dimanche, 23 avril 2006

FOOTBALL, PROSTITUTION ET (NON) DROIT

Décidément l’image du football est bien mise à mal. Après football et argent, football et racisme, football et corruption, football et blanchiment, c’est aujourd’hui l’association football et prostitution qui vient la ternir un peu plus. L’Allemagne accueillera la Coupe du Monde 2006 du 9 juin au 9 juillet 2006, Environ 36 millions de spectateurs, en majorité des hommes, sont attendus. Rien n’a été laissé au hasard pour satisfaire le client. Ainsi, un groupe d’investisseurs a décidé de construire à Berlin, à côté du principal stade de la Coupe du Monde, un complexe de 3000 m2 où seront parquées 30.000 à 100.000 femmes en provenance, surtout, des pays baltiques pour assouvir les désirs sexuels des supporters. Pour permettre la consommation sur place, le bâtiment est composé de «Performance boxes», sortes de petites cabines équipées de distributeurs de préservatifs, boissons, bonbons et snacks.

 

Comment l’idée a pu germer d’associer le football qui est censé promouvoir les standards internationaux du sport que sont l'égalité, le respect mutuel et la non-discrimination à la prostitution qui est la négation même de la personne ? Norman Jakob, avocat du groupe d'investisseurs n’y va pas par quatre chemins. L’explication, selon lui, est que «le foot et le sexe vont étonnamment bien ensemble» (journal Dagens Nyheter, du 11 novembre 2005). Mais est-ce que le foot et le crime organisé font aussi bon ménage ? Parce qu’en effet, ce que l’on ne dit pas est que le crime organisé contrôle la prostitution et organise le trafic des êtres humains. Ainsi, certains réseaux criminels russes dirigent toute la chaîne du recrutement à la mise sur le marché des prostituées à l’étranger. Les réseaux ukrainiens ont la main mise sur une grande part des maisons closes à la frontière germano-polonaise (Cf. Richard Poulin «Prostitution, crime organisé et marchandisation» in Revue Tiers Monde, Paris PUF, Vol. XLIV, n° 176, octobre-décembre 2003, pp. 735-769). Le marché de la prostitution permet la réalisation de profits gigantesques. Le seul acheminement de 300.000 femmes d’Europe de l’Est prostituées en Europe occidentale aurait généré un gain d’environ 1,5 milliards de dollars US au profit des filières mafieuses. Ces sommes sont blanchies et réinvesties et contribuent au développement d’autres trafics tels que celui de la drogue, des armes, d’organes, etc…

 

Que pèse en réalité la pétition en huit langues lancée par la Coalition Internationale Contre la Traite des Femmes (http://catwepetition.ouvaton.org/php/index.php) et qui a réuni depuis le mois de février 2006 33.987 signatures ? Ce qu’il faut, aujourd’hui c’est une véritable mobilisation de tous les parlementaires de tous les pays d’Europe qui, rassemblés autour d’une conviction commune, fasse pression pour que soit mise en place à l’échelle européenne une véritable politique globale de lutte contre ce fléau. Cette conviction est simple. Elle tient en trois propositions :

 

1. La prostitution est une négation de la personne, de sa dignité, de son identité et de sa liberté

2. Il n’y a pas de prostitution sans violence psychique ou physique portant gravement atteinte à l’intégrité de la personne

3. Le corps humain n’est pas une valeur marchande.

 

Cette conviction qui est l’expression d’un idéal à atteindre ne s’oppose pas à ce que soit reconnue la demande de certaines prostituées à la reconnaissance d’un statut, d’autant que, faut-il le rappeler, le droit fiscal français considère la prostitution comme une profession libérale et que la Cour d’appel de Paris a jugé, le 20 novembre 2000, que l’activité de prostitution est une activité professionnelle même si elle n’est pas dotée de statut et qu’elle doit s’acquitter de ses obligations de solidarité nationale ? Le seul statut que l’on puisse envisager d’octroyer à celles et ceux qui, au nom d’une liberté individuelle, revendiquent le droit de tirer profit du commerce de leur corps, serait celui de profession libérale. Mais alors ce serait à la condition expresse d’organiser un contrôle strict de la validité du consentement allégué qui ne doit être ni simulé ni contraint. Mais prétendre résoudre le problème des prostituées aux mains des réseaux par la mise en place d’un statut constitue une véritable injustice parce que cela revient à légaliser l’exploitation de la prostitution d’autrui la plus sordide qui soit. En permettant aux prostituées d’opter pour le statut salarié, l’Allemagne est tombée dans le piège et a, de fait, légalisé le proxénétisme dans la mesure où de nombreux euros centers sont aux mains de trafiquants d’êtres humains. Formons l’espoir que l’émotion suscitée par la construction de ce méga eros center à l’occasion de la coupe du monde de football soit l’occasion de cette mobilisation des élus sous la pression de la société civile.

 

Chantal Cutajar est directrice du Grasco (Groupe de recherches sur la criminalité organisée)

Commentaires

Bravo de dénoncer ce fait, il y a une pétition qui circule sur le net !

http://adja.creative-area.net


Blogueuse de Suisse

Ecrit par : Erin06 | dimanche, 23 avril 2006

Il serait inutile de poser votre question en Allemagne malgre
l art 1 de la Constitution Allemande "La Dignite de l homme est ... "

>>>> C est egalement le premier Article de notre Charte des Droits fondamentaux.


Mais la "Deutsche Leitkultur" a des raisons que l' humanisme ignore.
La publicite des Bordels pour attirer la clientele de tous les pays peut neanmoins avoir des effets boomerang.
Voir l Article du Spiegel.

http://www.spiegel.de/panorama/0,1518,412826,00.html

Ecrit par : Unionsbuerger | mardi, 25 avril 2006

Il y a eu des arguments intéressants en commentaire à mon billet sur le même sujet : http://alibaba0.free.fr/blog/index.php?2006/03/24/309-non-a-la-prostitution-industrielle

Ecrit par : Ali Baba | lundi, 08 mai 2006

Bonjour, je participe a l association Marche Mondiale des Femmes. Nous militons aussi contre la prostitution pendant la coupe du monde avec petition, Appel des sportifs et sportives, distribution d un tract signé par de nombreuses associations et organisations. De plus , nous préparons un rassemblement devant l ambassade d Allemagne 13 avenue Franklin Roosevelt le mardi 30 mai a 18H Tous ceux et toutes celles qui sont ecoeuré-es par ce qui va se passer a Berlin sont les bienvenu-es dans cette mobiliationmerci

Ecrit par : Martin | vendredi, 12 mai 2006

Voici ma façon de réagir : http://www.mustcom.be/birba/
N’hésitez pas à faire suivre le lien si vous souhaitez sensibiliser d’autres personnes.
Merci.

Ecrit par : i'm a spy | mercredi, 07 juin 2006

Position ;

Loin de moi l'idée de restreindre les libertés, mais simplement parler de la liberté de la personne prostituée et de la responsabilité du consommacteur. Qui est cette personne, qui contre rétribution, peut prendre plaisir malgré le non plaisir de l'autre ? Qu'elle est cette forme de sexualité qui a besoin d'un corps pour sa jouissance mais qui se fiche éperdument de ce même corps?

Qu'elles soient ou non " dans de bonnes conditions " les personnes prostitués disent toutes le faire pour de l'argent et aucune par plaisir ou simplement pour satisfaire des fantasmes. Si nous devions parler de fantasmes alors nous ne parlerions pas de problèmes économiques qui font que des personnes sont prostituées mais simplement d'une forme de pratique sexuelle que chacun est libre de vivre comme il l'entend. Non lorsque je parle prostitution, je parle, de ces femmes, ces hommes et de ces enfants, qui sont consommés comme des marchandises pour avoir droit de pitance. Qui dit marchandise dit aussi que la personne dans ce rôle n'en est plus une justement de personne, du moins dans le regard du consommacteur. Elle n'est plus qu'une image ayant pour fonction de procurer du plaisir à l'autre, quelque soit le plaisir de l'autre et avec tout ce que cela peut laisser supposer comme souffrances, comme domination, comme violences verbales ou physiques. Il n'est pas ici question de jeux de sexe, car si tel était le cas, là encore je ne parlerai pas de prostitution. Non ce n'est pas de jeux dont il est question, mais bien de personnes qui subissent de manière répétée des actes de violences parce qu'elles n'ont pas le choix de vivre autrement. Bien sur j'ai déjà entendu ces mots ; " pense aux prostitués dans leurs fonction de régulateur d'une misère sexuelle, les prostituées évitent bien des drames, sans elles (quand il s'agit de femmes) combien de femme seraient violées ? Alors il faudrait que notre société sacrifie délibérément une certaine quantité de chair afin de protéger d'autres individus ? Avons-nous alors seulement pensé à leur donner la médaille du mérite et la prime de risque ? Si nous disons cela c'est reconnaître que les consommacteurs sont potentiellement dangereux. De fait si il faut qu'ils puissent, quoiqu'il en coûte de souffrance, assouvir une sexualité sous peine de l'infliger à d'autres par la violence, force est de reconnaître la violence contingente qui pourrait se dégager d'une frustration. Certains disent aussi que c'est la faute des femmes, parce qu'elles ne contentent pas le désir de l'homme, dans ce cas que penser de la pédophilie ou de la prostitution des hommes, mais restons un instant avec les femmes? La femme est-elle objet de satisfaction de l'homme ? Pouvons-nous réduire la sexualité de la femme à la satisfaction de la sexualité de l'homme ? Récemment, un homme m'a dis ; " et ces vieilles, pleines aux as, qui se payent des jeunes black dans les îles, tu en penses quoi ? " J'en pense simplement que si ils avaient les moyens de vivre dignement sans louer leur sexe, ils le feraient très certainement.

Les rapports hommes/femmes doivent, à mon sens, toujours être regardés sous l'angle de la domination, si il n'y avait pas en nous ces désirs de domination, nous ne serions probablement pas des êtres humains, car aussi dérangeant que cela puisse être, la domination est une de nos composantes. Pour autant je pense qu'il est possible non seulement d'en prendre conscience mais, et c'est tout aussi important de canaliser cette énergie. Canaliser n'étant pas le synonyme de détruire, doit être entendu dans un sens éducatif.

Pouvons-nous, parce que c'est encore un tabou, feindre d'ignorer nos problèmes de sexualité ? En répondant oui, ou simplement en continuant ainsi, alors oui, il nous faudra encore et encore, laisser en pâture des corps d'êtres humains à la merci d'individus sans scrupule, sous prétexte d'assouvir des " besoins ". Que nous soyons homo ou hétéro, nous avons un point commun, pas qu'un d'ailleurs mais celui-ci est mon propos, notre sexualité et avouons sans fard qu'elle nous occupe et nous préoccupe beaucoup, si je la vois bien souvent tournée en dérision ou réduite à une fonction ou et trop souvent, traduite en obscénités, je la vois rarement abordée comme composante de nos rapports sociaux, familiaux, affectifs... comme étant une part importante de la vie et devant être l'objet d'explications et devant faire partie de notre éducation.

Frédérique Angoulvent

Ecrit par : Frederique Angoulvent | mercredi, 07 juin 2006

Position ;

Loin de moi l'idée de restreindre les libertés, mais simplement parler de la liberté de la personne prostituée et de la responsabilité du consommacteur. Qui est cette personne, qui contre rétribution, peut prendre plaisir malgré le non plaisir de l'autre ? Qu'elle est cette forme de sexualité qui a besoin d'un corps pour sa jouissance mais qui se fiche éperdument de ce même corps?

