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samedi, 01 avril 2006

CANOSSA

Si vous consultez Wikipédia au mot Canossa, vous trouverez l’indication suivante : «Canossa est une commune italienne d'environ 3300 habitants située dans la Province de Reggio d'Émilie dans les Apennins. Le nom provient du château de la Comtesse Mathilde de Toscane. En 1077, l'empereur du Saint Empire romain germanique Henri IV vint s'y agenouiller devant le pape Grégoire VII pour que ce dernier lève l'excommunication qui le frappait. L'expression ‘aller à Canossa’ est utilisée depuis pour évoquer un lieu ou une occasion de soumission, de pénitence ou d'humiliation.» En écoutant hier soir le chef de l’Etat et, à travers lui, le chef du gouvernement, tel est le sentiment que m’a laissé leur démarche. Contrairement à l’improvisation institutionnelle qui était proposée par des juristes de circonstance, il n’était pas raisonnable que le Président de la République ne promulgue pas une loi, votée par le Parlement et validée par le Conseil constitutionnel, sous prétexte que entre 1 et 3 millions de personnes selon les compte rendus remarquablement précis des médias, soit entre 4 et 12% de la population active pour poursuivre dans la même veine, lui réclamait le «retrait» d'un de ses articles. L’opposition actuelle pourra se féliciter, quand elle sera revenue au pouvoir, qu’un tel précédent n’ait pas été créé.

 

En revanche, loin d’en rester là, l’annonce a été faite simultanément que le Parlement allait être saisi d’une proposition de caractère législatif tendant à modifier la partie de la loi sur l’égalité des chances, relative au contrat de première embauche, sur deux points essentiels: la durée de la période dite de «consolidation» serait ramenée de deux ans à un an et les licenciements opérés devraient désormais être motivés. Sans même discuter la substance et la portée de ces modifications, l’essentiel est que le gouvernement, maître de l’ordre du jour des Assemblées, a décidé d’initier une procédure législative de réexamen du contrat de première embauche qui peut se terminer, au gré des parlementaires, effectivement par les modifications désormais souhaitées par le gouvernement ou par d’autres modifications qui seraient votées ou tout simplement, si une majorité se dégageait en ce sens, par l’abrogation du texte. On pourrait même imaginer que l'opposition, au lieu de faire de l'obstruction, tire parti de cette opportunité pour présenter ses solutions alternatives pour l'emploi des jeunes et les illustre par des amendements constructifs.

 

Le débat revient ainsi sur le terrain qu’il n’aurait jamais dû quitter, celui du Parlement, toutes les options étant techniquement ouvertes. Qui peut honnêtement soutenir qu’il y ait une réelle différence de fond avec la «deuxième lecture» que les constitutionnalistes de la rue réclamaient à cor et à cri. Qui peut honnêtement s’inquiéter de ce que quelques chefs d’entreprise audacieux ou inconscients proposent à des jeunes à la recherche d’un emploi potentiel, pendant la période requise par ce réexamen législatif, un contrat première embauche dans sa forme actuelle au lieu d’un stage ou d’un contrat à durée déterminée, jeunes qui, au demeurant, ne seraient en aucune façon contraints de l’accepter. Il est clair que la revendication d’une remise à plat complète du dispositif est de fait totalement satisfaite.

 

