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vendredi, 01 septembre 2006
DE PAYS DE COCAGNE, LA BELGIQUE REDEVIENT LE PLAT PAYS DES ETUDIANTS FRANÇAIS
Eviter les concours, éviter des frais de scolarité prohibitifs. Obtenir un diplôme reconnu et la place qui va avec : tel est l’idéal de l’étudiant français. Ce rêve, la Belgique le rendait possible. Des filières de qualité, une scolarité à taille humaine pour des aspirants vétérinaires ou kinésithérapeutes, notamment. Mais depuis des décennies, la Belgique en a marre. Elle manque de kinés et de vétos. Elle en forme, mais ils repartent en France, leur pays d’origine sitôt les études bouclées. La ministre de l’enseignement supérieur de "la communauté française" (comprendre francophone) s’est donc fendue d’un décret au printemps dernier : seuls 30% de non résidents pourront s’inscrire dans les neuf filières concernées par ce noyautage des coqs voisins, et encore, ils seront tirés au sort. 30%, c’est pas mal, me direz-vous. En plus, on parle de résidence, même pas de nationalité ! Mais pour des filières habituées à des taux de 60 à 70, voire 80% de Français, ça fait un peu maigre…
La tremblante a envahi le petit monde de l’enseignement supérieur belge. Suite à plusieurs dizaines de recours déposés par des étudiants français mais aussi des enseignants belges, la cour d’arbitrage de la communauté française a dû trancher sur une éventuelle suspension de ce décret. Et patatras… Il est maintenu. Pourquoi patatras ? Très égoïstement, un de mes proches attendait des nouvelles de ce décret pour s’inscrire en école de kinésithérapie. Non pas qu’il soit trop stupide ou trop radin pour effectuer ses études en France. Au contraire, après quatre ans de vie active, il reprend des études à 25 ans et il sait qu’il en a pour quatre nouvelles années de labeur. Simplement, même si la France, et surtout le Nord du pays, où il réside, manque de kinés, cette filière reste peu accessible aux étudiants issus des classes moyennes. Imaginer financer un concours d’entrée passe encore, mais compter au moins 4000 euros de frais de scolarité par an, sachant qu’on y est pour quatre ans… Sans parler des livres, du temps à étudier, des frais alimentaires et immobiliers.
Le système français se mord copieusement la queue. La France pleure pour obtenir plus de médecins, d’infirmiers… de médicaux et de para-médicaux en général. Et quand on parle d’élever un peu le fameux «numerus clausus » des facs de médecine, on crie au scandale, à l’incompétence, à la grande braderie des diplômes. Cessons un peu cette vilaine hypocrisie ! Les médecins vieillissent, les vocations se font rares et la plupart des courageux jeunes gens prêts à se farcir dix ans d’études se font raccompagner à la porte sans ménagement en fin de première année. Quelle que soit leur moyenne car c’est la place qui compte. «L’ascenseur social français est en panne», entend-on partout. Il est surtout malade d’un enseignement supérieur profondément injuste. Ce qui me fait encore plus admirer ce garçon un peu risque-tout prêt à voir sa vie tirée au sort à Tournai. Car quoi qu’on veuille, la société française est ainsi faite qu’on vous juge sur vos diplômes, pas sur vos capacités, votre courage ou votre mérite.
Le mérite finalement, je le vois chez ce livreur de pizza-étudiant en master. Pizza Hut et MacDo, les vrais sponsors de l’enseignement supérieur français ! Le malheur, c’est qu’en France, pour s’élever dans la société, il faut en passer par là. Pourquoi est-ce qu’un grand pays comme le nôtre traite ainsi ses étudiants alors que la Belgique leur offre tant ? Jusqu’ici, tout allait bien, la Belgique tenait bien son rôle de sous-traitant puisque la France récupérait la plupart des bienfaits de son système. Désormais, pour avoir plus de kinés ou de vétos, la France va devoir se bouger un peu. Le plat pays s’est rebellé. Et une fois de plus, la France devra réagir, alors qu’elle aurait pu agir.
Flora Lyse Mbella-Ntoné est journaliste
17:12 Publié dans FLORA LYSE MBELLA NTONE, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique, enseignement, Flora Lyse Mbella-Ntoné, europeus.org, politique, europe, université









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