« MARTIN SCHULZ APPELLE AU BOYCOTE DE BERLUSCONI ET DE SES AMITIES NEGATIONISTES | Page d'accueil | CPE : PROPOSITION POUR UNE SORTIE DE CRISE »
dimanche, 19 mars 2006
CPE : 500.000 SELON LA POLICE, 1,5 MILLION SELON LA CGT, ET BEAUCOUP D'INTERROGATIONS
Les organisateurs des manifestations d’hier contre le contrat première embauche (CPE) réclament du gouvernement qu’il prenne l’initiative de demander au Parlement d’abroger la loi qu’il lui a demandé de voter il y a deux semaines ou de ne pas la mettre en oeuvre de son propre chef. Cette exigence est fondée sur l’ampleur supposée des manifestations qui refléterait la volonté populaire et exprimerait une légitimité supérieure à celle qui résulte des élections. Que l’on accepte ou non ce raisonnement, il serait en toute hypothèse utile que le pays ait une vision exacte du nombre de Françaises et de Français, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, qui ont fait l’effort d’aller défiler pour exprimer leur rejet du contrat première embauche. Or tout ce dont nous disposons, ce sont deux évaluations aux antipodes l’une de l’autre, rapportées benoîtement par les médias, sans autre commentaire.
Si c’est le chiffre attribué à la police qui est le bon - 500.000 manifestants dans toute la France -, il s’agirait à l’évidence d’un échec pour les organisateurs qui ne pourrait qu'inciter le gouvernement à maintenir sa position. Si au contraire, c’est le chiffre de 1.500.000, avancé par la CGT, qui reflète la réalité, il s’agirait d’un succès, créant un nouveau rapport de forces dans le pays dont il serait difficile de ne pas tenir compte. En terme de bon sens, on pourrait se dire que, dans une telle circonstance, il faudrait pouvoir faire confiance au service public, ce qui serait mon inclination naturelle, et donc retenir le chiffre de la police comme valide. Mais la plupart de nos compatriotes, à tort ou à raison, ne se satisferont pas de cette référence pour se former leur jugement. De même auront-ils du mal à accorder leur confiance à celui de la CGT sans autre forme de procès. Retenir la moyenne, tentation habituelle face à un tel dilemme, ne correspondrait à aucune rationalité particulière. Pour sortir de cette difficulté, il me semble que ce serait aux médias de jouer le rôle d’arbitre en demandant que la police et la CGT fournissent le détail de leurs méthodes d’évaluation, en procédant aussi peut-être à leur propre analyse et en proposant au public une estimation raisonnable et objective, au surplus susceptible d'être comparée avec des évènements similaires du passé. Il serait surprenant en ce début de vingt-et-unième siècle que l’usage des techniques statistiques, électroniques et photographiques ne permette pas de réduire significativement cet écart du simple au triple et de fournir à l’opinion des éléments d’appréciation raisonnables sur la véritable intensité des préoccupations du pays en ce qui concerne le contrat première embauche.
Pierre Bilger est ancien chef d’entreprise
14:01 Publié dans PIERRE BILGER, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Europe









Commentaires
Réveillez-vous ! Ce n'est pas une question de chiffres. Que ce soit selon la police ou les syndicats, la mobilistaion contre le CPE est énorme. Tous les observateurs s'accordent là-dessus. Mais aussi touts les acteurs. Retenez donc un chiffre sur lequel tout le monde est d'accord : 68 % des français sont contre le CPE.
Ecrit par : Louis | dimanche, 19 mars 2006
Il faudrait effectivement se demander pourquoi le service public de la police sous estime systématiquement le nombre de participants aux manifestations.
Rend-il service au public ou bien seulement à son employeur ?
Ecrit par : hector | dimanche, 19 mars 2006
Difficile de vous suivre dans ce raisonnement : à quelle valeur finit l'échec, à quelle valeur débuterait le succès ?
A 999 999 y aurait-il echec pour que le succès soit présent à 1 000 000 ?
