« LA MORT DE MILOVEVIC: LES TROIS SECRETS DE LA TOMBE | Page d'accueil | NUCLEAIRE, BOURSE AU PETROLE, A QUI PROFITERA LA CRISE IRANIENNE ? »
dimanche, 12 mars 2006
EUROPEUS, SEIZE MOIS APRES
Près de seize mois après son lancement, le 15 décembre 2004, Europeus est toujours là. Plus vivant que jamais. De quoi rappeler à la plupart de nos rédactions nationales que l’Europe ne désintéresse pas autant le lectorat francophone qu’elles semblent le penser. Bien sûr, les 24.000 lecteurs directs mensuels (février-mars 2006) d’Europeus ne perturberont pas les disciples de Dieu Médiamétrie. Reste qu’ils forment un ensemble bien plus important que ce que d’aucuns, au sein des rédactions francophones, nous prédisaient. Les chiffres, restons-y quelques instants. 24.000 lecteurs, donc. Directs parce qu’en parallèle Europeus est régulièrement repris sur Agoravox, dont on ne présente plus le succès et, chaque quinzaine, dans les colonnes françaises du quotidien Metro. Autant de lecteurs indirects, difficilement chiffrables, mais dont le volume n’est de loin pas négligeable. Sur les chiffres, beaucoup pourrait encore être dit, mais à quoi bon. Europeus n’a pas été créé dans cet esprit mais bien en raison d’une profonde absence d’Europe et de débat européen dans la presse traditionnelle. Ne parlons même pas de l’audiovisuel. Parti de deux personnes, Europeus compte désormais près d’une vingtaine de correspondants. En France, en Allemagne, en Turquie, aux Etats-Unis, en Belgique, au Mali, au Maroc, etc. Tous, qu’ils soient journalistes, universitaires, politiques, consultants, entrepreneurs ou responsables d’associations se sont joints à ce pari un peu fou qu’était de remettre la bannière étoilée au centre du débat. Simplement parce qu’on le veuille ou non, l’Europe représente plus de 70% de notre quotidien, ne serait-ce qu’au travers du droit qu’elle inspire à notre législateur national.
En seize mois, beaucoup de choses ont été écrites et lues, notamment au cours du débat référendaire français sur le projet de constitution européenne. Sentiment partagé de ce côté-ci du miroir ? Oui, l’Europe intéresse, mais il est parfois bien difficile d’en parler sereinement tant la méthode Coué de certains «européistes» est usante et tant la démagogie de certains «socio-souverainistes» semble parfois être désespérément prise pour parole d’Evangile. Le rôle de nos médias «traditionnels» devrait être de remettre un peu d’ordre dans les idées reçues. D’informer, pendant mais aussi en dehors des grands barnum communautaires. La construction européenne ne s’arrête pas à un sommet ou à une consultation électorale. Tout est question d’angle dans le traitement, et ce travail, nul autre que les journalistes ne sont mieux placés pour l’accomplir. A ceci près qu’il faudrait également éviter de tout mélanger, de placer ces mêmes journalistes dans la classe des nantis, des défenseurs de l’opprimant contre l’opprimé. Combien de fois a-t-on pu lire dans les commentaires d’Europeus que «de toute façon, vous n’avez rien à craindre, vous faites partie de l’élite et c’est elle que vous défendez !». Pour précision, la très grande majorité des journalistes ne gagne pas plus de 1200 à 1500 euros mensuels. Etrange vision de ce qu’est l’élite de la part de personnes qui, pour certaines, gagnent un salaire deux à trois fois plus important que ceux qu’ils décrient. Mais bon, peu importe, là n’est pas le propos.
