes, fait peur à Washington, à Moscou, et dans toutes les capitales soucieuses de continuer à faire triompher les (dé)raisons d’Etat sur les principes de justice (Pékin, New Delhi, Téhéran, Paris, Londres, Berlin… entres autres …). Le droit international reste une négation du droit. Une hypocrisie du droit. Ou une déviation sublimée - ou subliminale - du droit… Milo meurt avec trois mystères qui n’ont pas fini de nous hanter… Le premier : les crimes de guerre. C’est la plus importante des questions. De quoi est-il coupable exactement ? Nous ne saurons jamais…. Ce mélange d’Hitler et de Staline a fait trop de morts et de victimes… Combien ? Le deuxième : les fondements du fascisme «noir-rouge-gris» qu’il a voulu instaurer. Un mélange explosif entre le nazisme, le stalinisme et le pire des nationalismes vaut analyse, sérieuse : l’avenir européen n’est en rien vacciné contre ce fléau hérité du XXième siècle… Le troisième : l’alliance diabolique entre les populismes, les nationalismes et l’affairisme : les menaces sont générales à des degrés divers. Sur les réseaux financiéro-maffieux… Qui étaient au cœur du procès Milosevic… lequel ne sera jamais instruit complètement ni achevé…
Au coeur financier du système Milosevic et de ses batailles, une vaste «caisse noire» avec des ramifications dans plus de cinquante pays. Qui aujourd’hui peut-il le nier ? «Durant toute ma carrière, je n'ai jamais rencontré ni jamais entendu parler d'une structure financière off-shore aussi vaste et aussi compliquée», note le norvégien Morten Torkildsen, enquêteur au bureau du procureur et auteur du rapport rendu public hier par le Tribunal pénal international. Le quotidien Libération s’en est fait l’écho. Trop tard, sur ce plan là aussi… Ce texte de soixante-quinze pages avec les annexes devait être présenté au cours d'une audience prochaine du procès de l'ancien président yougoslave, jugé depuis le 12 février et accusé de «crimes de guerre et crimes contre l'humanité» pour ses responsabilités dans les conflits au Kosovo (1990-1999), en Croatie (1991-1995), ainsi que dans le «génocide» bosniaque (1992-1995). Sa mort va-t-elle rendre caduque l’enquête ? Et qui va en profiter ? Le «système» monté par Milosevic et ses proches servait à contourner les sanctions internationales mises en place contre la Yougoslavie dans les années 1990, et surtout à acheter des équipements militaires, hors de tout contrôle. «Ce n'est qu'une partie de la pieuvre», explique Florence Hartmann, porte-parole de Carla Del Ponte, soulignant que «le bureau du procureur n'a pas cherché à mener une enquête financière sur l'ensemble de l'argent détourné par Milosevic, mais qu'il s'est concentré sur le financement parallèle des structures et des groupes qui ont mené les guerres et les crimes».
Ce n’est pas tout… L'économiste réformiste, cité par Libération, Mladan Dinkic, actuel gouverneur de la Banque centrale yougoslave, estime à 4 milliards de dollars l'ensemble de l'argent détourné des caisses de l'Etat par Slobodan Milosevic et les siens jusqu'au renversement du régime en octobre 2000. Des chiffres ? Le très détaillé rapport du TPI remonte les filières pour 80 millions de dollars et 500 millions d'euros. Il se fonde notamment sur les interrogatoires de plusieurs hommes clefs du système, dont le chef de la police politique, Rade Markovic, et surtout celui de Mihalj Kertes, homme des basses oeuvres et grand argentier du clan Milosevic, en tant que patron des douanes. Allez savoir… La plus grande partie du pactole des «caisses noires» provenait (semble-t-il) de cette administration fédérale, où Mihalj Kertes régnait sans partage. Du moins, on le dit au conditionnel… Surnommé «Donald Duck» pour ses colères, ce natif de la Voïvodine avait aidé Milosevic à prendre le contrôle, en 1988, de cette région du nord de la Serbie, qui bénéficiait d'un statut d'autonomie analogue à celui du Kosovo. Arrêté en décembre 2000 par les nouvelles autorités réformistes, il confiait au quotidien Devni Telegraf : «Quand l'Etat a découvert à travers moi ces possibles sources d'argent, il en fallait toujours plus, et ma démission était devenue impossible». Quelques mois plus tard, Milosevic, arrêté en avril 2001 et accusé de malversations financières, affirmait devant les juges serbes que «l'argent avait été dépensé pour des armes, des munitions et d'autres fournitures destinées aux armées des Serbes de Bosnie et de Croatie, et que, pour des raisons de secret d'Etat, cela ne pouvait être inscrit dans le budget».
Selon le rapport, une partie des sommes servait pour l'armée ou la police. Le reste transitait par des banques yougoslaves, en particulier la Beogradska Banka, où Milosevic commença sa carrière d'apparatchik sous la tutelle de Borka Vucic, qui restera le cerveau financier du clan. L'argent partait vers des sociétés écrans au travers de banques étrangères basées à Chypre (Banque populaire de Chypre) et en Grèce (Banque hellénique). Le document scrute les comptes de huit de ces compagnies, dont Aviatrend, créée à Gibraltar en 1994 par un présumé trafiquant d'armes russe, ou la société Neocom, basée à Chypre et dont le propriétaire était jusqu'en 1998 Borislav Milosevic, frère de Slobodan et ancien ambassadeur de Yougoslavie en Russie. «Des paiements étaient effectués vers des sociétés basées en Israël, en Russie et aux Etats-Unis, et impliquées dans la production et la vente d'équipements militaires», indique le rapport. Des transferts partaient aussi sur des comptes basés dans une cinquantaine de pays (Grèce, Allemagne, Autriche, Chypre, Suisse, Luxembourg, Liechtenstein, Singapour, Monaco, Guernesey, Jersey et Man...). Mais, du propre aveu des enquêteurs, il sera impossible de dérouler l'ensemble de l'écheveau financier monté par l'ex-homme fort de Belgrade Impossible, sans doute si l’on s’arrête à l’acte de décès de Milosevic et si l’on ne veut pas voir que ses réseaux, eux, sont toujours bien vivants…
Daniel Riot est journaliste
19:20 Publié dans DANIEL RIOT, DROIT & JUSTICE, RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Cette oraison manque d équillibre. Milocevic aurait ete impensable sans Tudjmann et Tudjmann aurait ete impossible sans la renationalisation de la politique allemande au debut des annees 90.
DANKE DEUTSCHLAND.
Ecrit par : Unionsbuerger | dimanche, 12 mars 2006
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