A moins qu'il n'y ait que "demi", échec ou succès selon le goût de chacun, pour le voisinage du million ?
Et "quasi" échec à 800 000 pour "quasi" succès à 1.2 millions ?
Il y a visiblement eu "plusieurs centaines de milliers" de manifestants dans les rues et un certain rapport de forces a été de ce fait créé, toute la question étant de savoir évaluer correctement les forces en présence et, plus difficile que cela, évaluer les perspectives que cela ouvre.
Le gouvernement doit-il estimer que la contestation est suffisante pour provoquer un retrait ou bien qu'elle demeure trop faible pour y conduire ?
Et doit-il supposer que cette contestation grandira s'il campe sur ses positions ou bien qu'elle s'éteindra ?
Ce n'est donc peut-être pas sur cette seule manifestation à l'envergure incertaine que l'on peut statuer sur la conduite à tenir.
"l’ampleur supposée des manifestations qui refléterait la volonté populaire et exprimerait une légitimité supérieure à celle qui résulte des élections" écrivez-vous.
Quand bien même connaitrions-nous l'effectif exact à la personne près des manifestants il n'existe à ma connaissance aucune loi qui décrive les conditions pour lesquelles la légitimité d'une manifestation devrait être considérée comme supérieure à celle d'une élection, tandis que les élections ne peuvent être déclarées légitimes que si elles se sont déroulées dans une conformité totale avec des textes bien précis.
Nous sommes donc là dans deux régistres différents et il ne sera probablement jamais question de remplacer des élections par des manifestations de rue : l'urne a de beaux jours à vivre (espérons-le).
Une élection peut, même si la conformité aux textes est parfaite, être considérée comme entachée d'un vice profond, et c'est le cas de la dernière présidentielle au cours de laquelle l'essentiel du vote s'est exprimé contre une candidature dont en fait personne ne voulait, et de ce fait indirectement pour l'actuel président de la république.
Et là ce sont les électeurs eux-mêmes qui ont organisé, par leur vote du premier tour, les conditions d'une élection très criticable et sur la légitimité de laquelle on peut s'interroger.
Tout cela place la question du CPE dans une configuration assez extrême, celle d'un pouvoir à la légitimité douteuse qui emploie des méthodes plutôt hussardes pour édicter une loi dont en fait les principaux acteurs auxquels elle s'adresse ne veulent pas vraiment.
Le rôle du pouvoir est-il d'imposer de force ce qu'il suppose "bon" (dans l'objectif d'un "plus grand bien commun"), quitte à provoquer de graves protestations, ou est-il de rechercher parmi les divers partenaires en présence ce que pourrait être une solution meilleure que l'existant et qui serait acceptable pour tous ?
La différence porte exactement sur ce qui se produit aujourd'hui : ces manifestations qui sont un désordre coûteux pour tout le monde avec une issue incertaine.
Il me semble que l'état ne doit pas être cette entité dominatrice et isolée qui éventuellement injectera du sable dans les articulations de la société parce-que tel sera son bon plaisir (la vision du "bien" qu'il voudra considérer sans avoir tenté de la partager) mais plutôt ce lieu de délégation du pouvoir par les citoyens afin que le pouvoir soit capable de placer là où il faut et au moment opportun ce qu'il faudra d'huile dans les rouages afin que le fonctionnement de la société en soit amélioré.
Et l'on voit que le CPE fait plutôt figure de gravier que de lubrifiant : c'est une faute du pouvoir, qui pourtant avait été prévenu que cette loi avait peu de chances d'être bien acceptée par un grand nombre de citoyens.
Mais quelles dispositions légales, hormis le droit de grève et de manifester, prévoient une possibilité de réagir EN TEMPS REEL en cas de faute du pouvoir ?
Et de réagir à la mesure de l'ampleur de la faute et de la menace qu'elle représente ?
Qu'importe si la menace est réelle ou supposée : elle est prise en compte dès lors qu'on se figure qu'elle existera, et en fait personne ne sait si ce CPE aurait des effets positifs ou négatifs, ni où se situerait la balance.
