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samedi, 08 juillet 2006

LES MEDIAS FRANÇAIS SE COUPENT DU MONDE

medium_PAR-FLORA-LYSE-MBELLA-NTONE.jpgOn le voit en «une» de tous les journaux français, en ouverture systématique de tous les JT, on l’entend en boucle à la radio. Pour qui ne le saurait pas, la France est en finale. D’un tournoi de foot. Soit. Loin de moi l’idée de minimiser l’importance et l’impact de la réussite de l’équipe nationale de ce beau et grand sport (lui aussi national, même si c’est à l’Angleterre qu’on lui doit ses lettres de noblesse), dans le plus grand tournoi international du genre. Mais tout de même, cela ne reste que du sport. J’ai beau chercher, m’obstiner, jour après jour, à regarder les journaux télévisés, sur diverses chaînes françaises (sauf la première, je l’avoue) hertziennes, ou pas. Mais le constat reste le même : bien souvent, le travail fourni par les rédactions ne semble en fait inspiré que de celui des scénaristes d’Un jour sans fin, où Bill Murray revivait inlassablement le fameux Jour de la marmotte. C’est un fait : quelle que soit la chaîne, l’actualité ne se résume qu’à la foulée de Zidane à l’entraînement, puisque, faut-il le rappeler, il n’y a même pas de match tous les jours. Ou bien encore, à la courbe de croissance des ventes de maillots d’un célèbre équipementier. En hausse, bien sûr. Les supporters ont en effet ceci de bien que la plupart ne se réveillent que lorsque l’équipe gagne… avec pour conséquence actuelle une rupture de stock, que nul, soyons honnête, n’imaginait possible avant, quand l’équipe était encore celle de Domenech et non celle de tout un pays. Quand ce fameux soutien populaire tant espéré manquait encore. Ces maillots, c’est donc aujourd’hui qu’on se les arrache, maintenant que le parcours de l’équipe de France est presque terminé. Et surtout pas quand les Cassandre, dont j’ai fait partie, ne la voyaient pas passer le premier tour et priaient tout de même pour éviter la honte de 2002.

 

A part ça ? Le reste de l’actualité ? Le Tour de France… et la façon dont les organisateurs aménagent certains horaires pour que les coureurs puissent voir les matches. Eventuellement, le tournoi de Wimbledon, avec la numéro 1 mondiale et française, Amélie Mauresmo en finale… qui, évidemment, suit la voie tracée par les Bleus. Et puis ? Bah pas grand’chose. Voilà à peu près tout ce que le téléspectateur est en droit de savoir de ce qui se passe dans le monde depuis deux semaines. Si, j’oubliais Ségolène Royal, qui ne sait finalement plus trop si elle veut ou non se marier… ou Nicolas Sarkozy, qui vit une seconde lune de miel… même si l’homme proclame à qui veut l’entendre que sa vie conjugale ne regarde pas (plus ?) la presse. De temps en temps, quand même, histoire de parler un peu d’international, on nous fait un entrefilet sur Israël, ou sur le «travail» d’Arno Klarsfeld sur le dossier des expulsions de familles sans papier. En revanche, le vote parlementaire sur la licence globale et le logiciel libre a bénéficié d’une totale discrétion. Même le dossier EADS et ses ramifications ont tendance à passer sous l’éteignoir. «Pas assez sexy, il faut remonter le moral des gens» : voilà peu ou prou le mot d’ordre. Françaises, Français : le magasin est ouvert, la vitrine Black-Blanc-Beur est alléchante. Enfin, pour ceux qui croient encore qu’elle symbolise quelque chose. Pour les autres, dimanche soir, il y a match. Oserais-je dire « Allez les Bleus »?

 

Flora Lyse Mbella-Ntoné est journaliste

Commentaires

En Allemagne la presse est en meilleure sante qu en France. Et pourtant les Allemands revent de devenir aussi "patriotes" que les Francais ....

Ecrit par : Unionsbuerger | lundi, 10 juillet 2006

Il est vrai que la santé des media français n'est pas au beau fixe, a fortiori en presse écrite. Ceci étant, ne parler à ce point que de cela ne relève pas vraiment du patriotisme: c'est de l'aveuglement volontaire. Quant au soutien populaire, si c'est cela dont vous parlez, les Français ne le montrent, comme dit, qu'après les premières victoires. Sinon, c'est l'opprobre (pour un sport populaire comme le football) ou l'anonymat total (les autres sports collectifs, hors rugby). La vox populi française est souvent versatile et lunatique, surtout en sport. Souhaitez-vous vraiment que les Allemands fassent de même?

Ecrit par : Flora-Lyse Mbella-Ntoné | mercredi, 19 juillet 2006

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