Les réactions instantanées enregistrées hier soir à la télévision sont, du coup, particulièrement étonnantes. Que les représentants d'une fraction des étudiants qui ont été seuls sollicités de s’exprimer aient fait preuve à nouveau de leur «savoir faire limité et expéditif», pour reprendre l’expression du Général De Gaulle, appliquée au ‘quarteron’ des généraux d'Alger, ne constituaient certes pas une surprise. Que les dirigeants des grandes organisations syndicales n’aient pas jugé bon, à tout le moins, de délibérer leur prise de position avant de s’exprimer, l’est davantage. Mais que les trois chefs de l’opposition qui se sont exprimés immédiatement après l’intervention du chef de l’Etat, François Hollande, Laurent Fabius et François Bayrou se soient placés en situation de réagir sans se donner le temps de la réflexion et sans, peut-être, en discuter au sein des instances qui gouvernent leurs partis respectifs, est difficilement compréhensible. Dans la situation critique que vit actuellement le pays, la prise de parole du chef de l’Etat constituait un acte solennel qui appelait une réponse de même nature de la part de ceux qui demain solliciteront nos suffrages pour prendre la tête du pays et non pas une improvisation stéréotypée sous contrôle médiatique. Si l’opposition avait adopté une telle approche de responsabilité, peut-être aurait-elle compris que l’initiative du chef de l’Etat, pour contournée qu’elle soit, permettait de ramener le débat dans un processus démocratique normal et aurait-elle songé à exiger que les modifications envisagées par le gouvernement fassent l’objet d’un projet de loi en bonne et due forme, et non d’une proposition de loi, qu’elle soit précédée de la concertation avec les partenaires sociaux que la loi a rendu obligatoire et que l’engagement soit pris de ne pas utiliser des moyens de procédure, article 49.3 ou vote bloqué, pour abréger la discussion parlementaire. Il n’est pas encore trop tard pour rectifier le tir !

 

Pierre Bilger est ancien chef d'entreprise

Commentaires

En Allemand Canossa signifie Chateau en ruine. N est ce pas une belle Metaphore pour designer une loi, que le Prince dit ne pas vouloir faire appliquer... simplement pour avoir la paix avec ses 2 chambellans.
En Allemand on dit aussi: "Nägel mit Köpfen machen": Faire des clous avec des tetes , etre "konsequent".
A mon avis, cela qualifie bien l opposition actuelle en France qui, du Centre a la Gauche, demande que les ruines soient deblayees, avant qu on les charge de le faire.

> Bayrou dit que la situation en France est "ridicule". Est ce que Bayrou est le dernier cartesien francais ?

> Reponse Mardi.

Ecrit par : unionsbuerger | samedi, 01 avril 2006

Pierre,

Vos appels à la raison ne convaincront personne parce que vous ne tenez aucunement compte dans vos positions modérées du délitement actuel des institutions politiques. Considérées illégitimes parce que non représentatives à juste titre, elles n'nt plus aucune autorité. Je n'exprime pas là un point de vue ou une opinion mais un constat qu'il est possible, sans effort particulier, de partager. C'est sur n modèle de société que le débat porte désormais et là, le Président n'a apporté aucune réponse mais le flou le plus total. C'est ce qu'a réalisé le Peuple français. Que votre statut de "privilégié", et je le dis sans aucune jalousie ni envie tant j'ai de respect pour votre personne et vous le savez, vous permette d'envisager la situation à partir du regard de celui qui ne sera jamais concerné par un contrat "précaire, ne vous exonère pas de cette analyse. Quel modèle de société voulons-nous ? Et force est de constater qu'une fois de plus, contrairement à ce que tous les réactionnaires les plus vicieux veulent faire croire, que le Peuple français sse retrouve sur le devant des luttes mondiales.

Je m'en réjouis tout en le craignant. Les règnes du "tout-travail" comme celui du "tout-capitalisme" sont en train de flancher. Les salariés ne comprennent plus leurs patrons qui eux ne comprennent plus leurs salariés. Nous sommes entrés dans une logique d'affrontement quifait place à celle de l'incompréhension. Au vu d el'état de crispation sociale qui régnait depuis plusieurs années, je vous avoue franchement que je considère que c'était sopuhaitable tant les contentieux étaient nombreux mais dissimulés.

Le Peuple doit redevenir le Souverain qu'il n'aurait jamais du cesser d'être. On lui a ravi ce pouvoir, le seul légitime, et il se le réapproprie.

Tant mieux.

Ecrit par : José | dimanche, 02 avril 2006

Qui va aller a canossa ?

http://www.liberation.fr/page.php?Article=372567

Ecrit par : Unionsbuerger | mercredi, 05 avril 2006

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