Un comptage précis du nombre de manifestants n'apporterait que peu face à ce fait essentiel : un certain nombre de citoyens se sont sentis pris au piège par une décision du gouvernement et tentent de briser ce piège avant qu'il se referme.
Le gouvernement semble affirmer que le dialogue préalable a été suffisant, un certain nombre de partenaires contestent cela et demandent un dialogue plus profond, plus complet, avant qu'une mesure comme le CPE soit applicable.
Cela ne remet en cause la légitimité d'aucune élection : ce n'est pas la légitimité des personnes qui est mise en question dans un premier temps mais la légitimité des manières que ces personnes emploient.
Et pour en revenir à la question du seuil, d'échec ou de succès, l'insistance de ces personnes pourrait provoquer leur rejet massif : les manifestants se compteraient en millions alors.
Mais là encore le seul critère du nombre ne suffirait pas à quantifier le mécontentement, devraient s'y ajouter la durée, l'ambiance, la force de la protestation, ses motifs, la dureté de l'événement...
Ecrit par : jcm | dimanche, 19 mars 2006
Nous n'avons ni besoin de la police ni de la CGT pour savoir que nous étions plus nombreux qu'à la précédente... il suffisait d'y être! Comme le dit Louis dans le commentaire ci-dessus pour les amoureux des chiffres, les sondages sont éloquant. Il n'y a que parmis les proches de l'UMP que l'on trouve une majorité pour le CPE et il y a quand même 30% des proches UMP pour être pour le rejet du CPE !
Ecrit par : Quoique | dimanche, 19 mars 2006
Les statistiques policières sont fondées sur un mode de comptage qui répond à une logique bien précise.
Sont mesurés, en plusieurs points: la largeur de la rue, le nombre de manifestants dans cette largeur, la distance entre les "lignes" de manifestants, le "débit" de ces lignes. Ainsi que les variations de ces chiffres.
En est extrapolé le nombre de manifestants qui DÉFILENT. Ne sont pas pris en comptes les personnes sur les côtés ou celles ne faisant pas tout le parcours, assimilés à des badauds, des gens ne manifestant pas réellement.
Ce mode de calcul a pour tendance de diminuer drastiquement les estimations.
Il ne correspond pas à la "réalité du vécu".
Les RG et la Préfecture le savent bien.
Avec une certaine habitude des foules, il est assez aisé d'avoir une idée du nombre de participants.
Après, c'est une guerre de chiffres.
Cependant, la moyenne des deux chiffres est généralement assez juste. Sachant que le chiffre fourni par des syndicats "sérieux" comme la CGT sont assez fiables (avec la réserve faite au paragraphe précédent).
Des études ont eu lieu sur des modes de comptage plus précis, mais c'est à croire que la volonté n'est pas tout à fait là...
Le contrôle de la rue étant une question bien délicate.
Ecrit par : BLD | dimanche, 19 mars 2006
Bonjour, il serait facile de connaitre la véracité des chiffres, ou de s'en approcher, en ayant le détail des chiffres avancés. Ainsi la police a annoncé 7.000 personnes à Marseille, ce qui a fait rigoler tout le monde dans la cité phocéenne.
On aurait alors le même genre de rigolade dans de nombreuses villes de France, et la Police (les renseignements généraux en fait) finirait par éviter de raconter n'importe quoi sous peine de se discréditer davantage : vous devez bien être le seul sur internet à prendre les chiffres des pouvoirs publics pour argent comptant, avec tout le respect qu'on vous doit.
Cela ne préfigure rien de bon pour la validité de vos autres analyses et plus généralement de votre "think Tank", même si on peut espérer davantage de clairvoyance pour d'autres sujets...
Ecrit par : jose gmo | mardi, 21 mars 2006
José gmo
J'ai sans doute raté un épisode mais quel think tank?
Christophe
Ecrit par : christophe Nonnenmacher | mardi, 21 mars 2006
Ecrire un commentaire