Le simple fait de diviser une société moderne entre peuple et élite est absurde. Un salarié a autant besoin d’un employeur qu’un employeur d’un salarié, pour ne prendre que cet exemple. L’un ne va pas sans l’autre. Après, tout est question d’honnêteté dans la relation professionnelle. Par contre, là où la machine dérape est dans cet étrange ballet entre des politiques soucieux de recentrer leur communication sur un plan national et la paresse de nombreuses rédactions à leur rappeler que les thématiques qu’ils abordent sont régulièrement européennes et non nationales. Que stigmatiser Bruxelles à des fins électorales et la prendre pour bouc émissaire de leur propre incompétence n’a pas de sens. Tout comme de s’attribuer les mérites – sur le plan gouvernemental, par exemple – d’une décision, certes, soutenue par l’opinion publique nationale, mais prise à vingt-cinq. Nouvelle précision, ce sont les Etats qui ordonnent à la Commission et non l’inverse. Se dégager, pour un Etat, de toute responsabilité dans l’adoption d’une directive communautaire est une aberration, qui plus est quand on sait que le Conseil est co-législateur sur le plan communautaire. S’abstenir de rappeler la chose sur le plan journalistique enlève malheureusement toute crédibilité aux médias. La cautionner… n’en parlons même pas.
Voici donc, pour quelques constats, seize mois après. Comme annoncé dès le début, Europeus ne s’est ainsi pas arrêté à une campagne électorale, et continue son petit bonhomme de chemin. En français mais également, désormais, en anglais (la version s'étoffera progressivement) et en allemand (ce mois-ci). Le tout avec des auteurs propres. L’évidence aurait été de faire traduire les textes. Mais l’une des règles qu’impose, comme pour tout blog, Europeus à ses auteurs est d’entretenir le débat avec leurs lecteurs. Une différence par rapport aux médias traditionnels à laquelle nous tenons ici particulièrement et qui rend de ce fait délicat l’appel à traducteurs. D’autres projets sont également en cours, dont la publication prochaine d’une revue (papier) européenne. Une revue (au nom différent) faite entre autres d'enquêtes de terrain, de chroniques au ton «sucré salé», où le lecteur sortira des cases dans lesquelles la presse l’a trop longtemps enfermé, entre amateur (très) peu éclairé et spécialiste «ultra spécialisé». Et où l’illustration graphique, retrouvera une place qu’elle n’aurait jamais dû quitter. L’amateur de presse étrangère y verra, dès la couverture, des similitudes avec un prestigieux magazine new-yorkais. Sans en dire plus, l’ambition sera ici la même. Un peu mégalomaniaque, sans doute. Un peu folle, très certainement. Car là aussi, ce type de publication n’existe pas dans l’espace francophone. Sans doute parce que «ça n’intéresse pas», que «c’est trop compliqué»… De quoi, au vu des premiers pas d’Europeus, nous laisser penser qu’une belle aventure pourrait en naître…
Christophe Nonnenmacher est journaliste, co-fondateur d’Europeus
16:35 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER, MEDIA | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
16 mois de blog européen, d'angles pertinents sur un chemin de vérité où la communauté de destin est à 25, sinon plus. Merci Europeus d'exister, fenêtre ouverte sur une réalité que l'on nous cache (les médias tradi), bien qu'y réside un fabuleux futur à inventer.
20 correspondants, 24 000 lecteurs et des milliers d'autres sympatisants. J'espère que v(n)otre aventure sera inspirer d'autres rédactions, que le poids des europ'timistes fera pencher la balance au delà des interrogations électorales ponctuelles.
Une version déclinée sous format papier, en kiosque, pour votre mégalomaniaque espérance d'un dialogue communautaire où l'on pourrait dépasser les égoïsmes nationaux, est salutaire. A l'heure où le patriotisme économique version UMP remporte la majorité, et que la gauche française par en bibine de préférence nationale (Fabius, Attac et les autres ...), n'attendez pas plus lontemps par réaliser le rêve.
