« DILEMMES EN SERIE POUR L’EUROPE | Page d'accueil | SECONDE MORT POUR LA DIRECTIVE BOLKESTEIN »
dimanche, 26 mars 2006
QUEL AVENIR POUR LES RELATIONS TRANSATLANTIQUES FRANCE-USA ?
On sait les discordances que Paris et Washington ont eues sur le dossier de la guerre en Irak. On sait aussi que la relation transatlantique s'est fortement améliorée ces derniers mois, suite en particulier aux cérémonies du débarquement, en 2004, au savoir faire et au charme de la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, en visite en France en 2005. Bref, la réconciliation, aujourd’hui, est bien réelle, au point que certains, des deux côtés de l’Atlantique, envisagent un Nouveau Pacte Atlantique, un Nouveau Contrat Atlantique. Reste que d’autres observateurs avancent que le désaccord irakien ne saurait être lu comme une «scène de ménage» passagère. Nous sommes bien en effet, à leurs yeux, face à une véritable fracture entre les deux côtés de l'Atlantique : la réconciliation est impossible, le divorce entre les deux pays est consommé ; le fossé va s'élargir, le «découplage» se pérenniser de façon durable, voire s'élargir, le «grand schisme» minant pour de bon ce qu'il est convenu d'appeler la «Communauté Atlantique». Alors, demain, au total, quel avenir pour la relation transatlantique entre la France et les Etats-Unis ? Y aura-t-il partenariat ou affrontement ?
La thèse du partenariat ne manque pas d’appui. Parce qu'il y a en effet de part et d'autre de l'Atlantique, chez les Français et les Américains, une même civilisation, deux visions du monde et de la société quasiment similaires - il n'y a guère d'écart en particulier sur la perception des questions économiques et sociales (acceptation, en première analyse, de l'économie de marché et de la concurrence, et une certaine intervention de l'Etat jugée nécessaire, voire indispensable dans les deux cas), le «couple» franco-américain paraît inscrit durablement et solidement, de toujours et pour toujours, semble-t-il, dans l’Histoire, avec une même «communauté de destin». Et de rappeler que nous avons pu avoir un glorieux passé ensemble, partager des logiques d'alliances, des politiques communes. Et, aujourd'hui encore, notre pays est aux côtés de l'Amérique dans toutes les grandes affaires du monde et, en particulier, nous sommes des partenaires dans la lutte contre l’hyperterrorisme né des attentats du 11 septembre 2001. Mais, si les Américains sont nos amis, nos alliés, nos partenaires, il y a aussi, semble-t-il, de toujours et pour toujours, des frictions, des affrontements au sein du couple franco-américain. Parce que, au vrai, les Etats-Unis et la France – à y regarder de près - divergent en fait sur les visions, les conceptions du monde et de la société, l'attitude générale et les méthodes de l'action face à la scène internationale. En ramassé, forcément un peu de caricatural, alors que les Etats-Unis acceptent à plein, voire se font les chantres du marché et de la démocratie, fondés sur le libéralisme économique, le libre échange, le «modèle» français recherche un meilleur équilibre entre l'économique, le social, le culturel et l'environnemental. Pareillement, sous l'angle plus externe, alors que les Etats-Unis ont une vision unipolaire du monde, fondée sur leur leadership, les Français – qui pensent que la légitimité internationale ne peut pas être «indexée» sur la puissance et la force - ont une vision plus planétaire de la solidarité et de l'environnement, de l'emploi et du sort des pays pauvres du sud, un éclairage plus multipolaire et plus équilibré d'un monde qui doit être régi par des règles de droit international. Et l'on comprend donc – avec cet éclairage - que les relations France/Etats-Unis n'aient cessé d'être marquées par des oppositions, que Paris et Washington vivent de toujours une «vieille histoire querelleuse» - : on a pu parlé d’un «couple infernal» -, et qu’il y a donc tout lieu de penser que ce sera encore le cas demain.
Alors, au total, à l’avenir, faut-il envisager l’évolution de la relation transatlantique entre Paris et Washington sous le terme et le thème de la «convergence» ou, à l’inverse, dans un esprit de «confrontation» renouvelée ? A dire le vrai, il ne s'agit pas – comme le laisse à penser l'alternative ci-dessus -, de faire un choix entre le «partenariat» ou «l'affrontement» : le partenariat que certains voudraient «pousser» jusqu'à l'alignement, la France et les Etats-Unis devant être à leurs yeux les deux côtés d'une seule et même médaille. Ou, à l'inverse, l'affrontement qui – inéluctable pour d'autres - amènerait à faire des deux pays des pays hostiles voire ennemis. On ne se hasarde guère, en effet, à le pronostiquer : «Ni alignement, ni lamentation» pour les relations franco-américaines qui resteront demain «confiantes… et aigre douces», «chaleureuses… et divergentes» ; des relations qui n'auront donc de cesse à l'avenir de se jouer dans une dialectique ambivalente «coopération – différenciation» – la «mésentente cordiale», les «meilleurs amis-ennemis», pour reprendre des expressions qui approchent la vérité - que les deux pays, de part et d'autre de l'Atlantique, ne pourront ni éluder, ni dépasser.
Pierre Pascallon est professeur agrégé de Faculté, président du Club Participation et Progrès
16:07 Publié dans PIERRE PASCALLON , RELATIONS TRANSATLANTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe








