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mardi, 27 juin 2006

LA CHINE S’EST REVEILLEE

medium_PAR_EMMANUEL_DUPUY.jpgLa récente tenue du cinquième sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), seule organisation internationale domiciliée en Chine, est venue démontrer, s’il en était encore besoin, combien la Chine est passée d’une vision régionale des relations internationales à une préoccupation planétaire. L’activisme de la Chine en Afrique subsaharienne et au Maghreb, ainsi que son rôle déterminant dans le règlement de la crise du nucléaire iranien, et celui sans doute à venir dans la crise des missiles nord-coréens qui repointe son nez, témoignent des ambitions clairement affichées par Pékin. L’achèvement du plus grand barrage du monde, sur le fleuve Yang-Tsé, dans le contexte des tendances énergétiques actuelles et futures qui en font un des plus gros consommateurs d’énergie, ses ambitions territoriales et commerciales marquées par son accession à l’OMC en 2001, sa détermination à rattraper son retard technologique, l'inscrivent dans une marche à pas accéléré vers l'hyperpuissance, légitimant ainsi un nouvel équilibre de puissance, centré au coeur de l’aire asiatique, peut-être plus vite qu’initialement prévu.

 

Pour jouer sur le même registre et au rythme imposé par la croissance chinoise, «l’association-rivalité» entre l'Europe - puissance encore balbutiante - et les Etats-Unis - affaiblis diplomatiquement en Amérique latine, militairement au Proche-Orient et d’une certaine manière intellectuellement à travers une relation transatlantique trop fortement déséquilibrée - n'y suffiront sans doute pas, à moins que l’on considère tout aussi pertinent de concevoir une vision eurasiatique commune, notamment en matière de sécurité, prônée par l’OCS. La prise en compte de l’Eurasie, à considérer à travers le dialogue avec une organisation qui regroupera bientôt l’Inde aux côtés de la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, le réveil des espaces de dialogues régionaux eurasiatiques à l’instar du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan et Moldavie), autant que le retour de Moscou sur la scène diplomatique, énergétique et militaire conditionnant entre autres l’amitié renouvelée sino-russe, pourraient ainsi devenir les nouveaux points cardinaux du jeu international. De ce point de vue, sachons faire de l’axe Paris-Berlin-Moscou, un atout…

 

Reste à l’Union Européenne, qui aspire à être considérée comme un acteur global, d’ouvrir le dialogue dans cette direction afin de prendre sa part de responsabilité et d’action dans ce nouveau « grand jeu » des acteurs émergents ou, plutôt, déjà pleinement réveillés…

 

Emmanuel Dupuy est Secrétaire général de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)

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