Merci
Ecrit par : héloïm | dimanche, 12 mars 2006
Héloïm,
Vous faites bien d'écrire "v(n)otre aventure", car à l'instar des autres blogs, Europeus ne serait pas grand chose sans l'interactivité et les liens que nouent auteurs et lecteurs-commentateurs. C'est d'ailleurs là tout l'intérêt de l'outil blog. Reste La question: comment conserver ce rapport avec le papier? C'est une vraie (et difficile) question à laquelle il appartiendra de trouver une réponse commune. En poursuivant la discussion et le débat sur un blog dédié à la revue, certainement, mais aussi en trouvant cette idenité éditoriale qui manque tant à de nombreux journaux. Rares sont ceux qui l'ont trouvée en France. Elle et Télérama, chacun dans leur registre, l'ont, je pense, trouvé. Nombreux sont en effet ceux qui les achètent en raison d'un lien affectif qui s'est crée entre eux et leur magazine. Bref, tout ce qu'aucune étude (de marché) ne pourra anticiper. Espérons juste que nous saurons trouver ce petit plus. Merci pour vos encouragements,
Christophe
Ecrit par : christophe Nonnenmacher | dimanche, 12 mars 2006
Cher Christophe, cher Europeus,
Je me réjouis de cette audience croissante, des multiples sujets abordés, d'entendre parler d'Europe enfin et presque tous les jours !
Je regrette un peu la disparition du drapeau bleu Européen de votre bandeau qui même si je ne suis pas "Euro nationaliste" marquait une position politique claire, ce qui est rare en ce moment. Enfin, je ne comprends pas l'utilisation du drapeau américain mêlé de l'Union Jack pour signifier l'usage de l'Anglais sur une partie du site, mais peut-être est-ce pour faire bisquer les Anglois ?
Un grand merci à vous tous pour cet admirable travail
Julien Schick
Pour Strasboug-Culture
http://info-culture.com
Ecrit par : julien | lundi, 13 mars 2006
Oui soyons fou. Demandons a notre Deutsche Leitkultur l impossible.
Que l Allemagne qui a ecrit notre Charte des Droits Fondamentaux
en reviennet a ses utopies europeenes et donne la premiere
le Droit de vote pour tous les Unionsbuerger au Bundestag.
Ecrit par : unionsbuerger | lundi, 13 mars 2006
Europeus est un merveilleux projet, mené par quelqu'un pour qui j'ai beaucoup de respect. Fière et heureux de faire un peu parti de ce projet. See you in casa ;-)
Ecrit par : ~laurent | lundi, 13 mars 2006
Julien,
Pour le drapeau, ne cherche pas trop loin. On a juste repris le picto des version anglophones de Blogspirit:-) Quant à l'ancien logo, je le trouvais un peu trop institutionnel. Maintenant, dans les deux ans qui viennent (je me connais un peu) le design actuel m'ennuiera à nouveau. Peut-être verrons-nous alors un retour à la bannière étoilée. Peut-être pas en même temps :-)
Laurent,
Merci à toi de nous avoir rejoint. N'oublie d'ailleurs pas que nous avons toujours en projet une section Maghreb... ;-) Pour Casa... ne m'en parle pas, la mer et le soleil me manquent. Peut-être fin avril...
Unionsbuerger,
J'ai toujours autant de mal à comprendre votre acharnement sur le thème de la Deutsche Leitkultur. Mais bon, à défaut de Casa, cela donne un petit côté exotique à Europeus.
Merci également à tous ceux qui viennent chaque jour sur Europeus. En espérant vous compter toujours plus nombreux,
Amicalement,
Christophe
PS: pour ceux qui souhaiteraient mettre un fil RSS d'Europeus sur leur blog, le plus simple est d'entrer l'adresse d'europeus (http://www.europeus.org) sur http://www.feeddigest.com. Un code RSS vous sera alors donné. Restera juste alors à le copier sur votre blog. :-)
Ecrit par : christophe Nonnenmacher | lundi, 13 mars 2006
bravo europeus !
Ecrit par : mowglii | mardi, 14 mars 2006
Ecrire un commentaire