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lundi, 20 mars 2006

INSTAURER LA DEMOCRATIE AU BELARUS, UN VRAI DEFI POUR L’EUROPE

La démocratie ne se résume décidément pas à une addition de suffrages… Un regard du coté de Minsk, la capitale du Belarus, ce morceau de l’ex-URSS où le stalinisme se porte toujours aussi bien suffit à s’en convraince…. Stalinisme ? Un mélange rouge-brun, plutôt. «Batka», le «père»… est aussi un admirateur d’Hitler… Et cet ancien professeur d’histoire ne s’en cache pas. Il s’en vante, même… Alexandre Loukachenko, le président biélorusse sortant, âgé de 51 ans et au pouvoir depuis douze ans, peut faire couler la vodka chez ses supporters et renforcer sa «terreur d’Etat». Ce soir, «Batka» est donné gagnant, bien avant la fin du dépouillement. Comme prévu. Quand bien même sa victoire serait contestée par l’opposition démocratique et par les rares observateurs internationaux…. condamnés à ne rien pouvoir voir, comme annoncé… Aucune surprise, donc à Minsk : un sondage de sortie des urnes attribue plus de 84% des voix au président sortant, dernier dictateur en place de l’espace paneuropéen. Là, dans ce pays enclavé entre Pologne et Russie, qui ne dispose pas du statut d’Etat mebre du Conseil de l’Europe... L'opposant démocrate Alexandre Milinkevitch, qui appelle à manifester ce soir contre un scrutin jugé frauduleux n’obtiendrait pour comparaison que 2% ( !) des suffrages. L'Union européenne avait beau eu menacer le régime en place de nouvelles sanctions en cas de fraudes électorales et les Etats-Unis reconnu avoir injecté 21 millions de dollars (près de 17,5 millions d'euros) pour soutenir la démocratie dans le pays, rien n’y a fait… 84% ! Mais il est vrai que Poutine, encore furieux d’avoir eu à «affronter» les révolutions orange en Ukraine et rose en Géorgie, n’entend pas vivre de révolution bleue à Minsk. Poutine soutient donc Batka à fond, y compris en lui livrant du gaz à bas prix… Triste coïncidence, donc, que d’observer qu’il appartiendra sous peu, et pour la première fois, à Moscou de présider le Comité des ministres du Conseil de l’Europe.

 

Reste que, comme le rappelle l’AFP, «le président Loukachenko maintient la Biélorussie dans une sorte d'âge de pierre politique et économique, assorti d'un isolement quasi complet sur la scène internationale. Se présentant comme le garant de la ‘stabilité’, l'homme a assis sa popularité auprès de la population âgée des campagnes, insistant sur ses origines rurales. Son discours populiste et son langage de charretier font impression, ses méthodes font froid dans le dos». Dernière trouvaille politique en date, précédant le scrutin d’aujourd’hui : la dénonciation d’un projet d’attentat, fomenté par les «démocrates», es «agents de l’étrangers» et déjoué par le KGB de Batka… Le tout mis en scène via la télévision, qui offre aux téléspectateurs biélorusses le privilège de suivre la confession d'un «terroriste» par écran interposé. Le jeune homme, dont l'identité n’a pas été précisée, y a expliqué avoir été entraîné aux attaques chimiques dans un camp «situé en Géorgie», ainsi qu'à la réalisation d'explosifs et de mines labellisées ex-URSS et Otan. Cerise sur le gâteau, les caméras d’Etat ont également montré un pistolet, des portables et des dollars… «Propaganda»…

 

Les 3000 personnes réunies ce soir place d’Octobre, dans le centre de Minsk, savent qu’elles risquent gros. Loukachenko a promis de leur «tordre le cou, comme on fait aux petits canards» et de les traiter comme des «terroristes», donc comme des gens qui risquent la peine de mort ou l’emprisonnement à vie. Car Alexandre Loukachenko se moque de ce que pensent les organisations internationales, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’OSCE et des menaces qu’elles peuvent brandir. Il en tire même parti grâce aux médias qu’il contrôle, à ses services de sécurité (qui s’appellent toujours… KGB), à son chantage aux études, à l’emploi, aux aides publiques, au logement et, bien sûr, grâce à sa police et à sa justice «aux ordres». A son système militaro-policier qui contrôle plus de 80% des activités du pays…

 

Pourtant, la vraie question biélorusse est aujourd’hui européenne. Qui osera l’affronter dans toute sa complexité ? Le Conseil de l’Europe a des principes à faire respecter, y compris par ses pays membres à l’égard des pays non membres… L’Union ne doit quant à elle pas se masquer derrière l’aide humanitaire au «peuple biélorusse», qui n’est, dans les faits, qu’une forme de soutien déguisé au régime. L’OSCE joue pour sa part à Minsk une crédibilité déjà bien entamée. Les Etats-Unis, enfin, doivent prendre conscience qu’ils ont tort de jouer en «solitaire» et d’user de méthodes «impérialistes». Pour faire court et direct, les différentes capitales doivent, plus que jamais, cesser de se contenter de «belles paroles».

 

Daniel Riot est journaliste

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Commentaires

Il est rare de pouvoir lire une analyse aussi pertinente actuellement, même sur le web.
Bravo !

Ecrit par : Stéphane | lundi, 20 mars 2006

Sans vouloir en rien minimiser les grands mérites de Daniel, et en prêchant pour ma paroisse de manière bien peu objective, je trouve que les analyses du Taurillon (http://www.taurillon.org) ne sont pas mal non plus...

Ecrit par : Emmanuel | lundi, 20 mars 2006

Manu,

J'attends toujours des nouvelles de ton webmaster :-))

Christophe

Ecrit par : christophe Nonnenmacher | lundi, 20 mars 2006

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