Qu'elles soient ou non " dans de bonnes conditions " les personnes prostitués disent toutes le faire pour de l'argent et aucune par plaisir ou simplement pour satisfaire des fantasmes. Si nous devions parler de fantasmes alors nous ne parlerions pas de problèmes économiques qui font que des personnes sont prostituées mais simplement d'une forme de pratique sexuelle que chacun est libre de vivre comme il l'entend. Non lorsque je parle prostitution, je parle, de ces femmes, ces hommes et de ces enfants, qui sont consommés comme des marchandises pour avoir droit de pitance. Qui dit marchandise dit aussi que la personne dans ce rôle n'en est plus une justement de personne, du moins dans le regard du consommacteur. Elle n'est plus qu'une image ayant pour fonction de procurer du plaisir à l'autre, quelque soit le plaisir de l'autre et avec tout ce que cela peut laisser supposer comme souffrances, comme domination, comme violences verbales ou physiques. Il n'est pas ici question de jeux de sexe, car si tel était le cas, là encore je ne parlerai pas de prostitution. Non ce n'est pas de jeux dont il est question, mais bien de personnes qui subissent de manière répétée des actes de violences parce qu'elles n'ont pas le choix de vivre autrement. Bien sur j'ai déjà entendu ces mots ; " pense aux prostitués dans leurs fonction de régulateur d'une misère sexuelle, les prostituées évitent bien des drames, sans elles (quand il s'agit de femmes) combien de femme seraient violées ? Alors il faudrait que notre société sacrifie délibérément une certaine quantité de chair afin de protéger d'autres individus ? Avons-nous alors seulement pensé à leur donner la médaille du mérite et la prime de risque ? Si nous disons cela c'est reconnaître que les consommacteurs sont potentiellement dangereux. De fait si il faut qu'ils puissent, quoiqu'il en coûte de souffrance, assouvir une sexualité sous peine de l'infliger à d'autres par la violence, force est de reconnaître la violence contingente qui pourrait se dégager d'une frustration. Certains disent aussi que c'est la faute des femmes, parce qu'elles ne contentent pas le désir de l'homme, dans ce cas que penser de la pédophilie ou de la prostitution des hommes, mais restons un instant avec les femmes? La femme est-elle objet de satisfaction de l'homme ? Pouvons-nous réduire la sexualité de la femme à la satisfaction de la sexualité de l'homme ? Récemment, un homme m'a dis ; " et ces vieilles, pleines aux as, qui se payent des jeunes black dans les îles, tu en penses quoi ? " J'en pense simplement que si ils avaient les moyens de vivre dignement sans louer leur sexe, ils le feraient très certainement.

Les rapports hommes/femmes doivent, à mon sens, toujours être regardés sous l'angle de la domination, si il n'y avait pas en nous ces désirs de domination, nous ne serions probablement pas des êtres humains, car aussi dérangeant que cela puisse être, la domination est une de nos composantes. Pour autant je pense qu'il est possible non seulement d'en prendre conscience mais, et c'est tout aussi important de canaliser cette énergie. Canaliser n'étant pas le synonyme de détruire, doit être entendu dans un sens éducatif.

Pouvons-nous, parce que c'est encore un tabou, feindre d'ignorer nos problèmes de sexualité ? En répondant oui, ou simplement en continuant ainsi, alors oui, il nous faudra encore et encore, laisser en pâture des corps d'êtres humains à la merci d'individus sans scrupule, sous prétexte d'assouvir des " besoins ". Que nous soyons homo ou hétéro, nous avons un point commun, pas qu'un d'ailleurs mais celui-ci est mon propos, notre sexualité et avouons sans fard qu'elle nous occupe et nous préoccupe beaucoup, si je la vois bien souvent tournée en dérision ou réduite à une fonction ou et trop souvent, traduite en obscénités, je la vois rarement abordée comme composante de nos rapports sociaux, familiaux, affectifs... comme étant une part importante de la vie et devant être l'objet d'explications et devant faire partie de notre éducation.

Frédérique Angoulvent

Ecrit par : Frederique Angoulvent | mercredi, 07 juin 2006

Écrire un commentaire